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Sugarland, version sucrée de Super Size Me

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Tout le monde connaît les effets nocifs de la cigarette ou de l’excès de graisses, mais que savez-vous des méfaits du sucre ? C’est ce que Damon Gameau nous permet d’appréhender avec son documentaire Sugarland.

Synopsis : Damon Gameau, jeune Australien qui mène une vie particulièrement saine, décide de démontrer les effets nocifs du sucre en mangeant, pendant soixante jours, l’équivalent de quarante cuillères à café de sucre (ce qui correspond à la moyenne en Australie), le tout dans des aliments transformés.

En 2004, Morgan Spurlock avait marqué les esprits avec son documentaire Super Size Me, où il se nourrissait exclusivement chez une certaine firme de fast food pendant un mois, au risque de mettre fortement à mal sa santé.

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Dans Sugarland, Damon Gameau, acteur que l’on a pu voir dans le film The Tracker ou la série Secrets & Lies, décide donc de s’attaquer au sucre. Il faut préciser que, avant de commencer l’expérience, le jeune homme vivait une vie particulièrement saine, surveillait son alimentation, éliminait tout sucre ajouté, privilégiait la nourriture naturelle (et non les aliments transformés) et pratiquait beaucoup d’exercice.

Son documentaire se divise en trois parties. Dans un premier temps, nous assistons à une introduction qui a tout du cours magistral mené à toute allure. Hugh Jackman intervient pour nous présenter un condensé de l’histoire du sucre, puis l’excellent acteur et écrivain britannique Stephen Fry nous explique quels sont les différents types de sucre.

Le film se permet aussi une très éclairante digression historique : entre les années 50 et les années 70, deux écoles scientifiques débattaient pour savoir ce qui était le plus nocif pour la santé, entre les graisses et le sucre. Seulement, à partir du milieu des années 70, les graisses seules ont été désignées comme responsables aussi bien du surpoids que les maladies cardio-vasculaires. Grâce à un puissant travail de lobbying, le sucre a été totalement exonéré de toute responsabilité. Ainsi, le seul régime sain est devenu celui pauvre en graisse.

La vérité est, une fois de plus, bien plus complexe. Ainsi, nous apprenons qu’il existe différentes catégories de calories. Le nouveau régime alimentaire de Damon Gameau contient exactement le même nombre de calories que l’ancien, seulement l’équilibre entre les différents apports caloriques est complètement chamboulé. De plus, le corps n’est pas conçu pour faire face à un afflux massif de saccharose, qui se transforme en graisse en provoque vite du surpoids. En un mois, Damon Gameau a pris plus de 5 kilos et 7 cm de tour de taille.

Mais, et c’est ce qui est le plus surprenant, les effets du sucre ne sont pas nocifs que pour le corps. Ils le sont aussi sur l’esprit. Sautes d’humeur, baisse de la concentration, effets de manque, c’est toute la personnalité qui est affectée par l’apport excessif en saccharose.

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Sugarland nous montre tout cela avec des animations certes éclairantes, mais pas toujours très esthétiques, voire même parfois d’un goût douteux. Parfois, certaines explications sont très rapides, trop même. Mais l’ensemble parvient quand même à être instructif.

Les deux autres parties de Sugarland nous permettent de mieux cerner les méfaits du sucre. Pour cela, Damon Gameau va se transporter, d’abord en plein territoire aborigène, puis aux États-Unis.

Chez les Aborigènes, l’acteur se rend dans un village de 400 âmes qui a consommé, pour la seule année 2014, 40 000 litres de soda.

Aux États-Unis, il se rend dans le Kentucky, où sévit une boisson produite par Pepsie, le Mountain Dew. Damon Gameau va suivre les pas d’un dentiste itinérant qui se rend auprès de la population la plus pauvre de l’état, là où les méfaits de cette boisson (et, par extension, de tous les sodas) sont les plus flagrants. Le spectateur va donc y rencontrer un jeune homme de 17 ans qui boit, en moyenne, une douzaine de cannettes par jour. Il nous explique que les mamans mettent du soda dans les biberons de leurs enfants dès le plus jeune âge.

Les deux exemples marquent des temps forts du film. Plus que les explications savantes et les animations douteuses, la rencontre avec ces personnes qui souffrent des mauvais effets du sucre est frappante. On y comprend les dangers du sucre, mais aussi la nécessité de mettre en place une politique éducative efficace. Damon Gameau a réussi à retrouver des spots américains des années 50 qui incitaient les spectateurs à ne pas consommer de confitures ou de sodas.

C’est sûrement cette volonté éducative qui a incité l’acteur à faire son film. Et si Sugarland nous apparaît parfois bancal, avec des partis-pris de mise en scène plutôt douteux, si les explications scientifiques sont parfois trop rapides, il faut dire que l’ensemble tient quand même la route et que, lorsque l’on a fini le film, les rencontres avec les victimes du sucre nous ont marqués.

Sugarland : bande-annonce

Sugarland : fiche technique

Titre original : That sugar film
Scénario et réalisation : Damon Gameau
Interprétation : Damon Gameau, Hugh Jackman, Stephen Fry, Kyan Khojandi (voix off française)
Musique : Judd Overton
Montage : Jane Usher
Production : Damon Gameau, Nick Batzias, Rory Williamson
Société de productions : Madman Production Company
Société de distribution : Tanzi Distribution
Genre : documentaire
Durée : 101 minutes
Date de sortie en France : 24 janvier 2018

Australie-2014

Avec Veronica, Paco Plaza donne un second souffle au cinéma de possession

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Dans un monde où les films d’horreur reprennent de plus en plus la même recette, utilisent constamment les mêmes artifices, il devient difficile de se démarquer et de proposer des choses nouvelles et intéressantes. Face à l’envahisseur Blumhouse Productions subsistent d’irréductibles petits auteurs prêt à tout pour faire passer leur vision de l’horreur, Paco Plaza en est un. Avec Veronica, le cinéaste hispanique s’attaque à un genre très souvent malmené ces dernières années, celui du spiritisme et de la possession. Se basant sur un rapport de police, le seul en Espagne à faire mention d’un phénomène surnaturel inexplicable, Paco Plaza va nous raconter 3 jours de la vie de la jeune Veronica.

