Baby Driver : Musique de Steven Price, tracklist de la Bande originale

Baby Driver est une chorale, une sorte de « comédie musicale post moderne ». Pendant que les drifts font crisser les pneus sur le bitume, la bande sonore du film d’Edgar Wright fait vivre la caméra, et les mélodies font s’emboiter les plans les uns avec les autres. De toutes les œuvres vues cette année, Baby Driver est l’une de celles qui fait le mieux vivre la musicalité en son sein. La caractérisation des personnages, leurs actions, la réalisation, le montage, tout passe par leur enchevêtrement avec une bande sonore dont la prégnance fait toute la virtuosité et l’originalité d’une œuvre à la dynamique captivante.

Car même si le film s’avère parfois léger dans sa puissance dramatique, le fil rouge thématique musical prend tout son sens. Une comparaison vient rapidement en tête mais parait tellement évidente qu’elle en est inévitable : celle entre Drive et Baby Driver. Nicolas Winding Refn voulait faire de son Driver, un mec qui déambule la nuit, dans sa voiture, en écoutant de la pop music. Baby Driver tombe également dans cette idée, celle de mettre sur un même piédestal le fait d’écouter de la musique pop et de conduire à toute berzingue. Mais le cinéaste danois se servait de la musique comme pur instrument auditif, à la fois pour adoucir la pesanteur de son film et dévoiler les émotions de ses personnages.

Le réalisateur britannique, lui, va plus loin dans sa démarche : la bande sonore n’est pas un personnage du film mais devient presque le script du film : atteint d’acouphène après un accident lors de son enfance, Baby écoute toujours des chansons avec ses multiples Ipod. Toujours avec ses écouteurs sur les oreilles, il vit au rythme d’une bande son rock/blues qui swingue à mort. Il marche en dansant, il parle en écoutant de la musique et suit les ordres de ses comparses sous les vibrations des beats et ; surtout, il ne conduit jamais sans une ribambelle de chansons. Pour sentir le pouls de son environnement, et pour surtout être dans le même tempo, pour s’accorder avec le rythme inhérent aux mélodies, qui devient par la même occasion, le rythme d’action et le leitmotiv de son personnage principal.

Les chansons qu’il écoute ne sont pas simplement une possibilité de rêvasser : c’est pour lui au contraire une façon de rentrer dans le monde réel et aussi, malheureusement, de ressasser des souvenirs dévastateurs. Il aime enregistrer les discussions des autres pour les agencer en chansons sous forme de cassettes. Comme cet exemple frappant, où Baby rate le début de la chanson alors qu’il commence un braquage, et revient en arrière pour permettre à ces collègues braqueurs de commencer leurs pillages. Baby Driver est un long métrage qui transpire l’envie de faire cohabiter les mélodies avec ses personnages. La bande sonore, où l’art musical en général, sert de vecteur narratif au récit, car il décrit les émotions de ses protagonistes mais sert aussi de force centrifuge à la mise en scène. D’ailleurs, l’histoire d’amour vécu entre Baby et Deborah prend naissance alors que cette dernière chantonnait dans son coin. Sans parler du fait que la mère défunte du personnage était aussi chanteuse.

Baby Driver est un hymne à cet Hollywood, à une forme de musique aussi populaire qu’intime. Baby Driver n’est pas un produit commercial qui distille des immenses tubes pop comme pouvait le faire le désastreux Suicide Squad pour cacher la médiocrité du résultat final. Ni un produit qui joue sur la fibre nostalgique comme peut le faire les Gardiens de la Galaxie pour se donner une image « cool ». Non Baby Driver montre un véritable amour pour une bande sonore éclectique qui se superpose toujours à la situation en question, modulant sans vergogne la rapidité du montage et la tension même instituée par la séquence. Dans Baby Driver, les partitions sont les yeux de la caméra du film et les mélodies sont les mouvements du cadre : la bande sonore du film ne sert pas uniquement à donner une énergie à la scène mais devient la structure composite même de la séquence, comme durant les premières minutes du film qui nous présentent la première scène de braquage et de fuite. Comme avait pu le faire Drive de NWR.  Chaque chanson donne un sens à la scène qu’elle accompagne , comme si le film était écrit comme un album de musique. Même si l’omniprésence de la BO peut en gêner certains, Baby Driver ne tombe jamais dans le piège du clip show, où la chanson ne sert que de décoration contemplative ou atmosphérique au métrage. Il est rare de voir des films qui utilisent la musicalité de façon aussi littérale.

Car même si La La Land était une très bonne comédie musicale avec tout ce que cela comporte et même si Song to Song y allait de son point de vue sur l’univers du rock contemporain, Baby Driver passe la cinquième et crée une vraie dynamique filmique et une juxtaposition parfaite entre le rythme sonore et le montage scénique : que cela soit durant les scènes de conduite ou même durant les scènes d’expositions des personnages. A ce moment là, le personnage est à l’image de son métrage : l’un et l’autre ne peuvent pas vivre sans chansons et ne peuvent passer les vitesses qu’en suivant les pulsations de ses « songs ».

