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Entre les vagues : Préparez vos mouchoirs

Vu à la quinzaine des réalisateurs, le deuxième long-métrage d’Anaïs Volpé, Entre les vagues, s’affirme comme l’uppercut cinématographique du printemps. Tour à tour comique, flamboyant et dramatique, l’œuvre frappe par l’énergie débordante de ses interprètes, le tout soulignée par une caméra aussi pudique que rieuse.

Synopsis : Margot et Alma rêvent de monter sur les planches. Alors qu’elles viennent d’être choisies pour incarner le premier rôle d’une pièce de théâtre, un évènement inattendu déjoue leurs plans.

Entre les vagues cannoises

Des films sur l’amitié, il y a eu beaucoup. Bel euphémisme que de dire que le 7e art n’a cessé d’explorer la thématique. Dans des films cultes, injustement boudés ou simplement oubliés par le public, l’amitié est devenue un thème cinématographique à part, conjugué à toutes les sauces, sous toutes les formes et à tous les temps. Mais, malheureusement, cette entrée en matière ne suffit pas à évoquer toutes les facettes du film Entre les vagues. Car, derrière ce titre un brin mystérieux se cache tout sauf une œuvre pétrie de bons sentiments. Pourtant, l’intrigue du film aurait pu facilement sombrer dans le récit aux ficelles narratives un peu (trop) dramatiques. Avant de rentrer dans les détails – sans trop spoiler non notre cher.e lecteur.rice – il convient de rappeler quelques éléments de contexte. Présenté à la quinzaine des réalisateurs, lors de la dernière édition du Festival de Cannes, Entre les vagues est le deuxième long-métrage d’Anaïs Volpé.

Son nom ne vous dit peut-être rien. Et pourtant, Anaïs Volpé est loin d’être une débutante en matière de réalisation. La jeune femme est parvenue à entrer dans le clubs très fermé des cinéastes indépendants dont chaque projet est attendu avec impatience par les cinéphiles. Anaïs Volpé entre avec fracas dans le petit théâtre du 7e art en sortant trois mini films – Mars ou Twix, Cherry 58 et Lettres à ma sœur. Si les deux premiers sont sélectionnés au Mashup Film Festival du Forum des Images et au Mobile Film Festival, le troisième sera, quant à lui, acheté puis diffusé par France 3. La réalisatrice ne cessera par la suite de surprendre. En 2016, elle réalise et auto-produit son premier long-métrage, Heis (Chroniques), avec un budget de seulement 3000 euros. L’œuvre obtient le Prix du jury au Los Angeles Film Festival et concourt – en prime – aux Independant Spririt Awards, la grand messe américaine du cinéma indé. Sur tous les fronts, la cinéaste parvient, la même année, à voir le scénario de son de premier long métrage.

La présence d’Anaïs Volpé au sein de la quinzaine des réalisateurs n’a rien d’un hasard de calendrier. Le blason cannois du film vient couronner la mue d’une artiste ayant débuté il y a maintenant une décennie. Pourtant, à première vue, l’œuvre semble charrier avec elle son lot de ficelles narratives un peu (trop) déjà-vues. Margot (Souheila Yacoub) et Alma (Déborah Lukumuena) sont inséparables. Rêvant de devenir comédiennes, les deux jeunes femmes sont sur le point de réaliser leurs souhaits quand l’une d’elles tombe gravement malade. Formulée de cette façon, l’intrigue paraît somme toute assez prévisible. Néanmoins, ici, nous sommes ni dans Le Secret de Terabithia (2007) ni dans Rox et Rouky (1981). Il n’y pas de naïveté ou de complaisance qui tienne. Anaïs Volpé parle de l’amour et de l’amitié avec pudeur et magnificence. Sa caméra embrasse les élans du cœur plutôt qu’elle n’embaume les corps des deux jeunes filles. En résulte, une œuvre aussi poétique politique où la forme n’efface jamais le fonds (et inversement).

Quand l’art se met en scène

Comment parler de la mort ? Comment la mettre en image sans répéter les clichés (cinématographiques) éculés ? Entre les vagues filme tout à la fois la naissance et la mort d’une amitié. Il y a la rencontre – bien sûr explosive – entre Alma et Margot, la maladie, avec ses épreuves et ses (faux) espoirs, puis la mort, ce point de départ et d’arrivée inéluctable. Nous oublions cependant un élément clé dans ce synopsis aussi prévisible que désespérant. Le théâtre manque, en effet, à l’appel. Ce dernier constitue une part narrative non négligeable. L’ensemble du film ou presque se déroule dans un théâtre. Nous suivons Alma et Margot dans leurs répétitions. Le film décortique la construction d’une pièce de théâtre et, plus particulièrement, la construction d’une actrice. Entre les vagues plonge ainsi dans une truculente mise en abyme. Les personnages entrent en résonance avec leurs interprètes. Margot et Alma incarnent le premier rôle d’une pièce de théâtre fictive à l’intérieur d’une œuvre de laquelle elles sont (déjà) les deux (super) héroïnes. Que demander de plus ?

