Marty Supreme, Coutures, Kiss of the Spider Woman : du ping-pong synthétique à l’orgue sous les paillettes
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Accueil Cinéma Films Classiques PartagerFacebookTwitterPinterestEmail Oka Liptus En réalisant Paperhouse, Bernard Rose donnait un sens profond aux rêves, ces chemins intimes qui peuvent donner accès à une compréhension de soi. Entre subconscient, rêve, cauchemar, monde parallèle et réalité, une jeune fille vit un périple qui la mène jusqu’au bout d’elle-même et en ressort grandie. Voyage thérapeutique, immersion dans le sommeil paradoxal à travers un imaginaire tangible et sensuel, rencontre régénérante entre deux enfants perdus, choc traumatique, lyrisme ample et stimulant, Paperhouse a tout d’un film de série B qui sait se libérer du format d’un genre pour côtoyer les plus grands. Conte d’épouvante et de magie dans un récit anti-choral : c’est quasi exclusivement le point de vue de la jeune Charlotte Burke, remarquable, au jeu net et franc, sans fioritures, qui est mis en avant. Son personnage est tour à tour exaspérant, attachant, émouvant, puis d’une grande maturité émotionnelle. La maison de papier Le scénario repose sur un concept original, à la fois simple et fascinant : une jeune fille peut pénétrer dans un monde parallèle, une fois endormie, qu’elle a préalablement dessiné sur une feuille de papier. Cette ergonomie, cette idée fantastique génère chez le spectateur une curiosité sans cesse renouvelée. Que va-t-elle dessiner ? Comment sa créativité va se réaliser concrètement dans l’autre monde ? Que va dire le garçon qu’elle a humanisé ? Quels seront ses traits de caractère ? Est-elle responsable de lui ? Que va-t-il se construire entre eux ? Que sait-il de cette dimension ? La mise en scène de Bernard Rose relève d’un grand sens de l’image. C’est globalement épuré, simple, mais toujours pictural, atypique et rare. Hans Zimmer, dans son génie au stade embryonnaire, offre une partition particulièrement saisissante, émouvante, avec ses synthés plein de spleen, de personnalité qui ne tombent jamais dans le kitch ou dans l’outrance. Deux enfants perdus Fait de bric et de broc, le style visuel de l’autre univers fait penser à l’esthétique d’Edward Scissorhands, avec ce même pouvoir d’évocation. Sa polysémie doit être réduite par l’intervention de Charlotte Burke, architecte de ses propres rêves, qui va se rendre compte qu’il existe des liens étroits entre son monde parallèle et sa vie personnelle. Une partie de ce qu’elle fabrique lui échappe et est le produit de son subconscient. Une autre partie est issue d’un réel qu’elle doit apprendre à connaitre. La relation qu’elle noue avec Elliott Spiers est authentiquement touchante. Ce dernier, mystérieux, charmant, attachant, gracieux, avec son visage d’ange, est un trésor pour la caméra. La synergie qui éclot de leur relation est l’atout majeur du film, son élan vital. Les dialogues entre eux ont quelque chose d’évanescent : décalés, suggestifs, énigmatiques, surréalistes, déraisonnables, incantatoires… On n’est jamais réellement les pieds sur terre. Le propos du film peut paraître tortueux, parfois insaisissable, comme un véritable serpent, mais sait se réapprovisionner d’enjeux et d’objectifs déterminants assez faciles à assimiler. Du voyage surnaturel à la maturité Le danger est potentiellement partout dans Paperhouse, mais l’aspect fantastique, surnaturel, étrange, avec sa propre logique interne, est là pour nous dire que tout est possible. Le film pose des questions sur la parentalité, sur les aspérités de l’enfance (l’image qu’on se fait d’un père absent, ses retrouvailles en demi-teinte avant un cocon familial retrouvé) et alterne des séquences horrifiques très graphiques, des moments bucoliques, oniriques, avec des sursauts d’espoirs, des envies d’évasions, etc. Le spectateur peut se laisser aller à quelques spéculations malgré la lucidité de l’enfant sur ce qui lui arrive, avant le coup de maestria final, qui a quelque chose d’insensé, d’euphorisant, de poétiquement embelli et qui agit comme une libération, avec des marges d’interprétations (est-ce une ultime dilution entre les deux mondes ? Une hallucination passagère ? La relation entre les deux enfants est-elle achevée ?) Malgré le point de vue adopté, toujours à hauteur d’enfants, Paperhouse est une œuvre profondément adulte, au propos averti, mûr et imprégné par une notion d’auteur. Le personnage de Charlotte Burke finit par gagner en maturité émotionnelle, digérer ce qui lui est arrivé et prendre de la hauteur, car elle a su décrypter et apprivoiser ce voyage qui oscillait entre rêve et réalité. C’est aussi un des atouts de l’enfance : croire au fantastique, ne pas toujours l’appréhender, en être déstabilisé et, parfois, en extraire le meilleur. Les trésors enfouis de la perception humaine Psychologie, métaphore, rêve, cauchemar, réalité, traumatisme, parentalité, crayon, dessin, maison, phare, océan, maladie, doute, espoir : le champ lexical du film est teinté de fantaisies et de considérations particulièrement profondes et touchantes. Un chef-d’œuvre résolument innovant, qui stimule le subconscient, touche à l’intime, pour mieux révéler les secrets et les trésors enfouis de la perception humaine. Bande-annonce : Paperhouse Fiche technique : Paperhouse Synopsis : Petite fille solitaire et rêveuse, Anna découvre qu’elle peut entrer dans un monde parallèle, plus précisément dans une maison qu’elle a dessinée sur une feuille de papier. Les liens entre le monde réel et le monde imaginaire vont se resserrer, et le rêve va petit à petit virer au cauchemar… Titre français : Paperhouse Réalisation : Bernard Rose Scénario : Matthew Jacobs d’après le roman de Catherine Storr Direction artistique : Anne Tilby et Frank Walsh Costumes : Nic Ede Photographie : Mike Southon Montage : Dan Rae Musique : Stanley Myers et Hans Zimmer Pays d’origine : Royaume-Uni Format : Couleurs – 35 mm – 1,66:1 – Dolby Surround Genre : drame, fantastique Durée : 92 minutes Dates de sortie : États-Unis (10 septembre 1988), Royaume-Uni (10 septembre 1988) Charlotte Burke : Anna Madden Jane Bertish : Miss Vanstone Samantha Cahill : Sharon Glenne Headly : Kate Madden Sarah Newbold : Karen Gary Bleasdale : un policier Elliott Spiers : Marc Gemma Jones : Dr. Sarah Nicols Steven O’Donnell : Dustman Ben Cross : Dad Madden Karen Gledhill : une infirmière Barbara Keogh : la réceptionniste à l’hôtel Note des lecteurs1 Note5
La rédaction LeMagduCiné·MusiqueMarty Supreme, Coutures, Kiss of the Spider Woman : du ping-pong synthétique à l’orgue sous les paillettes