Festival Lumière 2018 : Les Fils de l’Homme d’Alfonso Cuaron, une dystopie incroyablement réaliste

Le Festival Lumière 2018 vient de démarrer, et une fois encore, il nous propose un riche éventail de films à découvrir ou à redécouvrir. A commencer par l’un des films les plus importants du début des années 2000 : Les Fils de l’Homme d’Alfonso Cuaron. Pamphlet politique sur la survie de l’humanité, film d’anticipation dystopique, fin du monde annoncée, film de guérilla urbaine, cette œuvre est d’une profondeur de champ incontestable.

Le coup de maître du film se mesure à plusieurs niveaux. Premièrement, par son récit qui mêle la petite histoire à la grande Histoire : là où l’avenir d’un seul être pourrait changer le sort de l’humanité. Dans une période dystopique où l’humanité se meurt, se déchire, par la guerre, le terrorisme ou les maladies, l’Homme est devenu infertile et court à se perte. Heureusement, une femme est miraculeusement tombée enceinte et devient un joyau qui se doit d’être protégé, caché des instrumentalisations et autres velléités politiques et gouvernementales. Surtout dans une société britannique militariste qui chasse et tue les migrants dans des « camps de concentration ».

De par son univers à la fois futuriste, presque post-apocalyptique sur certains plans, mais aussi très proche de la réalité dans laquelle nous vivons ou d’une réalité pas si lointaine, Les Fils de L’Homme nous permet de nous identifier très facilement à ce contexte social et sociétal mouvementé et en dégringolade totale. Derrière sa maîtrise formelle, qui est l’atout majeur du film et son épicentre cinématographique, le film arrive à tirer son épingle du jeu par l’intelligence de son propos et par sa capacité à traiter de nombreux sujets d’actualité avec pertinence (communautarisme, immigration, croyance en Dieu, liaison entre activisme et terrorisme). Comme The Handmaid’s Tale, adapté récemment en série, Les Fils de L’homme utilise le miroir d’une société d’anticipation pour mettre en exergue les problèmes auxquels nous devons faire face de nos jours.

Là où les riches sont isolés et indifférents aux pauvres, là où chaque religion crie son bien fondé à chaque coin de rue, là où le désert affectif est devenu une gageure, le tissu social s’est effondré dans ce monde futur, rendant chaque endroit potentiellement dangereux. Des films dystopiques, des œuvres proches de la science-fiction qui se réapproprient le présent, ce n’est pas forcément ce qui manque dans le paysage littéraire ou audiovisuel. Alors, pourquoi Les Fils de L’Homme est-il aussi impressionnant et mérite-t-il qu’on s’y attarde un peu plus ? Sa mise en scène tout en plan séquence. Au-delà de sa virtuosité, de la beauté de sa photographie grisâtre qui rend honneur à cet environnement en déliquescence, de ses nombreuses scènes de bravoure de guerre, l’utilisation même du plan séquence permet une immersion qui n’a pas son pareil.

Une cohérence entre le fond et la forme, qui permet au film de capter la puissance même de son sujet. L’urgence de la situation est admirablement bien retranscrite par cette réalisation qui joue parfaitement avec la notion de temporalité, et qui accentue encore la tension qui émane du récit. D’une histoire fictionnée, Alfonso Cuaron signe un pamphlet palpable, dessine une zone de guerre plus vraie que nature, comme si la caméra provenait d’une source amateure ou d’un journaliste en train de nous faire visionner un reportage de guerre. C’est de cette capacité à agripper le réel, à afficher un réalisme chorégraphié par le plan séquence, cette continuité sans relâche dans la construction du récit, que la mise en scène prend toute sa force. On ne demande pas forcément à une mise en scène qu’elle soit esthétique, mais qu’elle enrichisse l’œuvre : le film ne tombe jamais dans le vide, la mise en scène devient elle-même un réceptacle à l’information et au discours politique du film.

Synopsis: Dans une société futuriste où les êtres humains ne parviennent plus à se reproduire, l’annonce de la mort de la plus jeune personne, âgée de 18 ans, met la population en émoi. Au même moment, une femme tombe enceinte – un fait qui ne s’est pas produit depuis une vingtaine d’années – et devient par la même occasion la personne la plus enviée et la plus recherchée de la Terre. Un homme est chargé de sa protection…

Bande annonce – Les fils de l’Homme

Fiche technique – Les fils de l’Homme

Réalisateur : Alfonso Cuaron
Photographie : Emmanuel Lubezki
Sociétés de production: Universal Pictures
Distributeur : United International Pictures
Durée : 110 minutes
Genre : Thriller/Anticipation
Date de sortie : 18 octobre 2006

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Vivaldi et moi : tutti per la musica

Abandonnées par leurs familles dans un orphelinat, des jeunes filles se consacrent à la musique. Nous sommes à Venise en 1716, à l'orphelinat « La Pietà » qui doit son nom à la Vierge Marie. Constituant un orchestre de chambre, chaque dimanche ces musiciennes se produisent anonymement dans une église locale où le public vient les écouter. Si elles ne connaissent pas leurs origines, leur avenir est tout tracé…

Voyage à deux : le désenchantement conjugal

Troisième collaboration entre Stanley Donen et Audrey Hepburn après "Drôle de frimousse" et "Charade", "Voyage à deux" suit un couple à différents moments de sa vie à travers un récit fragmenté. Le film fait de la mémoire amoureuse son véritable moteur narratif, entre instants de grâce et fissures plus discrètes.

« Michael » piétine son icône en moonwalk

Ça y est, il est enfin là. On le craignait, un peu. Il faut dire que les signaux d'alerte se multipliaient. Famille de Michael Jackson trop impliquée, durée courte pour tout ce que le film devrait raconter, monteur de "Bohemian Rhapsody" aux commandes, tout partait mal. Seul miracle au milieu de cette production, Jaafar Jackson, qui semblait taillé pour le rôle. À la sortie, on n'est ni satisfait, ni profondément énervé, tant Michael réussit et échoue lamentablement exactement là où on l'attendait.

Le Réveil de la Momie : ni morte ni réveillée

Lee Cronin tente de ramener la Momie à ses origines : un drame familial hanté par le deuil et la culpabilité. La promesse est tenue pendant près d'une heure, avant que "Le Réveil de la Momie" se perde dans ses propres ambitions contradictoires, incapable de choisir entre le drame viscéral qu'il voulait être et la mécanique Blumhouse qu'il ne pouvait s'empêcher de reproduire. Un rendez-vous manqué, pourtant généreux en ambitions, mais trop avare en courage.

Graham Swon — La parole comme territoire

Trois films, une carte blanche, et une même ligne de force : chez Graham Swon, la parole ne se contente pas d’accompagner l’image, elle la traverse, la déplace, parfois même la remplace. De la dérive poétique d’An Evening Song (for three voices) à l’expérience quasi hypnotique de The World Is Full of Secrets, en passant par l’étrangeté expressionniste de Careful, se dessine un cinéma où dire, c’est déjà faire advenir.

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.