Accueil Blog Page 89

Quiet Life : la grande dépression

C’est avec sobriété, mais surtout efficacité qu’Alexandros Avranas nous invite à découvrir les causes et conséquences d’une pathologie rarement abordée dans les œuvres de fiction. En s’inspirant de faits survenus au début des années 2000, Quiet Life explore en quoi le « syndrome de la résignation » constitue un enjeu majeur, en ces temps de guerre et de vagues d’immigration croissantes, pour une jeunesse traumatisée, en perte d’identité et surtout privée d’un foyer chaleureux, où l’amour d’une famille peut briller de mille feux.

Médicalement reconnu depuis 2014, le syndrome de la résignation est une maladie psychique dont les origines sont de l’ordre de la tragédie sociale. Les victimes plongent dans un état comateux que la science ne peut parfaitement expliquer ou accompagner. Rapidement intégrés dans une nouvelle vie sans peur ni persécution, les enfants de réfugiés dont la demande d’asile a été refusée en sont les cibles prioritaires. Ce concours de circonstances amène donc les parents à se reconnecter à leurs enfants, ainsi qu’à leur culture d’origine, chose qu’on leur ampute à la force d’une administration médicale et sociale kafkaïenne. Alexandros Avranas (Without, Miss Violence, Dark Crimes, Love Me Not) nous immerge au cœur de cet univers que l’on croirait dystopique. Il s’agit pourtant d’une réalité qui nous est familière, dont les menaces silencieuses sont sans appel.

À contretemps du bonheur

Dès l’ouverture, le cinéaste nous donne les clés de lecture de son œuvre, si tant est qu’on puisse s’en servir pour déverrouiller les nombreuses portes et barrières physiques qui entravent la mobilité d’une famille russe en exil et qui parasitent également leur manière de penser. Katja se tient droite, face à la porte et face à la caméra. Elle est aussitôt rejointe par sa sœur aînée, Alina, dans une posture similaire, avant que leurs parents, Natalia et Sergei, n’en fassent de même. Cette première image capture cette famille dans une ambiance solennelle et inquiétante. Elle reflète tout ce dont il sera question par la suite, en grattant à la surface d’une société suédoise formatée et qui durcit sa politique contre l’immigration.

Les premières minutes du récit sont ainsi consacrées à une inspection des services sociaux, présentés comme une potentielle menace, tels des agents de l’État, missionnés pour exécuter la sentence d’expulsion. Entre le blanc et le gris, balayant toute chaleur du décor, chaque pièce de leur logement d’emprunt est verrouillée. Rien ne doit dépasser et rien ne doit mettre en péril leur demande. Se conformer aux attentes est une formalité nécessaire. C’est par ce prisme-là, ce côté claustrophobique et déshumanisé que l’on décrit cet état transitoire que côtoient de nombreux réfugiés. Cette illustration n’est pas uniquement représentative de la Suède. Toute l’intrigue aurait également pu se dérouler dans un autre pays d’accueil, avec une culture et une emprise sociale différentes. Malgré toutes les possibilités, revenir au berceau de la fameuse maladie fut essentiel pour le réalisateur grec, qui déroule synthétiquement toute la documentation qu’il a collecté depuis près de six ans.

Avranas explore notamment le hors-champ et les sous-entendus du court-métrage documentaire Des vies en suspens, réalisé par Kristine Samuelson et John Haptas en 2019. Le syndrome de la résignation revient constamment au centre des débats pour en connaître les causes et en étudier les conséquences néfastes, si la pathologie venait à persister. Il expose les faits qu’il a compilé avec soin, avant qu’une malédiction ne s’abatte sur la jeune Katja, mentalement à bout de souffle. Sa demande d’asile rejetée permet alors à la dépression, la culpabilité et la solitude de gagner du terrain. Comme bon nombre d’enfants vivant un cas similaire, elle est enfermée dans son propre corps, dans l’attente d’une bonne raison pour reprendre le cours de sa nouvelle vie. Et tandis que le parti scientifique expose leur point de vue, très limité, sur cette tragédie, le récit bascule à un autre niveau de lecture où la rigidité des institutions règne. Imperméables à l’émotion et à la compassion, chose que l’on a déjà évoquée dans Quitter la nuit. L’emprise du système est si forte que dévoiler sa vulnérabilité ne changerait rien à la sentence de l’office des migrations. Cette emprise est ensuite comparée à l’échelle de la famille, où les parents finissent par devenir ce qu’ils ont tant redouté, en manipulant sournoisement leurs enfants et la vérité. Obtenir l’asile reste évidemment l’enjeu principal de la première partie. Une séquence de témoignage individuel, aussi tordue et tendue que dans Border Line, en atteste.

Ma famille d’abord

Derrière chaque sourire forcé et chaque rideau de politesse avec lequel chaque protagoniste s’enveloppe, le cinéaste déconstruit le modèle « parfait » suédois. De l’extérieur, leur mode de vie est sujette à de nombreux fantasmes et attire encore de nouveaux venus, prêts à s’acheter une nouvelle vie, se trouver de nouveaux emplois, une nouvelle maison, s’adapter à une nouvelle langue et arborer un nouveau nom d’usage. Faire table rase des cicatrices du passé, voilà ce qui motive la famille de Sergei à renier silencieusement leur racine ou tout simplement leur identité. Bien heureusement, l’infirmière Adriana injecte un peu de nuance dans le réseau médical suédois. Sa contribution est peut-être minime dans un tel récit, mais son humanité dissimulée donne beaucoup plus de baume au cœur à Sergei et Natalia, en comparaison avec l’étonnante et frustrante thérapie imposée par le corps médical. Elle a pour but d’installer une aura positive lors des visites à l’hôpital. Une approche mise en échec avec beaucoup de cynisme.

Plus rien d’autre ne compte que de réunifier une famille trop maladroite en communication. Le dernier acte est dédié à cette opération, et la tendresse est de mise. Ce dénouement manque cependant d’une envolée lyrique pour trancher avec l’ambiance austère d’un monde sans compassion. Les simples plaisirs, comme se divertir devant la télévision ou manger une crème glacée, devraient laisser imploser toutes les émotions retenues dans une première partie plus sobre et plus lente, car moins optimiste. Ce n’est pas que le cinéaste n’essaie pas de le faire, mais il faut plus d’une étincelle pour illustrer toute la chaleur qui émane de l’amour familial, l’élément salvateur clé de ce drame social.

Reste qu’Alexandros Avranas est d’une précision clinique dans sa composition de l’image et sa mise en scène, constamment au service d’une atmosphère claustrophobique et artificielle, quand bien même la flore domine le territoire suédois. Il nous rend compte de cette société, à l’image des enfants atteints du syndrome de la résignation, qui cherche elle-même à protéger son microcosme par de faux espoirs. Tout le paradoxe de cet univers, a priori paradisiaque, prend alors son sens dans une scène où la famille russe se réunit autour d’un arbre, isolé au fin fond d’un parking souterrain. Il s’agit d’un jeu de miroir astucieux. Quiet Life regorge d’idées visuelles et métaphoriques à ce sujet qu’on lui cède volontiers notre coup de cœur, en raison de sa discrète participation à la dernière Mostra de Venise.

Quiet Life – Bande-annonce

Quiet Life – Fiche technique

Réalisation : Alexandros Avranas
Scénario : Stavros Pamballis, Alexandros Avranas
Interprètes : Chulpan Khamatova, Grigoriy Dobrygin, Naomi Lamp, Miroslava Pashutina, Eleni Roussinou
Image : Olympia Mytilinaiou
Décors : Markku Pätilä
Costumes : Jaanus Vahtra
Montage : Dounia Sichov
Son et mixage : Kristjan Kurm, Kostas Varympopiotis
Musique : Tuomas Kantelinen
Production : Les Films du Worso
Pays de production :  France, Allemagne, Suède, Estonie, Grèce, Finlande
Distribution France : Wild Bunch
Durée : 1h39
Genre : Drame
Date de sortie : 1er janvier 2025

Quiet Life : la grande dépression
Note des lecteurs0 Note
3.5

There Will Be Blood de Paul Thomas Anderson : le sang et les larmes face à l’obsession du profit

0

Considéré comme l’un des meilleurs films du réalisateur, There Will Be Blood réunit la quintessence du talent de Daniel Day-Lewis, Paul Dano et Paul Thomas Anderson. Il apporte à l’interprète de Daniel Plainview le deuxième Oscar de sa carrière, à juste titre.

Synopsis : Lorsque Daniel Plainview entend parler d’une petite ville de Californie où un océan de pétrole git sous le sol, il décide d’aller tenter sa chance et part avec son fils H.W. à Little Boston. Dans cet endroit perdu, où chacun lutte pour survivre et où l’unique distraction est l’église animée par le charismatique prêtre Eli Sunday, Plainview et son fils voient le sort leur sourire. Mais même si le pétrole comble leurs attentes et fait leur fortune, plus rien ne sera comme avant : les tensions s’intensifient et les conflits éclatent.

L’attente de l’horreur

There Will Be Blood débute avec une musique stridente, anxiogène. Elle indique au spectateur l’étendue de l’aventure qu’il s’apprête à voir. Une aventure angoissante, passionnée et brisée. Aucune prise de parole n’entache cette musique : seulement un plan large d’un paysage aride.

La première apparition de Daniel Plainview est sombre, silencieuse. Il est isolé sur cette terre esseulée,  au fond d’une cavité obscure. La musique s’éloigne progressivement, laissant place à un son presque mécanique : celui de la pioche qu’utilise Daniel. Les premiers sons qu’il émet sont des cris de douleur ; le spectateur se sent impuissant face à cet homme qu’il ne connaît pas encore.

Le titre, Il y aura du sang en français, nous oriente sur la suite du récit. Nous comprenons dès lors que les couleurs du film seront le jaune pour le territoire désertique du Nouveau-Mexique, le noir pour le pétrole, et le rouge pour le sang. L’horreur ne se trouve qu’à une poignée de main.

