Musique de films : La nouvelle vague de compositeurs

Qui sont les plus grands compositeurs du cinéma ? Spécialiste ou non, vous citeriez sûrement Ennio Morricone ou le grand John Williams. Cette majestueuse génération que nous avons la chance de connaître n’est malheureusement pas éternelle. Mais ne vous en faites pas, car une flopée de nouveaux talents, apparus au cours de cette dernière décennie, chamboule la hiérarchie. Retour sur sept d’entre eux, dont les morceaux n’ont pas fini de nous étonner.

Steven Price, le mélomane

Né au Royaume-Uni en 1977, Steven Price attire rapidement l’attention d’Howard Shore après des études de musique et se retrouve immédiatement plongé dans l’industrie en travaillant comme monteur musique sur la trilogie Le Seigneur des Anneaux (2001-2003) de Peter Jackson. Il travaille ensuite, toujours en tant que monteur, sur Batman Begins (2005) composé par Hans Zimmer puis Scott Pilgrim (2010) aux côtés de Nigel Godrich. C’est alors qu’il rencontre Edgar Wright. Celui-ci, après l’avoir vu à l’œuvre, lui demande de composer la bande originale pour Le Dernier Pub avant la fin du monde (2013), le film qui clôt la trilogie Cornetto du réalisateur. Il compose alors un « feel good soundtrack » qui tonifie l’humour par sa totale contradiction avec le sujet du film, tout en s’adaptant à la recette du réalisateur : un subtile mélange de composition originale et de morceaux célèbres.

C’est la même année mais pour une autre œuvre que Steven Price obtient la reconnaissance mondiale : Gravity. Sous la direction d’Alfonso Cuaron, l’immersion totale, qui opère autant au niveau du son que des images, est sublimée par des morceaux parfois grandioses, parfois riches en émotions. Le film est maintes fois récompensé, le travail de Steven Price également (avec un Oscar notamment).

S’il a pu récemment, à nouveau, collaborer avec Edgar Wright sur Baby Driver en 2017 (malgré le fait qu’on retienne surtout de ce film l’utilisation de classiques comme Dave Brubeck ou tant d’autres), ses compositions ont, entre temps, figuré dans Fury (2015) et Suicide Squad (2016). Il sera prochainement aux crédits de The Tax Collector, un thriller avec Shia Labeouf, au synopsis inconnu.

Justin Hurwitz : le parcours sans faute

Il est certainement le plus célèbre de cette sélection car il est déjà devenu une référence, pourtant Justin Hurwitz n’a travaillé que sur trois films. Compositeur américain, attitré à Damien Chazelle dès 2014, il ne s’est pas encore aventuré auprès d’un autre réalisateur mais tout leur réussit pour l’instant. Les deux anciens colocataires, diplômés d’Harvard, débutent tous les deux avec Whiplash. La musique y est centrale et les nombreux morceaux de jazz cadencent ce film au rythme infernal.

Si ce premier chef d’œuvre révèle Damien Chazelle autant que son compositeur, la reconnaissance ultime a lieu deux ans plus tard. Repopulariser la comédie musicale ? C’est possible avec La La Land, l’ovni de 2016 qui conquiert public et critiques. La musique, une nouvelle fois essentielle au récit, permet alors à Justin Hurwitz de s’imposer parmi les grands. Deux Oscars et deux Golden Globes lui sont décernés pour son travail.

Certains compositeurs ont des styles très distinctifs, mais Hurwitz se démarque justement par cette capacité à proposer des morceaux aux influences très variées. Après le jazz et la comédie musicale, il nous livre en 2018 de l’épique et confirme son statut de virtuose avec la bande originale de First Man. Son travail a été injustement ignoré cette année aux Oscars, mais il est d’une évidence que le morceau The Landing, qui sublime la scène de l’alunissage, deviendra à lui-seul une œuvre culte. Il n’y a aucune honte à le dire, Justin Hurwitz est l’un des meilleurs compositeurs de cette décennie et l’on souhaite que ses collaborations avec Damien Chazelle ne se terminent jamais.

Ramin Djawadi, le compositeur à spectacle

S’il s’est pour l’instant consacré à la télévision, et ce avec brio, en travaillant depuis près de dix ans pour le phénomène qu’est Game of Thrones, mais également Westworld avec des superbes adaptations de morceaux pop à la sauce western, Ramin Djawadi a déjà pu composer pour quelques films.

Avec lui, les coups de génie ne se comptent plus. Après sa révélation en 2005 pour la superbe bande originale de la série Prison Break, il parvient à intégrer l’industrie du cinéma et se fait réellement connaître à la suite du succès d’Iron Man en 2008. Lancé sur la dynamique des blockbusters, il enchaîne les projets comme Le Choc des Titans (2010), Pacific Rim de Guillermo del Toro (2013) ou Warcraft : le Commencement et La Grande Muraille en 2016.
Ces choix de la part du génie iranien peuvent étonner, mais le temps consacré chaque année au mastodonte qu’est Game of Thrones peut expliquer son manque d’ambition.

