Festival Lumière 2018 : Alfonso Cuaron, l’immersion de l’humain

Le festival Lumière 2018 part en trombe et dévoile l’éventail de son programme éclectique et d’une richesse cinématographique certaine. Cette année, les cinéastes qui aiment utiliser l’image et le cadre à des fins de réceptacle à la narration, qui épousent l’esthétisme parfois à outrance pour magnifier l’environnement de leur film sont mis à l’honneur : après avoir parlé de Claire Denis, nous pouvons nous pencher sur Alfonso Cuaron. Réalisateur mexicain habitué des plans-séquences, qui nous présentera en avant-première pendant le festival, son dernier film Roma.

Alors que Claire Denis, elle, avait une attache particulière au désir et à la sensualité marginale du corps, Alfonso Cuaron est un réalisateur à l’humanisme un peu plus exacerbé et où l’immersion est le maitre mot de la dimension même qu’il veut donner à son cinéma. Humanisme, car si l’on gratte le vernis d’une mise en scène tentaculaire, se cache un réalisateur qui a un amour assez fou pour ses personnages. La première notion qui nous vient en tête en pensant aux films du cinéaste est le terme « survie ». La survie est une variable qui anime les pulsations visuelles et narratives de ses films : que ça soit la jeunesse débridée de Et…ta mère aussi, de Harry Potter face aux « détraqueurs », de cette jeune mère dans Les fils de l’Homme et surtout cette astronaute dans Gravity. Cette survie, qui est autant sociale que vitale, amoureuse que familiale, pousse les personnages d’Alfonso Cuaron dans leur dernier retranchement, à se poser des questions existentielles, leur fait toucher du doigt le labeur de la vie et les amène vers des contrées vertueuses de dépassement de soi, pour combattre un deuil ou se mettre sur la voie d’une renaissance personnelle.

Gravity et Les Fils de l’Homme en sont le plus bel exemple car ils matérialisent le fait que l’humain et sa condition sont au cœur de la synergie même du cinéma du mexicain : soit par un réalisme proche du documentarisme ou soit par la métaphore visuelle. Pourtant, nous pourrions facilement croire qu’un esthète de sa trempe puisse se soucier guère de l’écriture de ses personnages. Cependant, derrière des plans-séquences impressionnants, une pyrotechnie d’effets merveilleux (comme sur Gravity), cette magie de la mise en scène comme si nous étions dans une séance de parc d’attractions, c’est l’image et cet environnement visuellement terrassant qui suivent avec une attention bienveillante le cheminement des protagonistes.

La caméra et le personnage ne font qu’un : ce qui donne une urgence tangible aux films d’Alfonso Cuaron, chose rare dans le cinéma actuel, grâce notamment à l’aide de son directeur de photographie Emmanuel Lubezki, qui travaille également pour Alejandro González Inárritu et Terrence Malick. Là où Malick est plus céleste et contemplatif dans sa démarche, là où Inárritu se veut plus rationnel et psychologique dans sa manière d’appréhender les angles de vue de Lubezki, c’est l’énergie vitale et l’immersion physique qui gouverne dans les films d’Alfonso Cuaron. Le ressenti du spectateur, l’expérience presque organique que l’on perçoit devant un film d’Alfonso Cuaron est assez prodigieuse. Cette qualité de montage, ce perfectionnisme, cette logistique sur la temporalité ou même cette aptitude à immerger le spectateur dans un espace restreint diffusent l’émotion dramatique qui émane de ses œuvres.

Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban avait déjà prouvé la facilité déconcertante du réalisateur à imbriquer les codes du blockbuster, qui sont parfois ceux du pur divertissement, avec ses velléités d’auteur. Ce qui lui permet de jouer avec les genres cinématographiques avec la plus grande des singularités, allant du post apocalyptique, la science-fiction ou même le road movie.  Il arrive ainsi, par exemple, à revitaliser une franchise comme celle des Harry Potter, en donnant au troisième opus un esprit presque gothique et une ambiance baroque. La linéarité du scénario de ses films n’est qu’un écran de fumée, comme dans Et…ta mère aussi, et dévoile une mise en scène au service de l’humain, où l’espoir devient l’arme principale pour vaincre les obstacles de la vie.

Festival

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