Le besoin d’une famille face à la volonté de solitude

Daniel est un être résolument seul, travaillant seul et voulant être seul. Seul son fils, H.W., l’accompagne partout, jusqu’au terrible accident qui éloigne définitivement le père et le fils, laissant ce dernier sourd. Daniel ne prendra jamais le temps d’apprendre la langue des signes pour communiquer avec lui. La complicité entre les deux était factice, du moins pour Daniel ; la surdité de H.W. casse le dernier lien qui semblait relier les deux personnages.

Pourtant, Daniel Plainview est en quête permanente d’une famille. En créant un village autour de la source de pétrole, il cherche à rassembler les familles pour en créer une seule. Cette « communauté », comme il la nomme, permet de créer une société nouvelle car elle comprend également des enfants. Pour Daniel, la présence des enfants est importante car elle permet l’éducation. « Ces enfants sont notre avenir« , affirme-t-il : en d’autres termes, Daniel veut être l’avenir, car il est à l’origine de cette nouvelle grande famille. Seulement, comme le démontre le titre du film au futur, Daniel est également la source de la violence.

« Un homme ne peut pas prospecter seul, affirme-t-il lors de la commémoration du nouveau village. Il faut toute une communauté de bonnes personnes, telles que vous. C’est bon d’être ensemble. On prie ensemble, on travaille ensemble, et si le Seigneur nous le permet, nous partageons la richesse ensemble « . Cette énumération est un mensonge, car il cherche la richesse justement pour s’éloigner des hommes. Ce paradoxe crée toute la complexité du personnage.

La frénésie d’un capitalisme inarrêtable 

Plus Daniel est riche, plus il peut s’offrir le luxe d’être seul : une solitude étouffante, mais recherchée. Son unique obsession est celle du profit. Il est prêt à tout pour s’enrichir. La longueur du film marque cette étendue : le spectateur est témoin du basculement progressif du protagoniste. Il se perd dans sa quête, tente de garder le cap mais perd l’équilibre dans certaines séquences, notamment celle où il traîne Eli dans le pétrole. « Je vais t’enterrer sous terre » lui dit-il ensuite, d’une voix difficilement calme.

Eli est l’antagoniste de l’antagoniste. Les deux personnages sont des figures paternelles pour les habitants du nouveau village ; l’un à travers l’Église, l’autre à travers l’argent. La voix nerveuse et profonde de Daniel contraste avec celle d’Eli, douce et presque enfantine, comme un ange. À ce titre, la voix constitue un aspect capital du long-métrage. Elle est « comme l’emprunte digitale de l’âme« , disait l’acteur dans une interview. La voix du protagoniste démontre sa volonté de contrôle, qu’il peine de plus en plus à conserver.

Dans la première partie du film, Daniel garde le contrôle, et le spectateur s’interroge : quand pourrait-il sombrer ? À cet effet, la séquence où il se livre à l’Église représente le climax de sa perte de contrôle. À partir de là, plus aucun retour en arrière n’est possible. Il devient un autre homme au sein de cette église : il n’est plus l’homme absorbé dans un plan large, entouré du pétrole. Daniel s’épouvante, se délivre, au plus proche du spectateur, grâce au cadre resserré sur son visage. Le pétrole (donc, l’argent) s’éloigne le temps d’un instant, sous l’œil triomphant d’Eli. Seulement, la guerre entre les deux hommes est loin d’être terminée.

Bande-annonce : There Will Be Blood

Fiche Technique : There Will Be Blood

Titre original et français : There Will Be Blood
Titre québécois : Il y aura du sang
Réalisation et scénario : Paul Thomas Anderson, d’après le roman Pétrole ! d’Upton Sinclair
Musique : Jonny Greenwood
Direction artistique : David Crank
Décors : Jack Fisk
Costumes : Mark Bridges
Photographie : Robert Elswit
Montage : Dylan Tichenor
Production : Paul Thomas Anderson, Daniel Lupi et JoAnne Sellar
Genre : drame historique
Durée : 158 minutes

Les Vestiges du jour : de la transparence des mots

0

En réalisant Les Vestiges du jour, James Ivory offrait un rôle remarquable à Anthony Hopkins, où celui-ci excelle dans la pudeur, le désir inassouvi. Casting 4 étoiles pour une œuvre profonde, qui cherche à retranscrire ce qu’un homme peut subir malgré lui, par souci de discipline, et d’un trop grand sens de l’éducation, du raffinement.

Cette critique contient quelques éléments qui dévoilent l’intrigue et sa finalité.

Voici un film remarquable sur l’incommunicabilité. L’introduction appelle à une possible escapade, une porte de sortie, peut être un renouveau, avant même le développement de l’histoire principale. Elle indique une fin qui pourrait donner du relief à l’ensemble. Mais tout restera linéaire, se terminera en boucle, avec une fatalité tragique. L’intrigue ne sera pas dénouée. La rencontre attendue entre les deux héros qu’une parenthèse. Le protagoniste central, joué par l’épatant Anthony Hopkins, est victime de ses fonctions, de son savoir-vivre et pareil à un homme catatonique : il a beau s’exprimer, c’est comme s’il ne disait rien. C’est un être formel et anhédonique (incapacité à ressentir du plaisir), victime d’alexithymie (difficulté à reconnaitre ses émotions et celles des autres). Tout est signifiant (et insignifiant) mais quasi rien n’est signifié. Il n’y a aucun sous-entendu marquant, peu de langage du corps. Il vit sans fougue, dans une sorte d’abolition des passions possibles. C’est la façon dont il conçoit son rôle de majordome qui fait autorité chez lui, et qui bâillonne ses aspirations, son individualité, ses envies, son identité, sa personnalité qui ne peut s’affirmer, se libérer, respirer, étant comme soumise à sa classe sociale. Avec la progression du nazisme en toile de fond, sa neutralité ne le rend ni bon ni mauvais. On ne peut attendre une réaction de sa part, juste de la discipline. On sent pourtant chez lui un espoir, l’attente d’une récompense, mais elle ne peut arriver que s’il devient acteur et non spectateur de sa propre vie. C’est une passivité chronique. Une scène clef montre le personnage d’Emma Thompson se rapprocher à un centimètre de lui avec espièglerie (la distance de l’intime, de la vie privée, de l’insécurité.) Il se retrouve alors vulnérable. Elle constate qu’il lit des romans à l’eau de rose, ce qui prouve qu’il vit par procuration sur le sujet. L’œuvre agit donc comme une focale, sur un milieu d’abord, mais surtout et avant tout sur une solitude perpétuelle, et refuse d’être une simple fresque historique. Elle fait penser, dans une époque plus contemporaine, à Un cœur en hiver de Claude Sautet, qui renvoie à la même lecture psycho-affective. Par son compte rendu implacable sur les conséquences de la démystification de l’union, de la romance, Les Vestiges du jour finit par être un hymne à l’amour. Le héros regardera, avec mélancolie, un pigeon prendre son envol, symbole d’une liberté qu’il n’aura jamais eue, en ayant conscience de tout ce qui lui a échappé.

Bande-annonce – Les Vestiges du jour

Synopsis : Les doutes et les tourments du majordome d’une grande famille anglaise qui, en 1956, après trente années de parfait service, se demande s’il n’a pas gaspillé sa vie.

Fiche Technique – Les Vestiges du jour

  • Titre original : The Remains of the Day
  • Distribution : Anthony Hopkins, Emma Thompson, James Fox, Christopher Reeve, Peter Vaughan
  • Réalisation : James Ivory
  • Scénario : Ruth Prawer Jhabvala, d’après le roman de Kazuo Ishiguro
  • Image : Tony Pierce-Roberts
  • Musique : Richard Robbins
  • Son : Colin Miller Dolby stéréo
  • Montage : Andrew Marcus
  • Production : John Calley, Ismail Merchant et Mike Nichols
  • Pays de production :  Royaume-Uni et États-Unis
  • Format : 2.35:1 Couleurs par Technicolor
  • Genre : drame et romance
  • Durée : 134 minutes
  • Date de sortie : États-Unis : 5 novembre 1993 ; France : 23 février 1994
Note des lecteurs2 Notes
4

Sonic 3 : c’est plus fort que toi

0

Qui l’aurait cru, après la première bande-annonce du film Sonic, que le hérisson bleu de la Sega Corporation irait aussi loin ? Oui, le premier opus fut une agréable surprise, après une campagne marketing catastrophique. Malheureusement, cet avis n’aura pas survécu au second volet, d’une débilité rarement atteinte et trop destiné aux enfants (alors que les fans de Sonic ont globalement dans la quarantaine). On attendait alors ce troisième épisode avec appréhension. Et, in fine, Sonic 3 : le film se révèle être une encore plus belle surprise que son frère aîné.

Shadow of the colossus

Ce qui différencie principalement Sonic de Sonic 2, c’est le ton pipi-caca insupportable dans la suite, quasiment absent de l’original. Trop enfantin tout le temps, inutilement long et étirant son intrigue pour rien, on frôlait réellement la catastrophe. On regrettait les trop nombreux moments avec Tom, inséré au chausse-pied dans une intrigue déjà peu captivante et qui n’offrait que des scènes plus cringes les unes des autres. C’est, déjà, le plus parlant dans Sonic 3 : le projet se concentre sur le hérisson bleu. Les humains, à l’exception de Robotnik, n’ont qu’un rôle assez secondaire dans cette histoire qui étoffe les émotions de ses héros, Sonic et Shadow en tête. Plus émouvant, plus sombre et bien mieux écrit, le script de cet épisode se suit parfaitement durant ses 1h50. Alors, attention, l’écriture reste très classique et propose des thèmes abordés mille et une fois au cinéma. Les conséquences de la vengeance, l’importance de la famille, se faire sa place dans le monde, on les connait par cœur et on sait très bien qu’on va encore en bouffer.

