Passage au long métrage réussi pour Gustavo Rondón Córdova qui dresse un tableau âpre du Venezuela à travers la fugue d’un père et de son fils, menacé de mort, dans les rues de Caracas.
Synopsis : Pedro, 12 ans, erre avec ses amis dans les rues violentes d’une banlieue ouvrière de Caracas. Quand il blesse gravement un garçon du quartier lors d’un jeu de confrontation, son père, Andrés, le force à prendre la fuite avec lui pour se cacher. Andrés découvre son incapacité à contrôler son fils adolescent mais cette nouvelle situation rapprochera père et fils comme jamais auparavant.
Le vénézuélien Gustavo Rondón Córdova jouit déjà d’une certaine notoriété internationale puisqu’il avait été repéré à la Berlinale en 2012 avec son cinquième court métrage, Nostalgia. Avec La familia, il réalise son premier long métrage et évoque la difficulté des relations familiales dans un pays qui fascine autant qu’il répulse par sa dangerosité. A l’instar de cette chasse à l’homme, il apparaît évident que la vie quotidienne semble être une épreuve de survie tant la violence s’est accaparée des rues et des favelas du pays. Caracas est une capitale qui comporte logiquement une hiérarchie des classes sociales où les plus riches vivent sur le dos des plus pauvres, qui n’ont donc que la violence pour tenter d’exister. En l’absence des parents constamment retenus au travail pour tenter de subvenir à leurs vies, les enfants délaissés s’abandonnent à une fureur banale, ce qui apporte une dimension attraction/répulsion du pays assez intéressante dans son approche. Gustavo Rondón Córdova porte un regard troublant au sein de la sphère intime d’une relation entre un père et son fils, l’un tentant tout pour le protéger alors que l’autre est propulsé crûment dans l’âge adulte. Au delà d’un échappatoire pour leur survie, cette situation va les amener à se retrouver et à s’entendre. Le père sera un professeur pour son fils qui lui apprendra à être débrouillard et bricoleur pour s’en sortir dans la vie, en tentant de l’éloigner des groupes corrompus par la criminalité. Ce travail sur soi pour les deux hommes sera alors le point de départ pour une nouvelle vie et un nouveau foyer, loin de toute cette cruauté gratuite. Autant dans sa mise en scène que dans sa narration, La familia n’entend pas révolutionner le cinéma et se repose sur des facilités scénaristiques préétablies. Mais ce premier long métrage a pour mérite de montrer le reflet d’un pays qui tente de se sortir de son climat brutal. Avec son approche juste et humaine d’une relation père/fils, La familia est un film qui saisit l’essence du climat fiévreux qui règne au Venezuela. Un coup d’essai réussi.
[SEMAINE DE LA CRITIQUE] La familia
Un film de Gustavo Rondón Córdova
Avec Giovanny García, Reggie Reyes
Distributeur : /
Durée : 1h32
Genre : Drame
Date de sortie : /
Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.
Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.
En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.
Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.
Après son court-métrage éponyme, Eva Libertad étend l'histoire de "Sorda". Un nouvel opus nécessaire qui interroge la parentalité, dans le bruit du silence.
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Exploration à bas bruit des frontières de la rationalité humaine ? Faille spatio-temporelle où l’Homme quitte le sentier d’un destin médiocre ? Pas de doute, le cinéma de Herzog est déjà en place.
Abandonnées par leurs familles dans un orphelinat, des jeunes filles se consacrent à la musique. Nous sommes à Venise en 1716, à l'orphelinat « La Pietà » qui doit son nom à la Vierge Marie. Constituant un orchestre de chambre, chaque dimanche ces musiciennes se produisent anonymement dans une église locale où le public vient les écouter. Si elles ne connaissent pas leurs origines, leur avenir est tout tracé…
Troisième collaboration entre Stanley Donen et Audrey Hepburn après "Drôle de frimousse" et "Charade", "Voyage à deux" suit un couple à différents moments de sa vie à travers un récit fragmenté. Le film fait de la mémoire amoureuse son véritable moteur narratif, entre instants de grâce et fissures plus discrètes.
Cinéphile assidu accro au café.
Traîne dans les cinémas d'art et d'essai de Paris. Mange dans les food trucks entre deux films. Prend plaisir à débattre dans les bars des alentours de Notre-Dame.
Outre son activité sur le site, Kévin est régisseur sur les plateaux de cinéma.
Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.
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