Venom : The Last Dance, avant l’ombre et l’indifférence (pitié)

Il est là, alors que personne ne le demandait. Remarquez, quelqu’un réclamait Madame Web ou Morbius ? Non. Pourtant, à l’instar de Peter Parker, le spectateur semble avoir bien du mal à se débarrasser du symbiote qui rode dans nos salles depuis 2018.  Et… bon, vous savez quoi ? Puisque ce film se contrefiche du spectateur et ne respecte ni les fans, ni le cinéma, ni… rien, en fait, je ne vais pas chercher à trouver de jolies phrases joliment tournées et professionnelles pour dire ce que j’en ai pensé. Venom : The Last Dance est une daube abyssale, qui pose fièrement la trilogie au rang de pire trilogie de l’histoire du cinéma. 

Mais qu’il est Knull..

Je suis Knull, je suis le grand méchant et je suis tout puissant. Grrrr. Incroyable, pourtant, c’est quasiment la première phrase du film. Oui, Knull, ennemi surpuissant de l’écurie Marvel, menace digne des Avengers, réduit au rang d’immense blague en à peine quinze secondes. Le fou rire commence seulement, le pire reste à venir. On te sort un monologue d’exposition ridicule, où il t’explique que ses symbiotes l’ont trahi et enfermé dans un monde prison. On oublie toute forme de subtilité et on t’envoie un larbin traquer Venom, détenteur de la clé qui libérera le grand vilain pas beau. Et comme c’est le méchant, il précise bien à son toutou qu’il le tuera s’il échoue, ou plutôt que sa récompense sera de ne pas mourir. Sérieusement je pleurais de rire. Et encore, attendez de voir la mise en scène.

A l’instar d’un Thanos, Sony semble vouloir installer le nouveau grand vilain de son Sony Cinématique Universe. Problème numéro un : jusqu’ici, aucun film de cet univers ne peut se vanter d’être seulement. passable. Second soucis, aucune scène post crédit n’a mené ou que ce soit, jusqu’ici. Vulture qui s’associe à Morbius pour tuer Spider-Man ? Jamais vu. Eddie Brock et Venom qui rejoignent le MCU ?  Réexpédiés dans leur univers aussi vite qu’ils en sont partis. Ici, on nous sort un teasing grossier d’un Knull affreusement laid, semblant prêt à en découdre dans des films futurs. Mais avec qui ? Spider-Man reste chez Marvel, celui d’Andrew Garfield a été traité comme un mal propre, Morbius et Madame Web se sont fait massacrer et Tom Hardy en a fini avec Venom. Du moins, c’est ce que l’acteur annonce. Pitié, qu’il dise vrai. Reste le film Kraven le chasseur, fin décembre et d’autres projets liés à des ennemis de Spider-Man dont tout le monde se contrefout. On leur espère une meilleure destinée, bien sûr. Mais à ce stade, ajoutée à la fatigue des daubes superhéroïques qu’on nous sort à la pelle depuis quelques années, qui peut lever une main et prétendre attendre ces films ?

Eddie Break, Eddie Brock, Eddie Broken

Vous aimez les deux premiers Venom ? La bonne nouvelle pour vous est que vous aimerez sans aucun doute celui-ci.  Après tout, Venom : Let There be Carnage atteignait un degré de stupidité et de nullité tellement inégalé qu’il était presque devenu agréable à regarder. The Last Dance se veut plus intimiste, plus terre à terre et a, au moins, le mérite d’essayer de raconter quelque chose. Alors, il se vautre sur absolument tous les points, mais il essaye. Si, soyons francs et reconnaissons une indéniable qualité : sa fin n’ouvre que peu de portes pour un quatrième film. Ouf. Rendez-nous Tom Hardy !

Désormais traqués par les fédéraux et le gouvernements, Eddie et Venom se sont enfuis au Mexique. Malheureusement pour eux, l’assassin envoyé par Knull va remettre leur cavale en question et… ah, non, en fait, pas tant que ça. Oui, car la créature ne sentira la présence du symbiote si et seulement s’il revêt sa forme complète. En un mot comme en cent : il suffit à Eddie de ne pas se transformer à 100% pour être totalement invisible à Knull et ses sbires. On suit donc un petit road movie où nos protagonistes tentent de rejoindre New York (alors qu’il sont traqués par le monde entier, on le rappelle) sans utiliser l’intégralité de leurs pouvoirs. Dans l’idée, pourquoi pas. Ca donne même lieu à une ou deux scènes touchantes pour le duo, dont l’alchimie fonctionne bien et a mené à une vraie évolution au cours des trois films. Dans les faits, c’est chiant et long.