Si Sonic et Shadow sont bien travaillés et desservent parfaitement l’intrigue, reste que c’est toujours autant le film de Jim Carrey. Plus que jamais, l’acteur de 62 ans s’éclate dans le rôle du docteur Robotnik et, pour cet épisode, de son grand-père. Cette double interprétation fonctionne parfaitement et ses fans se délecteront de chaque passage où les scénaristes ont du dire à l’acteur : « vas-y, fait ce que tu veux, on verra plus tard ». Pour ses détracteurs, le visionnage s’apparentera en revanche à une réelle séance de torture. Et, enfin, Tom et Maggie ont une utilité dans cette histoire et leur temps d’écran très réduit permet d’apprécier au maximum les interactions entre James Marsden et Sonic. Naturelles, fluides et mignonnes, ces séquences s’insèrent parfaitement dans l’histoire, loin de leurs dialogues forcés et tout sauf naturels du précédent opus.

Ce qui étonne aussi grandement dans cette aventure, c’est la qualité de la réalisation. Chaque scène d’action est inventive, bien filmée et Jeff Fowler s’amuse enfin réellement avec la caméra. Enfin, c’est une façon de parler, étant donné que la quasi totalité des séquences d’action sont en réalité réalisées en full CGI. On ressent vraiment la sensation de vitesse des personnages, qu’il s’agisse de Sonic ou de Shadow. Aussi, dans une époque où les effets spéciaux sont de plus en plus malmenés (la faute à la cadence infernale imposée aux équipes par les studios), on apprécie grandement la beauté visuelle du film. Oui, Sonic 3 est beau. Les reflets de lumière sur la fourrure noire Shadow sont somptueux, de même que l’eau sur les personnages lors d’affrontements sous la pluie. Espérons que toutes ces qualités survivent pour la suite. Oui, un quatrième épisode est d’ores et déjà annoncé pour 2027. Espérons qu’ils ne nous fassent pas le coup de réussir un film sur deux…

Sonic 3 : fiche technique

Titre original : Sonic the Hedgehog 3

Réalisation : Jeff Fowler

Scénario : Patrick Casey / Josh Miller / John Whittington

Casting : Jim Carrey / James Marsden / Tika Sumpter / Krysten Ritter

Voix originales : Ben Schwartz / Idris Elba / Keanu Reeves / Colleen O’Shaughnessey

Voix françaises : Malik Bentalha / Marie-Eugénie Maréchal / Frantz Confiac / Jean-Pierre Michael

Production : Blur Studios / Original Film / Paramount Pictures

Distribution : Paramount Pictures France

Durée : 109 minutes

Sortie : 25 Décembre 2024 en salles

Sonic 3 : bande-annonce

Note des lecteurs0 Note
3.5

Wicked : « Surrender Jon M. Chu »

0

Retour en petite forme pour le réalisateur de Crazy Rich Asians et In the Heights qui, la faute à un scénario fébrile et à une mise en scène confuse et désincarnée, ne parvient pas à transposer à l’écran l’amplitude de la métaphore sociopolitique de Wicked, roman préquel du Magicien d’Oz, qui conte l’improbable rencontre d’Elphaba et Glinda, deux apprenties sorcières à l’Université de Shiz, et dévoile les raisons de leur rancune. Principal argument marketing de cette adaptation (de la célèbre comédie musicale de Broadway éponyme) signée Universal, la magie du tandem Erivo-Grande, vocalement irréprochable, n’opère hélas qu’au terme d’un premier acte fastidieux étirant inutilement le livret de Stephen Schwartz, pour ouvrir sur un second volet qu’on imagine plus obscur.

Chef-d’œuvre incontesté d’Hollywood et véritable mythe fondateur du patrimoine culturel américain, Le Magicien d’Oz, adapté du roman éponyme de L. Frank Baum, irrigue l’imaginaire collectif depuis quatre-vingt-cinq ans, donnant lieu à de multiples remakes et relectures dont le méséstimé The Wiz (1978) façon Motown de Sidney Lumet, porté par les deux dieux de la soul Diana Ross et Michael Jackson, et l’oublié Return to Oz (1985) avec Fairuza Balk dans le rôle de Dorothy. Après le désastreux Monde fantastique d’Oz signé Sam Raimi (2013), franchise avortée des studios Disney, Universal s’attaque enfin à Wicked, roman préquel de Gregory Maguire publié en 1995, ayant lui-même inspiré en 2003 le cultissime musical de Broadway, tous deux centrés sur la « véritable » destinée de la mystérieuse Sorcière de l’Ouest.

La paria contre la diva

Née verte et enfant illégitime, étrange binoclarde affublée d’un chapeau pointu noir, Elphaba Thropp est la risée de toute l’Université de Shiz, sorte d’école des sorciers où elle rencontre sa rivale, Glinda Upland (la Bonne Fée du Sud), ravissante peste blonde dont la côte de popularité rose bonbon ne tient qu’à un jeté de cheveux maîtrisé à la perfection. Monstre au cœur tendre malgré sa couleur de peau diabolique, Elphaba ne désire qu’une chose : réparer les injustices et faire le bien autour d’elle. Innocente et pure, la jeune fille prend soin de Nessarose, sa sœur cadette handicapée (la future sorcière de l’Est, qui hérite des précieux souliers d’argent), ignorant encore que le don hors du commun qui sommeille sous sa carapace difforme fera bientôt d’elle l’Élue du royaume. Alors que Glinda, superficielle et orgueilleuse, ne montre aucun talent pour la sorcellerie et passe son temps à se pomponner devant son miroir, Elphaba, elle, encouragée par Madame Morrible (Michelle Yeoh), l’énigmatique directrice de Shiz, doit apprendre à maîtriser son pouvoir avant d’être présentée au roi du feu, le terrible Magicien d’Oz (Jeff Goldblum) en personne. Redoutable imposteur et minable prestidigitateur à la moralité douteuse, ce dernier, reclus dans la plus haute tour de son monumental palais d’émeraude, tapi derrière son rideau de théâtre, caché sous le masque ambigu du self-made man, évoque ici la figure de Walt Disney, jadis tout-puissant storyteller dont l’empire déchu menace de s’effriter, trônant fièrement au milieu de la maquette de son œuvre testamentaire, diorama pétrifié et hors du temps où l’illusion règne en maître.

Enième mise en scène gadget de l’empowerment (la Méchante solitaire du titre n’est en réalité que la malheureuse victime d’une société cruelle et intolérante, où les apparences sont plus que trompeuses), le premier chapitre de Wicked s’empêtre dans un récit éculé qui prépare trop le terrain de sa suite et ne décolle donc jamais. Aussi épaisse et inconsistante qu’une bulle de savon, la trame en long flashback éclate en une multiplicité de ramifications narratives, révélant les fragiles couches sous-jacentes de la quête d’émancipation abracadabrante d’Elphaba. Protégeant les faibles des griffes narcissiques de despotes fascistes sans foi ni loi, régents auto-proclamés et incapables de déchiffrer les sortilèges d’un grimoire ancestral, l’anti-héroïne prend part malgré elle à une conspiration esclavagiste ici peu crédible car mal développée, consistant à museler et à mettre en cage les vulnérables « animaux fantastiques ». Arrivée aux portes du pouvoir, elle transforme ainsi par inadvertance — sous les yeux avides de sa fausse meilleure amie, doucement séduite par les sirènes de la gloire — les gardes du Magicien en affreux singes volants, primates bleus sauvages et violents qui formeront plus tard son impitoyable armée..

Passée l’ouverture opératique sur la cauchemardesque « No One Mourns the Wicked », sorte d’Annonciation macabre et boursouflée de Glinda aux Munchkins exaltés, qui, enfin libérés du joug du tyran, allument un feu de joie pour fêter la mort tant attendue de la Méchante Sorcière — condamnée symboliquement aux flammes purificatrices du bûcher après avoir été d’abord liquéfiée accidentellement par Dorothy –, le conte de fées aux relents ésotériques s’étiole du fait d’un scénario trop dilué. Plombé par une première partie mal écrite qui pastiche en tous points Harry Potter, le film piétine, souffre d’un découpage laborieux et surtout d’un rythme bancal, étirant inutilement le livret de Stephen Schwartz. Comme à Broadway, les partitions sont entrecoupées de dialogues ; hélas, l’enchaînement programmatique des tableaux (« The Wizard and I », « Popular », « Dancing Through Life », « One Short Day », « Defying Gravity ») nuit considérablement à la fluidité de l’ensemble.

Le réalisateur de Crazy Rich Asians troque le pays d’Oz sombre et lubrique du roman contre un pâle royaume contemporain et woke regorgeant de stéréotypes, dans lequel chaque segment du spectacle vient célébrer à l’excès la diversité, l’inclusion et le drapeau arc-en-ciel, sans susciter le moindre émerveillement. Et c’est bien là le souci, l’univers de Wicked ne fait jamais rêver. En effet, cramponné à son univers kitsch et criard où tout est clinquant mais froid, monde obsolète en délitement, épuisé et vidé de sa substance mythologique, Jon M. Chu déploie inexorablement sa petite mécanique rouillée, faussement exubérante, dont les rouages redondants oscillent entre la noirceur artificielle de la Lande de Maléfique ou celle de la forêt d’Into the Woods, le fantasme d’une architecture vénitienne factice et pittoresque (on pense notamment au mythique escalier en colimaçon du palais Contarini del Bovolo) et le souvenir, encore très ancré dans la mémoire cinéphile, des sombres dortoirs et donjons du château de Poudlard.

