The Danish Girl, un film de Tom Hooper: Critique

The Danish girl est l’attraction cinématographique du moment (13 nominations dont 4 aux oscars). Adapté du roman éponyme de David Ebershoff, lui même inspiré du journal rédigé par la première femme à avoir subi une chirurgie de réattribution sexuelle, le film se veut un biopic de Lili Elbe née Einar Wegener, pionnière transsexuelle dans les années 20.

Synopsis : The Danish Girl retrace la remarquable histoire d’amour de Gerda Wegener et Lili Elbe, née Einar Wegener, l’artiste danoise connue comme la première personne à avoir subi une chirurgie de réattribution sexuelle en 1930. Le mariage et le travail de Lili et Gerda évoluent alors qu’ils s’embarquent sur les territoires encore inconnus du transgenre.

La récente réception de ce film a été, comme toujours, accompagnée de nombreux reproches. Beaucoup le considère comme un mélodrame trop sirupeux et taillé pour les oscars. Et ce à raison, car tout semble l’indiquer. En effet, le thème est à la mode (on aura vu récemment sortir le superbe Laurence anyways de Xavier Dolan, le plus fade Une nouvelle amie de François Ozon, et dans l’actualité, les changements de sexe de Lana Wachowski ou Caitlyn Jenner par exemple), le réalisateur l’est aussi (Tom Hooper déjà oscarisé avec Le discours d’un roi, et connu pour ses productions très académiques), Eddie Redmayne semble être quant à lui le nouvel acteur à la mode, oscarisé l’an dernier pour son interprétation sensible de Stephan Hawkins dans Une merveilleuse histoire du temps. Alexandre Desplat à la musique (et à la partition musicale très lancinante) et Danny Cohen à la photographie complètent cette équipe composée sur mesure pour rafler un maximum de statuettes.

Cependant, le film évite tous les travers que ce genre de production peut engendrer. On n’y retrouve ni les défauts des biopics souvent trop lisses, ni le pathos excessif des œuvres académiques. Et ainsi, le film se révèle incroyablement juste et d’une finesse rare, une ode poignante et engagée pour la différence, un récit sensible et poétique sur une romance aussi tragique qu’enivrante. Tom Hooper utilise son intelligence émotionnelle et la met au service de cette merveilleuse histoire avec délicatesse et sensibilité.

Einar Wegener est un peintre reconnu et exposé qui reçoit les louanges d’un univers mondain où il ne se sent pas très à l’aise. Discret et délicat, l’homme a épousé Gerda, charmée par sa sensibilité. La complicité du couple s’impose alors. La femme se révèle être indépendante et tient à forger sa propre place dans un microcosme artistique peu ouvert au travail des femmes. Tom Hooper nourrit l’approche en se concentrant sur l’interaction entre Einar et Gerda, à l’instar de leurs échanges de regard ou de leur présence corporelle au sein du cadre. L’intimité apparaît être le maître mot.

Gerda assiste impuissante à la transformation de son mari, entre lutte, culpabilité, incompréhension et résignation, le spectateur assiste avec émotion à la dévotion de cette femme pour son époux, qui a la sagesse de comprendre que ce dernier n’est pas face à un choix, mais sombre vers une fatalité. Elle l’accompagnera jusqu’au bout, en faisant fi de ses propres sentiments, et démontrant ainsi une abnégation sans faille, et on ne peut plus touchante.

Le film distille ce qu’il faut de troubles, d’émotions et de beauté (notamment la scène, magnifique, où Einar reproduit les gestes d’une fille de joie derrière une vitre, symbole du peu de distance qu’il y a entre lui et elle, entre lui et la femme qui vit dans son corps masculin) pour ne jamais tomber ni dans le sensationnel ni dans le complaisant qu’un sujet pareil pouvait susciter, mais au contraire offrir un bel écrin à ces deux-là, unis dans leur amour et le tumulte de leur existence.

