Tout va super : Voir Habib et mourir

Avec Tout va super, Patrick Cassir signe une comédie romantique tendre, drôle et profondément vivante sur la maladie, l’aidance et la fin de vie. Porté par Hakim Jemili, Noémie Lvovsky, Marie Colomb et Camille Chamoux, le film ose rire du tragique sans jamais le réduire, et trouve dans l’absurde une forme rare de délicatesse.

Entre la comédie romantique la plus joueuse et le drame intime le plus délicat, Patrick Cassir réussit un film d’une légèreté profonde. Avec Tout va super, il explore l’aidance, la maladie et la fin de vie sans jamais perdre son sens de la repartie ni sa tendresse pour des acteurs formidables. Une réussite généreuse, suave et souvent hilarante.

Avec Tout va super, Patrick Cassir signe une comédie romantique aussi subtile que très drôle. Il nous embarque avec malice dans le quotidien d’Élie, jeune homme dépassé par sa mère atteinte d’un cancer. Fils dévoué, il supporte tant bien que mal la très prenante et exigeante Sylvaine, interprétée par une bouleversante Noémie Lvovsky. Alors que celle-ci semblait en rémission, Élie rencontre Anaïs (Marie Colomb toujours solaire). Mais c’est le moment que choisit Sylvaine pour faire une rechute.

Tout va super est une comédie romantique drôlatique qui travaille le comique de la langue, son imprévu, sa matière proche de l’improvisation – les partitions d’acteurs sont exceptionnelles – autant que le comique de situation. Pourtant, Patrick Cassir ne se borne pas au genre de la comédie sociale décalée. Il dénonce au passage les injustices sociales, l’enfermement dans des langages codés ou mortifiés (l’excellente scène avec Camille Chamoux en oncologue au timbre imperturbable, quel que soit le diagnostic annoncé, est un régal). Son écriture sait faire mouche, aller chercher l’absurde et ce que l’on n’attendait pas dans des situations souvent graves. Le réalisateur, épaulé dans le rôle du fils par le brillant humoriste Hakim Jemili, lui confie la tonalité de son film : son mordant tendre, son ironie feinte, sa franchise ahurie, son humanisme vrai.

Le réalisateur cherche une forme fluide et cocasse, subtile et surprenante, légère et profonde pour aborder des sujets peu évidents : l’envahissement toujours possible dans la relation mère-fils, l’accompagnement des aidants, la fin de vie. On songe par moments à l’univers de Blier, mais en plus goûteux, généreux et suave. Surtout, Cassir s’empare du poids le plus lourd – parler d’un deuil annoncé – avec vitalité, tendresse et un sens du romanesque qui éclate dans toute la dernière partie.

Ce qui fait la singularité de Tout va super, c’est moins son sujet que sa manière de le traiter : une comédie romantique qui parle de cancer et de deuil sans jamais basculer ni dans le larmoyant ni dans le cynisme. Pour y parvenir, Patrick Cassir s’appuie sur un alliage rare entre une écriture précise et une liberté laissée aux interprètes. Et c’est peut-être dans la présence de deux humoristes, Hakim Jemili et Camille Chamoux, que ce style se révèle le mieux.

Camille Chamoux incarne une oncologue au diagnostic porté par une langue stéréotypée. Elle annonce les pires nouvelles avec la même voix neutre et policée qu’elle utiliserait pour commander un café. Son personnage n’est pas méchant : il est prisonnier d’un langage médical aseptisé, d’une déformation professionnelle qui transforme la mort en statistique. Chamoux joue cette mécanique humaine avec une précision d’horloge : le débit identique, l’absence de micro-expressions, le sourire aimable. C’est terrifiant et hilarant à la fois. Par elle, le film pointe l’absurdité d’une institution qui parle de fin de vie comme d’une procédure administrative. Son personnage dit tout, mais n’entend rien. Et c’est dans ce décalage que naît le comique.

Hakim Jemili, lui, apporte une autre texture. Son personnage — souvent survolté, envahissant, maladroit — introduit un rythme haché, des silences qui tombent mal, des élans de générosité qui partent en vrille. Là où Chamoux joue la constance froide, Jemili joue l’instabilité chaude. Il a cette capacité à faire dérailler une scène par un mot de travers ou un geste trop appuyé, sans jamais devenir antipathique. Sa présence rappelle que l’aide aux proches peut aussi être un fardeau joyeux, une guérilla du quotidien où l’on fait ce qu’on peut, souvent mal, mais avec le cœur.

Ensemble, Chamoux et Jemili incarnent deux pôles du style Cassir : la précision clinique du rythme et la générosité désordonnée du phrasé. Le film oscille entre ces deux régimes : l’absurde et le chaos affectif. C’est cette tension qui fait la signature de Tout va super.

Tout va super choisit enfin une durée brève à contre-courant des films actuels et cela aussi revigore !