veronica-paco-plaza-sandra-escacenaPaco Plaza est surtout connu pour Rec, réalisé avec son comparse Jaume Balaguero. Le film avait redonné une seconde jeunesse au genre du Found Footage, en nous proposant une œuvre particulièrement immersive et nerveuse, très vite devenue l’un des films cultes des années 2000, engendrant 3 suites dont 2 réalisées par Paco Plaza. Le cinéaste hispanique était depuis resté assez timide, du moins sur le territoire français.  Le voici donc de retour, avec semble-t-il, le même objectif qu’il s’était fixé avec Rec, redonner une certaine vitalité à un genre qui a beaucoup souffert de productions somme toute lamentables, empilant les effets putassiers et consorts qui font la norme de la plupart des productions américaines « grand public », comme c’est le cas pour Ouija. Veronica débute comme un polar sombre et pluvieux, dont les hispaniques deviennent de plus en plus friands. L’atmosphère poisseuse, entrecoupée des appels de détresse sert à poser le décor. Des cartons nous expliquent que cette histoire sera inspirée d’un rapport de police rédigé en 1991.  Sur un montage sonore astucieux, le cinéaste nous ramène alors 3 jours en arrière, là où tout a commencé. Dans son déroulé, Veronica n’est pas foncièrement original. Son ressort scénaristique principal a été vu maintes fois, et traite d’une séance de ouija qui tourne mal et qui voit surgir un esprit malin dans la vie de la jeune Veronica.

Ce qui fait la véritable force de Veronica, ce sont les choix de mise en scène de son créateur. Bien évidemment, Plaza succombe parfois aux sirènes du jump scare facile, qu’il soit sonore et visuel, mais le film dispose d’un sens esthétique prononcé. La séquence cathartique du film est certainement la plus réussie. La scène de la ouija est couplée en effet à une séquence d’éclipse solaire. Alors que toutes les élèves sont sur le toit du bâtiment pour se préparer à cet événement, Veronica est au sous-sol avec deux de ses amies pour essayer de rentrer en contact avec son défunt père. Le montage admirablement orchestré, confère une aura particulière à cette session de spiritisme. Le danger imminent se fait ressentir. Le ciel lumineux laisse place à l’obscurité, à l’instar de la personnalité rayonnante de Veronica. Les fulgurances ponctuent ensuite tout le long métrage, que ça soit dans la gestion de la lumière, ou dans la composition des plans. Les apparitions de l’esprit sont à ce niveau particulièrement réussies, avec un jeu d’ombres très bien exécuté qui devient particulièrement angoissant. La persécution de Veronica et sa fratrie renvoie à certains moments au hit de 2015, It Follows, et certains plans y font directement écho. Malheureusement, on pourrait reprocher à Paco Plaza, un excès de générosité, mélangeant peut-être un peu trop ses influences, quitte à en faire trop et donner un rendu qui peut paraître parfois assez fouillis. Entre le cauchemar des enfants cannibales ou une scène nous transportant directement dans un film d’horreur des années 50 avec une utilisation très marquante de la musique, Veronica puise vraiment partout, et cela peut lui porter préjudice, même si encore une fois les séquences bénéficient d’une attention tout particulière dans leur mise en œuvre.

veronica-paco-plaza-bruna-gonzalez-claudia-placer-sandra-escacenaÀ l’instar de Happy Birthdead sorti l’an dernier, Veronica a la chance également de pouvoir compter sur un lead des plus charismatiques. La jeune Sandra Escacena porte en effet le film sur ses épaules, et même si on est loin d’une Isabelle Adjani dans Possession, elle reste particulièrement convaincante dans tous ses emplois. Alternant ce côté maternaliste due à sa place d’aînée de la famille et ce côté « possédée », elle symbolise à la fois pour ses sœurs et son frère, une image protectrice et terrifiante. Il faut dire que l’alchimie entre les 4 frères et sœurs fonctionne plutôt bien et offre une crédibilité à leurs interactions assez nombreuses, étant donné que ce sont surtout eux qui sont les proies de l’esprit. Veronica donne parfois des allures de coming of age movie avec ce personnage de jeune fille de 15 ans qui doit agir en adulte bien plus tôt que prévu, à cause de la mort de son père, et de sa mère occupée à gérer un bar et qui ne dispose que de peu de temps pour sa famille. Veronica devient donc la mère de substitution et devient la figure parentale, mais qui paradoxalement n’a pas encore débuté sa puberté, n’ayant toujours pas eu ses règles. Veronica se retrouve coincée entre deux âges, à la fois insouciante et responsable. Elle commet un acte immature en utilisant la ouija et doit ensuite réparer ses erreurs. L’esprit pourrait alors être interprété comme cette responsabilité venue hanter la jeune fille.

Quoiqu’il en soit, Veronica permet à Paco Plaza de renouer avec le cinéma d’horreur et de redorer le blason du film de possession. D’une grande générosité, le film regorge d’idée esthétiques et de réalisation, tout en laissant la part belle à son personnage principal, incarné par une prometteuse Sandra Escacena.

