Rétrospective Films de Noël : The Children de Tom Shankland

Noël c’est la fête de l’hiver, des réunions de famille, des cadeaux… Mais c’est aussi la fête des enfants ! Et pour certains, Noël peut très vite tourner au cauchemar à cause de ceux-là.

Malheureusement, on le sait, les enfants ne sont pas toujours les innocents chenapans que l’on s’imagine. Bruyants, incompréhensibles, désordonnés, idiots – il faut le dire ! Ils peuvent parfois même se montrer assez effrayants et malsains. C’est le cas dans le film The Children. Réalisé en 2008 par Tom Shankland, ce long-métrage met en scène deux familles se réunissant pour fêter le réveillon ensemble à la campagne. L’occasion pour Elaine (talentueusement jouée par Eva Birthistle) de revoir sa sœur Chloé (Rachel Shelley), et pour les enfants de revoir leurs cousins. Le hic c’est qu’une mystérieuse maladie contamine les 4 enfants, et semble changer ces adorables morveux en psychopathes intrigués par la mort. Très vite, Paulie (William Howes) le plus jeune des enfants de Elaine et Jonah (Stephen Campbell Moore), fait preuve d’un comportement de plus en plus étrange, et le chat de la maison, Jinxie, disparaît…

Reposant sur un pitch peut-être un peu simpliste de premier abord, The Children, second long-métrage de Tom Shankland – après WΔZ sorti en 2007 – se montre pourtant un film parfaitement maîtrisé et réalisé. C’est particulièrement dans la gestion de sa tension et de la direction des personnages que le film prend tout son intérêt. Les enfants, principal élément problématique de l’intrigue, gagnent petit à petit en étrangeté : ils toussent du sang, vomissent une bile dense et jaunâtre, puis hurlent sans raison et font preuve d’accès de violence soudains. La réalisation va ainsi suivre ce schéma crescendo, d’abord avec de longs plans de caméra se concentrant sur un évènement paraissant minime : un regard appuyé, la mine suspicieuse d’un personnage, ou encore une goutte de sang expulsée par la toux d’un enfant. Ces séquences sont prétexte à la réflexion sur les évènements, qui semblent s’enchainer sans pouvoir être arrêtés. Puis la tension se verra accélérée, augmentée par un enchainement de plans très courts marquants et symboliques : celui d’un bâton planté violemment dans la tête d’un bonhomme de neige par la petite Leah (Raffiella Brooks), ou les coups portés par Nicky (Jake Hathaway) dans le vide et sur son père pendant qu’il joue. Par cette focalisation, des gestes normaux d’enfants sont ainsi mis en exergue par la caméra, qui les fera paraître comme plus étranges qu’ils ne le sont, plus inquiétants.

Et pour cela, on constate un très bon jeu d’acteur général, même de la part des acteurs enfants – ce qui est assez notable. C’est d’autant appréciable que l’accent est ici mis sur les dialogues et les relations familiales entre les personnages. Le film en profite pour évoquer les sujets profonds que sont l’innocence, l’attachement irréfléchi et puissant des enfants et des parents, ou encore le traumatisme de la naissance et de la maternité. C’est particulièrement vrai dans les relations entre Elaine et sa fille Casey (Hannah Tointon), qu’elle a essayé d’avorter pendant sa grossesse. L’entre-âge qu’est l’adolescence se voit également remis en question avec le personnage de Casey : rejetée et haïe par les enfants car « adulte », mais pas encore suffisamment pour être intégrée avec ses parents, oncle et tante. C’est dans cette opposition entre adultes et enfants que se voit remis en question le statut parental. La violence des fessées que Jonah donne à Paulie suit par exemple la violence de la luge jetée délibérément par ce dernier vers Chloé. Par cette dualité des comportements, la question de l’éducation est également posée par The Children : qu’est-ce qui fait une bonne mère ? Comment éduquer au mieux un enfant ?

Ses dialogues sincères font de The Children un film crédible, mais il l’est aussi par son scenario. L’origine de la maladie reste inconnue dans ce film. Seul son monde opératoire et sa contagion sont constatés. Casey évoque toutefois la forêt environnante comme foyer de contagion, et cette supposition semble confortée par la récurrence à l’image de ce lieu à l’image. En laissant ainsi planer le mystère sur l’origine de l’antagoniste du film, le film évite le fantastique rendant ainsi son intrigue plus plausible. Et quel autre moyen de rendre crédible un mal affectant les adultes à cause des enfants si ce n’est une maladie ? Car après tout, si la présence des enfants à Noël est sujet à nombreux désagréments, c’est aussi à cause des potentiels microbes et maladies saisonnières qu’ils transportent qu’on évite de les approcher de trop près lors des repas de famille. La photographie est également ce qui contribue à rendre ce film si réel : elle se montre froide et brute. Comme dans les longs plans sur les arbres enneigés entourant la maison, ne laissant aucun échappatoire à la maladie. C’est d’autant plus vrai que l’image n’est pas saturée d’effusions gores, la réalisation se concentrant sur la mise en place d’une ambiance malsaine et traumatisante. Ce qui a de plus, le mérite de renforcer les quelques scènes d’horreur brute, aussi bien dans leur violence que dans leur symbolisme.

The Children se présente ainsi comme un excellent film d’épouvante et thriller, tout en étant le film de Noël mettant en réflexion le thème de l’enfance et tout ce qu’il suppose. Et avec une très bonne gestion du suspense et de l’image, il reste un film idéal à regarder après avoir bordé ses enfants. Vous les regarderez désormais avec plus de doutes et de craintes, et il est très probable que vous gardiez un œil sur vos neveux, nièces ou petits-cousins lors de vos repas de famille à venir…


Fiche technique – The Children

Titre : The Children
Réalisation : Tom Shankland
Scénario : Tom Shankland
Direction artistique : Kevin Woodhouse
Musique : Stephen Hilton
Production : Allan Niblo, James Richardson
Sociétés de production : Screen West Midlands, BBC Films, Aramid Entertainment, Barnsnape Films
Pays d’origine : Royaume-Uni
Genre : thriller, horreur
Durée : 81 min
Dates de sortie : Royaume-Uni : 5 décembre 2008 ; France : 21 octobre 2009

Royaume-Uni – 2008

Auteur : Jeap Horckman

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