Festival du Film Policier 2021 : Boite Noire de Yann Gozlan

C’est du haut de son ambition et de sa rigueur que Boite Noire tire son épingle du jeu. Avec son ambiance de thriller à la lisière de l’horrifique et sa caractérisation aux contours paranoïaques, le film s’agence avec minutie et maitrise son sujet jusqu’au bout des doigts.

Alors qu’un avion vient de s’écraser et faire des centaines de morts, Matthieu, agent au BEA, va devoir enquêter sur ce qui s’est déroulé lors de ce vol. Dès les premières minutes, dans sa composition, le décor se veut froid, clinique comme du David Fincher, presque déshumanisé, avec son personnage aux ambitions débordantes et désinvoltes. Un peu comme Le Chant du loup, Boite Noire contient un personnage principal à l’ouïe incroyable, analyste en acoustique, lui permettant d’entendre des choses, des bruits, des résonances et de comprendre des situations que le commun des mortels ne pourrait saisir. Et comme le film d’Antonin Baudry, celui de Yann Gozlan arrive à faire de cette qualité narrative, un puissant pouvoir cinématographique tant dans le fond que dans la forme : allier l’image et le son avec un mixage impressionnant comme en atteste la première écoute de la boite noire par Matthieu où le cadre nous fait écouter cet enregistrement de terreur et de peur humaine, tout en gardant la caméra proche du regard et des mimiques du visage de Matthieu ; ou comme cette séquence de décapsulation de la boite noire mise en scène comme une séquence d’horreur organique que n’aurait pas renié David Cronenberg.

C’est alors que la science visuelle de Yann Gozlan se fait sentir, comme lorsqu’il faisait vombrir des bécanes dans son précédent Burn Out : faire des faits, un pur moment de fascination et de sensation. Mais au lieu de faire de son film, un unique film d’écoute, le récit va petit à petit se porter à la fois sur Matthieu, incarné brillamment par Pierre Niney, et sur ce milieu de l’aviation civile, méconnu du grand public, qui dissimule bien des intérêts, des personnages secondaires mystérieux, tendancieux et de multiples compromissions. Au-delà de ce crash, sa compagne va bientôt rejoindre la compagnie de l’avion lié au drame et son supérieur, devant s’occuper de cette affaire, a disparu un jour après le début de l’enquête. Sans jouer la carte du spectaculaire, s’ensuit cependant un film d’enquête aux multiples rebondissements, aux allures documentaristes, qui se questionne sur le rôle de l’humain face à une mécanisation de plus en plus sécuritaire et exponentielle : un peu comme le dernier Todd Haynes (Dark Waters) ou Rouge de Farid Bentoumi, qui arrive idéalement à nourrir son récit réaliste avec le dessin d’une société forcenée et souterraine (cette fameuse voiture noire), tout en remettant en cause les certitudes de son personnage, en proie à ses pires démons, voyant son obsession pour ce crash s’accentuer jusqu’à en perdre tout contrôle sur sa vie.

Inscrire son récit dans une rigueur factuelle implacable tout en faisant se jumeler les différents genres cinématographiques qui ne débordent jamais vers le fantastique, permet à Boite Noire de ne jamais perdre en rythme et de garder sous tension son auditoire, notamment dans un final asphyxiant. Yann Gozlan signe là un exercice de style singulier mais également particulièrement dans l’air du temps.

Boite Noire – Fiche Technique

Réalisation : Yann Gozlan
Scénario : Yann Gozlan, Simon Moutairou, Nicolas Bouvet
Casting : Pierre Niney, Lou de Laâge, Olivier Rabourdin
Durée : 2h 09 minutes
Genre: Enquête/Drame
Date de sortie : 8 septembre 2021 (StudioCanal)

 

Festival

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