Veronica – Bande Annonce

Veronica – Fiche Technique

Réalisateur : Paco Plaza
Scénario : Paco Plaza et Fernando Navarro
Interprétation : Sandra Escacena (Veronica), Bruna Gonzalez (Lucia), Claudia Placer (Irene), Ivan Chavero (Antonito), Ana Torrent (Ana)
Musique : Chucky Namanera
Photographie : Pablo Rosso
Montage : Marti Roca
Producteurs : Maria Angulo, Javier Carneros, Mar Ilundain, Enrique Lopez Lavigne, Fernando Navarro, Paco Plaza
Distribution (France) : Wild Bunch
Durée : 110 min
Genre : Horreur
Date de sortie (France) : 24 Janvier 2018
Espagne– 2017

Pentagon Papers de Steven Spielberg : un cri de rage pour la liberté de la presse

Tout juste après Lincoln et Le Pont des Espions, Steven Spielberg continue à mener son combat qui voit se défier l’humain et son aura démocratique face aux institutions politiques. Avec son dernier film Pentagon Papers, c’est le destin de la liberté journalistique et de l’émancipation féminine dans la prise de position politique qui domine une œuvre qui brille par son urgence esthétique.

Pentagon Papers affirme avec véhémence ses enjeux, quitte à désincarner l’ampleur de ses personnages mais n’oublie jamais que l’information est l’idée fondamentale de son œuvre. Au-delà d’un questionnement sur la liberté des journalistes et sur l’importance du secret des sources, Steven Spielberg nuance son discours fédérateur en s’interrogeant sur le métier même du journalisme. Ces personnes, qui interpellent, qui nourrissent les faits et donnent l’information, doivent-elles minimiser la sécurité de l’intérêt général pour maximiser la primauté du scoop ? Mais dernière ce canevas, Pentagon Papers, grâce à sa richesse flamboyante et son casting 4 étoiles (poignante Meryl Streep), ne cesse de bouger les lignes en dérégulant les positions morales dans lesquelles se placent les protagonistes. Pentagon Papers narre les jours brûlants qui ont mené à la décision du Washington Post de publier des documents « secret d’État » sur l’implication américaine dans la guerre du Vietnam.

Point de manichéisme dans une œuvre forcenée, qui aligne les longs dialogues, les moments de groupes où la vérité prend une forme différente selon la personne qui prend la parole. Mais on l’aura vite compris, la liberté de la presse, la prédominance du premier amendement américain est le clou du spectacle d’un Pentagon Papers qui martèle un peu trop souvent son thème de prédilection en abordant de front toutes les crises actuelles, en ce qui concerne la sécurité nationale, les dangers de confondre le gouvernement avec la nation, le rôle de la presse et même les journalistes qui papillonnent avec leurs amitiés avec les pouvoirs en place. Steven Spielberg veut donner à son intrigue historique, une aura moderne, qui semble vouloir indiquer une véritable ligne de conduite morale à l’Amérique et qui sent la contestation politique démocratique face à la vocifération un peu crasse des tweets de Donald Trump.

Dans sa tradition humaniste, et dans sa modernité féministe, Pentagon Papers érige son discours, mais éblouit par sa forme. Ce qui fait toute la beauté du film, est cette sensation d’urgence constante, cette passation de pouvoir entre l’envie d’avoir l’information et détenir l’information. C’est dans ces moments-là que Steven Spielberg donne du piment à son film, sans l’encombrer de facéties inutiles. La caméra suit les personnages mais colle aux basques de ce qu’est l’entreprise journalistique. Si les personnages voient leur profondeur de champ personnelle s’effacer pour donner naissance à des fulgurances thématiques, c’est avant tout pour que Pentagon Papers trouve son étincelle par l’image, et sa puissance iconique. Steven Spielberg donne à sa dernière création une capacité inouïe à trouver le bon angle de vue, à chaparder l’insondable et faire corps avec la vitalité de son sujet.

De ce cinéma en mouvement qui prend le pas et le pouls de son intrigue, Pentagon Papers scrute la mobilité et la valeur de l’information. A travers ce dispositif visuel, qui parait parfois théâtral et chorégraphié, l’infiniment grand et l’infiniment petit se chevauchent, et trouvent des points d’accroche dans le regard que l’un porte sur l’autre. De ses réunions de bureau jusqu’aux banquets mondains pléthoriques, de ses immenses salles de rédaction façon open space jusqu’à ses intimes repas de famille, Pentagon Papers magnifie avec perfection sa propre volonté qui est de donner vie à la rapidité de la captation même de l’esthétique. Il n’y a pas grand-chose dans Pentagon Papers à titre d’action, et le film entier est tourné dans peut-être quatre salles au mieux, capturant des événements sur 10 jours tout au plus.

Le film agit comme un fuseau horaire, qui déclenche un magma bouillonnant : à l’image de cette sublime séquence de l’appartement de Ben Bradlee  (Tom Hanks) où lui et toute son équipe décortiquent et analysent le rapport contenant des secrets d’État. Mais au milieu de ceux-ci, il y a de la vie, de la vigueur, une flamme qui prend corps dans Pentagon Papers, où le réseau journalistique voit ses lumières s’allumer petit à petit et essaye tant bien que mal de redorer le blason d’une Amérique chahutée.

Synopsis : Première femme directrice de la publication d’un grand journal américain, le Washington Post, Katharine Graham s’associe à son rédacteur en chef Ben Bradlee pour dévoiler un scandale d’État monumental et combler son retard par rapport au New York Times qui mène ses propres investigations. Ces révélations concernent les manœuvres de quatre présidents américains, sur une trentaine d’années, destinées à étouffer des affaires très sensibles… Au péril de leur carrière et de leur liberté, Katharine et Ben vont devoir surmonter tout ce qui les sépare pour révéler au grand jour des secrets longtemps enfouis…

Bande Annonce – Pentagon Papers

Fiche Technique – Pentagon Papers

Réalisateur : Steven Spielberg
Scénario : Liz Hannah, Josh Singer
Interprètes : Tom Hanks, Meryl Streep, Bob Odenkirk
Photographie : Janusz Kaminski
Montage : Michael Kahn
Société(s) de Production : 20th Century Fox, Fox Searchlight Pictures, Amblin Partners
Distribution : Universal Pictures International France
Genre : Thriller
Date de sortie : 24 janvier 2018

 

Frederick Wiseman, à l’écoute : Parole(s) de cinéma

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Séance de rattrapage, ou plutôt lecture tardive. En effet, cela fait quelques mois maintenant que les éditions Playlist Society ont publié Frederick Wiseman : A l’écoute, premier volume de leur nouvelle collection Face B, consacré ici au célèbre réalisateur de documentaires américain. Un bien bel ouvrage qui donne la parole à l’une des figures de proue du genre, qui en profite pour balayer quelques à priori sur la séparation supposée entre fiction et documentaire. Attention, leçon de cinéma.

