Marguerite, un film de Xavier Giannoli : critique

On le sait depuis mercredi 27 janvier, Marguerite de Xavier Giannoli est nommé aux César. Rien de surprenant au regard de la qualité tant esthétique que dramatique de l’opus. Le film est porté par la fougue de Catherine Frot, toujours aussi surprenante de films en films.

Synopsis : Le Paris des années 20. Marguerite Dumont est une femme fortunée passionnée de musique et d’opéra. Depuis des années elle chante régulièrement devant son cercle d’habitués. Mais Marguerite chante tragiquement faux et personne ne le lui a jamais dit. Son mari et ses proches l’ont toujours entretenue dans ses illusions. Tout se complique le jour où elle se met en tête de se produire devant un vrai public à l’Opéra.

La folie des grandeurs

L’histoire tient pourtant sur un timbre : une chanteuse persuadée d’être une grande cantatrice chante abominablement faux, mais personne n’ose lui dire. Giannoli étudie de nouveau la force du mensonge, du monde fabriqué comme il l’avait déjà fait avec brio dans A l’origine. Ici encore le réalisateur étudie la formidable poussée fiévreuse par laquelle quelques personnes se mettent à créer un univers de toute pièce, l’énergie de tout un petit monde réuni autour de l’espoir d’une seule. La complication viendra avec le désir toujours plus grand de Marguerite, devant tant de louanges, d’étendre son public. Marguerite est un film de mise en scène dans la mise en scène, de personnages hauts en couleurs. Les plans sont construits tels des tableaux. Marguerite fait rire, rit elle aussi, mais émeut également par cette passion pourtant inaccessible qui l’occupe chaque jour entièrement. Catherine Frot offre à ce personnage réel ce qu’il faut de fantaisie et d’intelligence que la mise en scène accompagne. Une mise en scène pourtant de plus en plus voyeuriste, accentuée par le personnage du fidèle Maldebos et ses photographies comme des natures mortes pourtant consacrées aux nombreux portraits de « Madame » en star d’Opéra.

Comédie humaine

Tout tourne donc autour de ce mensonge qui devient de plus en plus grotesque, mais qui pourtant capte complètement le spectateur. Comme un homme, joué par Cluzet, mobilisait toute un village autour de la construction d’une route qui n’allait nulle part, Marguerite dépend de la farce qui se mêle autour d’elle. Libérée de la contrainte de plaire, son argent aidant, elle ose toutes les excentricités. Est-elle véritablement aimée ? Que cherche-t-on à la bercer ainsi d’illusions ? Le film ose tout nous montrer, lui aussi, même la perversité quand il faudra se résoudre à détruire le doux secret pour prendre l’ultime cliché, le plus beau. Autour de Catherine Frot gravitent d’excellents comédiens (du mari qui rechigne à écouter chanter sa femme en public mais maintien le secret en place à la jeune chanteuse d’opéra). Cette comédie humaine donne à voir toute une société basée en grande partie sur l’apparence. Il faut s’y montrer, avec du fard, ne pas y faire de faux pas et sauver ce qui reste d’honneur. Ainsi bridée cette « société du spectacle » voit naître des êtres incompris, jugés différents, que ses membres se plaisent à observer pour mieux en rire, mieux les détruire. Marguerite était sans doute trop loufoque, trop libre finalement pour cette époque qu’elle a forcé à la saluer avec délicatesse, pour mieux l’enterrer en coulisses. Victime malgré elle de cette machination qu’elle vivait comme un « rêve éveillé », Marguerite a chanté jusqu’au bout, remettant en cause l’œuvre d’art même dans sa volonté d’être toujours belle. Elle dira d’ailleurs :« un jour il faudra jeter des œuvres d’art sur des tomates, ça changerait ». Or, il semblerait que tous ne soient pas prêts au changement. La roue tourne pourtant, mais la course folle des hommes vers toujours plus de plaisir continue, quitte à détruire les dindons de la farce. Mais il y a aussi ceux qui dénoncent le grotesque, s’en jouent tout en s’y perdant. Le film tient justement parce que Marguerite y croit, mais que l’on sait que tout peut s’écrouler d’un moment à l’autre. La construction dramatique n’en est que plus forte, car ce sont eux au fond qui sont ridicules, pas Marguerite qui ne fait qu’étudier un mécanisme, faire le portrait d’un personnage fascinant. La grande scène a ouvert ses bras au personnage, un César sera-t-il au rendez-vous pour Marguerite, qui concourt parmi d’autres théâtres humains qui révèlent, eux aussi, la folie du monde à l’image de La loi du marché de Stéphane Brizé ? Réponse le 26 février prochain.

Bande annonce – Marguerite

Fiche technique – Marguerite

Titre original : Marguerite
Date de sortie :
Nationalité : France
Réalisation : Xavier Giannoli
Scénario : Xavier Giannoli, Marcia Romano
Interprétation : Catherine Frot, André Marcon, Michel Fau, Christa Théret, Denis Mpunga, Syvlain Dieuaide, Aubert Fenoy,  Théo Cholbi
Musique : Ronan Maillard
Photographie : Glynn Speeckaert
Décors : Martin Kurel
Montage : Cyril Nakache
Production : Olivier Delbosc, Marc Missonier
Sociétés de production : Fidélité Films, Gabril Inc.,  France 3 Cinéma, Sirena Film, Score Pictures, CN5 Productions, Jouror Cinéma
Sociétés de distribution : Memento Films Distribution
Budget : NR
Genre : Drame
Durée : 129 minutes
Récompense(s) : César 2016 de la meilleure actrice pour Catherine Frot, des meilleurs costumes, des meilleurs décors et du meilleur son

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Chloé Margueritte
Chloé Marguerittehttps://www.lemagducine.fr/
Diplômée en journalisme de l'ESJ Paris, je suis passée par mille et une péripéties culturelles et littéraires au cours de mes études : théâtres, ciné et prépa avant de débarquer à Paris pour me lancer dans le journalisme et la communication. Passionnée par l'art en général et par le cinéma en particulier, j'écris principalement des critiques et autres analyses filmiques.

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