Baby Driver, un film de Edgar Wright : Critique

Edgar Wright revient en grande forme avec ce Baby Driver survitaminé, pop et irrévérencieusement cool qui assoit définitivement la maestria visuelle de son auteur. On tient probablement le divertissement de l’été.

Synopsis : Passionné de musique, le jeune Baby officie comme chauffeur pour plusieurs braqueurs de banques. Un jour, il rencontre la fille de ses rêves, Debora. Il se dit alors qu’il peut changer de vie et quitter la criminalité. Mais son employeur n’apprécie pas ce changement.

Drive

Après sa déconvenue avec Marvel Studios suite au film Ant-Man, qu’il devait initialement réaliser avant de s’être vu obligé de prendre la porte, Edgar Wright décide de revenir en grande pompe avec son Baby Driver. Seul au scénario, fait assez rare dans la filmographie du bonhomme, il affiche clairement la volonté de se venger de son expérience avec les gros studios dans un long-métrage qui se veut original et inventif dans une industrie plus encline à produire des suites et remakes à tour de bras. Comme à son habitude, le cinéaste part d’un genre éculé du cinéma pour totalement se l’accaparer en se jouant des clichés et des attentes pour offrir une oeuvre unique en son genre, accessible à tous et faisant preuve d’une maîtrise du langage cinématographique qui force le respect. Baby Driver avait tout d’un pari risqué pour un réalisateur qui est attendu au tournant suite à la fin de sa trilogie Cornetto qui n’a pas convaincu tout le monde, et Wright évite les coups avec habileté et va là où on ne l’attendait pas.

Baby-Driver-Baby-movie-Ansel-Elgort-Sunglasses-at-TableUne chose est sûre à la vue de ce Baby Driver, c’est qu’Edgar Wright n’est pas un scénariste particulièrement fin. Étant souvent accompagné d’autres plumes en plus de la sienne, ici il tente de faire ses preuves seul dans le domaine, et signe un scénario globalement calibré et pas très subtil. On retrouve la sincérité qui caractérise ses œuvres, ses thèmes les plus chers et ce respect du genre qu’il adapte pour mieux le faire sien, mais les choses s’imbriquent un peu moins bien que par le passé. Le style y est plus mature, plus tenu et donc moins enclin aux fulgurances, on sent le film par moments trop carré dans sa narration et dans ses dialogues. Ils sont toujours aussi bons, Wright a clairement le talent pour les écrire, mais ils sont peu mémorables par rapport aux standards de ses anciens films. Wright garde une certaine naïveté adolescente sur son récit mais a paradoxalement grandi et ne parvient pas totalement à nous faire croire à cette histoire d’amour qui sera le cœur du film. Elle est certes mignonne mais ne sonne pas suffisamment vrai pour qu’on s’y investisse totalement. Comme lorsque Baby Driver prend un tournant un peu plus sérieux dans son dernier acte, mais que celui-ci n’est pas assez fort pour vraiment transcender son audience. A trop se disperser Wright donne l’impression de retenir ses coups, du moins dans son scénario qui finit par manquer d’impact.

Ansel-Elgort-Lily-James-baby-drive-film-critique-cinemaEn revanche, le cinéaste est toujours aussi doué quand il s’agit de prendre un genre et de le sortir des sentiers battus dans lequel il s’est enfermé. Prenant globalement la forme d’un film de casse, il est rythmé comme un car chase movie et traité comme une comédie musicale. Baby Driver est le fruit d’influences diverses et conjugue l’amour de son cinéaste pour les images et la musique. L’ensemble déborde de passion et d’énergie qui donnent une pêche d’enfer, effaçant d’un revers de main les rares choses qu’on pourrait reprocher et nous happent totalement dans l’univers sensoriel qui est déployé. La capacité du film à dévier des chemins attendus s’étend aussi à la caractérisation des personnages, qui à l’exception de celui très caricatural de Jamie Foxx, vont pouvoir révéler des facettes beaucoup plus complexes de leur personnalité et éviter un manichéisme redondant. C’est dans cette capacité à surprendre que Baby Driver démontre toute l’intelligence de sa construction qui se révèle être pensée à tous les niveaux. Même dans le choix des acteurs, où le jeune Ansel Elgort semble manquer de charisme de prime abord, mais tient en bride un casting de ténors dont font partie Jon Hamm et Kevin Spacey. Ils sont cependant tous très bons mais Elgort vole la vedette par sa subtilité mais aussi par une performance physique absolument hallucinante lors des scènes d’action. Lily James apporte quant à elle un peu plus de nuances dans un casting très viril, et en impose par la fraîcheur de son jeu.