Secrets de fabrication

Toujours en activité malgré ses 88 bougies et fort d’une filmographie qui affiche pas moins de 44 titres au compteur (dont une bonne partie faisant office de modèle indéboulonnable du genre), cet ancien professeur de droit a fondé son travail sur deux critères devenus une marque déposée. D’abord une volonté de passer la société américaine au crible en se penchant sur les différentes institutions et corps de métiers qui la composent (Basic Training, sur les classes d’un bataillon de l’armée  pendant la guerre du Vietnam, Juvenile Court qui s’intéresse à la vie d’un tribunal pour mineurs, Law and Order dans un commissariat de police…). Ensuite, un style atypique qui exclue les figures de style attachées au genre (aparté face caméra, interviews, voix-off) pour privilégier l’interaction des individus dans leur environnement, et construire un récit à travers les échanges fugaces de ses protagonistes. En d’autres termes, il s’agit pour Frederick Wiseman de rendre la caméra et la technique invisible, tant pour les individus saisis dans le feu de l’action au quotidien (son cinéma est celui des individus au travail) que pour le spectateur.

Or, c’est sur cette méthode de travail singulière que s’attarde longuement l’ouvrage coécrit par Laura Freducci, Quentin Mével et Séverine Rocaboy. Après une introduction stimulante sur la carrière du monsieur par Laura Fredducci, Quentin Mével et Séverine Rocaboy soumettent Wiseman à la question au cours d’un entretien qui s’apparente à une véritable leçon de cinéma. A l’instar d’une filmographie qui évolue sous le joug de ce que l’on pourrait appeler un « récit documentarisant », les propos de Wiseman dévoilent un cinéaste moins préoccupé par les diktats qui lui seraient imposés par le régime d’image dans lequel il évolue que par la position du public, qu’il désire mettre au centre de tout. « J’essaie de tout faire pour que les spectateurs ne pensent pas à mon travail de montage. Si un film marche, c’est parce que le spectateur est totalement pris par le sujet et ne réfléchit pas au placement de la caméra. » Des propos qui ne dépareilleraient pas dans la bouche d’un cinéaste classique hollywoodien, mais qui en l’occurrence témoigne du peu de cas que Wiseman fait du prêt-à-penser théorique inhérent associé au genre dans lequel il évolue.

 

 

 

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Le grand réalisateur prend la pose, lors d’une interview donnée à l’université de Berkley

Un seul genre : le cinéma

Ainsi, tout le travail de Wiseman consiste à faire oublier au spectateur qu’il regarde un documentaire, préférant aux marqueurs du genre l’illusion de  partager une tranche de vie. Une démarche qui s’élabore sur un travail de montage harassant, qui consiste à trouver un équilibre au sein d’une quantité de rushes dont il ne conserve souvent qu’1/10ème au résultat. Un processus qui pousse le cinéaste à défendre l’intervention sur la réalité enregistrée avec les outils d’expression de son médium, en particulier le montage, à mille lieues des préceptes enfermant jusqu’à l’absurde le documentaire à sa fonction de rapporteur du réel, associant tout usage de moyens cinématographiques à des interférences, voire à de la manipulation. Au contraire, Wiseman opère une distinction salutaire entre documentaire et reportage, et assume de mettre en forme la réalité captée par sa caméra. « Au cinéma, je souhaite donner l’impression que le dialogue est continu, même si ce n’est pas vrai (…), créer l’illusion du naturel. Parfois un événement est montré en temps réel mais dans 95% des cas, c’est monté. Je ne triche pas avec les mots. Mais je mets en scène les participants, et souvent la mise en scène est dans le montage-ça se passe davantage pendant le tournage dans la fiction ».

Fiction, recherche de l’illusion, mise en scène… Wiseman parle de documentaire avec un vocabulaire qui n’est pas celui qui lui est traditionnellement accolé, mais parce qu’il considère le film comme un découpage animé d’une vie qui lui est propre. Une définition que n’altère pas la provenance des images qui le composent, qui remet encore moins en question le sens de l’éthique qui anime Wiseman depuis ses débuts (« Il n’y a aucune mise en scène dans le sens traditionnel- je ne demande jamais à quelqu’un de rejouer quelque chose »). De fait, le cinéaste ne se positionne nullement sur le terrain de la nature même de l’image pour définir ce qu’il fait, comme la critique et la théorie a l’habitude de le faire. Il s’agit d’un rapport au spectateur qui s’exprime dans la quête du mouvement, à travers la continuité invisible que le montage permet de mettre en exergue. Pour le documentaire comme pour le cinéma traditionnel, la vérité du moment prime sur le rapport au réel. C’est l’un des nombreux enseignements de cet ouvrage indispensable pour ceux qui désirent comprendre le documentaire du point de vue de l’un de ses plus grands maîtres. Pour les autres, il s’agit d’une leçon cinéma dont les préceptes dépassent de loin le strict cadre du régime d’images dans lequel il évolue. Indispensable.

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Frederick Wiseman, à l’écoute
Edité par Playlist Society
Disponible depuis le 16 octobre 2017
Prix: 8 EUROS  

La juste Route, de Ferenc Török : Noir comme le souvenir

Dans La juste route, le réalisateur Ferenc Török remet en lumière un pan très sombre de l’histoire de sa Hongrie natale, sur la participation plus ou moins zélée des fonctionnaires et certains particuliers à la spoliation et la déportation des Juifs hongrois, en racontant son histoire du point de vue de l’immédiat après-guerre, en août 1945, et du point de vue du retour des déportés survivants et de ses conséquences.

