Vesper Chronicles : une petite fable SF d’une ambition folle

Alors que les blockbusters reviennent en masse après cette longue crise sanitaire, Vesper Chronicles débarque dans nos salles sans crier garer pour faire honneur au cinéma européen. Comment ? En nous offrant une fable de pure science-fiction ô combien crédible et envoûtante, qui parvient à égaler, voire à supplanter, la concurrence à gros budget.

Synopsis de Vesper Chronicles : Dans le futur, les écosystèmes se sont effondrés. Parmi les survivants, quelques privilégiés se sont retranchés dans des Citadelles coupées du monde, tandis que les autres tentent de subsister dans une nature devenue hostile à l’homme. Vivant dans les bois avec son père, la jeune Vesper rêve de s’offrir un autre avenir, grâce à ses talents de bio-hackeuse, hautement précieux dans ce monde où plus rien ne pousse. Le jour où un vaisseau en provenance des Citadelles s’écrase avec à son bord une mystérieuse passagère, elle se dit que le destin frappe enfin à sa porte…

En avez-vous marre de toutes ces productions hollywoodiennes qui pullulent sur nos écrans ? Ce genre de films dont la majorité – allons jusqu’à 90% des cas ! – se trouvent être de purs produits sans âme, à la direction artistique édulcorée, qui s’oublient facilement une fois le visionnage terminé ? Nous vous conseillons fortement de vous tourner vers du cinéma plus indépendant, autre qu’américain. Ne prenez pas cela comme la remarque d’un cinéphile pompeux sachant mieux que quiconque la qualité d’un film, loin de là ! Mais à trop se pencher sur les blockbusters, vous risquerez de louper beaucoup de titres qui vaillent le coup d’œil. Ne serait-ce ces dernières années en France, où nos studios se permettent de nous offrir des titres dignes de chez l’oncle Sam (Le Chant du Loup, Boîte Noire), ou de s’aventurer un peu plus vers le cinéma de genre (La Nuée, Teddy, L’Année du Requin). Et même sans parler de comparaison, il suffit de voir ce que le 7ème art européen nous a réservé rien que pour cet été avec La nuit du 12 – policier aussi douloureux qu’un uppercut – et As Bestas – thriller rural à l’efficacité redoutable. En cette fin du mois d’août 2022, nous pouvons également compter sur Vesper Chronicles, une fable SF à la teneur aussi imposante qu’un produit estampillé Disney, Universal ou bien Paramount… mais qui se montre bien plus méritant que ses aînés à 100 millions de dollars et des brouettes !

Ce n’est clairement pas la première fois que le «petit cinéma» s’essaye dans l’univers post-apocalyptique. Celui où la Terre a été ravagée par une catastrophe écologique provoquée par l’Homme – cela va sans dire ! – et obligeant quelques survivants à vivre dans un milieu hostile. À devoir exercer la loi du plus fort au premier degré. Mais rarement cet univers ne s’était montré aussi crédible et palpable qu’avec ce Vesper Chronicles littéralement sorti de nulle part. D’un film belgo-franco-lituanien au budget que nous devinons minuscule, nous obtenons une fable à la beauté plastique bluffante. Entre les costumes, les accessoires, les décors, les effets spéciaux… le duo de réalisateurs Kristina Buožytė/Bruno Samper parvient à faire suinter son œuvre d’une cohérence à toute épreuve. Et comme si cela ne suffisait pas, il apporte à ce long-métrage une richesse inimaginable par le biais d’idées scénaristiques (le père inerte communiquant via un drone), de narration (décrire l’univers par des dialogues savamment écrits pour pallier au limitation du budget) et visuelles (la diversité des mycoses/organismes visibles sur le moindre tronc d’arbre). Une richesse semblant tout droit sortie de Nausicäa de la Vallée du Vent – dont Vesper Chronicles semble pleinement s’inspirer – et même d’Avatar par moment – cette scène où l’héroïne nous dévoile ses plantes en pleine nuit – qui rend ce monde vivant au possible.

Et plutôt que de se contenter d’une réussite plastique indéniable, le film peut également se vanter d’avoir une patte artistique toute aussi irréprochable. Un constat qui se remarque par la photographie, cette dernière parvenant sans mal à jongler entre la tension et le mystère – la poursuite finale dans la forêt ou ces champs désertiques surplombés par des structures abandonnées– et l’envoûtement – ce plan final, d’une poésie à couper le souffle ! Sans oublier le fait qu’elle mette en valeur les acteurs, que ce soit un Eddie Marsan plus terrifiant qu’à l’accoutumée ou une jeune Raffiella Chapman héroïne malgré elle. Bref, une imagerie qui fait donc honneur en embellissant sans mal cet univers, tout comme le travail sonore. Que ce soit la musique captivante ou les bruitages minutieux – la respiration des soldats de la Citadelle –, Vesper Chronicles accentue sa sublime allure via une atmosphère de haute tenue.

