Rétrospective Films de Noël : Au service secret de sa majesté de Peter Hunt

Quand on pense film de Noël, on pense souvent à des œuvres remplies de bons sentiments où se croisent des amours perdues, des animaux ou des enfants. Mais parfois il arrive que d’autres genres s’immiscent dans l’atmosphère de Noël. Au travers de cette rétrospective, nous abordons l’angle de Noël sous différentes coutures, et c’est au tour de James Bond de fêter Noël avec Au Service secret de sa Majesté.

Comment ? Un James Bond en film de Noël ? En voilà une idée saugrenue me direz-vous. Mais finalement, quand on se penche sur le cas de l’unique film de Peter Hunt, l’esprit de Noël est bien présent. Il faut déjà avouer que parmi la multitude de films multi-rediffusés sur les grandes chaînes françaises lors de la période des fêtes, l’agent secret britannique occupe une place de choix en compagnie de l’impératrice autrichienne Sissi ou de la marquise des anges. Ce n’était pas très étonnant de se retrouver bien au chaud à côté de la cheminée avec son petit chocolat devant les aventures du plus célèbre des espions en train de mettre à mal des plans diaboliques. Parmi les 24 aventures de l’agent 007, certaines se déroulent dans des pays tropicaux à l’image de la Jamaïque de Dr No ou de l’Inde dans Octopussy. Pas vraiment une ambiance de Noël. Monsieur Bond reste cependant un féru de sports d’hiver et va à plusieurs reprises goûter de la poudreuse dans divers massifs montagneux allant du Caucase dans Le Monde ne suffit pas, aux Alpes Italiennes de Rien que pour vos yeux. Le ski reste malgré tout une extrapolation un peu forte de café pour rattacher James Bond à un film de Noël.

Comme dit précédemment, un film se démarque des 24 autres. Un film unique à plus d’un titre, il s’agit d’Au Service secret de sa Majesté réalisé par Peter Hunt en 1969. Sa première particularité est d’être le seul épisode dans lequel le rôle mythique est campé par l’australien George Lazenby. Un ancien mannequin qui se retrouve propulsé en tête d’affiche d’une grosse franchise pour son premier rôle. Un challenge de taille, surtout qu’il succède au mythique Sean Connery qui a imposé très facilement son style et qui restera toujours rattaché à l’image du séducteur britannique. La présence de cet acteur dans le costume de l’agent suffit à faire d’Au service secret de sa majesté un OVNI dans la vaste saga. Mais bien évidemment, ce n’est pas George Lazenby qui va donner le cachet Noël à ce film. À l’instar des films précédents, ce 6ème opus met en scène le SPECTRE, l’organisation maléfique dirigée par Ernst Stavro Blofeld. Le long-métrage va pour la 2ème fois mettre Bond face à sa Némésis alors que ce dernier a pour plan de rançonner le monde en le menaçant d’une guerre bactériologique. Un sujet pas forcément très réjouissant à savourer au pied du sapin. Difficile de trouver une trace de l’esprit de Noël dans les éléments décrits ci-dessus.

Passons donc au vif du sujet et démontrons pourquoi Au service secret de sa majesté est le parfait film d’espionnage pour cette période, et pas uniquement parce que le film est sorti à cette époque de l’année. La première et plus évidente des raisons est l’ambiance dans laquelle se déroule la mission de James Bond. Si la scène pré-générique prenant place à Lisbonne peut brouiller les pistes, la majeure partie de ce très long film (2h16, le plus long avant l’ère Craig) va se dérouler dans les montagnes enneigées des Alpes Suisses. Afin d’infiltrer le SPECTRE, James Bond va se faire passer pour héraldiste venant étudier la généalogie de Balthazar de Bleuchamp (alias francisé de ce cher Blofeld), comte énigmatique qui dirige un institut traitant les allergies dans sa clinique de Piz Gloria située sur un sommet des Alpes. Les beaux manteaux blancs immaculés deviennent alors le paysage dominant de cette aventure de James Bond. D’autant plus que tout cela se déroule au moment de Noël, Blofeld jouant le rôle de Père Noël maléfique ordonnant à ses patientes/lutins de propager un cadeau empoisonné à travers le monde.

Rien de tel que la belle Suisse en décembre pour poser une ambiance chaleureuse. Entre ses détours à la patinoire, l’odeur de glühwein qui embaume les chalets, les chants de Noël en allemand qui résonnent ou les téléphériques comme moyen de transport, Au service secret de sa majesté nous transporte immédiatement dans un petit cocon. Vu qu’on est chez James Bond, tout cela ne se fait pas de façon pépère sous le plaid, mais est couplé à plusieurs séquences d’action dont certaines restes encore marquantes aujourd’hui. La plus emblématique reste la longue poursuite à ski de près de 10 minutes rythmée par l’un des plus beaux scores du grand John Barry. On peut aussi compter sur l’obligatoire poursuite en voiture qui débouche dans une course de stock-car sur glace et le fameux assaut final de Piz Gloria qui finit en bagarre sur bobsleigh. L’hiver est bel et bien présent sous toutes ses coutures.

Mais que serait un bon film de Noël, sans sa belle romance, et c’est là que Au service secret de sa majesté se démarqué énormément. On connait tous le côté coureur de jupons de James Bond, alignant les conquêtes comme les bodycount dans chacune de ses aventures. Il est alors très étonnant de le voir tomber pour la première fois amoureux. Enfin pas tellement quand on découvre le personnage de la comtesse Teresa Di Vincenzo incarnée par la légendaire Diana Rigg. Alors que James Bond la sauve d’un suicide sur les côtes portugaises, ce dernier tombe sur son charme désespéré, et joue dans un premier temps un rôle d’ange gardien. Le père de Teresa s’avère être un chef mafieux prénommé Marc-Ange Draco et veut à tout prix caser Bond avec sa fille. Une histoire d’amour un poil forcée qui va peu à peu se transformer en une véritable idylle, comme dans tout bon film de Noël. Les deux tourtereaux commencent alors à se voir à de nombreuses reprises avant de tomber éperdument amoureux, allant même jusqu’à pousser James Bond à démissionner de son travail.

Plus que la mission, la storyline la plus importante du film réside dans cette histoire d’amour, chose là aussi assez unique dans la saga, même si l’on peut y faire des rapprochements avec Vesper Llynd dans Casino Royale. Entre des altercations avec des méchants très méchants, on va alors pouvoir voir James Bond batifoler avec sa promise, que ça soit dans un jardin avec le tube de Louis Armstrong « We have all the time in the World »ou dans l’une des séquences les plus romantiques de la saga, la demande en mariage dans une grange lors d’une tempête de neige. Malheureusement, comme on connait James Bond en tant que célibataire endurci, on se doute que ce conte de fée aura une issue tragique. Un scène choc clôture Au service secret de sa Majesté qui ne nous fera pas terminer cette histoire avec des étoiles dans les yeux, mais plutôt avec des larmes.

Au service secret de sa Majesté – Bande Annonce

Au service secret de sa Majesté – Fiche Technique

Réalisation : Peter Hunt
Scénario : Richard Maibaum, d’après le roman de Ian Fleming
Montage : John Glen
Musique : John Barry
Production : Albert R. Broccoli, Harry Saltzman
Sociétés de production : EON Productions
Société de distribution : United Artists
Pays d’origine : Angleterre
Genre : espionnage
Durée : 136 minutes
Date de sortie : 19 décembre 1969

Royaume-Unis – 1969

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