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Accueil Cinéma Critiques films PartagerFacebookTwitterPinterestEmail Jérémy Chommanivong Responsable Cinéma Moins kitsch que L’Empire et plus radical que Pendant ce temps sur Terre, Planète B s’inscrit dans la veine science-fictionnelle du cinéma de genre français. Une bonne nouvelle qui s’accompagne d’une déception, car le nouveau film d’Aude Léa Rapin manque à dépeindre son univers carcéral atypique, que ce soit dans sa dimension virtuelle ou réelle. Un film d’anticipation malheureusement trop bancal dans son exécution, malgré un cri de ralliement anti-totalitaire et humaniste. Synopsis : France, 2039. Une nuit, des activistes traqués par l’Etat, disparaissent sans laisser aucune trace. Julia Bombarth se trouve parmi eux. A son réveil, elle se découvre enfermée dans un monde totalement inconnu : PLANÈTE B. Cinéaste et spectatrice hantée par les fantômes de la guerre dans les Balkans, Aude Léa Rapin a réalisé son premier long-métrage porté par Adèle Haenel, Les héros ne meurent jamais. Ce road-movie tourné en Bosnie nous embarque dans une chasse aux fantômes et interroge la notion de réincarnation. En réalité, il s’agit avant tout de mettre l’accent sur la mémoire des disparus, ce qui le lie intimement à son second film, porteur de belles promesses. On y trouve des similitudes avec le Punishment Park de Peter Watkins, où une dérive politique sous Richard Nixon conduit les « ennemis » de l’État, à la merci de policiers armés, à lutter pour leur vie dans une simulation qui a tout d’un purgatoire forcé. Les protagonistes de la réalisatrice ne sont pas en reste et deviennent les cobayes d’une prison virtuelle d’un nouveau genre, paradoxalement située dans une villa paradisiaque de la Côte d’Azur. La France virtuelle L’ère du numérique et de l’hyperconnectivité arrive à son paroxysme dans une France surpeuplée de migrants et où le militantisme est comparé à du terrorisme. Toute résistance est vaine dans ce monde et l’activisme « pacifique » de Julia Bombarth la conduit malgré tout derrière des barreaux invisibles, tenus secrets par le gouvernement en place. Pour l’incarner, nous avons Adèle Exarchopoulos, qui continue à s’imposer dans le paysage cinématographique français et qui donne encore plus d’élan à des genres qui ne s’imposent pas naturellement dans l’esprit du public. Après quelques détours fantastiques avec Les Cinq Diables et Le Règne Animal, la comédienne fait alors une première incursion dans la science-fiction. Dans une retenue et une efficacité que l’on soupçonne exemplaire au premier abord, l’atmosphère et le décor qui rappellent l’univers ravagé aperçu dans Les Fils de l’homme. Cependant, dans sa tentative de restituer des images chocs similaires, notamment au détour de confrontations avec les forces de l’ordre, la cinéaste échoue à générer une tension dramatique conséquente pour maintenir le spectateur impliqué tout le long de l’intrigue. Il reste toutefois un peu d’espoir en croisant l’arc narratif de Julia avec Nour, interprétée par Souheila Yacoub (Climax, Entre les Vagues, Dune : Deuxième partie, Les Femmes au balcon). Journaliste irakienne engagée dans son pays natal, elle n’est plus qu’une simple immigrée comme les autres dans cette « nouvelle » République Française, dénuée de liberté, d’égalité et de fraternité. Chacune recherche alors une réhabilitation dans une vie nouvelle sans peur et sans violence. Julia cherche à répondre à l’appel de ses proches qui la croit disparue et Nour doit rapidement trouver un moyen de renouveler son visa ou de trouver une issue alternative avant l’expulsion. Le film s’appuie donc sur une connexion entre le réel et le virtuel, avec les allers-retours de Nour dans la prison où sont quotidiennement torturés Julia et ses codétenus. Tout le mystère qui entoure ce lieu est