Mais là où Edgar Wright impressionne totalement c’est dans la création visuelle même de son film. Sa mise en scène sert tout autant à l’action qu’à la caractérisation de son personnage principal. Baby est avant tout un personnage qui est mis en scène, plus qu’il n’est écrit. Il est construit à travers le montage, le mouvement et l’utilisation de musiques intradiégétiques qui viennent correspondre à son état d’esprit et son évolution. Chose relativement rare dans une œuvre de cinéma car c’est un procédé très dur à mettre en image. Mais avec une maîtrise qui laisse pantois, Wright parvient vraiment à nous immerger dans l’espace mental de son personnage. La technique est folle, que ce soit dans des longs plans séquences millimétrés à la perfection, des scènes de courses poursuites énergiques et rythmées par la musique et le travail très esthétisé sur les éclairages. Tout cela doit être en coordination parfaite avec la musique qui compose la scène et jamais Wright ne déraille dans sa démarche. Baby Driver est chorégraphié avec une virtuosité telle qu’il en devient étourdissant. On en ressort épuisé face à la générosité constante de l’œuvre mais aussi de son inventivité presque émouvante. Une leçon de montage et de mise en scène.

Baby Driver déborde d’amour en ce qu’il adapte et assoit définitivement Edgar Wright comme un créatif hors norme. Son long métrage est un mix survitaminé et une vraie déclaration aux films de genre, à la musique mais plus précisément au cinéma et à la créativité en général. Une oeuvre faite par un passionné pour des passionnés mais qui ne laisse jamais son audience en dehors de son délire. Par la force du montage et de la mise en scène, on s’immerge dans un spectacle sensitif sans pareil, qui s’impose à la fois comme un grand divertissement mais également un film tout aussi original qu’inventif. Et cela fait du bien de voir quelque chose qui n’est ni une suite, ni un remake ou le maillon d’un univers étendu. Même si on peut lui reprocher quelques toussotements dans son scénario très calibré qui retient ses coups sur son dernier acte et se clôture de manière un brin téléphonée ; ou encore qu’il est peut être un peu éreintant tant il n’a aucune mesure dans sa générosité, ce Baby Driver pourrait bien s’avérer être le film de l’été.

Baby Driver : Bande-annonce

Baby Driver : Fiche technique

Réalisation et scénario : Edgar Wright
Interprétation : Ansel Elgort (Baby), Lily James (Debora), Kevin Spacey (Doc), Jon Hamm (Buddy), Jamie Foxx (Bats), Eiza González (Darling), Jon Bernthal (Griff),…
Image : Bill Pope
Montage : Paul Machliss et Jonathan Amos
Musique : Steven Price
Décors : Lance Totten
Costume : Courtney Hoffman
Producteur : Tim Bevan, Eric Fellner et Nira Park
Société de production : Media Rights Capital, Big Talk Productions et Working Title Films
Distributeur : Sony Pictures Releasing France
Durée : 113 minutes
Genre : Action, comédie
Date de sortie : 19 juillet 2017

États-Unis – 2017

[irp]

Festival

Cannes 2026 : La Vie d’une femme, portrait d’une guerrière moderne

Récompensée l'année dernière par un César pour son rôle d'enquêtrice dans "Dossier 137", sélectionné en Compétition au Festival de Cannes, Léa Drucker foule à nouveau le tapis rouge. L'actrice tout terrain interprète dans "La Vie d'une femme" une chirurgienne épanouie, libre et hyperactive, qui assume pleinement ses choix. En brossant le portrait de ce personnage affirmé par le prisme de ses relations à autrui, Charline Bourgeois-Tacquet compose un drame rythmé au cœur d'un monde hospitalier en déclin. Une bonne leçon de vie qui rend les femmes maîtresses de leur destinée sans les victimiser.

Cannes 2026 : Dua, un corps en guerre

Présenté à la Semaine de la Critique 2026, "Dua" de Blerta Basholli raconte l’adolescence dans un Kosovo au bord de la guerre, entre désir d’émancipation, peur de l’exil et mémoire intime.

Cannes 2026 : Quelques jours à Nagi, ce que le bois retient

Présenté à Cannes 2026, Quelques jours à Nagi est un drame sensible où Kōji Fukada explore l’art, le deuil et la reconstruction dans un Japon rural suspendu.

Cannes 2026 : In Waves, quand les émotions déferlent

Après le merveilleux "Planètes" de la précédente édition, la Semaine de la Critique cannoise propose en ouverture un nouveau film d'animation, "In Waves". Une splendide histoire d'amour et d'amitié au creux des vagues qui déferlent sur nous par salves d'émotions. Grâce à son animation sublime et à son traitement sensible de la perte et du deuil, "In Waves" compose une œuvre à la fois lumineuse et mélancolique. Une magnifique ode au cinéma et à la mer.

Newsletter

À ne pas manquer

Les Cloches des profondeurs (1993) de Werner Herzog : la foi dans tous ses états

Qu’il le fasse en tant que créateur ou d’observateur, Werner Herzog a consacré sa carrière à sa passion pour les êtres vivant aux marges du possible. Visionnaires ou mégalomanes déments, aventuriers ou marginaux, peu importe, le cinéaste les observe avec une curiosité insatiable.

