Love and Mercy, un film de Bill Pohlad : Critique

Dangerous game

Mais si Love and Mercy sort du lot, c’est grâce à son casting 4 étoiles, voire 5 étoiles. Deux interprètes pour un personnage, voilà un pari osé, car en cela réside la possibilité que l’un surpasse l’autre, mais il n’en est rien. Paul Dano et John Cusack se valent et sortent leur épingle du jeu, chacun à leur manière, participant tous deux à des séquences émotionnellement fortes, où la direction d’acteur et le jeu est à l’honneur. Mais les deux diffèrent tout de même : John Cusack propose un jeu sur la durée, alors que Paul Dano se révèle dans des séquences bien précises.
Il ne faut pas faire d’impasse sur les seconds rôles. Elizabeth Banks est excellente. Même si, de prime abord, elle peut apparaître comme l’actrice potiche blonde pas très intelligente, elle dévoile un jeu édifiant, variant entre diverses émotions, tout en sachant que son rôle n’est en rien facile. En effet, l’actrice interprète Melinda LedBetter, femme qui aidera Brian Wilson à sortir des griffes de son médecin, interprété par Paul Giamatti, lors de sa descente aux enfers, après avoir été au sommet avec les Beach Boys. D’ailleurs, Paul Giamatti complète le casting principal avec brio. Mais il ne faut pas trop en dire sur son personnage et sur sa relation avec Brian Wilson, car c’est en cela que réside la force des séquences avec John Cusack comme interprète. (même si toute l’histoire est trouvable sur internet, le film étant un biopic.) Mais Paul Giamatti est aussi confronté, à plusieurs reprises, à Elizabeth Banks, et on retiendra toute cette séquence d’insultes chez le concessionnaire auto, preuve de la faiblesse du médecin, et de sa manipulation qui ne porte ses fruits qu’envers Brian Wilson.

On pourrait regretter que le réalisateur laisse de côté les relations familiales de Brian Wilson. Lors des flash-back avec Paul Dano, Bill Pohlad n’aborde que superficiellement ses relations avec ses frères (Denis ou Carl) ou son cousin (Mike Love), alors que ces dernières ont été d’une importance majeure dans l’histoire des Beach Boys, mais également dans la vie de Brian Wilson. Toutefois, la relation que Brian entretient avec son père est très justement instaurée, une relation compliquée, très souvent tendue, où les intentions de chacun sont floues, même si l’on se doute que l’argent, le profit et la quête du succès régissent les pensées et les choix du père, notamment lorsque ce dernier décide de vendre les droits des chansons des Beach Boys.
La fresque familiale dans « Love and Mercy » n’est donc qu’une ébauche et s’avère être inachevée, mais pour couvrir une vie, le réalisateur a du travailler la synthèse, et ses intentions sont dignement représentées dans le film.

I love Rock’n’roll 

Who does not know Beach Boys? This American rock band had a huge success in the 1960s and 1970s, consisting of 6 boys cracking girls. Beach Boys, we all keep in mind huge hits like « I get around », « Surfin USA » or « Good Vibrations ». We know a little less about the history of its members, and that of Brian Wilson, but Bill Pohlad decided to take an interest in it. Because yes, do not approach Love and Mercy , the first feature film of the director, as a film tracing the history of the Beach Boys but as a pure biopic Brian Wilson, performer and author of the best-known songs of the group.

Love and Mercy is divided into two parts: the youth of Brian Wilson (then played by Paul Dano) who continues to be presented to us in the form of flashbacks, and his life after Beach Boys, where Brian Wilson (this time played) by John Cusack) sees himself being manipulated and lives a nightmare with his eyes open. The temporal / narrative scheme of Love and Mercy is very interesting because the director does not serve us a simple chronology, but, on the contrary, continues to navigate in different eras.

Although the realization is simple, the filmmaker is content to film, without any aesthetic bias, except for the aging of images to stick to the 70s. Where Bill Pohlad could have appropriated the biopic and make a story exciting, it comes out a simple narration of facts, but the feature film is still pleasant to watch, with beautiful sequences, such as aquatic. Love and Mercy enjoys a real work on the sets, the director having reconstructed the different places that made the life of Brian Wilson. After, as in many biopics, impossible to escape all this arsenal of makeup, aiming to embellish the characters, but highlighting a certain falsity, a lack of naturalness.

Synopsis: Biopic retracing the path of Brian Wilson, a genius composer of the Beach Boys , a difficult childhood ended up making schizophrenic.

Love and Mercy >> Bande-annonce du film

Love and Mercy : Fiche technique 

Titre original : Love & Mercy
Titre français complet : Love and Mercy, la véritable histoire de Brian Wilson des Beach Boys
Date de sortie américaine : 5 juin 2015
Date de sortie française : 1er juillet 2015
Nationalité : Américaine
Réalisation : Bill Pohlad
Scénario : Oren Moverman et Michael Alan Lerner
Interprétation : John Cusack, Paul Dano, Elizabeth Banks, Paul Giamatti, Kenny Wormald
Musique : Atticus Ross
Photographie : Robert D. Yeoman
Décors : Andrew Max Cahn
Montage : Dino Jonsäter
Production : Bill Pohlad, Claire Rudnick Polstein, John Wells et Brian Wilson
Société de production : Battle Mountain Films et River Road Entertainment
Distribution Company: Roadside Attractions (United States), ARP Sélection (France)
Genre: Biography, Biopic
Duration: 120 minutes

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Zoran Paquot
Zoran Paquothttps://www.lemagducine.fr/
Etudiant lillois passionné de cinéma, ayant plusieurs courts-métrages à mon actif, je baigne dans cet art depuis ma plus tendre enfance, grâce à un père journaliste m'ayant initié au visionnage intensif de films, mais également friand de théâtre, et d'arts en général. Admirateur de Nicholson, fou de Jim Carrey et fervent défenseur du cinéma français. Mon film culte ? Vol au-dessus d'un nid de coucou, Milos Forman, 1975.

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