Ant-Man, un film de Peyton Reed : Critique

Au pays des fourmis

Le Marvel Cinematic Universe vient clôturer sa deuxième phase de manière assez minimaliste, préférant introduire un nouveau super-héros plutôt que de terminer avec un imposant climax. Même si Avengers Age of Ultron s’était fait plus encombrant que véritablement satisfaisant, cette phase deux avait néanmoins gagné en qualité par rapport à la première, laissant plus de libertés aux cinéastes mais cela offrait parfois des résultats maladroits. Il y avait aussi de quoi craindre pour ce final de la deuxième phase qui après une production catastrophique a vu son cinéaste affilié sur le projet depuis 8 ans, Edgar Wright, claquer la porte du studio pour différends artistiques. Après de nombreuses réécritures du scénario pour correspondre aux impératifs du studio (ce n’est jamais bon signe pour le produit fini), le film fut enfin confié à un yes man sans véritable envergure pour reprendre le flambeau laissé par Wright. Sauf que Peyton Reed, le nouveau réalisateur, ne semblait pas avoir les épaules pour reprendre les rênes du film au vu de sa filmographie relativement faible sur le plan qualitatif. Alors est-ce que Ant-Man est la purge tant redoutée, symbolisant le premier vrai faux pas de Marvel, ou alors est-ce la bonne surprise que tout le monde espérait mais que personne n’attendait ?

Le film aura un statut beaucoup plus trouble que ça car il est indéniable qu’il contient de bonnes choses. Malheureusement ces bonnes choses ne résulteront pas des nombreuses réécritures du scénario mais viendront de ce qui a été laissé par Edgar Wright (son style étant très reconnaissable et inimitable). Les scénaristes ont voulu garder pas mal de choses qu’avait déjà faites Wright mais en les enlevant de leur contexte, ce qui fait que l’on a l’impression d’avoir deux visions d’un même film au sein d’un seul, ce qui donne une impression schizophrène. D’un côté on a un film frais et très drôle grâce à un humour british assez savoureux et de l’autre on a un film calibré, empli de clichés très lourds et très moralisateurs et qui tombent souvent à plat. C’est dommage que ce soit la version la moins intéressante qui prédomine réitérant les erreurs de tous les Marvel, à savoir un méchant ridicule aux motivations dérisoires, une romance inintéressante et une décrédibilisation systématique des enjeux. Dans ce film il n’y en a absolument pas, tout est pris à la légère mais pourtant tout se prend au sérieux. A partir du moment où l’on sait que cela ne peut pas mal se finir, Ant-man aurait pu assumer son délire jusqu’au bout mais au contraire il préfère souvent jouer la carte des discours pompeux et très américanisés sur la famille. Ici tout y passe, que ce soit la notion de sacrifice, de pardon, de rédemption etc. Les deux héros du film passent par les mêmes développements psychologiques mais un seul des deux se retrouve au centre des « enjeux », ce qui fait que l’autre semblera forcé et un peu détaché au sein de l’histoire. Finalement c’est le personnage de Paul Rudd qui se révèle être assez inutile alors que c’est lui qui est censé intégrer les Avengers. D’ailleurs l’acteur semble un peu à l’Ouest parfois, même s’il reste convaincant, surtout dans la comédie, il ne dispose pas du charisme que peuvent avoir les autres Avengers. Néanmoins cela sert Michael Douglas qui en impose sérieusement. Non seulement il dispose d’excellents moments de comédie mais en plus il apporte la gravité nécessaire pour nous embarquer dans le film, probablement un des meilleurs acteurs et personnages du MCU. C’est juste dommage que mis à part Michael Peña, ici hilarant en meilleur ami de Scott Lang, et du rappeur T.I, qui s’offre un des meilleurs passages du film face à Douglas, les autres ne soient pas totalement à la hauteur. Soit ils sont sous exploités, à l’image d’Evangeline Lilly qui arrive quand même à rater sa seule scène d’émotion, soit ils sont en totale roue libre et peinent à convaincre comme Corey Stoll, le méchant du film.