Saupoudré de quelques clins d’œil obligés à l’iconographie sacrée de l’objet culte de Victor Fleming (le village miniature de Munchkinland, l’apparition bord-cadre de Dorothy sur la route de briques jaunes, brandissant le manche à balai de la sorcière, le champ de coquelicots soporifiques, le relooking hollywoodien à la Max Factor dans la cité d’émeraude, la montgolfière en matte painting..), Wicked, pourtant fidèle à l’esthétique steampunk de la pièce, saccage l’imagerie féerique héritée de L. Frank Baum avec des effets numériques abominables dignes des pires David Yates et Rob Marshall. Côté chorégraphies, Jon M. Chu n’a rien du génie de Busby Berkeley, peinant ici à créer de véritables morceaux de cinéma (astucieux sur le papier, le caméo théâtral d’Idina Menzel et Kristin Chenoweth tombe à plat) et ratant son climax sur l’iconique « Defying Gravity ». Malgré un chant irréprochable, les cabrioles hystériques et le glamour maniéré d’Ariana Grande ne parviennent pas à contrebalancer l’extrême fadeur de la moue boudeuse de Cynthia Erivo. Jonathan Bailey en Prince Fiyero écervelé (l’épouvantail), et Ethan Slater sous les traits de Boq, le Munchkin au cœur d’artichaut (l’homme de fer), quant à eux, sont des adjuvants tristement laissés à l’état d’ébauche. Un horrible naufrage et une gigantesque déception.

Wicked – Bande-annonce

Synopsis : Elphaba, une jeune femme incomprise à cause de la couleur inhabituelle de sa peau verte ne soupçonne même pas l’étendue de ses pouvoirs. À ses côtés, Glinda qui, aussi populaire que privilégiée, ne connaît pas encore la vraie nature de son cœur. Leur rencontre à l’Université de Shiz, dans le fantastique monde d’Oz, marque le début d’une amitié improbable mais profonde. Cependant, leur rapport avec le Magicien va mettre à mal cette amitié et voir leurs chemins s’éloigner. Tandis que Glinda, assoiffée de popularité, se laisse séduire par le pouvoir, la détermination d’Elphaba à rester fidèle à elle-même et à son entourage aura des conséquences aussi malheureuses qu’inattendues. Leurs aventures extraordinaires au pays d’Oz les mèneront finalement à accomplir leur destinée en devenant respectivement la Bonne et la Méchante Sorcière de l’Ouest.

Wicked – Fiche technique

Réalisation : Jon M. Chu
Scénario : Winnie Holzman, Dana Fox, d’après l’œuvre de Gregory Maguire et Stephen Schwartz
Avec : Cynthia Erivo, Ariana Grande-Butera, Jonathan Bailey, Ethan Slater, Bowen Yang, Marissa Bode, Michelle Yeoh, Jeff Goldblum, Bronwyn James, Adam James, Keala Settle, Colin Michael Carmichael…
Production : Marc Platt, David Stone
Montage : Myron I. Kerstein
Photographie : Alice Brooks
Décors : Nathan Crowley
Costumes : Paul Tazewell
Musique : Stephen Schwartz, John Powell
Distributeur : Universal Pictures
Durée : 2h40
Genre : Comédie musicale
Sortie : 4 décembre 2024

Note des lecteurs0 Note
1.5

Le Dernier des Mohicans : l’effacement d’une nation

Retour sur un film d’époque et d’aventures comme on n’en fera sans doute plus jamais à Hollywood. 22 ans plus tard, il nous est permis de (re)découvrir en salle cette pierre angulaire de la filmographie de Michael Mann, portée par la vivacité de Daniel Day-Lewis et une bande originale qui trouve encore la force de nous émouvoir. Le Dernier des Mohicans constitue ainsi une offrande archéologique sur les notions d’identité, d’indépendance et de liberté étasunienne. Une épopée qui établit un constat déchirant d’une culture autochtone en voie d’extinction et qui honore la nature sauvage à chaque séquence.

Synopsis : 1757. Troisième année de guerre entre la France et l’Angleterre. Trois hommes. Les derniers d’un peuple en extinction, à la frontière de l’Hudson.

Le film culte de Michael Mann s’affirme à la fois comme une adaptation du livre éponyme de James Fenimore Cooper (1826) et du scénario de Philip Dunne dans la captation filmique de 1936, réalisée par George B. Seitz. Il laisse cependant la complexité historique de la société géorgienne et les intrigues géopolitiques du livre de côté, là où Stanley Kubrick en fait un point central dans Barry Lyndon. Reste que la guerre de la Conquête constitue une toile de fond idéale afin de poser une réflexion sur l’extinction des peuples indigènes, et à mi-chemin de la contemplation selon Terrence Malick (Le Nouveau Monde). Cette huitième adaptation cinématographique du Dernier des Mohicans est tout de même rigoureusement documentée, mais surtout brillamment co-écrite par Mann et Christopher Crowe, apportant ainsi une approche contemporaine sans pour autant en faire un décalque de notre société actuelle. Le film regorge ainsi de plusieurs niveaux de lecture qui se révèlent peu à peu à chaque visionnage.

Trônant au panthéon du cinéma néoclassique hollywoodien aux côtés de Steven Spielberg, Brian de Palma, Francis Ford Coppola, David Fincher ou encore James Gray, Mann s’est rapidement affirmé comme un indispensable narrateur au style visuel bien identifié. Connu pour atteindre un niveau de naturalisme bluffant à travers le mouvement du cadre et dans le cadre, le cinéaste confirme dès l’ouverture de son film une habileté à nous immerger dans le quotidien des protagonistes. Nous avons ici un Daniel Day-Lewis au sommet de sa forme physique, dont on distingue à peine la silhouette à travers la forêt, chassant le daim. On le surnomme Œil-de-Faucon, Bas-de-Cuir ou encore Longue Carabine suivant les versions, mais son nom de naissance reste Nathanael. Orphelin d’une famille de colons massacrés, il fut recueilli par Chingachgook (Russell Means) et son fils de sang Uncas (Eric Schweig), les deux derniers représentants de la tribu Mohican originaire de la vallée de l’Hudson. La dualité et l’ambivalence sont alors les clés de compréhension de la tragédie dépeinte. Un jeu de miroirs et de dédoublement constant, que ce soit entre les deux racines du héros ou simplement entre Œil-de-Faucon et Magua, qui se complètent et s’opposent à la fois. Cet élément est central au cinéma de Michael Mann, notamment avec un voleur et un caïd dans Le Solitaire, un flic et un criminel dans Manhunter, Heat (remake de son propre téléfilm L.A Takedown), Public Enemies, ou encore un chauffeur de taxi et un tueur à gage dans Collatéral.

Histoire d’une retraite

Pourtant, malgré de nombreuses qualités qui le destinent à servir dans la guerre, le mohican par adoption préfère la diplomatie à la violence et la médiation à la confusion. Héros romantique, dont la précision au tir et l’humilité font d’Œil-de-Faucon un guerrier respectable, il sert à nuancer les rapports de force entre les « camps ». Les Mohicans soutiennent les colonies anglaises tandis que les Hurons, menés par Magua (Wes Studi), optent pour une alliance avec le Royaume de France pour obtenir des scalps anglais. Mais les enjeux du conflit colonial sont trop grands pour être contestés, c’est pourquoi Mann préfère mettre l’accent sur les relations humaines pour témoigner d’une impasse. Il s’agit d’une histoire d’amour et de liberté prise dans l’étau de la guerre de Sept Ans. Lorsque Cora (Madeleine Stowe), une femme pensant avoir accosté en Nouvelle-Angleterre, ouvrit enfin les yeux sur la déshumanisation de ses compatriotes, ne répondant plus à toutes les exigences de la Couronne britannique, à l’instar du Colonel Munro (Maurice Roëves), c’est le drame. Ni elle, ni sa sœur Alice (Jodhi May) ne peuvent changer la donne. Seule compte la survie sur les terres ravagées par les canons et empoisonnées par le sang de celles et ceux qui ont espéré y faire fortune ou gagner leur indépendance.

Malgré ce constat alarmant, les personnages courent sans cesse pour subsister et pour s’aimer autant qu’ils le peuvent. Une manière d’évoquer l’urgence et de faire grimper la tension dramatique avec efficacité. D’autre part, c’est aussi un processus qui valorise la nature. Une course-poursuite sur l’eau en synthétise notamment toute la densité et le côté impitoyable et indomptable. Le film continue ainsi de marquer les esprits grâce à la mise en scène mélodramatique impeccable et un accompagnement musical saisissant. Toujours dans le bon timing, toujours avec une énergie renouvelée et toujours avec une émotion nouvelle, la partition de Trevor Jones, dont les travaux ont été enrichi par Randy Edelman, nous hante comme la conclusion douce-amère de l’intrigue. En opposition à la scène d’ouverture, où les personnages sont constamment en mouvement à travers le massif montagneux de Chimney Rock, le film conclut sur des plans statiques. Le soleil se couche avec un discours prophétique, testamentaire et mélancolique : « La frontière se déplace avec le soleil et pousse le Peau-rouge de ces forêts sauvages devant elle, jusqu’à ce qu’un jour il n’y ait plus nulle part où aller » (uniquement dans la Director’s Cut). Un préambule bouleversant de tous les récits contés par John Ford et tant d’autres sur le mythe de la frontière et, a fortiori, sur la conquête de l’Ouest à venir.

Les dés sont jetés et seule la nature restera témoin des bouleversements exposés dans l’intrigue, d’une richesse visuelle et sensorielle inouïes. Mais que raconte finalement Le Dernier des Mohicans, aussi bien dans le livre que dans ses adaptations ? Il raconte la tragique transformation du Mohican en pionnier, d’une nation née dans la destruction de la nature et le mensonge, où le métissage de sangs et des cultures s’est développé en parallèle de génocides. Un message puissant qui résonne au-delà des frontières et des époques. Un geste que Michael Mann sublime pour sa fresque romanesque et son implacable reconstitution, un geste qui brosse le portrait de l’humanité dans toute ses contradictions, sa bestialité et son caractère éphémère. Une merveille !

