The Bear : une série culinaire trois étoiles

The Bear : sur place ou à emporter (The Bear) est une série originale créée par Christopher Storer et diffusée depuis le 23 juillet 2022 sur Hulu et Disney +. Grâce à la richesse de son scénario et à la qualité de sa réalisation, cette nouvelle série a tout d’un grand cru. Pourtant, elle n’a pas fait beaucoup de bruit. Alors, que vaut-elle vraiment ?

The Bear raconte l’histoire de Carmen Berzatto, un jeune cuisiner qui a travaillé dans les plus prestigieux restaurants du monde. Lorsqu’il décide de rentrer à Chicago pour sauver la sandwicherie miteuse qu’il a héritée de son frère, son arrivée n’est pas vue d’un très bon œil par les employés fermement attachés à leurs habitudes. Il se retrouve alors immédiatement projeté dans une spirale infernale de factures impayées et de sandwichs au bœuf.

Une série poignante et intime

The Bear est une petite pépite qui semble s’être perdue au milieu des blockbusters et des sorties massives proposées par les plateformes de streaming. Quel dommage. Avec la sortie de sa deuxième saison, la série s’offre une nouvelle chance de faire du bruit, et à raison. The Bear est un plaisir coupable pour tous les amateurs de binge-watching. En proposant des épisodes courts et intenses, la série suit une recette addictive qui pousse le spectateur à demander du rab. Elle nous offre un mélange doux-amer en proposant une rencontre entre sarcasme et drame. Plus qu’une série culinaire, The Bear nous plonge dans des réflexions intimes en abordant des sujets fédérateurs tels que les relations sociales, la pression du monde professionnel ou le thème toujours délicat du deuil. The Bear s’adresse à tout le monde.

Cette accessibilité passe par la qualité d’écriture des personnages, forts mais sensibles à la fois. Tous les personnages sont complexes et brillants d’humanité. Ce qui fait la beauté de The Bear, c’est surtout la complémentarité entre ces personnages, presque à l’image d’une famille. La cuisine devient alors une sorte de microcosme dans lequel tous les âges se rencontrent, tous les parcours de vie. L’addiction, la mort, la parentalité, le pardon et la rédemption, tous les sujets y passent. Dès lors, par leur diversité, Carmen (Jeremy Allen White), Richie (Ebon Moss-Bachrach), Syd (Ayo Edebiri), Marcus (Lionel Boyce), Ebra (Edwin Lee Gibson) et Tina (Liza Colón-Zayas), dressent le portrait de la réalité dans son état le plus brut. Plus particulièrement, le personnage de Carmen Berzatto semble alors avoir un côté cathartique. Avec lui, la série n’y va pas avec le dos de la cuillère et ouvre une  conversation forte sur l’anxiété. Tourmenté par un ours, allégorie de ses angoisses, ses doutes et ses peurs, ‘Carmy’ est finalement présenté comme un monsieur-tout-le-monde offrant au spectateur la possibilité de s’identifier à lui.

La qualité de The Bear, en matière scénaristique et cinématographique, va crescendo. Effectivement, la série a réussi le pari d’être encore meilleure la deuxième fois. Dans cette saison 2, le réalisateur a mis les bouchées doubles en approfondissant de manière magistrale les deux storylines centrales de la série : la cuisine et la famille. Le plat de résistance est sans doute l’épisode intitulé ‘Les poissons’ (Saison 2, épisode 6). Cet épisode flashback, tourné à huis clos dans la maison familiale des Berzattos ressemble à une rencontre entre le Parrain (Francis Ford Coppola, 1972) et cauchemar en cuisine. Dans un décor de noël, avec des invités 5 étoiles (Jamie Lee Curtis, Sarah Paulson,…), cet épisode nous projette dans l’histoire familiale et dans l’intimité de Carmen. Cet épisode bruyant, coloré, explore la vulnérabilité des personnages, la complexité des relations intra-familiales, l’amour et la rancœur. Il donne plus de contexte à l’histoire et crée dès lors une meilleure ligne de lecture au spectateur qui accède (enfin) à la vie intime de Carmen.

The Bear, une mise-en-scène aux petits oignons

The Bear est une série sensationnelle. Avec une photographie de grande qualité et un sens précis du détail, visuellement, c’est un délice pour les yeux. C’est une succession brillante d’images filtrées d’une couleur froide qui donne à la série un aspect artistique presque argentique quelquefois. Les plans sur la ville de Chicago la rendent chaleureuse et familière. La bande-son épique que l’on retrouve dans les différents épisodes contribue également à donner à The Bear son côté parfaitement esthétisé. Encore une fois, rien n’est laissé au hasard, et la musique est choisie de manière extrêmement intelligente et correspond parfaitement à chacune des scènes représentées à l’écran. Ainsi, on retrouve R.E.M, Pearl Jam, Radiohead ou encore Sufjan Stevens pour agrémenter l’histoire.

Un procédé très important dans la réalisation de la série est l’utilisation répétitive de gros plans.  En dépeignant les gestes rapides et précis des cuisiniers, les plats montés à la perfection ou encore les visages concentrés et pleins de sueur des personnages, le réalisateur nous enferme dans l’effervescence du restaurant. Ce sentiment d’urgence environnant est accentué par un air de guitare électrique redondant et particulièrement anxiogène, qui suggère toujours plus d’exigences et de chaos. Tournée en grande majorité dans l’enceinte fermée du restaurant, The Bear coche toutes les cases d’un quasi huis clos réussi : le spectateur est non seulement captivé par la sensation d’enfermement visuelle, mais il est également confronté à la détresse émotionnelle et psychologique des personnages et très particulièrement celle de ‘Carmy’.

Si la fin de la saison 2 ne suggère pas particulièrement de suite, de nombreux éléments restent à exploiter dans une potentielle saison 3. Après le sauvetage d’une sandwicherie chaotique (saison 1) et la création d’une brasserie haut de gamme (saison 2), plusieurs plot twists peuvent être envisagés pour renouveler la série dans une saison supplémentaire et donner encore plus de fil à retordre à l’équipe de The Bear. En attendant une annonce, les admirateurs de la série devront se contenter de revoir les deux premières saisons jusqu’à plus faim. Attention tout de même à l’indigestion !

Bande d’annonce – The Bear (saison 2)

Fiche technique : The Bear

Créée par Christopher Storer
Genre : comédie dramatique
Acteurs principaux : Jeremy Allen White (Carmen), Ebon Moss-Bachrach (Richie), Ayo Edebiri (Sydney), Lionel Boyce (Marcus), Liza Colón-Zayas (Tina), Abby Elliott (Sugar)
Chaîne d’origine : FX sur Hulu
Diff. originale : 23 juillet 2022 – en production
Producteur : Tyson Bidner
Producteurs délégués : Christopher Storer, Joanna Calo, Hiro Murai, Josh Senior, Matty Matheson
Société de production : FX Productions, Super Frog

Note des lecteurs1 Note
5

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