Synopsis : En août 1945, au cœur de la Hongrie, un village s’apprête à célébrer le mariage du fils du notaire tandis que deux juifs orthodoxes arrivent, chargés de lourdes caisses. Un bruit circule qu’ils sont les héritiers de déportés et que d’autres, plus nombreux peuvent revenir réclamer leurs biens. Leur arrivée questionne la responsabilité de certains et bouleverse le destin des jeunes mariés.

Il était une fois dans l’Est

Pour un film dont le titre original est 1945, avoir choisi en français ce titre de La juste Route n’est pas innocent. Quand on lit le synopsis délivré par la production, on voit en effet qu’il s’agit d’une histoire de Juifs déportés revenus des enfers, retrouvant dans un petit village hongrois peut-être ceux qu’Israël a qualifiés de Justes. Ou peut-être pas. Ou justement pas.

Il y a peu de temps sortait sur nos écrans l’incroyable Fils de Saul du hongrois László Nemes, cette fois-là sur un autre aspect horriblement inhumain de la Shoah, celui des Sonderkommando, à travers Saul, un Juif hongrois commis à la monstrueuse tâche de manipuler vers les fours crématoires les cadavres de nombreux autres Juifs, hongrois ou pas. Et voici qu’à nouveau, la Hongrie,  plus précisément le réalisateur Ferenc Török, nous livre un nouveau film sur le thème de la déportation des Juifs, un sujet tellement traumatisant qui concerne la destruction massive de Juifs dans le pays, plus de 550 000 en un court laps de temps vers la fin de WWII, dont près de 450 000 déportés à Auschwitz, dans un climat globalement trouble puisque pouvoirs publics fascistes et simples citoyens furent tous de près ou de loin impliqués dans la terrible opération nazie.

la-juste-route-ferenc-torok-film-critique-ivan-angelusz-marcell-nagyIl n’est donc pas étonnant que cette question juive hante la Hongrie, et les cinéastes apportent une pierre essentielle à l’édifice du souvenir. Ainsi, La juste Route, qui est un très beau métrage en noir et blanc hyper-contrasté, prend le spectateur à la gorge dès les premières images. Nous sommes en août 1945, et l’image brûlée traduit parfaitement la sorte de désolation qui frappe le pays. Un mariage se prépare, mais aucune joie n’est palpable, les mariés manquent d’enthousiasme, les villageois qui sont littéralement écrasés par la chaleur semblent très éprouvés par la fin d’une occupation allemande que remplace immédiatement l’omniprésence de soldats russes goguenards dans le village. Seul le Secrétaire de Mairie, Szentes István (Péter Rudolf) se pavane comme un coq d’un point à l’autre du village, et il est vrai que le cinéaste n’a pas lésiné pour nous le rendre antipathique dès ses premières apparitions.

Quand le train arrive, dans une nuée de fumée noire funeste, présage de drames à venir et de noirceur à tous les étages, une sorte de ballet se met en place avec de mystérieux acteurs filmés en plus ou moins gros plans aux quatre coins de la gare. Un ballet qui fait penser à un western, voire un western spaghetti, puisque la scène fait furieusement penser à celle iconique qui ouvre Il était une fois dans l’Ouest du grand Sergio Leone. Peu de mots sont échangés, entre deux hommes à la mine très sombre qui viennent de descendre du train, un chef de gare anormalement inquiet, des cochers prêts à offrir leurs services de transport à bord de leur charrette, et toujours les soldats russes dans leur véhicule. Les choses restent énigmatiques assez longtemps, le temps d’installer une tension qui ne quittera plus le spectateur jusqu’à la fin du film.

la-juste-route-ferenc-torok-film-critique-peter-rudolfLes deux hommes sont deux Juifs qu’on dit revenus de déportation. La nouvelle est rapidement répandue, et engendre le chaos parmi des habitants qui ont beaucoup à se reprocher, et la majeure partie du film suit leur cavalcade de poules sans têtes courant çà et là pour cacher, sauver, voler, détruire des preuves, ou encore noyer un semblant de culpabilité dans des litres d’alcool. Ce sentiment de sournoiserie est encore exacerbé par des plans entrevus par l’interstice des portes et des clôtures en bois, comme si chacun épiait son voisin et que la confiance avait définitivement disparu du village. L’affolement général est de plus entrecoupé de scènes avec les deux hommes en noir, un père et son fils marchant extrêmement dignement derrière la charrette d’un autre père et d’un autre fils qui a pris en charge leurs mystérieux bagages, sur une route que chacun redoute qu’elle ne finisse devant « sa » maison. La mise en scène est précise, et le montage terriblement efficace.

A la vision de La juste Route, on ne peut évidemment s’empêcher de penser aux nouvelles récentes en provenance de la Hongrie, et notamment ce premier, puis ce second mur de barbelés aux frontières serbes et croates, pour interdire tout passage de migrants moyen-orientaux à travers le pays, alors très nombreux lors des événements de 2015. On ne peut s’empêcher de faire le parallèle entre la politique ouvertement anti-immigrants de Viktor Orban et sa clique et l’antisémitisme qui n’a jamais cessé d’exister dans l’histoire du pays..

la-juste-route-ferenc-torok-film-critique-le-non-mariageMais avant tout, ce film qui se termine de la plus poignante des façons, est un besoin pour le réalisateur et son coscénariste Gábor T. Szántó (auteur de la nouvelle Homecoming à la base de ce film), un écrivain qui se définit comme « le dernier des écrivains juifs hongrois », de dire cette période de collaborationisme de la Hongrie et de certains Hongrois, de ne pas laisser tomber dans l’oubli la spoliation à laquelle les Juifs qui sont revenus d’Auschwitz-Birkenau ont dû faire face, alors même que des statues ou des plaques à l’effigie du sinistre Miklós Horthy, le Pétain hongrois, l’allié d’Hitler, ont été érigées récemment à Budapest et dans d’autres villes du pays…

