Avec Rose, Markus Schleinzer plonge dans l’Allemagne rurale du XVIIe siècle, au lendemain de la guerre de Trente Ans. Dans un noir et blanc austère, presque minéral, Sandra Hüller incarne une femme qui a choisi de vivre sous l’identité d’un homme. Un film d’une grande modernité, dont le minimalisme apparent finit par tout envahir.
En Turquie, la tension monte entre deux villages. Paranoïa et manipulations religieuses attisent la violence. Adoptant les codes des films de genre, Emin Alper ne parvient guère à convaincre, malgré une photographie de qualité, une interprétation impeccable et un final malin.
La frappe explore avec une caméra au plus près des visages les cicatrices laissées par un père abuseur. Julien Gaspar-Oliveri signe une œuvre tendue et rugueuse, entre drame intime et chronique familiale. Un film qui déroute par son refus de trancher mais finit par séduire lorsqu'il renoue avec une narration plus ferme. Une proposition fragile, parfois monotone, mais qui s'essaye à une certaine forme.
Sélectionné à Cannes 2025, le premier long-métrage de Prïncia Car explore avec sensibilité et audace les relations affectives d’une jeunesse marseillaise désorientée, prise entre pulsions, patriarcat et quête de liberté. Carmen et Yasmine s’imposent peu à peu comme figures d’émancipation dans un récit féministe vibrant, porté par une mise en scène solaire, une bande originale marquante et une interprétation souvent improvisée.
Avec "Eddington", Ari Aster délaisse l’horreur pure pour une fresque politique audacieuse et clivante. Entre satire de l’Amérique trumpiste, tensions sociales, et chaos narratif, le film divise autant qu’il intrigue. Ambitieux mais inégal, ce long-métrage présenté à Cannes déstabilise par ses choix radicaux, tout en confirmant le talent de son réalisateur.
Apagan retrace une opération d’évacuation méconnue à Kaboul en août 2021, menée avec sang-froid par Mohamed Bida, officier de police français en poste à l’ambassade. Adapté de son propre livre, le film réalisé par Martin Bourboulon insuffle tension et émotion dans cette mission hors normes, alors que les Talibans reprennent le contrôle du pays. Roschdy Zem incarne Bida avec sobriété et profondeur, aux côtés de Lyna Khoudri, impressionnante dans le rôle d’une traductrice au courage discret. Ce récit haletant mêle suspense, négociations risquées, engagements personnels et portraits bouleversants dans un Kaboul en pleine chute. Au-delà du thriller, Apagan rend hommage à un homme et à ceux qui, dans l’ombre, ont risqué leur vie pour en sauver d’autres.
À l’occasion des 50 ans des "Dents de la mer", Laurent Bouzereau signe un documentaire captivant qui revient sur les coulisses chaotiques du tournage. Archives rares, témoignages intimes et analyse du génie de Spielberg dévoilent comment un film au bord du naufrage a donné naissance au tout premier blockbuster moderne.
"L'Aventura" de Sophie Letourneur explore avec finesse et authenticité la richesse du quotidien familial en vacances, mêlant humour discret, émotions profondes et moments simples. Le film capture la complexité des relations humaines à travers des instants sensibles où le banal révèle la vérité et la fragilité des liens entre parents et enfants.
Le Rire et le Couteau vous saisit à la gorge et ne lâche plus. Trois heures trente d’un cinéma vivant, pulsatil, où chaque plan sue l’urgence des corps et la fièvre des rencontres. Pedro Pinho y déploie une Afrique queer et vibrante, loin des clichés misérabilistes, un continent de désirs et de discours enflammés, où les ombres coloniales dansent encore dans la chaleur des nuits. À travers les yeux de Sergio, ingénieur portugais perdu dans cette géographie sensuelle, le film devient une expérience physique : on sent les odeurs, on touche les peaux, on écoute battre le cœur d’un monde qui résiste aux catégories.
Entre érotisme politique et mélancolie postcoloniale, Le Rire et le Couteau est bien plus qu’un film : une onde de choc.
Le nouveau "Superman" de James Gunn marque une renaissance ambitieuse pour DC, mêlant un héros profondément humain à une quête existentielle pleine de vulnérabilité. Face aux échecs passés et à l’ombre écrasante des Avengers, ce film ose réinventer l’Homme d’Acier avec compassion et modernité, explorant des thèmes d’espoir, d’amour et de solidarité dans un monde cynique. Notre critique décortique cette odyssée captivante, ses forces et ses limites.
En Polynésie, Titouan Bernicot et les Coral Gardeners s'engagent pour restaurer les récifs coralliens face au réchauffement climatique. Un documentaire engagé entre urgence écologique, pédagogie et mobilisation d’une jeunesse déterminée à agir.
Et si la véritable violence faite aux filles n'était pas celle du patriarcat, mais celle des mères elles-mêmes ? Dans Faire la peau, Louise Chennevière signe un récit-réquisitoire incandescent sur le couple mère-fille, où l'écriture, entre rage et réflexivité, tente de dire l'inacceptable : la complaisance d'une lignée de mères dans la violence systémique qu'elles ont elles-mêmes subie. Un livre-ravage qui pose une question vertigineuse : faut-il tuer sa mère pour sortir d'une aliénation et vivre enfin libre ?
Des néonazis, un président américain davantage préoccupé par sa teinture que par l’apocalypse, un Panzer qui tient de l’immeuble et une querelle lexicale autour du ping-pong : Fabien Bedouel boucle le cycle de "Valhalla Bunker" en mettant tous les potentiomètres dans le rouge. C’est énorme, idiot avec méthode, et dessiné avec une redoutable efficacité.
« Johannes de Eyck fuit hic 1434… » « La phrase est doublement ambiguë. Elle ne dit pas que le tableau date de 1434, mais que la scène qu’il représente a eu lieu cette année-là. Et elle se garde bien de nous informer si, de cette scène, Van Eyck fut le témoin ou le protagoniste. Elle place le tableau sous le signe du double sens. »
« A l’origine, nous étions des êtres doubles : chaque humain était constitué de deux personnes, unies en un seul corps gigantesque. Notre force et nos capacités étaient d’autant plus grandes et notre pouvoir était tel que nous cherchâmes à rivaliser avec les dieux… »