Mais s’il fallait tout de même pointer un défaut du doigt, c’est bien du côté du scénario que Vesper Chronicles se perd. Bien évidemment, nous ne pouvons lui reprocher de faire dans le déjà-vu, le long-métrage présentant des personnages et des situations plutôt riches. En plus de tout le background qui nous est révélé au compte-gouttes pour captiver notre attention (les pèlerins, les Jugs, le trafic du sang…). Non, là où le bât blesse, c’est que le film doit constamment jongler entre son ambition démesurée et son manque de moyens qui, mine de rien, limite sa narration. Et pour cause, à trop nous décrire un univers qu’il ne peut véritablement montrer, Vesper Chronicles frustre. Bien évidemment, c’est au public de devoir jouer un peu de son imagination, mais étant donné l’ampleur du monde qui nous est présenté, il est dommage que le film ne puisse nous proposer plus, spectateurs gourmands que nous sommes ! Pour preuve de ce défaut, il suffit de voir à quel point l’histoire commence à piétiner à mi-parcours, cette dernière ne sachant comment réellement se terminer faute de pouvoir proposer un climax à la hauteur de son ambition. Cassant quelque peu le rythme et donc notre intérêt pour l’intrigue, ce qui est fort dommage.

Malgré cette ombre au tableau, nous ne pouvons que vous conseiller de voir Vesper Chronicles. De donner votre chance à un cinéma européen qui en a fortement sous le capot. De vous laisser emporter dans un monde qui lamine sans aucune difficulté les singeries glaciales et archi-numériques des blockbusters des studios américains. Le film de Kristina Buožytė/Bruno Samper est la preuve qu’avec de l’ambition et du cœur à l’ouvrage, nous pouvons obtenir un film avec une âme. Et aller voir ce film, c’est également inciter des studios de production/distribution à oser exploiter ce genre de long-métrage un peu plus souvent. Les salles de cinéma ont plus que besoin de se refaire une santé. C’est l’occasion de les sauver !

Vesper Chronicles – Bande annonce

Vesper Chronicles – Fiche technique

Titre original : Vesper
Réalisation : Kristina Buožytė et Bruno Samper
Scénario : Brian Clark, Kristina Buožytė et Bruno Samper
Interprétation : Raffiella Chapman (Vesper), Eddie Marsan (Jonas), Rosy McEwen (Camellia), Richard Brake (Darius), Edmund Dehn (Elias)…
Photographie : Feliksas Abrukauskas
Décors : Raimondas Dicius et Ramunas Rastauskas
Costumes : Dovile Cibulskaite, Christophe Pidre et Florence Scholtes
Montage : Suzanne Fenn et Justin MacKenzie Peers
Musique : Dan Levy
Producteurs : Kristina Buožytė, Daiva Jovaisiene, Asta Liukaityte et Alexis Perrin
Maisons de Production : Natrix Natrix, Rumble Fish Productions, Ev.L Prod et 10.80 Films
Distribution (France) : Condor Entertainment
Durée : 114 min.
Genre : Science-fiction
Date de sortie :  17 Août 2022
Lituanie, France, Belgique – 2022

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3.5

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Sebastien Decocq
Sebastien Decocqhttps://www.lemagducine.fr/
Se droguant avec Jurassic Park, Les Dents de la Mer, Independence Day, E.T. et Indiana Jones à l'âge de 6 ans (même moins pour certains), autant dire que le cinéma était une passion d'emblée. Qui continue à s'élargir au fil des années, à tel point que j'espère un jour en faire mon métier (scénariste, réalisateur, critique... tout est bon !). A mon actif, quelques montages vidéos et un semblant de court-métrage en réserve, je préfère toutefois encore plus m'enfouir dans une salle de cinéma et me laisser transporter par ce que propose le grand écran. Que ce soit un plaisir coupable comme les comédies musicales ou les gros blockbusters d'un certain Michael Bay (je sens la foudre s'abattre sur moi !). Ou bien de véritables chefs-d'oeuvre. Quoiqu'il en soit, du moment que c'est signé par Nolan, Cameron, Spielberg et Burton, je fonce littéralement payer mon ticket.

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