Depuis 1994, lorsqu’il a repris le flambeau du festival d’Avoriaz, le Fantastic’Arts ou Festival du film fantastique de Gérardmer est devenu une véritable institution du cinéma de genre en France. À l’occasion de son 25ème anniversaire, il est temps de jeter un œil sur un quart de siècle de découvertes et de revenir sur 5 grands prix ayant marqué le festival.
En 25 ans, pas moins de 200 films se sont disputé le Grand Prix. Parmi eux, des films devenus des classiques incontournables comme Scream, des films high-concepts étonnants comme Cube ou encore des films tombés dans l’oubli le plus total à l’image de Thomas est amoureux. Avec ses sélections éclectiques, ce n’est pas uniquement le fantastique qui a été célébré dans la station vosgienne, mais également l’horreur, la science-fiction, et même le western. Le festival mettant en avant des premiers films a permis également à la France de découvrir des auteurs devenu cultes comme Richard Kelly et son Donnie Darko, Jaume Balaguero avec La Secte sans Nom ou encore Fabrice du Welz remportant le prix du Jury pour Calvaire en 2004. 24 éditions, 24 Grand Prix, difficile tâche que d’en garder 5.
Top 5 des Grand Prix de Gérardmer
Le jour de la Bête, Alex de la Iglesia, Grand Prix 1996.
L’Espagne a depuis toujours été un grand fournisseur pour le Fantastic’Arts, comme en témoigne Jaume Balaguero reparti avec 3 Prix du Jury pour La Secte sans Nom, Fragile et Rec, mais c’est un autre cinéaste culte de la péninsule ibérique qui a eu la chance de remporter un Grand Prix, Alex de la Iglesia. L’invité d’honneur de la 25ème édition a frappé un grand coup auprès du public vosgien et du jury présidé par Rutger Hauer avec son cinéma mêlant à la perfection horreur et comédie cinglante. Dans son 2ème film, et toujours meilleur essai à ce jour, il nous raconte la croisade d’un prêtre, accompagné d’un metalhead et d’un médium star de la TV contre l’antichrist en personne. À la manière d’un vilain garnement, Alex de la Iglesia n’hésite pas à se payer la tronche du christianisme, empilant les séquences cultes comme celle du rituel satanique, le tout ponctué par des gags proches du grand guignol.
Scream, Wes Craven, Grand Prix 1997
Alors que le slasher était un peu à la dérive depuis la fin des années 80, il fallait bien l’un des piliers de l’horreur pour donner un grand coup dans la fourmilière et opérer un virage drastique au sein du genre. Après avoir exploré le côté méta avec Freddy sort de la nuit en 1994, Wes Craven décide d’y aller à fond les ballons avec Scream. Bénéficiant d’un script pondu par Kevin Williamson, le créateur de Dawson, c’est toute la pop-culture que le cinéaste convoque dans un slasher à la fois cynique et jouissif. Multipliant les moments de bravoure comme cette séquence d’ouverture devenue absolument culte, développant une imagerie qui fera date dans le cinéma d’horreur au travers du personnage de Ghostface, Scream a surtout lancé toute une vague de slasher méta qui continue encore aujourd’hui d’alimenter les auteurs les plus fous comme Joseph Kahn avec Detention ou même Tragedy Girls de Tyler McIntyre, présenté cette année en compétition. Pas étonnant que le film de Craven soit sorti en tête des sondages organisés par le festival pour désigner le meilleur Grand Prix du Festival.
Morse, Thomas Alfredson, Grand Prix 2009
Avant que Thomas Alfredson ne s’engage hasardeusement dans des adaptations bancales de polars de Nesbo, le cinéaste suédois avait surpris tout le monde avec son premier film, le sublime Morse. Tiré du roman Laisse moi entrer de John Ajvide Lyndqvist, le film d’Alfredson revisite le mythe romantique du vampire au travers de deux enfants, Oskar et Eli. Contemplant la neige immaculée de la Suède, Morse bouleverse avec ses deux personnages marginaux qui se trouvent, qui s’aiment. Avec sa poésie rare, son rythme lancinant, sa claque esthétique, le film dénote. Loin de l’hystérie sanguinolente ou de la loufoquerie d’autres Grand Prix, Morse montre que derrière les festivaliers se cachent des cœurs tendres.