Le Dernier des Mohicans – Bande-annonce

Le Dernier des Mohicans – Fiche technique

Titre original : The Last of the Mohicans
Réalisation : Michael Mann
Scénario : Michael Mann, Christopher Crowe (adapté du roman éponyme de James Fenimore Cooper, 1826)
Interprètes : Daniel Day-Lewis, Madeleine Stowe, Jodhi May, Steven Waddington, Eric Schweig, Russell Means
Directeur de la photographie : Dante Spinotti
Décors : Wolf Kroeger
Costumes : Elsa Zamparelli
Montage : Dov Hoenig, Arthur Schmidt
Musique : Trevor Jones, Randy Edelman
Producteurs : Michael Mann, Hunt Lowry
Producteur délégué : James G. Robinson
Production : 20th Century Fox, Morgan Creek Productions
Pays de production : États-Unis
Distribution France (ressortie) : Splendor Films
Durée : 1h52 (1h57 dans la version director’s cut)
Genre : Action, Aventure, Romance, Guerre
Date de sortie : 26 août 1992
Date de ressortie : 25 décembre 2024

Planète B : Ready Prisoner One

Moins kitsch que L’Empire et plus radical que Pendant ce temps sur Terre, Planète B s’inscrit dans la veine science-fictionnelle du cinéma de genre français. Une bonne nouvelle qui s’accompagne d’une déception, car le nouveau film d’Aude Léa Rapin manque à dépeindre son univers carcéral atypique, que ce soit dans sa dimension virtuelle ou réelle. Un film d’anticipation malheureusement trop bancal dans son exécution, malgré un cri de ralliement anti-totalitaire et humaniste.

Synopsis : France, 2039. Une nuit, des activistes traqués par l’Etat, disparaissent sans laisser aucune trace. Julia Bombarth se trouve parmi eux. A son réveil, elle se découvre enfermée dans un monde totalement inconnu : PLANÈTE B.

Cinéaste et spectatrice hantée par les fantômes de la guerre dans les Balkans, Aude Léa Rapin a réalisé son premier long-métrage porté par Adèle Haenel, Les héros ne meurent jamais. Ce road-movie tourné en Bosnie nous embarque dans une chasse aux fantômes et interroge la notion de réincarnation. En réalité, il s’agit avant tout de mettre l’accent sur la mémoire des disparus, ce qui le lie intimement à son second film, porteur de belles promesses. On y trouve des similitudes avec le Punishment Park de Peter Watkins, où une dérive politique sous Richard Nixon conduit les « ennemis » de l’État, à la merci de policiers armés, à lutter pour leur vie dans une simulation qui a tout d’un purgatoire forcé. Les protagonistes de la réalisatrice ne sont pas en reste et deviennent les cobayes d’une prison virtuelle d’un nouveau genre, paradoxalement située dans une villa paradisiaque de la Côte d’Azur.

La France virtuelle

L’ère du numérique et de l’hyperconnectivité arrive à son paroxysme dans une France surpeuplée de migrants et où le militantisme est comparé à du terrorisme. Toute résistance est vaine dans ce monde et l’activisme « pacifique » de Julia Bombarth la conduit malgré tout derrière des barreaux invisibles, tenus secrets par le gouvernement en place. Pour l’incarner, nous avons Adèle Exarchopoulos, qui continue à s’imposer dans le paysage cinématographique français et qui donne encore plus d’élan à des genres qui ne s’imposent pas naturellement dans l’esprit du public. Après quelques détours fantastiques avec Les Cinq Diables et Le Règne Animal, la comédienne fait alors une première incursion dans la science-fiction. Dans une retenue et une efficacité que l’on soupçonne exemplaire au premier abord, l’atmosphère et le décor qui rappellent l’univers ravagé aperçu dans Les Fils de l’homme. Cependant, dans sa tentative de restituer des images chocs similaires, notamment au détour de confrontations avec les forces de l’ordre, la cinéaste échoue à générer une tension dramatique conséquente pour maintenir le spectateur impliqué tout le long de l’intrigue.

Il reste toutefois un peu d’espoir en croisant l’arc narratif de Julia avec Nour, interprétée par Souheila Yacoub (Climax, Entre les Vagues, Dune : Deuxième partie, Les Femmes au balcon). Journaliste irakienne engagée dans son pays natal, elle n’est plus qu’une simple immigrée comme les autres dans cette « nouvelle » République Française, dénuée de liberté, d’égalité et de fraternité. Chacune recherche alors une réhabilitation dans une vie nouvelle sans peur et sans violence. Julia cherche à répondre à l’appel de ses proches qui la croit disparue et Nour doit rapidement trouver un moyen de renouveler son visa ou de trouver une issue alternative avant l’expulsion. Le film s’appuie donc sur une connexion entre le réel et le virtuel, avec les allers-retours de Nour dans la prison où sont quotidiennement torturés Julia et ses codétenus. Tout le mystère qui entoure ce lieu est malencontreusement desservi par un manque de consistance, de fluidité et de cohérence dans la narration. Ready Player One traînait de nombreux clichés derrière lui, mais pas autant de défauts qui parasitent l’immersion, de part et d’autre de la matrice.

Derrière le métavers

Par ailleurs, l’autre grande limite de Planète B réside dans l’assimilation de ses références en termes de mises en scène, trop ambitieuses pour certaines et surtout traitées à la même échelle. On se retrouve donc avec un espace ténébreux et cauchemardesque, directement inspiré d’Under The Skin. Malheureusement, le film ne fait que la moitié du chemin en décalquant son style visuel. Il néglige malgré tout cette tension viscérale dans le sound design, puis cette notion d’urgence et de douleur qui devraient en faire un thriller psychologique imparable sur les thématiques qui le motivent. Le maigre budget, estimé à un peu plus de 5 millions d’euros, peut justifier certains choix artistiques, mais en aucun cas ce manque d’intensité dramatique dans la course contre la montre qui se joue pour Nour. La production de Vesper Chronicles en a coûté autant, à titre de comparaison. Une vue d’ensemble de ce monde en proie à l’apocalypse, ou une incarnation visuelle marquante dans l’exposition, aurait justement pu créer cette tension psychologique. Cela ne signifie pas qu’Aude Léa Rapin n’a pas essayé de le faire, mais la barre était sans doute trop haute pour espérer jongler avec autant d’éléments disparates.

La musique de Bertrand Bonello peut compenser pendant un certain temps, mais elle arrive souvent trop tard alors que les soucis de rythme se sont bien installés. On ressent un lâcher-prise dans le développement des personnages piégés sur la Planète B et dans l’absence de clarté sur les règles de ce monde qui est « déconnecté » de la réalité. Ces personnages ne peuvent que ronger leur folie dans l’attente d’une résolution. On peut être stimulé par le débat éthique et politique qui se joue dans les coulisses de la seconde moitié, et qui emprunte beaucoup aux films d’espionnage, mais la notion de sacrifice passe à la trappe. Comme toutes les autres bonnes idées ou les enjeux, elle n’a droit qu’à une citation sans incarnation. La mise en garde contre les dérives d’un État confondant sécurité et hyper-surveillance, profitant ainsi de la loi martiale pour restaurer la « paix », est sincère et nous renvoie aux dernières manifestations notables dans le monde. Dommage que tous les risques et les ambitions engagés sur Planète B échouent à restituer le fort instinct de survie et de solidarité des victimes, malgré un casting aussi valorisant, d’un monde dépendant de la technologie. Une perspective familière qui suscite plus de frissons sur le papier qu’à l’écran.

Planète B : Bande-annonce

Planète B : fiche technique

Réalisation et Scénario : Aude Léa Rapin
Interprètes : Adèle Exarchopoulos, Souheila Yacoub, Eliane Umuhire, India Hair, Paul Beaurepaire, Jonathan Couzinié, Marc Barbé
Image : Jeanne Lapoirie – AFC
Prise de son et Mixage : Fanny Weinzaepflen
Sound design : Margot Testemale
Montage : Gabrielle Stemmer
Musique : Bertrand Bonello
Direction artistique : Eve Martin
Décors : Julia Irribarria
Costumes : Frédérick Denis
Coiffure : Oackland Breuer
Création et maquillage FX : Oriane De Neve
Casting : Judith Chalier – ARDA
Assistant mise en scène : Vincent Pradès
Scripte : Bénédicte Darblay
Supervision VFX : Vincent Dutour
Collaboration artistique VFX : Anaïs Mak
Directrice de production : Claire Trinquet
Directrice de post-production : Laetitia Pichon
Producteurs : Eve Robin, Benoît Roland
Production : Les Films du Bal, Wrong Men
Pays de production : France, Belgique
Distribution France : Le Pacte
Durée : 1h59
Genre : Science-fiction, Thriller
Date de sortie : 25 décembre 2024

Planète B : Ready Prisoner One
Note des lecteurs1 Note
2.5

Le Seigneur des Anneaux : La guerre des Rohirrim, un précieux ?

0

Imaginez une fusion entre un film des studios Ghibli et Le Seigneur des Anneaux : Les deux tours. Maintenant, imaginez que ce projet aussi curieux que prometteur a été fait sous la coupe de Warner. Et, enfin, supposons que pour ne pas perdre les droits sur la licence, les producteurs ont ordonné la réalisation du film dans les plus brefs délais. Voilà, vous venez d’obtenir Le Seigneur des Anneaux : La Guerre des Rohirrim.