Musique Baby Driver Tracklist

01. Jon Spencer Blues Explosion – “Bellbottoms”
02. Bob & Earl – “Harlem Shuffle”
03. Jonathan Richman & The Modern Lovers – “Egyptian Reggae”
04. Googie Rene – “Smokey Joe’s La La”
05. The Beach Boys – “Let’s Go Away For Awhile”
06. Carla Thomas – “B-A-B-Y”
07. Kashmere Stage Band – “Kashmere”
08. Dave Brubeck – “Unsquare Dance”
09. The Damned – “Neat Neat Neat”
10. The Commodores – “Easy (Single Version)”
11. T. Rex – “Debora”
12. Beck – “Debra”
13. Incredible Bongo Band – “Bongolia”
14. The Detroit Emeralds – “Baby Let Me Take You (in My Arms)”
15. Alexis Korner – “Early In The Morning”
16. David McCallum – “The Edge”
17. Martha Reeves & The Vandellas – “Nowhere To Run”
18. The Button Down Brass – “Tequila”
19. Sam & Dave – “When Something Is Wrong With My Baby”
20. Brenda Holloway – “Every Little Bit Hurts”
21. Blur – “Intermission”
22. Focus – “Hocus Pocus (Original Single Version)”
23. Golden Earring – “Radar Love (1973 Single Edit)”
24. Barry White – “Never, Never Gone Give Ya Up”
25. Young MC – “Know How”
26. Queen – “Brighton Rock”
27. Sky Ferreira – “Easy”
28. Simon & Garfunkel – “Baby Driver”
29. Kid Koala – “Was He Slow (Credit Roll Version)”
30. Danger Mouse (feat. Run The Jewels and Big Boi) – “Chase Me”

[irp]

 

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Newsletter

À ne pas manquer

« Insidious : l’invasion du Lointain » ne réveillera pas notre intérêt pour la saga…

Entre un scénario prévisible, des incohérences avec le canon établi et des excursions dans le Lointain sans ambition visuelle, ce sixième épisode déçoit malgré quelques bonnes idées.

Mutiny : castagne en haute mer

Jason Statham traque ceux qui l'ont piégé à bord d'un cargo hostile, dans ce thriller de Jean-François Richet. La mécanique de "Mutiny" est bien huilée par endroits, notamment lors du combat final, mais le récit patine et le huis clos promis ne se referme jamais vraiment sur son héros.

Sanjuro (1962), d’Akira Kurosawa : « Le meilleur sabre est celui qui reste dans son fourreau »

Réclamée par la Toho, la suite du "Garde du corps" (1962) mise en scène par Kurosawa réussit l’exploit de s’inscrire dans une continuité thématique tout en adoptant une tonalité qui en est le contrepied, troquant le cynisme et la violence du premier pour l’humour et l’observation qui évite de verser le sang. Porté par un Toshiro Mifune parfait dans la reprise de son rôle de ronin fruste, "Sanjuro" est un sommet de l’art de la mise en scène du maître nippon : concis, limpide, intelligent, esthétique, drôle, un brin provocateur. En un mot : jubilatoire.

Wake in Fright : les sirènes de la Yabba

"Wake in Fright" a électrisé Cannes en 1971, disparu pendant 40 ans, puis ressurgi comme le mythe fondateur du cinéma australien. Un instituteur s'enlise dans une ville minière où l'hospitalité se boit comme une sommation. 55 ans après, sa brutalité n'a rien perdu de son mordant.

« Soudain », un chemin patient vers l’intime

L'amitié entre une directrice française d'EHPAD et une metteuse en scène japonaise. De cet argument simple, Ryusuke Hamaguchi tire un film épuré et pourtant foisonnant, aussi sensible que politique, sans jamais forcer le trait si ce n'est dans quelques redondances. Analyse.

La Bataille de Gaulle : pourquoi Antonin Baudry a confié son diptyque à deux compositeurs opposés

En confiant les deux volets de La Bataille de Gaulle à Volker Bertelmann puis à Théo Cascio, Antonin Baudry fait de son diptyque un objet musical rare, dont la rupture sonore éclaire aussi la réception critique.

La Baleine et le musicien, L’Illusion de Yakushima, Backrooms : trois compositeurs face à un destinataire qu’on n’attendait pas

Rone seul sur un catamaran au large de La Réunion, à attendre plusieurs jours avant de jouer ses premières notes pour une baleine à bosse. Koki Nakano qui compose ses 27 minutes de musique pour les deux heures de film de Naomi Kawase sur le don d'organe pédiatrique au Japon. Kane Parsons, vingt ans, qui co-compose la bande originale du plus gros succès de l'histoire d'A24, pour des espaces 3D vides hérités d'un mythe internet. Trois films sortis cette semaine, trois compositeurs face à un même geste : continuer à composer quand la garantie du destinataire est partie.

John Williams, David Holmes, Dupieux : trois musiques de films qui brouillent les pistes

Avec Disclosure Day, The Christophers et Le Vertige, John Williams, David Holmes et Franck Lascombes signent trois partitions où la musique ne dit plus seulement le film : elle déplace la question de l’auteur, de la signature et de l’identité sonore.