Ce parallèle entre (fausse) réalité et (vraie) fiction nourrit le film. Des images de New-York viennent bientôt se superposer à celles que l’on voit à l’écran. L’apprentissage de la comédie semble inséparable de l’apprentissage de la vie, comme si l’un ne pouvait exister sans l’autre. Répéter, se planter, pleurer et attendre la metteuse en scène vous dicte le bon tempo pour recommencer à nouveau. Margot et Alma peinent à entrer dans le personnage que Kristin (Sveva Alviti), la metteuse en scène, voudrait leur faire jouer. Il est facile de voir dans ce trio de femmes une sorte de recréation métaphorique du trio formé par Anaïs Volpé et ses actrices. La mise en abyme fonctionne, en somme, sur tous les plans. Le public assiste à la construction d’une œuvre d’art en temps réel. La mise en scène de la pièce corrobore celle du film (et réciproquement).

Plus qu’une simple métaphore, le théâtre devient le lieu dit d’une transformation de soi. Margot et Alma connaissent les joie et les (dés)illusions du métier d’actrice. Cela est encore plus vrai que les deux jeunes femmes doivent également composer avec les aléas de l’existence. Entre les vagues est une comédie dramatique, plus drame sans retour. L’œuvre n’emprunte ni le chemin de la noirceur ni celui de l’optimisme tous azimuts. Margot et Alma devront apprendre à leurs dépens que l’art et vie sont une seule et même chose.

Et vogue le navire (de la joyeuse lucidité)

Au-delà de ce qui est raconté, le film évoque (et réaffirme) la puissance vitale de l’art. L’histoire de Margot et Alma s’apparente plus à une comédie dramatique qu’à un drame sans retour. La cinéaste ne crée aucune binarité entre la vie et l’art. La scène de théâtre et l’écran de cinéma transcendent la finitude. Le destin des deux jeunes filles est tout sauf tragique. Car, dans la tragédie, il n’y a jamais d’espoir (possible). Ici, les héroïnes ne sont point prises au piège de leurs propres maux. Ces derniers leur servent, au contraire, à entrer un peu plus dans l’existence, à façonner ce qu’elles ont toujours voulu être. Margot l’actrice. Alma, le fantôme vivace et héroïque. Le public est brinquebalé, contre balancé par des émotions qui font cesse le grand huit. Dans cet ascenseur émotionnel dont on connaît déjà l’issue, les larmes montent, embrasent la rétine du spectateur. Pendant les deux heures que durent le film, nous sommes tous et toutes Margot et Alma. Nous ressentons leurs peines aussi bien que leurs joies, au sein d’une euphorie filmique ayant la décence de ne jamais tomber du côte de la mise en scène glauque et par trop funèbre.

Entre les vagues prend des airs de conte initiatique. L’œuvre prend le chemin du roman d’apprentissage. La scène de théâtre devient ainsi un lieu doublement métaphorique, celui de l’éclosion d’une actrice autant qu’un passage vers l’âge adulte. Anaïs Volpé accorde aux personnages féminins une importance cruciale. La cinéaste laisse la place à des héroïnes fortes, qui luttent pour leur (sur)vie. L’énergie du film doit énormément à ses formidables interprètes Souheila Yacoub et Déborah Lukumuena qui irradient l’écran. Qu’elles soient réprimées, masquées ou exprimées, les sentiments qui envahissent les personnages prend le spectateur à la gorge.

Peut-être que le film ne raconte pas une histoire nouvelle. Peu importe que les scènes aient un goût de déjà-vu et soient plus ou moins prévisibles. Peu importe que l’on sache comment le film va se terminer. Les événements importent moins que la manière dont ils sont filmés. La beauté d’Entre les vagues – et du septième art – se trouve là. Le film propose une manière de concevoir – de filmer – des évènements que la vie et le cinéma ne cessent, par ailleurs, de documenter. La cinéaste vie ainsi entre les vagues d’une nouvelle perception du deuil en offrant une plongée cinématographique nimbée d’une joie délibérément lucide et éclairée. Une leçon de cinéma en somme.

Bande annonce – Entre les vagues

Fiche Technique – Entre les vagues

Réalisation : Anaïs Volpé
Scénario : Anaïs Volpé
Décors : Girlzpop Studio
Montage : Zoé Sassier
Société de production : Unité
Distribution : KMBO
Interprétation : Souheila Yacoub (Margot), Alma (Dborah Lukumuena), Sveva Alviti (Kristin), Matthieu Longatte (Niko), Angélique Kidjo (Amina).
Durée : 1h39
Genre : Comédie dramatique
Pays : France
Sortie : 16 mars 2022

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3.9