Ant-Man tente désespérément de se relier aux Avengers et multiplie les allusions aux autres films du MCU sans pour autant apporter une conclusion satisfaisante à la phase 2, ni préparer correctement la phase 3. Le film n’est pas vraiment engageant quant à ce qui peut arriver après surtout qu’ici la seule scène qui implique un autre Avenger semble forcée, inutile voire même un peu ridicule. Par contre le film dispose quand même de très bonnes idées même si on en revient toujours à ce qu’aurait voulu proposer Wright notamment dans le sens du dialogue assez piquant qui se montre très ironique et très british évitant à plusieurs moments d’être trop lourd et permettant de déjouer certains passages trop clichés. Mais surtout la vraie bonne idée du film c’est de reprendre le principe d’un film de casse, ce qui permet à l’ensemble d’être un peu plus original que la moyenne et ce même si le scénario est déjà vu, faisant un peu ersatz d’Iron Man. Cela permet au film d’avoir un rythme soutenu bien qu’il met un peu de temps à se lancer et que la mise en scène se révèle très plate.

La mise en scène de Peyton Reed tombe d’ailleurs dans les mêmes travers que le scénario. A trop vouloir reprendre les idées laissées par Wright, il leur enlève de leurs substances. Ici il veut reprendre entièrement une scène de Wright en singeant son style. C’est durant un monologue de Peña, probablement la meilleure scène du film malgré tout, mais Reed n’arrive pas à trouver la bonne mesure, le montage de la scène manque de dynamisme et n’arrive pas à créer l’humour visuel nécessaire. Chose que Wright aurait maîtrisée à la perfection et que Reed n’arrive à peine à effleurer du doigt que lors du climax du film. Globalement ici la mise en scène se montre assez fade et générique. Elle n’est que purement fonctionnelle et se montre très répétitive lors des scènes d’action rendant l’ensemble assez mou. Malgré tout quelques bonnes idées viennent se glisser ici et là mais rien de bien transcendant ou marquant.

Ant-Man n’est donc peut être pas la purge que l’on pouvait craindre mais il est clairement la preuve que l’on est passé à côté d’un grand film. Il est constamment écrasé par l’ombre de Edgar Wright et n’arrive jamais à s’en extirper car c’est de lui qu’il tire toutes ses bonnes idées. Finalement on est vraiment en face d’un Marvel en mode mineur, alors que le film aurait dû être frais et original, il est finalement classique et très calibré. Cela a été déjà vu mais en mieux au sein du MCU, Ant-Man n’étant qu’un film moyen et assurément un des plus faibles de cette deuxième phase. C’est d’autant plus dommage car c’est lui qui avait la lourde tâche de venir la conclure, c’est lui qui disposait des plus belles promesses d’un délire assumé et virevoltant mais plus que tout c’est lui qui dispose de Michael Douglas, qui s’impose ici comme un des interprètes les plus charismatiques de l’univers Marvel.

Synopsis : Scott Lang, cambrioleur de haut vol, va devoir apprendre à se comporter en héros et aider son mentor, le Dr Hank Pym, à protéger le secret de son spectaculaire costume d’Ant-Man, afin d’affronter une effroyable menace…

Ant-Man >> bande-annonce

Ant-Man : Fiche Technique

États-Unis – 2015
Réalisation: Peyton Reed
Scénario: Adam McKay, Paul Rudd, Edgar Wright, Joe Cornish
Interprétation: Paul Rudd (Scott Lang / Ant-Man), Michael Douglas (Dr. Hank Pym), Evangeline Lilly (Hope Van Dyne), Corey Stoll (Darren Cross / Yellowjacket), Bobby Cannavale (Paxton), Michael Peña (Luis), Tip « T.I. » Harris (Dave)…
Genre: Fantastique
Image: Russell Carpenter
Décors: Shepherd Frankel, Marcus Rowland
Costumes: Sammy Sheldon
Son: Daniel Laurie
Montage: Dan Lebental, Colby Parker Jr
Musique: Christophe Beck
Producteur(s): Kevin Feige
Production: Marvel Studios
Distributeur: The Walt Disney Company France
Date de sortie: 14 juillet 2015
Durée: 1h58

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Frédéric Perrinot
Frédéric Perrinothttps://www.lemagducine.fr/
Passionné de cinéma depuis mon plus jeune âge, j'articule depuis ma vie autour du 7ème art, un monde qui alimente les passions et pousse à la réflexion. J'aspire à faire une carrière dans le cinéma, ayant un certain attrait pour l'écriture et la réalisation. J'aime m'intéresser et toucher à toute sorte d'arts ayant fait du théâtre et de la musique. Je n'ai pas de genres de films favoris, du moment que les films qui les représentent sont bons. Même si je tire évidemment mes influences de cinéastes particuliers à l'image de David Lynch, mon cinéaste fétiche, Michael Mann ou encore Darren Aronofsky. Ces cinéastes ayant en commun des univers visuels forts et un sens du romantisme qui me parlent particulièrement.

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