Cannes 2018 : Climax, le dernier trip de Gaspar Noé

Présenté à la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes 2018, Climax envoie valser le public dans une transe folle aux allures psychédéliques. Gaspar Noé est vraiment un grand maître de la mise en scène.

Ils étaient nombreux à l’attendre, et l’heure est enfin arrivée de découvrir le dernier délire du réalisateur d’Irréversible. Un film brut sous acide que l’on regarde en se perdant au rythme des acteurs. Gaspar Noé confirme son talent monstre pour créer une ambiance purement visuelle grâce à des jeux de lumière qui n’appartiennent qu’à lui. Glauque, zombiesque et transcendant, Climax offre une danse lugubre aux odeurs de sangria. La manière qu’il a de peindre des tableaux avec les corps n’a pas bougé et bien que l’on puisse commencer à s’en lasser, ses plans vus d’en haut sont toujours aussi spectaculaires. Non, rien n’a changé dans le cinéma de Noé si ce n’est qu’il est moins provocateur. Une chose est sûre, il fait ce qui lui plaît, il s’éclate, et en voyant le cinéaste tout excité dans le Théâtre de la Croisette avant de présenter son film, on voit que rien ne l’a quitté de son âme d’adolescent.

Le cinéma de Noé n’est pas mort, mais les idées peut-être. Une heure et demie passée à regarder des corps danser, céder à l’ivresse et se déshumaniser au fil de la drogue, c’est beau parce que le cinéaste, passionné, fait ce qu’il a toujours su faire. Faire valser la caméra pour retourner son spectateur, mais rien de nouveau dans la mise en scène qui aurait pu surprendre la Croisette. Les plans-séquences sont gigantesques et enferment encore plus les personnages dans le huis clos de la salle des fêtes de laquelle ils semblent ne pas parvenir à sortir. Emprisonnés dans la drogue et dans les relations qu’ils ont les uns avec les autres, les couloirs glauques sont à l’image de la destruction qu’ils s’imposent et s’infligent. Des phrases écrites en gros sur tout l’écran qui font passer les étincelles fugitives de son esprit décalé avec quelques critiques du monde actuel glissées subtilement mais tout de même. Le collectif, l’anarchie, c’est la clé du projet fou qu’il nous propose au détriment d’un message profond. En choisissant des danseurs plutôt que des comédiens, le cinéaste mise sur la folie spontanée et naturelle de ceux qu’il a choisi. L’improvisation est le maître mot, hormis pour la scène de danse obligée d’être chorégraphiée. La danse est une envolée céleste qui pourrait bien faire danser toutes les salles au son euphorisant de l’électro .

Climax n’est pas vraiment le film qu’on attendait, il semble que Gaspar Noé n’a plus grand chose à dire et beaucoup de choses se mélangent, mais ne serait-ce que pour la proposition esthétique électrisée par les rythmes sonores, assister à cette séance magnétique à Cannes a quelque chose de divin.

Bande-annonce : Climax de Gaspar Noé

Synopsis : Naître et mourir sont des expériences extraordinaires. Vivre est un plaisir fugitif.

[Quinzaine des Réalisateurs au Festival de Cannes 2018]

Climax, un film de Gaspar Noé
Avec acteurs inconnus
Distributeur : Wild Bunch Distribution
Genres Drame, Thriller
Durée : 1h 35min
Date de sortie : 19 septembre 2018
Nationalité français

Festival

Festival Lumière 2026 : Ray Gunn, le miracle de Brad Bird

Avec "Ray Gunn", Brad Bird ressuscite un projet vieux de trente ans dans un polar animé rétro-futuriste où l’héritage du film noir rencontre une société rongée par le racisme, la corruption et les faux-semblants. Entre virtuosité visuelle, richesse thématique et grand spectacle, le réalisateur des Indestructibles signe un bonbon à l’amertume néo-noir, aussi foisonnant que réjouissant.

Festival Lumière 2026 : Peking Opera Blues, Tsui Hark en maestro

Quarante ans après sa sortie hongkongaise, "Peking Opera Blues" arrive enfin dans les salles françaises le 21 octobre, restauré en 4K. Dans le Pékin chaotique de 1913, trois femmes que tout oppose se retrouvent à l’opéra pour une aventure où le vaudeville bouscule le pouvoir. Un classique survolté, tendre et irrésistible, (re)découvert au Festival Lumière 2026, dont Tsui Hark était l'un des grands invités.

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Newsletter

À ne pas manquer

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

Héros (2007) : Une séquestration sur les nerfs

Et c'est peut-être là que le film trouve sa plus belle idée : faire de la solitude un personnage à part entière, invisible mais omniprésent, qui hante chaque recoin de l'appartement. Pierre Forêt ne cherche pas tant à être aimé qu'à être enfin entendu, et c'est cette nuance qui donne au personnage sa fragilité touchante. On en sort avec l'impression étrange d'avoir ri à des choses qui ne font pas rire, et d'avoir pleuré à des choses qui ne font pas pleurer non plus. Tout le paradoxe de ce Héros, et sans doute sa plus grande force.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Minotaure : nourrir l’ogre

Exilé en France, Andreï Zviaguintsev est de retour, neuf ans après le mémorable Faute d'amour. Reprise de La Femme infidèle de Chabrol, cette chronique d'un adultère virant au drame fait écho à la Russie de 2022 qui entamait alors son "opération spéciale". Analyse d'un film aussi riche que stimulant.

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.
Gwennaëlle Masle
Gwennaëlle Maslehttps://www.lemagducine.fr/
Le septième art est un rêve et une passion depuis quelques années déjà. Amoureuse des mots et du cinéma, lier les deux fait partie de mes petits plaisirs. Je rêve souvent d'être derrière la caméra pour raconter des histoires et toucher les gens mais en attendant, je l'écris et je me plais à le faire. Je suis particulièrement sensible au cinéma français ou au cinéma contemplatif dans sa généralité, ce qui compte c'est de ressentir. Les émotions guident mes passions et le cinéma ne déroge pas à la règle, bien au contraire.

Festival Lumière 2026 : Ray Gunn, le miracle de Brad Bird

Avec "Ray Gunn", Brad Bird ressuscite un projet vieux de trente ans dans un polar animé rétro-futuriste où l’héritage du film noir rencontre une société rongée par le racisme, la corruption et les faux-semblants. Entre virtuosité visuelle, richesse thématique et grand spectacle, le réalisateur des Indestructibles signe un bonbon à l’amertume néo-noir, aussi foisonnant que réjouissant.

Festival Lumière 2026 : Peking Opera Blues, Tsui Hark en maestro

Quarante ans après sa sortie hongkongaise, "Peking Opera Blues" arrive enfin dans les salles françaises le 21 octobre, restauré en 4K. Dans le Pékin chaotique de 1913, trois femmes que tout oppose se retrouvent à l’opéra pour une aventure où le vaudeville bouscule le pouvoir. Un classique survolté, tendre et irrésistible, (re)découvert au Festival Lumière 2026, dont Tsui Hark était l'un des grands invités.

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.