Dalva : un film claque sensible sur les emprises incestueuses

Dans un film haletant et intelligent, Emmanuelle Nicot traite avec finesse, sobriété et humanité de l’inceste et du parcours de reconstruction en foyer de son héroïne. Dalva a l’aura tendue et tendre de son actrice principale Zelda Samson, une révélation!

Il faudrait parler tout de suite des acteurs, la très jeune et novice Zelda Samson et le déjà confirmé, excellent et remarqué Alexis Manenti, notamment pour son rôle de flic raciste dans Les Misérables de Ladj Ly.

Le casting d’un film en est le premier souffle, sa matrice palpable venant irradier tant la mise en scène, la pulsation des personnages que l’histoire.

Ici, dans le premier long métrage de la cinéaste Belge Emmanuelle Nicot, ces deux acteurs créent par la puissance de leur jeu, tout en antithèses vibrantes, l’équilibre nécessaire à l’incarnation de leurs personnages.

Zelda Samson est une Dalva butée, en rage adolescente et brusque explosion de nerfs, mais elle est aussi une Dalva tendre et apeurée, esseulée et désorientée. De tous les plans Zelda Samson investit l’écran  de sa haute photogénie et happe notre regard de sa maturité sensuelle et sidérante. Le personnage d’éducateur – Jaydan(Alexis Manenti) – , face à cette fureur et stupeur, joue avec une solidité magnétique la droiture, la juste distance, la rigueur bienveillante. 

Dans Dalva, Emmanuelle Nicot aime filmer les visages de ses acteurs avec des valeurs de plans correspondant à leur rôle : Dalva est filmée de très près, bouleversée et bouleversante. Manenti d’un peu plus loin, visage dostoievskien -mélange de sagesse, de bonté et de tristesse -surgissant dans le plan  avec un regard plein de miséricorde, de dignité  et d’écoute réparatrice.

Nous insistons sur cette importance du casting car elle n’est pas anodine pour une réalisatrice qui est également spécialisée en «  casting sauvage ». 

Cette passion de l’humain et de l’émotion, Emmanuelle Nicot la met en œuvre dans chaque scène portée par un cinéma à hauteur des complexités juridiques et sociales, influencé par les travaux des Frères Dardenne et de Maïwenn, pour ne citer qu’eux.

Vous allez me demander ce que raconte Dalva ?! Et c’est là qu’il faut aller voir comment une cinéaste s’empare d’un sujet social sans faire un film social.

La jeune Dalva se vit comme une femme, aime immodérément son père qu’elle appelle «  Jacques » et non papa,  et n’a aucune conscience de subir une situation interdite et incestueuse. La caméra d’Emmanuelle Nicot saisit son héroïne à l’arraché (titre d’ailleurs de son court-métrage), dans une rythmique haletante, serrée et concise.

On ne s’attarde pas sur son passé avec son père. On est juste pris au présent dans l’énigme d’une jeune fille qui semble n’avoir aucune idée de ce que l’inceste peut être, une jeune fille qui ne l’est pas et s’est vécue en femme de son père. Le film traduit de manière incisive et délicate, droite et sensible le trajet vers ce passage à la lucidité. Dalva ou le passage. Dalva ou l’aura. Vers l’émancipation? 

Une scène majeure fait front, celle de la confrontation entre Dalva et son père en prison en présence de son éducateur. Il faut voir les dégradés de lumière sur les visages, le visage de Manenti écoutant les récits déformés de la fille au père.

Le film encense peut être un peu trop les maisons d’enfance ou foyers mais peut-on lui en vouloir ? Il questionne ce point aveugle où l’amour incestuel devient inceste, où l’emprise peut être confondue avec l’amour, ce point où la loi n’apparaît pas encore, où les frontières sont confuses, où l’on n’est pas encore « normé » mais juste Dalva de passage. Entre apprentissage, visage et rémission.

Bande-annonce : Dalva

Fiche technique : Dalva

Réalisatrice : Emmanuelle Nicot
Avec Zelda Samson, Alexis Manenti, Fanta Guirassy, Marie Denarnaud et Roman Coustère Hachez…
Production : Helicotronc
Co-production : Tripode Productions
Distribution France : Diaphana Distribution
Ventes internationales : MK2
En salle le 22 mars 2023 / 1h 20min / Drame

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