La juste route – Bande annonce

La juste route – Fiche technique

Titre original : 1945
Réalisateur : Ferenc Török
Scénario : Ferenc Török & Gábor T. Szántó (d’après la nouvelle Homecoming de ce dernier)
Interprétation : Péter Rudolf (Szentes István), Bence Tasnádi (Szentes Árpád), Tamás Szabó Kimmel (Jancsi), Dóra Sztarenki (Kisrózsi), Ági Szirtes (Kustár Andrásné), József Szarvas (Kustár András), Eszter Nagy-Kálózy (Szentesné Anna), Iván Angelusz (Sámuel Hermann), Marcell Nagy (fils de Sámuel Hermann), István Znamenák (Chef de gare)
Musique : Tibor Szemzö
Photographie : Elemér Ragályi
Montage : Béla Barsi
Producteurs : Iván Angelusz, Ferenc Török, Péter Reich
Maisons de production : Katapult Film
Distribution (France) : Septième Factory
Récompenses : Prix The Avner Shalev Yad Vashem Chairman’s Award au Festival du Film de Jérusalem
Budget : EUR 1 467 000
Durée : 91 min.
Genre : Drame
Date de sortie : 17 Janvier 2018
Hongrie – 2017

Oscars 2018 : Qui sont les nommés ?

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Comme prévu, l’Académie des Oscar dévoile ses nominations avant la cérémonie qui se tiendra au Dolby Theatre le 4 mars 2018. The Shape of Water, Dunkerque, ou encore Get Out : découvrez qui sont les nommés.

Vos films favoris de l’année vont-ils être récompensés aux Oscars 2018 ? James Franco a t-il été nommé malgré les accusations d’agressions sexuelles ? Les efforts de Ridley Scott pour sortir Tout l’Argent du Monde à temps ont-ils été inutiles ? Trèves de bavardages, voici les nominations :

Meilleur film

Call Me By Your Name
The Shape Of Water
3 Billboards, Les panneaux de la vengeance
Les Heures Sombres
Phantom Thread
Pentagon Papers
Lady Bird
Dunkerque
Get Out

Meilleur acteur

Timothée Chalamet (Call Me By Your Name)
Daniel Day-Lewis (The Phantom Thread)
Daniel Kaluuya (Get Out)
Gary Oldman  (Darkest Hour)
Denzel Washington (L’Affaire Roman J.)

Meilleur actrice

Sally Hawkins (The Shape of Water – La Forme de l’eau)
Frances McDormand (3 Billboards, Les Panneaux de la vengeance)
Margot Robbie (Moi, Tonya)
Saoirse Ronan (Lady Bird)
Meryl Streep (Pentagon Papers)

Meilleur acteur pour un second rôle

Willem Defoe (The Florida Project)
Woody Harrelson (3 Billboards, Les Panneaux de la vengeance)
Richard Jenkins (The Shape of Water – La forme de l’eau)
Christopher Plummer (Tout l’argent du monde)
Sam Rockwell (3 Billboards, Les Panneaux de la vengeance)

Meilleur actrice pour un second rôle

Mary J. Blige (Mudbound)
Allison Janney (Moi, Tonya)
Lesley Manville (Phantom Thread)
Laurie Metcalf (Lady Bird)
Octavia Spencer (The Shape of Water)

Meilleur film d’animation

Baby boss
The Breadwinner
Coco
Ferdinand
Loving Vincent

Meilleure photographie

Blade Runner 2049
Les Heures Sombres
Dunkerque
Mudbound
The Shape of Water – La Forme de l’eau

Meilleure création de costumes

La Belle et la Bête
Les Heures Sombres
Phantom Thread
The Shape of Water
Victoria & Abdul

Meilleur réalisateur

Christopher Nolan – Dunkerque
Jordan Peele – Get Out
Greta Gerwig – Lady Bird
Paul Thomas Anderson – Phantom Thread
Guillermo Del Toro – The Shape of Water

Meilleur film documentaire

Abacus : Small Enough to Jail
Face Places
Icarus
Last Men in Aleppo
Strong Island

Meilleur court métrage documentaire

Edith + Eddie
Heaven is a traffic jam on the 405
Heroin(e)
Knife Skills
Traffic stop

Meilleur montage

Baby Driver
Moi, Tonya
La Forme de l’eau – The Shape of Water
3 Billboards, Les Panneaux de la vengeance
Dunkerque

Meilleur film étranger

A Fantastic woman
The insult
Loveless
On Body and soul
The Square

Meilleurs maquillages et coiffures

Les Heures Sombres
Victoria & Abdul
Wonder

Meilleure chanson originale

Mighty river (Mudbound)
Mystery of love (Call me by your name)
Remember me (Coco)
Stand up for something (Marshall)
This is me (The Greatest showman)

Meilleure musique

Dunkerque
Phantom Thread
The Shape of Water – La forme de l’eau
3 Billboards, Les Panneaux de la vengeance
Star Wars : les derniers jedi

Meilleurs décors

La Belle et la bête
Blade Runner 2049
Darkest hour
Dunkerque
The shape of water – La forme de l’eau

Meilleur court métrage d’animation

Dear Basketball
Garden Party
Negative Space
Lou
Revolting Rhymes

Meilleur court métrage de fiction

DeKalb Elementary
The Eleven O’clock
My Nephew Emmet
The silent chid
Watu wote / All of us

Meilleur montage son

Star Wars : Les derniers Jedi
Blade Runner 2049
Baby Driver
Dunkerque
The shape of water 

Meilleur mixage de son

Star Wars : Les derniers Jedi
Blade Runner 2049
Baby Driver
Dunkerque
The shape of water – La forme de l’ea
u

