La Mine du Diable : à la recherche de la veine mère

Dans son nouveau documentaire, le réalisateur italien Matteo Tortone nous convie à une plongée fascinante dans La Mine du Diable, en plein cœur de la Cordillère des Andes. Un voyage fascinant, entre réel aride et imaginaire débridé.

Synopsis : Jorge, jeune chauffeur de moto-taxi quitte la banlieue de Lima et sa famille pour poursuivre ses rêves d’or et de fortune, en rejoignant la mine de La Rinconada, sur le toit de la Cordillère des Andes. Là-bas, on raconte que la mine appartient au Diable, et qu’il ne cède ses pépites qu’en échange d’un sacrifice…

Peu après Si tu es un homme (1er mars 2023), de Simon Panay, sort La Mine du Diable, de Matteo Tortone. Les deux documentaires accompagnent un enfant pour le premier, un adolescent pour le second, dans leur descente au cœur d’une mine d’or. Mais le premier nous emmenait sur le continent africain, au Burkina Faso, alors que le second nous entraîne en Amérique du Sud, vers les hauteurs andines de la mine de La Rinconada, au Pérou. Une mine qui, située sous le Glacier Auchita, aussi appelé La Bella Durmiente (La Belle Endormie), se pénètre d’abord à l’horizontale, avant d’explorer vers le haut et le bas les entrailles de la montagne. On comprend qu’un tel lieu, perché à 5100 mètres d’altitude, ait favorisé le développement de légendes, de croyances, de rituels…

C’est cet insondable de La Rinconada que le réalisateur et coscénariste italien, ici secondé par Mathieu Granier, a souhaité explorer. Dans un noir et blanc qui délocalise et universalise l’action, en même temps qu’il la désamarre de la réalité documentaire et lui fait plus aisément rejoindre le fantastique, on suit le jeune Jorge (José Luis Nazario Campos), de la banlieue de Lima, où il exerçait laborieusement le métier de moto-taxi, à la ville andine de La Rinconada, non loin de la frontière bolivienne. Sur un rythme par moments assez lent et toujours très fascinant, comme happé par une autre dimension à laquelle nous conduit naturellement la musique d’Ivan Pisino, on assiste aux premiers contacts avec la mine et la petite ville, ainsi qu’à la distension du lien avec les proches laissés en contrebas.

D’après le récit de José Luis Nazario Campos lui-même, la voix off de Denzel Calle González, qui a la douceur hypnotique de celle de Patricio Guzman dans ses documentaires, mais un timbre légèrement plus aigu, nous introduit à la dimension ethnographique du lieu, rend audible ce qui n’est pas visible, parfois en prolepse sur le récit, dévoile les croyances, les superstitions, et toutes les raisons pour lesquelles La Rinconada est surnommée « la mine du Diable ». Prennent ainsi sens sous nos yeux les énigmatiques figures du Carnaval, les non moins mystérieux mannequins représentant les mineurs, mais aussi l’inquiétant Diable à la peau pâle censé arpenter les profondeurs de la mine et exiger des sacrifices, volontiers humains. Les nombreux plans nocturnes ou enfoncés dans la mine, à la seule lueur des torches individuelles surmontant les casques, achèvent d’entraîner le spectateur loin des lumières de la raison et de l’immerger dans un bain de nuit et d’irrationnel.

En moins d’une heure et demie, grâce au montage resserré d’Enrico Giovannone qui ne craint pas l’ellipse, le spectateur se retrouve aussi envoûté que le mineur qui ne parvient plus à se dégager des galeries minières et s’acharne à découvrir la veine aurifère exceptionnelle qui fera sa fortune, quitte à y perdre la vie, à tout le moins sa liberté.

Bande-annonce : La Mine du Diable

Un Documentaire de Matteo Tortone par Matteo Tortone
Titre original Mother Lode
19 avril 2023 en salle / 1h 26min /
Distributeur : Juste Doc

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4.5

Festival

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