Tout va super : Bande-annonce

Tout va super : Fiche technique

Réalisation : Patrick Cassir
Scénario : Patrick Cassir, Rudy Milstein
Interprètes : Hakim Jemili, Noémie Lvovsky, Marie Colomb, Camille Chamoux, Denis Podalydès, Rudy Milstein
Montage : Cyril Nakache
Musique : Alexandre de la Baume
Production : Atelier de Production
Producteur exécutif : (non communiqué)
Société de production : Atelier de Production
Pays de production : France
Société de distribution France : Zinc Film
Durée : 1h31
Genre : Comédie dramatique, Romance
Date de sortie : 27 mai 2026

Festival

Cannes 2026 : Ben’imana, le mur du silence

Premier film de Marie-Clémentine Dusabejambo, "Ben'Imana" aborde le pardon, la résilience et la transmission d'une douleur indicible au sein de la société rwandaise, profondément hantée par le génocide des Tutsis. Un drame rempli d'émotions, lauréat de la Caméra d'or, qui invite à s'unir dans l'humanisme au-delà des ethnies.

Cannes 2026 : Le Château d’Arioka, leçon d’honneur

Présenté à Cannes Première, "Le Château d'Arioka", nouveau film de Kiyoshi Kurosawa, est un film policier féodal en forme de huis clos philosophique. Un film de samouraïs, sans grandes batailles ni duels au katana, qui convainc, à condition d'accepter son tempo, tel une infusion en quatre mouvements.

Cannes 2026 : La Bataille de Gaulle – L’âge de fer, les guignols de l’Histoire

"La Bataille de Gaulle", diptyque très ambitieux réalisé par Antonin Baudry, retrace le parcours du plus célèbre général français. Sa première partie, "L'âge de fer", s'intéresse à la lente et difficile reconnaissance de De Gaulle, une figure militaire tragi-comique poursuivant seul le combat, envers et contre tous. Un projet audacieux qui se découvre malheureusement comme une grotesque traversée du désert, sans ampleur ni profondeur historique.

Cannes 2026 : Tangles, traits de mémoire

Présenté en séance spéciale à Cannes 2026, "Tangles" de Leah Nelson adapte le roman graphique autobiographique de Sarah Leavitt sur la maladie d'Alzheimer. Un premier film d'animation 2D époustouflant, qui fait de l'art un refuge contre l'effacement, et de la vie, malgré tout, une célébration.

Newsletter

À ne pas manquer

The Mandalorian and Grogu, ou la saga Star Wars à bout de Force ?

Après sept ans d’absence au cinéma, The Mandalorian and Grogu ramène enfin Star Wars sur grand écran. Jon Favreau livre une aventure accessible, efficace et parfois franchement plaisante, mais dont le manque d’enjeu, d’ambition visuelle et de souffle cinématographique finit par réduire le retour de la saga à un simple téléfilm de luxe.

Passenger – Frissons routiers balisés pour tenue de route correcte

Avec Passenger, André Øvredal revient à l’horreur d’exploitation pure, entre légende urbaine, présence démoniaque et frissons nocturnes sur les routes. Si son excellente scène d’ouverture et quelques morceaux de mise en scène rappellent son vrai savoir-faire, le film reste trop banal, trop calibré et trop pauvre dans ses personnages pour dépasser le rang de série B honnête.

Leaving Las Vegas : le pacte des naufragés

Trente ans ont passé. Las Vegas brille toujours autant, et "Leaving Las Vegas" aussi. Le film de Mike Figgis revient hanter les salles dans une version restaurée en 4K avec la même force d'impact, la même noirceur. On serait tenté de croire que le temps l'a rendu plus supportable. Il n'en est rien. La blessure est intacte, et l’admiration aussi.

L’Être aimé de Rodrigo Sorogoyen : Père et impair

Avec L’Être aimé, Rodrigo Sorogoyen signe un film de tournage aussi fascinant que déchirant, porté par Javier Bardem et Victoria Luengo. Derrière la mise en abyme cinématographique, le cinéaste filme surtout l’attente impossible d’une fille face à un père qui sait voir, diriger, comprendre — mais ne sait pas demander pardon.

L’Abandon : le traitement tout en nuances d’un sujet explosif

Les onze derniers jours de Samuel Paty, qui firent de lui un martyr de la République. Un sujet délicat, commandant d'éviter autant le pathos que la récupération politique. Vincent Garenq relève ce défi, avec un film qui parvient à captiver en tenant bien sa ligne. Estimable, malgré une réalisation sans surprise.

The Mandalorian and Grogu, ou la saga Star Wars à bout de Force ?

Après sept ans d’absence au cinéma, The Mandalorian and Grogu ramène enfin Star Wars sur grand écran. Jon Favreau livre une aventure accessible, efficace et parfois franchement plaisante, mais dont le manque d’enjeu, d’ambition visuelle et de souffle cinématographique finit par réduire le retour de la saga à un simple téléfilm de luxe.

Passenger – Frissons routiers balisés pour tenue de route correcte

Avec Passenger, André Øvredal revient à l’horreur d’exploitation pure, entre légende urbaine, présence démoniaque et frissons nocturnes sur les routes. Si son excellente scène d’ouverture et quelques morceaux de mise en scène rappellent son vrai savoir-faire, le film reste trop banal, trop calibré et trop pauvre dans ses personnages pour dépasser le rang de série B honnête.

L’Être aimé de Rodrigo Sorogoyen : Père et impair

Avec L’Être aimé, Rodrigo Sorogoyen signe un film de tournage aussi fascinant que déchirant, porté par Javier Bardem et Victoria Luengo. Derrière la mise en abyme cinématographique, le cinéaste filme surtout l’attente impossible d’une fille face à un père qui sait voir, diriger, comprendre — mais ne sait pas demander pardon.