Pour le Rohan

Avant tout, il est bon de préciser ceci : le film se déroule bel et bien dans l’univers créé par Peter Jackson. Dès les premières secondes, avec l’apparition du logo et de la musique, la nostalgie nous envahit. Et, quand le thème si culte du Rohan arrive à nos oreilles, on lâche :  »Ah les saligauds, ils m’ont eu ». Toutefois, n’espérez pas voir apparaitre Eowyn, Theoden ou encore Faramir (pour ceux qui espéraient une suite au Retour du roi). L’intrigue de ce long-métrage d’animation se déroule près de 200 ans avant la quête de l’anneau. Si Gandalf écume déjà depuis bien longtemps la Terre du Milieu, Aragorn et les autres membres de la communauté de l’anneau ne sont pas encore nés. Gollum, autrefois Sméagol, profite de son précieux et le monde des nains, des elfes et des hommes ne se préoccupe plus de Sauron ou même du Mordor. Pourtant, tout ne va pas bien dans le meilleur des mondes.

Si les orcs continuent de chercher l’anneau unique, c’est bel et bien un conflit humain qui sera au cœur de cette aventure. Afin de ne pas trop en dire, sachez seulement que le script de cet opus est fortement inspiré du second volet de la trilogie originale. Nous y suivons un conflit entre le peuple d’Edoras et celui du pays de Dun, provoqué par un cœur brisé et un décès fâcheux. Si les personnages sont attachants, le roi Helm et Héra en tête, difficile de ne pas y voir de très fortes ressemblances avec Théoden et Eowyn. Quant à l’antagoniste principal, Wulf, il vire très vite à la caricature du méchant stupide et prêt à sacrifier tout le monde pour obtenir vengeance. Dommage, car la première heure tient la route. Si la seconde reste agréable à suivre, on vit une sorte de remake du dernier acte des deux tours. Les environnements sont peu variés, exactement les mêmes que dans la trilogie. Ils sont simplement transposés en animation et le projet ne propose que peu de valeur ajoutée.

Ghibli, fils de Gloin

Faut-il résumer le projet comme un simple Seigneur des Anneaux en film d’animation ? Non. Malgré quelques plans assez laids (dus surement à une précipitation dans la production), le film reste visuellement très attrayant pour ceux qui aimeront la proposition graphique. Très inspiré des productions Ghibli, le film de Kenji Kamiyama propose de superbes séquences, parfois sublimes, malgré le peu de nouveauté dans les décors. On notera malgré tout d’étonnants changement de fluidité récurrents. Là encore, par manque de temps ? Car, oui, si vous pensiez que Warner vous avait gentiment offert un nouveau film, la vérité est toute autre. La Guerre des Rohirrim n’est qu’un projet de commande pour leur permettre de garder les droits d’exploitation de la saga. Cela explique beaucoup de choses, dont le manque de créativité et d’originalité, ainsi que le fan service qui compose la quasi intégralité du long-métrage.

Le film est essentiellement destiné aux fans. Cela n’en fait pas un mauvais film, car il se tient bien malgré tout. Mais avouons que si l’on retire la formidable musique qui a bercé mon enfance, les décors qui auront ébloui nos yeux et même une reprise de certains passages (la charge sur le Gouffre de Helm, meilleure scène de l’histoire du cinéma), on perd une grande partie de l’intérêt du projet… On retiendra de belles scènes d’action mais peu nombreuses, bien que ce ne soit pas ce que l’on demande en premier lieu. À l’issue du visionnage, on a passé un bon moment, mais difficile d’être dupe : on ne l’a pas passé pour les bonnes raisons. Malgré tout, ne boudons pas notre plaisir face à un film d’animation sympathique mais fortement oubliable.

Bande-annonce : Le Seigneur des Anneaux – La guerre des Rohirrim

Fiche technique : Le Seigneur des Anneaux – La guerre des Rohirrim

Titre original : The Lord of the Rings – The War of the Rohirrim
Réalisation : Kenji Kamiyama
Scénario : Jeffrey Addiss, Will Matthews, Phoebe Gittins et Arty Papageorgiou (d’après les personnages du roman Le Seigneur des Anneaux de J. R. R. Tolkien)
Montage : Tsuyoshi Sadamatsu
Musique : Stephen Gallagher
Producteurs : Philippa Boyens, Jason DeMarco et Joseph Chou
Sociétés de production : New Line Cinema, Warner Bros. Animation et Sola Entertainment
Société de distribution : Warner Bros. Pictures
Durée : 2h14
Genre : Aventure, Animation, Fantastique
Date de sortie : 11 décembre 2024

Note des lecteurs0 Note
3

ArteKino Festival : Amanda de Carolina Cavalli

0
4

Tous les ans au mois de décembre, Arte propose son festival de cinéma européen. Cette année, les internautes peuvent découvrir, du 1er au 31 décembre, douze films du jeune cinéma européen en français, allemand, anglais, espagnol, polonais et italien. Parmi eux se trouve une pépite décalée : Amanda de Carolina Cavalli. Le récit d’une amitié naissante, mais pas banale. L’histoire surtout d’une jeune femme dite « borderline » dont l’esprit donne au film son atmosphère, qui ne  s’étiole jamais. Le festival est 100% gratuit et en ligne, les internautes peuvent voter pour leur(s) film(s) préféré(s).

Amanda n’est plus une adolescente, elle se distingue donc des héroïnes de deux autres films en compétition au ArteKino Festival : Kira (Do you love me?) et Eleftheria (Medium). Pourtant, elle a en commun avec les deux adolescentes la quête d’une relation parfaite. Kira ne cesse d’interroger ses proches sur leur amour avant de découvrir qu’elle doit avant tout s’aimer elle-même, et Eleftheria découvre que c’est avec sa propre histoire qu’elle doit se réconcilier avant d’aimer trop fort. Quant à Amanda, elle est beaucoup plus entière, décalée et surtout, elle est déjà adulte et c’est là toute la difficulté de sa recherche de l’amitié parfaite « le rêve d’une personne qui ne te quitte jamais, qui te comprend en tout, en grandissant, tu découvres que l’amie idéale n’existe pas », explique Carolina Cavalli. Amanda est le portrait d’une femme entourée d’autres femmes : sa mère, sa sœur (à la vie en apparence « parfaite »), une amie de sa mère et bien entendu Rebecca, sans oublier sa nièce qui considère Jésus « comme une personne ». « Je n’ai pas d’explication pour ça mais on m’a fait remarquer que les figures masculines sont plutôt absentes dans ma vie, une absence qui les rend d’autant plus présentes en quelque sorte, mes relations les plus intimes sont féminines. » Chaque personnage construit par Carolina Cavalli a sa fantaisie, son petit décalage. Cependant, Amanda, la noyée sauvée des eaux (c’est la première scène du film), est celle qui sort le plus du lot. Amanda ne travaille pas, elle vit seule dans une petite chambre payée par ses parents et surtout elle tente d’être amie avec sa gouvernante qui n’en peut plus. On la voit débarquer à une fête d’anniversaire comme un cheveu sur la soupe. Amanda doit se faire de nouveaux amis. Sa mère d’ailleurs l’encourage à aller voir Rebecca, que sa propre mère vend comme une future grande avocate. Elle imagine certainement qu’à son contact, Amanda aura des ambitions.

Peu convaincue au départ, Amanda se souvient soudain que Rebecca et elle ont été très amies dans l’enfance. Elle devient donc son obsession. D’autant que Rebecca n’est pas vraiment la jeune femme épanouie décrite par sa mère. Elle vit recluse dans sa chambre dont elle refuse de sortir. Il faudra à Amanda user de stratagème pour l’approcher. Nous n’avons que très peu de contexte sur la vie et l’environnement d’Amanda, le film est centré sur ce petit bout de vie et l’envie d’Amanda, qui remonte à l’enfance et cette noyade volontaire, d’exister aux yeux d’un monde trop restreint et codifié pour elle. Les couleurs d’Amanda contrastent en permanence avec l’atmosphère grisâtre, bourgeois, dans lequel elle évolue. Tout tient dans ce contrepoint que l’héroïne apporte sans cesse. Elle n’est jamais là où on l’attend et la réalisatrice, également scénariste, parvient à maintenir tout du long ce décalage savoureux. Elle explique: « Au moment de l’écriture, je ressentais  une solitude particulière, je me sentais un peu isolée et j’ai pensé que je devais me faire de nouveaux amis ou en retrouver, que j’avais perdus de vue et j’ai trouvé ça compliqué. À l’âge adulte, c’est très compliqué de se faire des amis. »  Tout semble donc encore rempli d’enfance dans ce film où l’on se croise dans des fêtes improbables, des fêtes sauvages dans des lieux à l’abandon, où l’on se suit sans trop savoir pourquoi et où tous les dialogues paraissent à la fois absurdes et parfaitement naturels. Amanda refuse de se taire ou d’abandonner une idée. Rebecca voudrait être tranquille. Pourtant, dans un espace presque conçu comme un huis clos, elles parviennent à faire des étincelles. Ce n’est pas une amitié parfaite mais des éclats de vie, des élans de sororité bienvenus. Amanda a son propre univers, on y croise des petits feux d’artifice, un cheval solitaire… Surtout, Amanda a deux actrices funambules et aux caractères éclatants :  Benedetta Porcaroli et Galatéa Bellugi (déjà vue chez nous dans L’Apparition et Tralala).

Amanda doit beaucoup à son rythme, en plus de son atmosphère déjantée, qui épouse l’esprit « borderline » de son héroïne. Toujours en mouvement, Amanda ne s’arrête jamais de parler, de marcher, de bouger au son d’une musique qui épouse parfaitement son état d’esprit. Il n’y a pas de longueurs dans ce film puisque tout n’est qu’instant présent, désir de vivre et de se lier aux autres, même maladroitement. Tout le film tend vers cette question : Rebecca sortira-t-elle de chez elle pour arpenter le monde aux côtés d’Amanda ? La réponse de la réalisatrice est d’une fantaisie douce et amère. Un petit bonbon à découvrir jusqu’au 31 décembre 2024 sur la plateforme arte.tv.

Amanda : Bande annonce

Amanda : Fiche technique

Synopsis : Amanda, 24 ans, vit isolée et n’a jamais eu d’amis, alors que c’est ce qu’elle désire le plus. Lorsqu’elle découvre que Rebecca et elle passaient beaucoup de temps ensemble lorsqu’elles étaient petites, Amanda se donne une nouvelle mission : la convaincre qu’elles sont toujours les meilleures amies du monde.