malencontreusement desservi par un manque de consistance, de fluidité et de cohérence dans la narration. Ready Player One traînait de nombreux clichés derrière lui, mais pas autant de défauts qui parasitent l’immersion, de part et d’autre de la matrice. Derrière le métavers Par ailleurs, l’autre grande limite de Planète B réside dans l’assimilation de ses références en termes de mises en scène, trop ambitieuses pour certaines et surtout traitées à la même échelle. On se retrouve donc avec un espace ténébreux et cauchemardesque, directement inspiré d’Under The Skin. Malheureusement, le film ne fait que la moitié du chemin en décalquant son style visuel. Il néglige malgré tout cette tension viscérale dans le sound design, puis cette notion d’urgence et de douleur qui devraient en faire un thriller psychologique imparable sur les thématiques qui le motivent. Le maigre budget, estimé à un peu plus de 5 millions d’euros, peut justifier certains choix artistiques, mais en aucun cas ce manque d’intensité dramatique dans la course contre la montre qui se joue pour Nour. La production de Vesper Chronicles en a coûté autant, à titre de comparaison. Une vue d’ensemble de ce monde en proie à l’apocalypse, ou une incarnation visuelle marquante dans l’exposition, aurait justement pu créer cette tension psychologique. Cela ne signifie pas qu’Aude Léa Rapin n’a pas essayé de le faire, mais la barre était sans doute trop haute pour espérer jongler avec autant d’éléments disparates. La musique de Bertrand Bonello peut compenser pendant un certain temps, mais elle arrive souvent trop tard alors que les soucis de rythme se sont bien installés. On ressent un lâcher-prise dans le développement des personnages piégés sur la Planète B et dans l’absence de clarté sur les règles de ce monde qui est « déconnecté » de la réalité. Ces personnages ne peuvent que ronger leur folie dans l’attente d’une résolution. On peut être stimulé par le débat éthique et politique qui se joue dans les coulisses de la seconde moitié, et qui emprunte beaucoup aux films d’espionnage, mais la notion de sacrifice passe à la trappe. Comme toutes les autres bonnes idées ou les enjeux, elle n’a droit qu’à une citation sans incarnation. La mise en garde contre les dérives d’un État confondant sécurité et hyper-surveillance, profitant ainsi de la loi martiale pour restaurer la « paix », est sincère et nous renvoie aux dernières manifestations notables dans le monde. Dommage que tous les risques et les ambitions engagés sur Planète B échouent à restituer le fort instinct de survie et de solidarité des victimes, malgré un casting aussi valorisant, d’un monde dépendant de la technologie. Une perspective familière qui suscite plus de frissons sur le papier qu’à l’écran. Planète B : Bande-annonce Planète B : fiche technique Réalisation et Scénario : Aude Léa Rapin Interprètes : Adèle Exarchopoulos, Souheila Yacoub, Eliane Umuhire, India Hair, Paul Beaurepaire, Jonathan Couzinié, Marc Barbé Image : Jeanne Lapoirie – AFC Prise de son et Mixage : Fanny Weinzaepflen Sound design : Margot Testemale Montage : Gabrielle Stemmer Musique : Bertrand Bonello Direction artistique : Eve Martin Décors : Julia Irribarria Costumes : Frédérick Denis Coiffure : Oackland Breuer Création et maquillage FX : Oriane De Neve Casting : Judith Chalier – ARDA Assistant mise en scène : Vincent Pradès Scripte : Bénédicte Darblay Supervision VFX : Vincent Dutour Collaboration artistique VFX : Anaïs Mak Directrice de production : Claire Trinquet Directrice de post-production : Laetitia Pichon Producteurs : Eve Robin, Benoît Roland Production : Les Films du Bal, Wrong Men Pays de production : France, Belgique Distribution France : Le Pacte Durée : 1h59 Genre : Science-fiction, Thriller Date de sortie : 25 décembre 2024 Planète B : Ready Prisoner OneNote des lecteurs1 Note2.5