Mufasa : Le Roi Lion – La folie des glandeurs

Le monde a tremblé à l’annonce d’un remake où les animaux du cercle de la vie auraient droit à un design photoréaliste en live-action. Succès gargantuesque et inattendu, Le Roi Lion (2019) a finalement tout explosé au box-office avec un retour sur investissement de plus d’1,6 milliard de dollars. Malgré tous les défauts visuels, narratifs, de rythme et d’originalité qu’on lui reproche à raison, le préquel Mufasa ne peut qu’espérer suivre ses pas : une ruée vers l’or sans satisfaction. Ni son histoire, ni son affinage de la CGI sur des félins (un peu) plus expressifs ne peuvent empêcher toute la génération de spectateurs qui ont découvert, voire grandi, avec le film d’animation de 1994 d’en pâlir… une fois de plus.

Synopsis : Rafiki raconte à la jeune lionne Kiara – la fille de Simba et Nala – la légende de Mufasa. Il est aidé en cela par Timon et Pumbaa, dont les formules chocs sont désormais bien connues. Relatée sous forme de flashbacks, l’histoire de Mufasa est celle d’un lionceau orphelin, seul et désemparé qui, un jour, fait la connaissance du sympathique Taka, héritier d’une lignée royale. Cette rencontre fortuite marque le point de départ d’un périple riche en péripéties d’un petit groupe « d’indésirables » qui s’est formé autour d’eux et qui est désormais à la recherche de son destin. Leurs liens d’amitié seront soumis à rude épreuve lorsqu’il leur faudra faire équipe pour échapper à un ennemi aussi menaçant que mortel…

Avec la succession de remakes en prise de vue réelle à gogo sous Bob Iger (La Belle et la Bête, La Petite Sirène, Pinocchio, etc.), Disney redéfinit les standards du succès. Alors que Lilo et Stitch et Blanche-Neige, ainsi que les renégats super-héroïques de Marvel, se tiennent prêts à envahir les cinémas en 2025, ce nouveau projet sur la terre des lions tente bien que mal de s’extirper du moule du modèle d’origine et du fan-service. L’opération a de nouveau capoté. Jon Favreau, qui avait implicitement critiqué l’emprise des studios Disney sur la liberté de création avec le classique, mais appétissant #Chef, a évidemment cédé à l’appel du chèque en or de la maison de Mickey pour tenter de « restaurer » les qualités et les valeurs du film original en 2019. Ce dont il n’avait nullement besoin, sachant tout le culte qu’on lui voue encore 30 ans plus tard.

Le Roi Lion 2 moins 1

Où se situe la légitimité de ces œuvres, décalquant maladroitement et insidieusement les films d’animation d’origine, si ce n’est pour un prolongement de droits et pour fièrement affirmer son instinct primaire pour la cancel culture. De cette manière, tout n’est que plus lisse dans l’usine à rêves qu’est Disney. Pour cette raison, le film ne peut que capitaliser sur un hommage pour James Earl Jones (voix originale de Mufasa), ainsi que sur la musique emblématique d’Hans Zimmer en ouverture. Il faut bien patienter un bon moment avant d’être propulsé en terre inconnue. Canyons en partie immergés et montagnes enneigées sont autant de décors originaux que traversent les héros de cette aventure. Un chemin qui rappelle fatalement la quête initiatique de Simba et dont on prend la peine de dissimuler sous des prétextes futiles, à défaut d’enjeux ou de tensions dramatiques concluantes.

À force de vouloir sublimer le travail des effets visuels des artistes, évidemment admirable, on oublie de faire évoluer des personnages qui ne sont là que pour assurer la liaison avec l’histoire que l’on connaît déjà. Mufasa atteint la sagesse ultime lors de son vagabondage, tandis que son frère adoptif Taka, un enfant gâté par son père, n’a pas pu apprendre les notions de courage et d’honnêteté. Cet outsider avait tout pour se définir comme un vilain accompli, sans qu’on en aseptise la cruauté (Maléfique, Cruella). Le revirement de Taka en Scar maléfique est aussi précipité que le climax, anti-spectaculaire et amputé de tout lyrisme. Pour une origin story, c’est trop léger pour y trouver son compte. Les personnages manquent cruellement de profondeur et de vulnérabilité pour nous séduire, ne serait-ce que le temps d’une course-poursuite dynamique. Hélas, même sans ce type d’attente, il s’agit d’un rendez-vous manqué.