Réalisation et scénario : Carolina Cavalli
Photographie : Lorenzo Levrini
Montage : Babak Jalali
Distribution : Charades
Durée : 1h33
Genre : comédie dramatique
Sélectionné Mostra Venise 2022 et Toronto International Film Festival 2022
Date de sortie (VOD) : 1 mars 2023

The Day of the Jackal : Sa Majesté le chacal

Avec une maestria digne de David Fincher et un Eddie Redmayne époustouflant d’intensité, de technique et d’émotions contradictoires, The Day of the Jackal, écrite par Ronan Bennett et réalisée par Brian Kirk, impressionne par la rigueur hypnotique de sa mise en scène et l’excellence de son intrigue.

Ce n’est pas tous les jours que l’on assiste à une série dont les premières minutes signent une puissance et une chorégraphie visuelle telles qu’elles transcendent la qualité standard des séries produites sur toutes les plateformes confondues.

Est-ce par la qualité addictive de l’intrigue mêlant espionnage, introspection et action, par la virtuosité de la mise en scène, par l’émotion et le charisme d’une interprétation ? Tout à la fois, certainement, pour faire de The Day of the Jackal une œuvre d’une amplitude cinématographique rare.

C’est dans les quelques scènes du début — un vieil homme affalé sur un fauteuil, probablement mort, et un autre qui lui ressemble trait pour trait mais semble plus jeune — que naît un trouble raffiné, une sensation d’avoir affaire à une série hors du commun. Quelques scènes plus tard, ce même vieil homme prend en joue et attaque des vigiles dans une scène d’assassinat filmée avec une précision jouissive. Tout cela pourrait sembler banal sans cette insinuation, portée par la majesté de la mise en scène, qu’il se trame quelque chose.

Précision, maîtrise, méticulosité, limpidité et sophistication des plans gravent une atmosphère et construisent la stylistique propre à la série, adaptation moderne du roman de Frederick Forsyth.

The Day of the Jackal, entre un James Bond haut de gamme et The Killer de Fincher, se glisse dans la peau d’un sniper (Redmayne), caméléon et samouraï, insaisissable et invincible, vulnérable et invulnérable, une sorte de Delon qui aurait su s’effacer pour accueillir une variété d’autres masques et nuances sur son visage.

Ici, le Chacal, capable de solitude et de patience incalculables, de maîtrise et de métamorphose, de sauvagerie et d’élégance, c’est Eddie Redmayne, l’acteur oscarisé de The Danish Girl.

C’est lui, son corps agile et sec, intériorisé et impavide, son visage sensible et impassible, capable de traverser tous les affects, qui provoque cette tension dans le regard. Magnifique et électrisant. Il regarde longuement ses proies, se prépare avec un soin inimaginable, nous fait toucher le danger, et nous le regardons regarder. La haute valeur de The Day of the Jackal tient à la virtuosité de la performance de Redmayne, qui cristallise des nuances inattendues de fascination et d’humanité, imposant une technique martiale empreinte d’une ambivalence et d’une douceur exceptionnelles.

Constamment en chasse ou en cavale, poursuivi par l’agent du renseignement britannique Bianca Pullman (Lashana Lynch), semblant mener une vie glacée de solitaire et pourtant aimanté par sa femme et son fils, multipliant les contrats hors de prix et les identités sans nom, l’intrigue s’entrelace avec intrépidité et sveltesse sur l’hypnose provoquée par son personnage et son acteur.

The Day of the Jackal est une série qui réussit à mêler, dans un geste profondément cinématographique, un certain dandysme allié à l’authenticité du film d’action.

À cela s’ajoute une traversée de l’Europe des plus séduisantes et une intrigue au cordeau. Le Chacal est la série cinéphile de l’année : majestueuse et classieuse.

Bande-annonce : The Day of the Jackal 

Fiche Technique : The Day of the Jackal

Réalisation : Brian Kirk, Anthony Philipson, Paul Wilmshurst, Anu Menon
Création : Ronan Bennett
Scénario : Ronan Bennett, Charles Cumming, Jessica Sinyard, Shyam Popat
Avec : Eddie Redmayne (Le Chacal), Lashana Lynch (Bianca Pullman), Úrsula Corberó, Charles Dance, Richard Dormer, Chukwudi Iwuji, Lia Williams, Khalid Abdalla, Eleanor Matsuura, Jonjo O’Neill, Sule Rimi
Musique : Volker Bertelmann
Production : Gareth Neame, Nigel Marchant, Eddie Redmayne, Brian Kirk, Ronan Bennett, Sue Naegle, Marianne Buckland
Photographie : Non spécifiée
Montage : Non spécifié
Sociétés de production : Sky Studios, Universal Television, Carnival Film and Television
Sociétés de distribution : Sky Atlantic (Royaume-Uni), Peacock (États-Unis), Prime Video (France)
Date de sortie : 7 novembre 2024 (Royaume-Uni), 14 novembre 2024 (États-Unis), 6 décembre 2024 (France)
Nombre de saisons : 1 (renouvelée pour une 2e saison)
Nombre d’épisodes : 10
Genre : Thriller d’espionnage, Drame d’action
Durée : 46 à 73 minutes par épisode
Langue originale : Anglais

Mufasa : Le Roi Lion – La folie des glandeurs

Le monde a tremblé à l’annonce d’un remake où les animaux du cercle de la vie auraient droit à un design photoréaliste en live-action. Succès gargantuesque et inattendu, Le Roi Lion (2019) a finalement tout explosé au box-office avec un retour sur investissement de plus d’1,6 milliard de dollars. Malgré tous les défauts visuels, narratifs, de rythme et d’originalité qu’on lui reproche à raison, le préquel Mufasa ne peut qu’espérer suivre ses pas : une ruée vers l’or sans satisfaction. Ni son histoire, ni son affinage de la CGI sur des félins (un peu) plus expressifs ne peuvent empêcher toute la génération de spectateurs qui ont découvert, voire grandi, avec le film d’animation de 1994 d’en pâlir… une fois de plus.

Synopsis : Rafiki raconte à la jeune lionne Kiara – la fille de Simba et Nala – la légende de Mufasa. Il est aidé en cela par Timon et Pumbaa, dont les formules chocs sont désormais bien connues. Relatée sous forme de flashbacks, l’histoire de Mufasa est celle d’un lionceau orphelin, seul et désemparé qui, un jour, fait la connaissance du sympathique Taka, héritier d’une lignée royale. Cette rencontre fortuite marque le point de départ d’un périple riche en péripéties d’un petit groupe « d’indésirables » qui s’est formé autour d’eux et qui est désormais à la recherche de son destin. Leurs liens d’amitié seront soumis à rude épreuve lorsqu’il leur faudra faire équipe pour échapper à un ennemi aussi menaçant que mortel…

Avec la succession de remakes en prise de vue réelle à gogo sous Bob Iger (La Belle et la Bête, La Petite Sirène, Pinocchio, etc.), Disney redéfinit les standards du succès. Alors que Lilo et Stitch et Blanche-Neige, ainsi que les renégats super-héroïques de Marvel, se tiennent prêts à envahir les cinémas en 2025, ce nouveau projet sur la terre des lions tente bien que mal de s’extirper du moule du modèle d’origine et du fan-service. L’opération a de nouveau capoté. Jon Favreau, qui avait implicitement critiqué l’emprise des studios Disney sur la liberté de création avec le classique, mais appétissant #Chef, a évidemment cédé à l’appel du chèque en or de la maison de Mickey pour tenter de « restaurer » les qualités et les valeurs du film original en 2019. Ce dont il n’avait nullement besoin, sachant tout le culte qu’on lui voue encore 30 ans plus tard.

Le Roi Lion 2 moins 1

Où se situe la légitimité de ces œuvres, décalquant maladroitement et insidieusement les films d’animation d’origine, si ce n’est pour un prolongement de droits et pour fièrement affirmer son instinct primaire pour la cancel culture. De cette manière, tout n’est que plus lisse dans l’usine à rêves qu’est Disney. Pour cette raison, le film ne peut que capitaliser sur un hommage pour James Earl Jones (voix originale de Mufasa), ainsi que sur la musique emblématique d’Hans Zimmer en ouverture. Il faut bien patienter un bon moment avant d’être propulsé en terre inconnue. Canyons en partie immergés et montagnes enneigées sont autant de décors originaux que traversent les héros de cette aventure. Un chemin qui rappelle fatalement la quête initiatique de Simba et dont on prend la peine de dissimuler sous des prétextes futiles, à défaut d’enjeux ou de tensions dramatiques concluantes.

À force de vouloir sublimer le travail des effets visuels des artistes, évidemment admirable, on oublie de faire évoluer des personnages qui ne sont là que pour assurer la liaison avec l’histoire que l’on connaît déjà. Mufasa atteint la sagesse ultime lors de son vagabondage, tandis que son frère adoptif Taka, un enfant gâté par son père, n’a pas pu apprendre les notions de courage et d’honnêteté. Cet outsider avait tout pour se définir comme un vilain accompli, sans qu’on en aseptise la cruauté (Maléfique, Cruella). Le revirement de Taka en Scar maléfique est aussi précipité que le climax, anti-spectaculaire et amputé de tout lyrisme. Pour une origin story, c’est trop léger pour y trouver son compte. Les personnages manquent cruellement de profondeur et de vulnérabilité pour nous séduire, ne serait-ce que le temps d’une course-poursuite dynamique. Hélas, même sans ce type d’attente, il s’agit d’un rendez-vous manqué.