Voilà pourtant que la production de cette série déjà culte est terminée, Ramin Djawadi va désormais pouvoir se consacrer à des projets plus importants, même si rien n’est acté pour l’instant.

https://www.youtube.com/watch?v=hsdoUqqDbTA

Nicholas Britell : entre Adam Mckay et Barry Jenkins

Seulement âgé de 38 ans, Nicholas Britell a su s’associer aux bons réalisateurs. Il ne se fait connaître qu’en 2015 avec The Big Short (pour un revirement de carrière du directeur Adam Mckay), mais sa progression sera rapide puisque dès l’année suivante, il est loué pour son travail sur Moonlight, de Barry Jenkins, qui obtient des nominations à tous les festivals.

Après une année assez vide durant laquelle il ne travaillera que sur Battle of the sexes, il revient en force, avec deux compositions en 2018, deux retrouvailles. D’un côté Mckay pour Vice, de l’autre Jenkins pour If Beale Street Could Talk. Si les deux sont des succès critiques, le travail de Britell est surtout marquant sur la deuxième œuvre. La bande originale lyrique, parfois romantique, parfois tragique, nous berce avec une douceur inouïe et définit la singularité de ce film.

Actuellement, Nicholas Britell travaille sur Carmen, une adaptation de l’opéra de Bizet, dont le tournage sous la direction de Benjamin Millepied devrait bientôt commencer, de quoi explorer de nouvelles capacités chez le compositeur.

Trent Reznor & Atticus Ross : le duo électro

Ces deux compositeurs sont les plus âgés de la sélection, mais leur révélation a été tardive. L’un est né en 1965, l’autre trois ans plus tard. Ils se connaissent depuis plus de vingt ans, notamment car Atticus  a produit quatre albums du groupe de metal Nine Inch Nails, dont Trent est le fondateur. Ce dernier rentre progressivement dans l’industrie en écrivant quelques morceaux pour Se7en de David Fincher (1995) ou Lost Highway de David Lynch (1997) mais sans parvenir à réellement se distinguer. Il continue à composer quelques morceaux au début des années 2000 (Destination Finale ; Lara Croft : Tomb Raider ; Resident Evil), mais se consacre principalement, tout au long de cette période à son groupe qui sort régulièrement de nouveaux albums. En dehors du cinéma, il a également écrit Hurt, la célèbre chanson de Johnny Cash régulièrement utilisée dans des long-métrages.

Fincher, qui l’a repéré sur le tournage de Se7en, l’approche alors pour son prochain projet : The Social Network. Trent Reznor s’associe à Atticus Ross, avec qui il compose l’une des meilleures bandes originales de la décennie. Les récompenses aux Golden Globes puis aux Oscars en 2011, devant Inception, semblent en attester et signent le début d’une longue collaboration avec le réalisateur. Les sons si particuliers obtenus par un synthétiseur, distinguent considérablement cette bande originale, pourtant très fidèle à l’atmosphère du film, et définiront désormais le style de nos deux compositeurs.

Après ce premier succès, le duo compose pour Fincher les bandes originales de Millénium : Les hommes qui n’aimaient pas les femmes (2011) puis Gone Girl (2014) obtenant, à chaque fois, une nomination aux Golden Globes. Malgré l’abandon de World War Z 2, reste à voir si les trois hommes comptent, à l’avenir, continuer de coopérer.

Plus récemment, leur travail nous a été proposé dans Bird Box, le thriller sorti l’an dernier sur Netflix. Sa bande sonore simple et lente, aux instruments acoustiques accompagnés de sons naturels, participe avec une importance capitale au développement de la tension tout au long du film, mais nous montre également que l’électro, toujours présente, a sa place dans tous les genres.

A ce jour, hormis quelques projets solos (Atticus Ross vient de composer la bande originale de Watchmen, la future série HBO), le duo n’a aucun autre projet de cinéma prévu.

Rich Vreeland, alias Disasterpeace

Si un style semble émerger avec cette nouvelle génération de compositeurs, c’est bien la musique électronique. Né en 1986, Rich Vreeland exploite le « chiptune » (ou musique 8-bit), des sons très synthétiques qui rappellent les anciens jeux-vidéo. Très attaché à ce style, il parvient pourtant à proposer sur It Follows (2014), son premier film, dirigé par David Robert Mitchell, une ambiance très anxiogène et effrayante pour une des bandes sons les plus angoissantes de ce début de siècle.

Cela ne fait que contribuer au succès du film qui permet à Mitchell et Vreeland, quatre ans plus tard, d’attaquer un nouveau projet. En 2018 sort Under The Silver Lake. Pour ce film mystérieux et loufoque, Disasterpeace compose une bande sonore assez atypique, entre pop et rock, blues et psychédélique. Si le film déçoit globalement le public et ne connaît pas le succès escompté, les compositions n’en sont pas moins mémorables tant elles apportent à l’atmosphère du récit.

Après ces deux films sous la direction de David Robert Mitchell, notre compositeur s’est récemment lancé dans de nouveaux projets. Il a notamment signé pour Triple Frontière, le film Netflix avec Ben Affleck et Pedro Pascal sorti ce mercredi 13 mars.

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