La performance remarquable d’Eddie Redmayne n‘empêche pas le spectateur de trouver le personnage de Lili/Einar assez antipathique par moments. Elle/il est effroyablement égocentrique; alors certes elle/il se bat pour retrouver sa propre identité, le film met l’accent sur la compréhensible détresse de son épouse, qui elle aussi subit énormément ce changement, tandis que Lili ne semble pas vraiment s’en soucier. S’ensuit alors un attachement plus fort au personnage de Gerda, qui est peut être la fameuse Danish Girl au final, ouverte et éprise d’un amour si fou pour Einar qu’elle ne met que peu de temps à accepter Lili comme étant sa remplaçante. En cela, le film a l’audace de dessiner une relation ambiguë, peu conventionnelle et poussant à remettre en perspective la conception même d’une relation amoureuse. Il consacre une véritable transcendance de l’amour par delà les frontières du sexe.

Peinture vivante d’un pionnier assumant sa transidentité sous forme de fresque romanesque à la sensibilité renversante et esthétiquement soignée (des costumes aux décors d’époque), le film réussit par ailleurs un pari risqué. Pour donner résonance au métier des deux protagonistes et à leur amour pour la toile, Hooper voulait que ses images ressemblent à des tableaux. En effet, inspiré des peintures de Hammershoi, un peintre danois, Hooper est allé jusqu’à recréer une réplique de l’appartement de ce dernier et Danny Cohen, en jouant sur les éclairages et le cadrage, a donné vie aux tableaux d’Hammershoi a travers les plans de Danish girl en capturant la douceur incroyable des longues soirées d’été du nord et la coloration singulière, un gris bleu sourd qui représente l’univers très austère dans lequel Einar vit, n’est pas sa place et duquel Lili a besoin de s’échapper.

Les performances des deux acteurs, en lice tous deux pour les oscars d’interprétation, sont remarquables. Ils incarnent les rôles avec justesse et une grande sensibilité. Eddie Redmayne semble bien parti dans la lignée de Tom Hanks oscarisé en 1993 pour Philadelphia puis en 1994 pour Forrest Gump ainsi que pour perpétuer la malédiction Léonardo DiCaprio. Quant à Alicia Vikander, elle se place comme une voleuse de vedette en puissance tant son interprétation tout en émotions est notable.

The Danish Girl, peut-être le grand gagnant de la cérémonie des Oscars 2016 ?

En outre, en cette année 2016, le film est un bel hommage au chanteur David Bowie qui a fait partie de ceux qui ont milité pour l’acceptation des transgenres dans la société.

The Danish Girl: Fiche technique

Réalisation : Tom Hooper
Scénario : Lucinda Coxon d’après « The Danish girl » de David Ebershoff
Interprétation: Eddie Redmayne (Einar Wegener / Lili Elbe), Alicia Vikander (Gerda Wegener), Ben Whishaw (Henrik), Amber Heard (Ulla Paulson), Sebastian Koch (Dr Warnekros), Matthias Schoenaerts (Hans Axgil), Adrian Schiller (Rasmussen), Emerald Fennell (Elsa), Henry Pettigrew (Niels)…
Direction artistique : Grant Armstrong
Décors : Eve Stewart
Costumes : Paco Delgado
Photographie : Danny Cohen
Montage : Mélanie Oliver
Musique : Alexandre Desplat
Producteur(s): Tim Bevan, Eric Fellner, Anne Harrison, Tom Hooper, Gail Mutrux
Production: Working Title, Pretty Pictures
Pays d’origine : États-Unis, Royaume-Uni et Allemagne
Langue : Anglais
Durée : 120 minutes
Distributeur: Universal Pictures International France
Récompenses : Oscar 2016 de la meilleure actrice dans un rôle secondaire pour Alicia Vikander
Date de sortie: 20 janvier 2016
Durée: 2h
Genre : Drame, Biopic

Auteur : Clement Faure

 

 

 

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