Meilleurs effets visuels

Blade Runner 2049
Guardians of the galaxy v. 2
Kong : Skull Island
Star Wars : les derniers jedi
La Planète des singes : Suprématie

Meilleur scénario adapté

The Big sick
Get out
Lady Bird
The shape of water – La forme de l’eau
3 Billboards, Les Panneaux de la vengeance

Meilleur scénario original

The Big sick
Get out
Lady Bird
The shape of water – La forme de l’eau
3 Billboards, Les Panneaux de la vengeance

Joaquin Phoenix et Gus Van Sant de retour dans un biopic poignant sur le handicap

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La bande-annonce vost du nouveau film de Gus Van Sant, « T’inquiète pas, il n’ira pas loin à pied » en VO, Don’t Worry He Won’t Get Far On Foot, vient d’être dévoilée. Joaquin Phoenix incarne dans ce biopic le rôle de John Callahan, un handicapé moteur qui va être sauvé de l’alcoolisme par le dessin.

Les premières images du futur projet cinématographique de Gus Van Sant viennent d’être dévoilées. Le réalisateur d’Elephant et de Nos Souvenirs s’est attaqué à un biopic. Le nouveau film de Gus Van Sant, riche en émotions, sera un vibrant témoignage sur le handicap. Joaquin Phoenix incarne en effet le caricaturiste John Callahan. Sa vie bascule à l’âge de 21 ans. Il devient handicapé moteur à la suite d’un accident de voiture. Afin de ne pas sombrer totalement, il va trouver des ressources insoupçonnées à travers le dessin. Les œuvres de John Callahan, teintées d’humour  noir, ont été considérées comme politiquement incorrectes. Il a travaillé pendant 27 ans pour un journal à Portland, le Willamette Week. La réalisatrice Simone de Vries a réalisé en 2005 un documentaire sur John Callahan. Le dessinateur est décédé en juillet 2010.

Don’t Worry, He Won’t Get Far On Foot va être présenté hors compétition au festival de Berlin, après une projection à Sundance. Le casting regroupe les comédiens Joaquin Phoenix, Jonah Hill, Rooney Mara ou bien encore Jack Black. Le film devrait sortir en mai 2018 aux USA. Aucune date de sortie n’a pour le moment été évoquée en France.

Joaquin Phoenix avait déjà tourné sous la direction de Gus Van Sant dans Prête à tout (1995). Son frère, River Phoenix, avait également participé au tournage de My Own Private Idaho (1991) et sa sœur, Rain Phoenix, dans Even Cowgirls Get the Blues (1993).

Joaquin Phoenix, après avoir remporté le prix d’interprétation masculine lors du dernier Festival de Cannes pour You were never really here (A Beautiful Day), pourrait faire un retour remarqué sur la Croisette avec deux longs-métrages : le nouveau Gus Van Sant et le prochain film de Jacques Audiard, un western tourné en langue anglaise, Les Frères Sisters. L’acteur de I’m Still Here sera très bientôt à l’affiche de Marie Madeleine de Garth Davis.

Bande-annonce : « T’inquiète pas, il n’ira pas loin à pied », le nouveau Gus van Sant. Porté par Joaquin Phoenix, Jonah Hill, Rooney Mara et Jack Black – sortie française le 4 Avril.

Bande-annonce de Don’t Worry, He Won’t Get Far On Foot de Gus Vant Sant (VO) :

Gomorra saison 3 : Reprise des hostilités à Naples dès le jeudi 15 février 2018 sur Canal +

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Les abonnés de Canal + ont été particulièrement gâtés en ce lundi 22 janvier avec la diffusion des nouveaux épisodes de la série politique française Baron Noir. Lors de la transition entre les deux épisodes, les fans de séries ont eu l’immense joie de découvrir la date officielle de diffusion de la troisième saison de la série Gomorra sur les antennes de la chaînes cryptée.

Alors que les chaînes françaises France 2, M6 et Canal Plus tardaient à donner la programmation des nouvelles saisons des séries Mr. Robot, X-Files et Gomorra, Canal + vient enfin d’officialiser le calendrier de diffusion de la suite des mésaventures de Genny Savastano et de Ciro di Marzio. La saison 3 tant attendue de Gomorra sera donc diffusée en France dès le jeudi 15 février 2018 sur Canal +. Les épisodes devraient être également disponibles via MyCanal, l’application gratuite pour tous les abonnés. Les deux premières saisons sont actuellement accessibles sur cette plateforme.

Le programme, adapté de l’enquête édifiante de Roberto Saviano sur la Camorra, passionne tous les mordus de culture urbaine et de séries policières. Gomorra a réalisé d’impressionnants records d’audience lors de sa diffusion par le passé chez nos voisins transalpins. La saison 3 était diffusée en novembre et en décembre en Italie.

Les fans français n’ont donc plus que quelques semaines à patienter avant de découvrir les nouveaux épisodes de la saison 3 de Gomorra dans de très bonnes conditions, sur  les antennes de Canal +. Le cliffhanger final de la saison 2 promet une nouvelle salve explosive d’épisodes  !

Everything, Everything : un film débile, débile

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Sorti discrètement au début de l’été 2017 dans les salles françaises, Everything, Everything est dans la même veine que Nos Etoiles Contraires… en bien pire.

Synopsis : Maddy est une adolescente intelligente qui n’a jamais pu sortir de chez elle : c’est une enfant-bulle. Le moindre contact avec l’extérieur peut la tuer. Elle tombe amoureuse de son nouveau voisin Olly. Comment vivre une histoire d’amour en sachant qu’un simple baiser pourrait la tuer ?

everything-everything-stella-meghie-amandla-stenberg-nick-robinson-critiqueUne maladie épouvantable risque de plomber la relation amoureuse entre deux adolescents très lisses… cela ne vous rappelle rien ? Non, nous ne parlons pas de Nos Etoiles contraires, adaptation du roman éponyme de John Green. Petit rappel, le long-métrage qui mettait en scène un jeune couple d’ados cancéreux incarnés par Shailene Woodley (Big Little Lies) et Ansel Engort (Baby Driver) avait rencontré un succès phénoménal. Hollywood continue logiquement à vouloir surfer sur les adaptations de romans (larmoyants) pour adolescents.