La Grande Extase du sculpteur sur bois Steiner (1974) de Werner Herzog : le temps suspendu

A l’aide d’une caméra 16 mm haute vitesse, Herzog filme merveilleusement bien ce qui, dans ce sport atypique, constitue son vrai centre d’intérêt : ces instants où, suspendu dans l’air, le skieur défie le temps et l’espace. Loin de l’ingrate « solitude » du coureur de fond, le sauteur à ski est un rêveur qui offre son extase en spectacle.

Aaahh Belinda : pépite féministe du cinéma turc

Fort d’un dispositif mêlant confusion des réalités et dédoublement des identités, Aaahh Belinda d’Atıf Yılmaz s’affirme comme un conte féministe moderne, à la croisée de la comédie, du fantastique et de la fable allégorique. Derrière une esthétique parfois modeste, le film révèle une richesse de lecture et une portée politique affirmée : en faisant basculer Serap dans la vie de Naciye, il montre combien le quotidien constitue à la fois le lieu de la domination et le premier espace de résistance.

Mortal Kombat II : Flawless Surrender

Le tournoi était la promesse manquante du reboot de 2021, son péché originel, la colonne vertébrale mythologique de la franchise réduite à une note de bas de page. "Mortal Kombat II" arrive donc chargé d'une dette et d'un espoir sincère : non pas que le film soit grand et révolutionnaire, mais qu'il sache enfin ce qu'il veut être. Warner Bros. avait misé gros sur l'événement, repoussant la sortie de plusieurs mois pour lui donner toute l'envergure d'un blockbuster estival. Mais dans l'histoire de cette franchise au cinéma, savoir ce qu'on veut sans savoir comment le faire, c'est une fatalité qui se répète.

Mon grand frère et moi : portrait d’un homme encombrant

Que reste-t-il d'un homme après sa disparition ? Des objets éparpillés, quelques photos jaunies, et surtout les souvenirs contradictoires de ceux qui l'ont connu. Ryōta Nakano filme ce qui subsiste dans les interstices du deuil : cette étrange cohabitation entre rancœur et tendresse, entre le besoin d'oublier et l'urgence de comprendre. "Mon grand frère et moi" est une enquête intime sur l'absent, menée par ceux qu'il a laissé derrière lui.
Frédéric Perrinot
Frédéric Perrinothttps://www.lemagducine.fr/
Passionné de cinéma depuis mon plus jeune âge, j'articule depuis ma vie autour du 7ème art, un monde qui alimente les passions et pousse à la réflexion. J'aspire à faire une carrière dans le cinéma, ayant un certain attrait pour l'écriture et la réalisation. J'aime m'intéresser et toucher à toute sorte d'arts ayant fait du théâtre et de la musique. Je n'ai pas de genres de films favoris, du moment que les films qui les représentent sont bons. Même si je tire évidemment mes influences de cinéastes particuliers à l'image de David Lynch, mon cinéaste fétiche, Michael Mann ou encore Darren Aronofsky. Ces cinéastes ayant en commun des univers visuels forts et un sens du romantisme qui me parlent particulièrement.

Mortal Kombat II : Flawless Surrender

Le tournoi était la promesse manquante du reboot de 2021, son péché originel, la colonne vertébrale mythologique de la franchise réduite à une note de bas de page. "Mortal Kombat II" arrive donc chargé d'une dette et d'un espoir sincère : non pas que le film soit grand et révolutionnaire, mais qu'il sache enfin ce qu'il veut être. Warner Bros. avait misé gros sur l'événement, repoussant la sortie de plusieurs mois pour lui donner toute l'envergure d'un blockbuster estival. Mais dans l'histoire de cette franchise au cinéma, savoir ce qu'on veut sans savoir comment le faire, c'est une fatalité qui se répète.

Mon grand frère et moi : portrait d’un homme encombrant

Que reste-t-il d'un homme après sa disparition ? Des objets éparpillés, quelques photos jaunies, et surtout les souvenirs contradictoires de ceux qui l'ont connu. Ryōta Nakano filme ce qui subsiste dans les interstices du deuil : cette étrange cohabitation entre rancœur et tendresse, entre le besoin d'oublier et l'urgence de comprendre. "Mon grand frère et moi" est une enquête intime sur l'absent, menée par ceux qu'il a laissé derrière lui.

Die My Love : Au bord de soi

Dans "Die My Love", Jennifer Lawrence incarne une femme en déséquilibre dans l’Amérique rurale, filmée par Lynne Ramsay comme une expérience sensorielle assez radicale. Entre maternité, isolement et dérive intime, le film refuse tout parti pris pour mieux nous faire ressentir l’effondrement de l’intérieur.