Là ou les choses deviennent hilarantes, c’est qu’à partir de ce stade de l’histoire, toutes les transformations totales qui suivront jusqu’à la fin du film seront complètement stupides et injustifiées. Comprenez qu’Eddie, sans utiliser la forme complète de son symbiote, garde une grande panoplie de pouvoirs et capacités. Mais non, parce que s’il ne se transforme pas, la créature ne le sent pas et l’intrigue n’avance plus. Le scénario va trouver les pires idées pour faire avancer l’histoire. Une confrontation avec cinq militaires ? Transformation. Venom qui tape une crise parce qu’il veut danser sur du Abba, (oui…) transformation. Mais tuez-moi. A coté de ça ? Rien, ou le désastre. D’un côté, on suit une équipe de scientifique qui étudient les symbiotes, avec quelques réflexions et messages à peine cachés sur la migration. De l’autre, on croisera une famille hippie à la recherche d’extraterrestre en pleine zone 51, zone où se déroulera un climax laid, de nuit, incroyablement mal filmé et monté, le rendant illisible. Oui, ils ont réussi à faire pire que Spider-Man : No Way Home et son combat final tout pourri sur un échafaudage.

En symbiose avec la nullité

Au final, on ne retient rien de cet étron qui se prétend film. L’émotion, insérée au forceps, ne fonctionne presque jamais. Tout va trop vite, bien que le ressentit soit paradoxalement si long. Les personnages sont tous plus stupides les uns que les autres, Eddie et Venom en tête. On ne retient rien, ni personne et encore moins Knull. Aucune scène ne reste (positivement, du moins), aucun dialogue ne ressort dans cette bouillie de paroles indigestes qui ferait passer Cinquante nuances de Grey pour un chef d’œuvre. Quant aux acteurs, bien peu aidés par l’intrigue, ils en ont rien à faire. Tom Hardy s’éclate et semble plus que jamais au sommet de l’art du cabotinage. Prions pour qu’il retrouve enfin le chemin des grands films, débarrassé de cette trilogie qui a fait énormément de mal.

Le pire, c’est qu’il aurait suffit de quelques idées ici et là pour faire passer Venom: The Last Dance de pur navet à sympathique petit nanar. Malheureusement, à trop chercher la case tire larmes, à insister sur la possible mort du duo tout au long du film et à ne jamais savoir quel ton trouver, ce troisième film ne trouve jamais son identité. Le premier, aussi nul soit-il, gardait plus ou moins un aspect très sérieux tout du long. Le second embrassait le n’importe quoi assumé dès les premiers instants et ne durait qu’1h30, le rendant nanardesque et pas si désagréable. Comme le dit si bien Arthur « C’est systématiquement débile, mais c’est toujours inattendu ! »Ce troisième film n’a rien… si ce n’est la fierté d’avoir existé, là ou The Amazing Spider-Man 3 n’en a pas eu le droit…

Bande-annonce – Venom : The Last Dance

Fiche technique – Venom : The Last Dance

Réalisation : Kelly Marcel (toutes mes condoléances pour sa carrière)
Scénario : Un enfant de six ans, visiblement. Ah, non, Kelly Marcel..
Casting : Tom Hardy / Juno Temple / Rhys Ifans
Montage : Le quoi ?
Photographie : Gilbert Montagné, pas possible autrement.
Production : Columbia Pictures / Marvel Entertainment / Pascal Pictures / Sony Pictures Releasing
Distribution : Sony Pictures Releasing US / France
Budget : 120 Millions… (COMBIEN ?!)
Sortie : 30 Octobre 2024 en salles
Durée : 1h50, mais avec 20mn de générique

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Dimitri Redier
Dimitri Redierhttps://www.lemagducine.fr/
Film préféré (Gladiator) - Série préférée (Mr Robot) - Acteur préfére : (Benedict Cumberbatch) - Actrice préférée (Emma Stone) - Réalisateur préféré (Denis Villeneuve) - Jeu vidéo préféré (The Last of Us 2) - Plat préféré (Les sushis…ça n’a aucun rapport mais je suis sûr que vous vous posiez la question)

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