Cannes 2017 : The Villainess, un film d’action coréen jouissif et décomplexé

Présenté en séance de minuit, The Villainess s’impose comme un grand huit cinématographique, jubilatoire et surexcité qui crie son amour de Kill Bill à Old Boy en passant par Hardcore Henry.

Synopsis : Depuis l’enfance, Sook-hee a été entraînée pour devenir une tueuse sans pitié. Lorsque Madame Kwon, chef du Service des renseignements sud-coréen, l’engage comme agent dormant, elle lui offre une seconde chance. “Donne-nous dix ans de ta vie, tu auras la liberté.” Sa nouvelle identité est Chae Yeon-soo, 27 ans, actrice de théâtre.
Avec la promesse d’une liberté complète en échange de servir son pays pendant 10 ans, Sook-hee commence une nouvelle vie. Pour cette femme qui a vécu comme tueuse, mener une existence normale n’est pas une tâche facile. Mais quand deux hommes entrent dans sa vie, les secrets de son passé sont dévoilés. 

The-Villainess-film-cannes2017-horscompetitionLa caméra s’avance, une porte s’ouvre et des dizaines d’ennemis sont face à elle. Le regard est en caméra subjective, un figurant se fait exploser la cage thoracique au pistolet et c’est le début d’une séquence impressionnante de cinq minutes où le cadre prend le regard de ce tueur hors-norme, en l’occurrence d’une tueuse. Les amoureux  du cinéma coréen verront dans cette introduction le penchant à la première personne de la fameuse scène du couloir de Old Boy de Park Chan-Wook. Le réalisateur casse alors toutes les règles du cinéma d’action et s’adapte à toutes les formes de médium actuel, du cinéma de faux plan-séquence au jeu vidéo en passant par la réalité virtuelle. The Villainess est prétentieux dans sa manière de dire qu’il est sans égal (vous avez vraiment oublié Hardcore Henry ?) mais il faut reconnaître que son approche des genres et des techniques bouleverse les conventions et permet de dynamiser un cinéma d’action coréen qui n’a pas son pareil pour nous réjouir. Le nouveau long métrage de Byung-gil Jung (Confession of Murder) mélange les genres pour tenter de combler au maximum les attentes de tous les publics. Du film d’action décomplexé, The Villainess se mue progressivement en film d’espionnage sur fond de comédie romantique avant de revenir à des séquences survitaminées dans un final dingue et sanglant, avec pour fil conducteur Kill Bill en ligne de mire. Car il faut indéniablement reconnaître que le réalisateur Byung-gil Jung est un amoureux du cinéma d’action, dont l’inspiration scénaristique est à trouver du côté du diptyque Kill Bill de Quentin Tarantino et de Old Boy. Les séquences à la première personne parleront aux cinéphiles amateurs de jeux vidéos qui auront vu Hardcore Henry de Ilya Naishuller, l’an passé. Les plus pointilleux sauront de quoi parlent le cinéaste coréen lorsqu’il évoque des influences hongkongaises comme Swordsman et Le Sens du devoir. On en regretterait que The Villainess n’ait pas droit un jour à une adaptation vidéoludique.

Si le film a du cœur et de l’énergie à revendre, il faut indéniablement reconnaître qu’il se traîne une intrigue au diapason portée par des personnages caricaturaux, manquant cruellement d’empathie, et dont l’affiliation  avec le film de Quentin Tarantino porté par Uma Thurman ne semble même pas voilée. Les scènes à l’eau de rose détruisent les bonnes intentions de départ pour s’enfoncer inutilement dans une sous-intrigue amoureuse qui ne fait qu’allonger considérablement le récit. Pour un film qui souhaite revendiquer l’indépendance et la force des personnages féminins, on ne peut que soupirer face au comportement cruche de l’héroïne qui agit comme une adolescente de quatorze ans face à un nouvel aspirant. Pas étonnant alors d’apprendre de la bouche même du cinéaste que le scénario du film a été écrit en deux semaine, pour un an de tournage. Mais même dans cette avalanche de niaiserie, le film semble assumer ce second degré (ou du moins s’en contente) avant de revenir aux scènes d’action, l’atout principal de The VillainessStanding ovation lors de sa projection, The Villainess est un objet cinématographique pour les amoureux du cinéma décomplexé. Fort d’une maîtrise cinématographique audacieuse, le film a indéniablement la générosité d’un amoureux du cinéma d’action et possède la maîtrise d’une technique cinématographique incroyable. De là à dire qu’il renouvelle le genre du film d’action coréen, il y a là une affirmation exagérée et surestimée mais peu importe qu’il traite maladroitement son scénario, Byung-gil Jung a pour lui l’honneur d’avoir su réjouir les festivaliers de la Croisette et de faire de The Villainess un plaisir coupable ultime. Et en soi, c’est déjà beaucoup.

[HORS COMPÉTITION] The Villainess

Un film de Byung-gil Jung
Avec Kim Ok-vin, Shin Ha-Kyun, BANG Sung-Jun
Distributeur :
Durée : 129 mn
Genre : Action
Date de sortie :

 Corée du Sud– 2017

The Villainess:

https://www.youtube.com/watch?v=iSqrmUuMpAs

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Kévin List
Kévin Listhttps://www.lemagducine.fr/
Cinéphile assidu accro au café. Traîne dans les cinémas d'art et d'essai de Paris. Mange dans les food trucks entre deux films. Prend plaisir à débattre dans les bars des alentours de Notre-Dame. Outre son activité sur le site, Kévin est régisseur sur les plateaux de cinéma.

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