L’Apparition : une profession de foi qui manque de rythme mais pas d’ambition

Entre thriller religieux et réflexion mystique sur la vérité, L’Apparition serait le versant français, moderne et quasi-documentaire du Silence de Martin Scorsese. Mais malgré un pitch prometteur et des acteurs irréprochables, Xavier Giannoli échoue à haranguer le spectateur dans un récit lénifiant, plombé par des facilités et une réalisation trop télévisuelle. Frustrant.

Contrairement aux apparences, L’Apparition ne traite pas du christianisme en tant que religion, celle-ci n’étant placée qu’au second plan du récit. Le long-métrage de Xavier Giannoli se veut être une réflexion assez cartésienne du phénomène religieux, au travers de son personnage principal, Jacques, un grand reporter travaillant à Ouest-France. Après la mort de son collègue photographe, le Vatican le contacte pour une enquête canonique. Une jeune femme de 18 ans, Anna, affirme avoir eu une apparition de la Vierge Marie, et le bouche-à-oreille va si loin que des milliers de pèlerins accourent pour se recueillir sur les lieux de l’apparition. N’étant pas pratiquant, les convictions terre-à-terre du journaliste vont se heurter à l’univers religieux.

Profession de foi

Des dissertations filmiques (La Dernière tentation du Christ, Silence) à l’adaptation formelle de la Bible (La Passion du Christ), le cinéma a souvent noué une relation fusionnelle avec la religion. Et parce qu’on dit souvent qu’une œuvre filmique témoigne de la profession de foi de son réalisateur, quoi de mieux que le 7e art pour traiter cette thématique au combien sensible dans toute société. Pourtant, l’Apparition ne semble pas susciter l’émoi des spectateurs, n’étant distribué que sur 200 copies en France. Il faut tout simplement comprendre que son réalisateur Xavier Giannoli, nommé plusieurs fois aux Césars du meilleur réalisateur (Marguerite, Quand j’étais chanteur), échoue à créer un récit percutant, enchaînant des situations cousues de fil-blanc.

Outre son rythme s’étirant à outrance vers l’ennui profond, L’Apparition souffre avant tout de personnages fonctions bien trop visibles à l’écran. Dès lors qu’on a compris leur point de vue et leur position face au récit, les situations deviennent hautement prévisibles, empêchant toute immersion comme s’évertue pourtant le vouloir son réalisateur. Mais avec une mécanique bien trop maniérée pour surprendre, cette lente histoire de quête pour la vérité perd automatiquement de son impact. La faute également à des situations non résolues, véritable frustration dans un récit aussi lénifiant. Autant de difficultés que le long-métrage a du mal à surmonter, préférant jouer sur une ambiance austère et nihiliste, montrant la déliquescence de la jeune femme presque victime de sa vision divine.

En quête de vérité

Malgré toutes ses faiblesses, avant tout liées à sa narration mollassonne, L’Apparition peut se vanter d’une ambiance assez singulière, lorgnant avec une certaine réussite du côté du mysticisme religieux et de la réflexion rationnelle du personnage de Jacques sur sa quête viscérale de la vérité. Sans être une révolution du genre, L’Apparition propose un point de vue étonnant dans son approche de la religion. C’est d’ailleurs dans son approche très terre-à-terre que le film trouve tout son intérêt, Xavier Giannoli ne tombant pas dans la complaisance vis-à-vis de ces adeptes de la foi. Dans son propre intérêt d’auteur, il questionne le spectateur dans ses convictions, aussi bien religieuses que raisonnées, tout en scrutant son propre rapport à cette Église. En ressort de surcroît une ambiance particulière, soutenu par la photographie soignée d’Eric Gautier, oscillant entre la chaleur de cette quête humaine et l’obscurité qui s’abat sur le personnage d’Anna.

Et malgré ces personnages parfois mal construits dans leur parcours, le casting reste sans reproche. Vincent Lindon y trouve l’un de ses meilleurs rôles depuis La Loi du marché, grâce à une justesse dont lui seul à le secret. On pourra aussi répéter ces louanges pour la révélation du film, Galatea Bellugi, jeune actrice française issus des planches du théâtre et aperçue au cinéma dans Réparer les vivants. En jouant le rôle d’une voyante qui perd pied face à la remise en cause de sa vision divine, l’interprète a tout d’une grande, et fera sûrement partie des révélations des prochains Césars.

Vous l’aurez compris, L’Apparition ne remplit pas toutes ses promesses. En dépit de son pitch et ses thématiques qui prêtent à embarquer le spectateur dans une réflexion sur ses convictions, Xavier Giannoli échoue à donner un souffle à son récit. Empli de facilités et de certaines incohérences, le long-métrage se contente de soigner sa photographie et de mettre en avant son excellent casting pour espérer faire passer la pilule. Mais c’est avec une certaine sympathie qu’on aborde la question de ce long-métrage intéressant et assez ambitieux, qui prouve le talent de son réalisateur à créer une ambiance si particulière. On regrettera finalement qu’il n’y ait pas apporté le soin nécessaire pour en faire autre chose qu’une introspection canonique.

Synopsis : Jacques est un reporter respecté pour un grand quotidien régional français. Journaliste talentueux et impartial, il est contacté par le Vatican qui l’engage pour une mission particulière : faire partie d’un comité chargé d’enquêter sur plusieurs apparitions de la Vierge Marie aperçue par une jeune fille Anna dans une petite ville du sud-est de la France. Alors que des milliers de pèlerins viennent se recueillir sur le lieu des apparitions présumées, Jacques rencontre la sensible et dévote Anna, partagée entre sa foi et les nombreuses sollicitations qu’elle reçoit, mais il découvre également les motivations cachées et les pressions à l’œuvre. Alors qu’il est confronté aux opinions opposées des membres du Clergé et les sceptiques du comité d’enquête, les croyances de Jacques vont être bouleversées…

L’Apparition – Bande annonce

L’Apparition – Fiche technique

Réalisateur : Xavier Giannoli
Scénario : Jacques Fieschi, Xavier Giannoli et Marcia Romano
Interprétation : Vincent Lindon (Jacques), Galatea Bellugi (Anna), Patrick d’Assumçao (Père Borrodine), Elina Löwensohn (Dr de Villeneuve)
Photographie : Éric Gautier
Montage : Cyril Nakache
Costumes : Isabelle Pannetier
Producteurs : Olivier Delbosc, Émilien Bignon
Maisons de production : Curiosa Films, Proximus, France 3 Cinéma, Gabriel Inc. et Memento Films Production
Distribution (France) : Memento Films Distribution
Budget : 5 millions d’euros
Durée : 127 min
Genre : Drame
Date de sortie (France) : 14 février 2018
France – 2018

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Louis Verdouxhttps://www.lemagducine.fr/
Louis Verdoux : Lycéen passant en première économique et sociale, j'ai commencé ma passion cinéphilique avec le film Spider-Man de Sam Raimi, devenu mon super héros préféré. Cependant mon addiction au cinéma s'est confirmé avec deux films, The Dark Knight de Christopher Nolan et surtout Drive de Nicolas Winding Refn que je considère encore comme mon film préféré. En si qui concerne mes goûts, je suis quelqu'un de bon public donc je déteste rarement un film et mes visionnages ne se limite à aucun genre, je suis tout aussi bien tenté par Enemy que par Godzilla. Le cinéma est bien plus qu'un art et j'espère vous le faire partager

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