Le cimetière des lions

Comme pour Chloé Zhao avec Les Éternels (2021), et afin de pouvoir apposer le sceau d’une cinéaste oscarisée sur les supports promotionnels, la production s’est mise en quête d’un porte-étendard au profil similaire. Barry Jenkins, réalisateur de drames sociaux, connu pour avoir subtilisé la statuette dorée au nez et à la barbe de La La Land avec son film Moonlight, est alors choisi pour mener la réalisation d’un prequel qui avait un boulevard pour repartir de zéro et nous proposer une aventure spectaculaire au-delà de la Savane. Hormis quelques plans zénithaux pour chercher un peu de verticalité dans la mise en scène, les séquences de comédie musicale restent souvent à hauteur des personnages. Il est difficile de susciter de l’émotion lorsque les contraintes créatives sont trop nombreuses. La plus grande déception réside donc dans des chansons, peu mémorables, n’en déplaise à Lin-Manuel Miranda. Sa dernière contribution révèle ici des difficultés à renouveler sa playlist, habituellement entêtante et entraînante (Vaiana et Hamilton). Au lieu de ça, « Je voudrais déjà être roi » et « L’amour brille sous les étoiles » sont revisitées avec une fadeur égale à la paresse d’une telle initiative. Un trio de compositeurs tente alors d’insuffler un peu de charme dans cette jolie coquille lisse et vide qu’est Mufasa : Le Roi Lion. Sans succès.

L’arnaque se poursuit avec un poids de l’héritage trop lourd. Ne pouvant se défaire d’une seule de ses mascottes, certains d’entre-eux sont insérés au chausse-pied dans un récit qui ne parvient pas à maintenir la continuité de sa narration en flashbacks. Timon et Pumba forment un duo de sidekick comique imparable à l’origine, mais ici ils viennent constamment parasiter le rythme du visionnage à travers leurs interventions dispensables et insupportables. Ces derniers tentent désespérément d’accaparer l’écran, en le hurlant oralement au public avec qui la complicité lui fait défaut. Pour le reste, Zazou est aussi étourdi qu’inutile, Sarabi est une pâle copie de Nala, et Rafiki maintient son rôle de guide sans plus d’intérêts.

En somme, la patte de Barry Jenkins est passée au mixeur, au même titre que d’autres cinéastes de renom (Robert Zemeckis, Guy Ritchie, David Lowery). Il ne reste que derrière son passage une sensation de déjà-vu et de lassitude qui anéantit l’esprit récréatif et « magique » d’un récit qui véhicule l’acceptation et l’unité malgré les différences. Le souci est que toute la tragédie est déjà écrite d’avance. Ce qui motive finalement Scar à assassiner Mufasa sous les yeux médusés de Simba ne tient qu’en une frustration amoureuse, qui n’est pas du tout développée avec finesse. Mufasa : Le Roi Lion confirme, dans la douleur, la mort cérébrale programmée d’un studio qui n’a plus de rêves à partager. Et dans le même mouvement, il est regrettable d’affirmer que le lion est définitivement mort dans la terrible jungle numérique où s’entassent les remakes sans identité, ni saveur, ni émotion.

Mufasa : Le Roi Lion – Bande-annonce

Mufasa : Le Roi Lion – Fiche technique

Titre original : Mufasa – The Lion King
Réalisation : Barry Jenkins
Scénario : Jeff Nathanson
Voix originals : Aaron Pierre, Kelvin Harrison Jr., Seth Rogen, Billy Eichner, John Kani
Photographie : James Laxton
Montage : Joi McMillon
Musique : Dave Metzger, Nicholas Britell, Pharrell Williams
Chansons : Lin-Manuel Miranda
Producteurs : Mark Ceryak et Adele Romanski
Producteur délégué : Peter M. Tobyansen
Production : Walt Disney Pictures, Pastel Productions
Pays de production : États-Unis
Distribution France : Walt Disney Studios Motion Pictures
Durée : 1h58
Genre : Animation, Aventure, Famille, Musical
Date de sortie : 18 décembre 2024

Mufasa : Le Roi Lion – La folie des glandeurs
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Jérémy Chommanivonghttps://www.lemagducine.fr/
Spéléologue des temps modernes, je ne suis qu'un humble explorateur des salles obscures, celles-là même dont on peut en ressortir ému, apeuré, frustré ou émerveillé. Je m'y donne rendez-vous chaque semaine, sans oublier ma fascination pour Steven Spielberg, Frank Capra, Sidney Lumet, Brad Pitt et un peu moins pour les légumes. Le cinéma restera à jamais mon sanctuaire d'apprentissage et le vecteur de toutes mes émotions.

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