Cannes 2026 : Hope, un blockbuster en compétition

Blockbuster de science-fiction coréen présenté en compétition officielle à Cannes 2026, Hope est la proposition la plus improbable et la plus jouissive de ce festival. Un film bourrin, imparfait, épuisant et pourtant irrésistible.

On s’avance vers Hope dans un mélange d’impatience et de grande confusion. Après l’uppercut viscéral de The Chaser, la noirceur de The Murderer et l’horreur rurale foudroyante de The Strangers, que pouvait bien nous réserver Na Hong-jin après dix ans d’absence ? La réponse est à la fois simple et vertigineuse : un blockbuster d’action baigné dans une sauce science-fictionnelle d’une ampleur qu’on n’attendait pas, déversé sans prévenir sur la compétition officielle de la Croisette.

Cache-toi si tu peux

Le réalisateur retrouve sa ruralité vieillissante familière, ce calme provincial instantanément fracassé par l’irruption d’une créature féroce aux abords de la zone démilitarisée. Les quarante-cinq premières minutes sont dédiées à sa traque survoltée, à travers le regard de Beom-seok, officier de police aussi froussard que ses équipiers sont bras cassés. Il a beau suivre les hurlements, les coups de feu et les cadavres laissés sur le passage de la « bête », il a constamment un train de retard, et c’est là tout le sel du dispositif. La menace reste invisible, la caméra enchaîne les travellings rapides sur de longues distances, et une légèreté pince-sans-rire, limite adolescente, vient digérer la montée d’adrénaline. On pense au diptyque Alienoid : Les protecteurs du futur et Alienoid : L’affrontement, à ce plaisir régressif presque enfantin que le film revendique sans complexe. Soit on accepte le contrat, soit on se fait éjecter. C’est la seule exigence de Hope et c’est une exigence honnête.

Na Hong-jin s’emploie formellement à capter le chaos avec une rigueur inattendue. Le décor rappelle une zone de guerre ou le résultat d’une catastrophe naturelle. La gestion de la tension dans les petits espaces est aussi millimétrée, toujours ludique, et quelques personnages secondaires, à commencer par Seong-ae, l’adjointe de Beom-seok, immédiatement badass, font leur entrée avec beaucoup d’allure. Hélas, ils restent à peine caractérisés par la suite, et c’est l’un des vrais problèmes d’un scénario qui accumule les belles intentions sans toujours les tenir. Une fois la mythologie extraterrestre dévoilée, le film plonge dans un long ventre mou, le temps d’une digression forestière tournée dans un parc national roumain qui ressemble davantage à une pause qu’à une relance. Et quand les courses-poursuites continuent, on pense alors à ce que le manga L’Attaque des Titans aurait pu être en live-action, avec des morts violentes, cartoonesque par moment, et à un Predator revisité quand la chasse s’inverse dans les bois. Mais c’est aussi là que la bouillie numérique prend le dessus, car les créatures manquent de masse, les déplacements sonnent souvent faux, et le maquillage numérique de Michael Fassbender et Alicia Vikander rappelle douloureusement une ébauche du premier Avatar. Forcément, tout ce qui touche au scénario frise le ridicule. Mais on s’en fiche un peu et c’est peut-être ça, la vraie réussite du film.

Car il y a quelque chose de magique, entre la fatigue et l’excitation propres au festival, dans la capacité de Hope à maintenir le taux d’adrénaline sans jamais le laisser retomber vraiment. C’est bourrin, épuisant et souvent absurde. Mais la promesse de l’action est tenue, et on se languit déjà de découvrir la suite. Il s’agit là du premier volet d’une trilogie qui s’annonce aussi ultra généreuse que Mad Max : Fury Road, mais avec les codes du blockbuster coréen comme on l’a aperçu plus tôt dans Colony.

Au milieu de films marqués par des notes d’intention très politiques ou très personnelles, Hope est, comme son titre l’indique, un petit espoir : celui que la compétition ne devienne pas exclusivement le terrain de jeu d’œuvres dont on devine tous les gimmicks d’auteurs. Que le festival ait osé le sélectionner ici plutôt qu’en séance de minuit, c’est en soi un geste courageux. Et ça mérite le respect.

Ce film est présenté en Compétition au Festival de Cannes 2026.

Hope – bande-annonce

Hope – fiche technique

Titre original : 호프
Réalisation : Na Hong-jin
Scénario : Na Hong-jin
Interprètes : Jung-Min Hwang, In-sung Zo, Jung Ho-Yeon
Photographie : Hong Kyung-pyo
Animation : Hanjoon Kim
Décors : Hwokyoung Lee
Son : Changsub Kim
Montage : Sunmin Kim
Musique : Michael Abels
Producteurs : Chae Ji-woong, Kim Sae-mi, Na Hong-jin
Sociétés de production : FORGED FILMS CO., LTD., PLUS M ENTERTAINMENT, WESTWORLD
Pays de production : Corée du Sud
Durée : 2h40
Genre : Action, Science-fiction, Thriller

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Jérémy Chommanivong
Jérémy Chommanivonghttps://www.lemagducine.fr/
Spéléologue des temps modernes, je ne suis qu'un humble explorateur des salles obscures, celles-là même dont on peut en ressortir ému, apeuré, frustré ou émerveillé. Je m'y donne rendez-vous chaque semaine, sans oublier ma fascination pour Steven Spielberg, Frank Capra, Sidney Lumet, Brad Pitt et un peu moins pour les légumes. Le cinéma restera à jamais mon sanctuaire d'apprentissage et le vecteur de toutes mes émotions.

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