Le cimetière des lions

Comme pour Chloé Zhao avec Les Éternels (2021), et afin de pouvoir apposer le sceau d’une cinéaste oscarisée sur les supports promotionnels, la production s’est mise en quête d’un porte-étendard au profil similaire. Barry Jenkins, réalisateur de drames sociaux, connu pour avoir subtilisé la statuette dorée au nez et à la barbe de La La Land avec son film Moonlight, est alors choisi pour mener la réalisation d’un prequel qui avait un boulevard pour repartir de zéro et nous proposer une aventure spectaculaire au-delà de la Savane. Hormis quelques plans zénithaux pour chercher un peu de verticalité dans la mise en scène, les séquences de comédie musicale restent souvent à hauteur des personnages. Il est difficile de susciter de l’émotion lorsque les contraintes créatives sont trop nombreuses. La plus grande déception réside donc dans des chansons, peu mémorables, n’en déplaise à Lin-Manuel Miranda. Sa dernière contribution révèle ici des difficultés à renouveler sa playlist, habituellement entêtante et entraînante (Vaiana et Hamilton). Au lieu de ça, « Je voudrais déjà être roi » et « L’amour brille sous les étoiles » sont revisitées avec une fadeur égale à la paresse d’une telle initiative. Un trio de compositeurs tente alors d’insuffler un peu de charme dans cette jolie coquille lisse et vide qu’est Mufasa : Le Roi Lion. Sans succès.

L’arnaque se poursuit avec un poids de l’héritage trop lourd. Ne pouvant se défaire d’une seule de ses mascottes, certains d’entre-eux sont insérés au chausse-pied dans un récit qui ne parvient pas à maintenir la continuité de sa narration en flashbacks. Timon et Pumba forment un duo de sidekick comique imparable à l’origine, mais ici ils viennent constamment parasiter le rythme du visionnage à travers leurs interventions dispensables et insupportables. Ces derniers tentent désespérément d’accaparer l’écran, en le hurlant oralement au public avec qui la complicité lui fait défaut. Pour le reste, Zazou est aussi étourdi qu’inutile, Sarabi est une pâle copie de Nala, et Rafiki maintient son rôle de guide sans plus d’intérêts.

En somme, la patte de Barry Jenkins est passée au mixeur, au même titre que d’autres cinéastes de renom (Robert Zemeckis, Guy Ritchie, David Lowery). Il ne reste que derrière son passage une sensation de déjà-vu et de lassitude qui anéantit l’esprit récréatif et « magique » d’un récit qui véhicule l’acceptation et l’unité malgré les différences. Le souci est que toute la tragédie est déjà écrite d’avance. Ce qui motive finalement Scar à assassiner Mufasa sous les yeux médusés de Simba ne tient qu’en une frustration amoureuse, qui n’est pas du tout développée avec finesse. Mufasa : Le Roi Lion confirme, dans la douleur, la mort cérébrale programmée d’un studio qui n’a plus de rêves à partager. Et dans le même mouvement, il est regrettable d’affirmer que le lion est définitivement mort dans la terrible jungle numérique où s’entassent les remakes sans identité, ni saveur, ni émotion.

Mufasa : Le Roi Lion – Bande-annonce

Mufasa : Le Roi Lion – Fiche technique

Titre original : Mufasa – The Lion King
Réalisation : Barry Jenkins
Scénario : Jeff Nathanson
Voix originals : Aaron Pierre, Kelvin Harrison Jr., Seth Rogen, Billy Eichner, John Kani
Photographie : James Laxton
Montage : Joi McMillon
Musique : Dave Metzger, Nicholas Britell, Pharrell Williams
Chansons : Lin-Manuel Miranda
Producteurs : Mark Ceryak et Adele Romanski
Producteur délégué : Peter M. Tobyansen
Production : Walt Disney Pictures, Pastel Productions
Pays de production : États-Unis
Distribution France : Walt Disney Studios Motion Pictures
Durée : 1h58
Genre : Animation, Aventure, Famille, Musical
Date de sortie : 18 décembre 2024

Mufasa : Le Roi Lion – La folie des glandeurs
Note des lecteurs0 Note
1.5

Kraven the Hunter : un chasseur sachant chasser !

0

C’est peu dire qu’on n’était pas vraiment pressé de découvrir ce (très probablement) dernier opus du sinistrement célèbre Spider-Man Universe initié par Sony autour des vilains associés Spider-Man (mais sans lui !). Eh bien on aurait (un peu) tort de se baser sur les précédents films et leur piètre qualité tant celui-ci leur est supérieur. Attention, Kraven the Hunter n’est pas un excellent film non plus, loin s’en faut, mais c’est certainement le meilleur du lot. On a donc droit à un agréable et sympathique divertissement du samedi soir réalisé avec soin, porté par un Aaron Taylor-Johnson charismatique, doté de scènes d’action plus que correctes voire impressionnantes et qui remplit sa mission d’origin story (même si elle ne mènera nulle part au final). Cependant, des effets spéciaux parfois ratés, des personnages secondaires trop nombreux et inutiles, des dialogues souvent trop simplistes et un dernier tiers à l’intrigue peu convaincante empêchent tout de même le film d’être autre chose qu’un produit mercantile sans autre réel intérêt qu’une consommation fast-food de laquelle on n’attend rien au préalable.

Synopsis : Kraven, un homme dont la relation complexe avec son père, l’impitoyable Nikolai Kravinoff, l’entraîne vers une vengeance aux conséquences brutales, l’appelant à devenir non seulement le plus grand chasseur du monde, mais aussi l’un des plus redoutés.

Dans le monde de plus en plus vaste et étendu des super-héros au cinéma, s’il y a bien un projet qui a encore moins de sens que feu le DCEU de la Warner sur sa fin (d’ailleurs mort et enterré par des films de plus en plus mauvais alors qu’il avait, lui, bien commencé), c’est bien le Spiderverse de Sony. Officiellement lancé pour créer un univers autour des vilains de Spider-Man, c’était officieusement plutôt pour que le studio garde les droits du personnage. Et c’est une aberration mercantile poussée à son paroxysme puisqu’on n’y aura jamais vu le bout d’une toile du fameux tisseur. Si encore les films produits pour ce projet étaient bons… Entre le tout juste regardable (Venom premier du nom), le vraiment pas terrible (Venom : the last dance et le plutôt drôle au troisième degré et complètement « wtf » Madame Web) et le médiocre (Morbius, Venom : Let There Be Carnage), ce fut davantage la soupe à la grimace (ou aux navets).

Et c’est peut-être grâce à cette joyeuse enfilade de déceptions et d’incongruités à la chaîne que ce Kraven the Hunter nous apparaît presque comme une bonne surprise. Comme on dit souvent, à ne rien attendre, on ne peut qu’être agréablement étonné. Pourtant, cet opus sentait mauvais au vu des nombreux reports de sortie et d’une promotion hasardeuse où le réalisateur suppliait les spectateurs d’aller découvrir le film. Ce qui sera la dernière pierre de cet univers sans queue ni tête sera pourtant la meilleure du pire, si on peut qualifier le long-métrage ainsi. Car oui, vu les flops continus des autres films (et certainement de celui-ci et hormis la trilogie Venom qui a cartonné de manière incompréhensible) et vu leur réception critique absolument horrible, Sony a décidé d’arrêter les frais. Tant mieux et on pourra dire qu’il termine sur une note à peu près correcte.

Peut-être que la clé de la semi-réussite de Kraven the Hunter vient dans le fait que la firme a embauché un réalisateur de renom pour celui-ci contrairement aux autres, où c’était des débutants et/ou des inconnus. En effet, J.C. Chandor est le cinéaste de l’excellent suspense financier Margin Call ou du film d’action Triple frontière. Et si on ne reconnaît pas une patte particulière à la mise en scène, elle est cependant bien plus pertinente et professionnelle que celle de tous les autres films du Spiderverse réunis : lisible, ample et appliquée. Certains plans ont même vraiment de la gueule. On peut aussi louer des séquences d’actions bien faites et parfois impressionnantes où la violence et le sang ne sont pas toujours relégués hors plan. Enfin, Aaron Taylor-Johnson a un sacré charisme et si c’est vraiment lui le prochain James Bond, on devrait être aux anges. Notons également le méchant le plus réussi des six films avec un Alessandro Nivola qui s’éclate en Rhino.

Mais comme on le disait plus haut, Kraven the Hunter n’est pas non plus un grand moment de cinéma. Plutôt un honnête film d’action à l’ancienne avec des super-vilains dedans. Les capacités du personnage en tant que chasseur sont souvent mal amenées, tout comme sa relation avec les bêtes. D’ailleurs, pour les effets spéciaux, ceux concernant ces dernières ne sont pas toujours du meilleur rendu. Il y a également un trop-plein de personnages secondaires pourtant passionnants (Calypso, le Caméléon, l’Étranger, …) mais qu’on n’a pas le temps de creuser assez et qui ne servent à rien dans l’intrigue. Une intrigue, justement, qui montre ses limites, notamment dans un dernier tiers où l’absence de logique dans le déroulé des événements se fait fortement sentir. Enfin, les dialogues sont la plupart du temps très simplistes et juste fonctionnels. Malgré cela et les deux heures, on ne s’ennuie pas, c’est divertissant et fait avec honnêteté. Et on serait presque déçu que la fin qui ouvre forcément à une suite ne soit jamais d’actualité… Oui, oui, on ose le dire !

Bande-annonce – Kraven the Hunter

Fiche technique – Kraven the Hunter

Réalisateur : J.C. Chandor.
Scénaristes : Richard Wenk, Art Marcum & Matt Holoway.
Production : Sony & Columbia Pitcures.
Distribution : Sony Pitcures France.
Interprétation : Aaron Taylor-Johnson, Alessandro Nivola, Russell Crowe, Ariana DeBose, Fred Echinger, Christopher Abbott, …
Genre : Action.
Date de sortie : 18 décembre 2024.
Durée : 2h08.
Pays : États-Unis.

Note des lecteurs1 Note
3