It Follows, David Robert Mitchell, Grand Prix 2015
Autre claque que l’on avait pas vu venir, It Follows. Le jeune cinéaste David Robert Mitchell accouche de l’un des meilleurs films d’épouvante de la décennie, bénéficiant d’un héritage Carpenterien très marqué. Puisant également dans le teen-movie, le film de Mitchell traite de manière frontale le problème des MST au travers de cette entité poursuivant ses victimes, et qui se transmet au cours de rapports sexuels. Porté par un casting impeccable, notamment la révélation Maika Monroe, le film développe une atmosphère oppressante jouant insidieusement avec la peur plutôt que d’avoir recours à des jumpscares faciles. Aidé par la bande son tout bonnement électrisante de Disasterpiece, qui renvoie elle aussi à l’œuvre de John Carpenter, It Follows hantera le spectateur jusqu’à son dernier plan et même sur le chemin du retour.
Grave, Julia Ducourneau, Grand Prix 2017
Il aura donc fallu attendre 24 ans avant que la France soit récompensée par un Grand Prix. Il aura surtout fallu 24 ans pour que le Fantastic’Arts célèbre une réalisatrice. Avec son premier film, Julia Ducourneau décroche un uppercut fatal au cinéma de genre français qui se trouve en état de léthargie depuis pas mal de temps. Film à la croisée des genres, oscillant entre l’horreur, le coming of age, le campus movie, Grave a été une véritable sensation, raflant tout sur son passage et cela dans de nombreux festivals. On ne peut que saluer le tour de force de Ducourneau, qui, bien que peut-être un peu trop sûr d’elle, offre un film organique, viscéral et fascinant sur la jeune Justine et la découverte de son corps. Garance Marillier est la révélation de 2017, et risque très fortement de repartir avec un césar début mars.









ne se borde pas à un simple film juridique mais soulève également de nombreuses questions sur la cohabitation au Liban, sur les actions d’Ariel Sharon, ou sur la légitimité de la Palestine. L’antisémitisme ainsi que la xénophobie prennent une place à part entière dans L’insulte, mais toujours sous un angle critique. Sans tabou, le réalisateur nous fait voir comment le conflit est abordé au cœur de la population libanaise. Toutefois, il ne prend pas parti, même si des propos peuvent choquer. Les deux partis sont représentés de manière identique. On perçoit l’importance de la cohabitation au Liban pour Ziad Doueiri.
spectateur pantois tant il sont crédibles, à la fois autoritaires et étonnamment humains, avec des relations exiguës qu’il est bon de ne pas dévoiler. La mise en scène de Ziad Doueiri est réfléchie et maitrisée, en adéquation avec le peu de lieux qui composent son film. Et si les acteurs nous apparaissent comme si impressionnants, c’est par les choix techniques et esthétiques du réalisateur. Les gros plans sont extrêmement nombreux et l’intimité des protagoniste nous est dévoilée. Aucun artifice dans la progression de ce procès, presque tout nous est montré. Le spectateur évolue en même temps que les personnages, et aucun détail ne lui est épargné. D’où le principe de témoin du procès évoqué précédemment.
Dans la Douleur d’Emmanuel Finkiel, c’est Mélanie Thierry qui interprète l’écrivaine, alors auteure d’un seul livre, les Impudents, signé sous le nom de plume tout beau tout chaud de Marguerite Duras. Mais Marguerite était encore Madame Antelme aux yeux de tous, la littérature était en germe, et bien en germe, mais la Résistance était au centre de la vie de cette époque. Le texte à la base du film, tiré de cahiers « oubliés » dans sa maison de Neauphle-le-Château et édité pour la première fois en 1985, porte déjà le style durassien (il aurait pu être retouché lors de sa publication). Et l’actrice, sans jamais singer le modèle, incarne le personnage d’une manière très convaincante. Sa Marguerite est une femme frêle qui dégage une incroyable force. Elle délivre les extraits choisis par Emmanuel Finkiel, d’une voix (off) percutante et douce en même temps, une voix qui force l’attention et l’écoute. Mélanie Thierry est remarquable en tous points dans la Douleur, et tient enfin un rôle taillé à la mesure d’un talent qui n’a pas toujours été mis en avant.
La Douleur n’est pas unidimensionnelle. La culpabilité est là, le doute est là, la peur est là. Dans la première minute du film, Mélanie Thierry dit ce que Marguerite a ressenti en retrouvant les cahiers : « Je me suis trouvée devant un désordre phénoménal de la pensée et du sentiment ». Ce désordre et cette confusion alimentent la douleur, et la résistante qu’elle est, est aussi abattue par le malheur de la France, des femmes de France, de la découverte des crimes nazis et du sort des Juifs.
La Douleur d’Emmanuel Finkiel passe haut la main l’examen très subjectif des amis de Marguerite Duras qui retrouveront dans le film l’univers si particulier de l’écrivaine, mais également l’examen des amoureux du cinéma qui ne peuvent qu’apprécier les vraies propositions de cinéma de la part d’un réalisateur rare et doué.


