C’est au tour de l’écrivaine Jamaïcano-américaine Nicola Yoon de voir une de ses œuvres littéraires touchées par le cinéma. Finalement, Everything, Everything n’a pas fait grand bruit (même si le film est largement entré dans ses frais) contrairement à Nos Etoiles Contraires : tant mieux. Certes, sans vouloir être méprisant (nous avons tous nos préjugés) on ne s’attendait pas spécialement à découvrir un chef-d’œuvre ni même simplement un bon film. Mais le résultat final s’avère particulièrement médiocre.

Le postulat de départ est pourtant intéressant sur le papier pour créer des enjeux : Maddy est une enfant-bulle. Cela signifie que la moindre chose provenant de l’extérieur peut la tuer. Elle ne peut pas sortir de sa grande maison (littéralement une forteresse clinique) alors imaginez embrasser un garçon et faire plus : mission impossible. Mais le scénario n’exploite absolument pas le potentiel de cette histoire. Il passe à côté des éventuelles interrogations qu’il met en place comme par exemple : « Vaut-il mieux vivre une vie longue mais vide ou une vie courte mais remplie ? ». Pour quelle raison ? Principalement parce qu’il n’y a finalement aucun enjeu ni aucune tension (alors que la maladie devrait être un obstacle majeur) contrairement à ce qu’on pourrait croire au départ.

Le long-métrage ne se limite qu’à de la pure guimauve de bas étage, à de l’étalage de fric et des décors de vacances. Il n’y a également aucun suspense et le fameux twist se devine au bout de vingt minutes. La bande-annonce résume finalement les quelques étapes de ce scénario très limité. On pourra dire ce que l’on veut de Nos Etoiles Contraires mais il y avait tout de même quelques petites prises de risques pour surprendre un minimum son public ! Surtout, le film n’émeut ou ne touche pas.

everything-everything-stella-meghie-amandla-stenberg-ana-de-la-reguera-critiqueLa Canadienne Stella Meghie ne propose aucune idée de mise en scène (même si on ne s’attendait pas spécialement à en voir). On ne peut pas totalement la blâmer : elle n’est certainement qu’un pantin comme (hélas) pas mal de réalisateurs employés pour ce type de grandes productions inintéressantes. Pour combler ce vide, on a préféré miser sur des décors très blancs et bling-bling (même technique pour Cinquante Nuances de Grey, autre romance grand public non axée en principe sur les jeunes) pour « tromper » le public avec ces artifices.

Enfin, pour bien nous achever, le couple d’acteurs nous laisse indifférents. Amandla Stenberg (souvenez-vous, c’était la petite Rue dans Hunger Games !) et Nick Robinson (Jurassic World) ne sont là que pour leurs belles gueules. Leurs interprétations sont plates et surtout il n’y a aucune alchimie entre eux.

Everything, Everything : bande-annonce

Everything, Everything : Fiche Technique

Réalisateur : Stella Meghie
Scénario : J. Mills Goodloe
Interprètes : Amandla Stenberg, Nick Robinson, Anika Noni Rose, Ana de la Reguera…
Producteurs : Leslie Morgenstein, Elysa Dutton, Victor Ho
Société(s) de Production : Alloy Entertainment
Distribution : Warner Bros. France
Genre : Romance
Date de sortie : 21 juin 2017

The Greatest Showman : Hugh Jackman en scène pour fêter l’humanité

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Dans The Greatest Showman, Hugh Jackman range les griffes et signe un retour fracassant dans la comédie musicale. Il incarne avec panache le légendaire P. T. Barnum, un présentateur de spectacles et businessman à l’ascension fulgurante. Si le film ne révolutionne pas le genre, il brille par son propos humaniste et distrait grâce à des chansons et des chorégraphies assez réussies.

The Greatest showman, comédie musicale de l’année, succède au fabuleux La La Land. Les deux films ne souffrent cependant pas la comparaison. The Greatest showman ne saurait en effet être qualifié de film d’auteur, contrairement à celui de Damien Chazelle qui recèle une mise en scène et des thèmes personnels. Il n’est pas davantage ancré dans le rêve et l’imaginaire, mais plutôt dans le réel. Même s’il n’est pas à proprement parler un film historique, son récit se construit autour des débuts, de la réussite et des déboires d’un personnage connu.

the-greatest-showman-hugh-jackman-cirquePhineas Taylor Barnum (1810-1891) est un modeste fils de fermier, devenu un célèbre entrepreneur de spectacles à New-York. A la fois mystificateur et véritable homme d’affaires, il suscite la curiosité du public en présentant des objets et des animaux rares, venus notamment d’Afrique et d’Europe. Son goût de la démesure et de l’excentricité est bien dépeint dans le film à travers la découverte de son fameux musée des merveilles, abritant notamment guillotine, éléphant et girafe. Barnum étend également cette approche aux humains avec le « Freak Show », ou l’exposition d’hommes et de femmes dotés de caractéristiques physiques extraordinaires. Dans The Greatest Showman, l’équipe du cirque comporte ainsi une chanteuse barbue, un géant, un nain, un homme recouvert de tatouages et de nombreux acrobates.

Mais Barnum, grand manipulateur, est aussi connu pour ses énormes canulars, accentuant le sensationnel de ses spectacles. Celui qui a le plus marqué les esprits aux Etats-Unis reste certainement Joice Heth, une vieille femme censée être âgée de 160 ans et avoir été la nourrice de Georges Washington. Même si ces scandales ne sont pas montrés dans le film, The Greatest Showman évoque cette réalité du trucage, par exemple avec la présentation du géant, que le businessman requalifie faussement d’irlandais. En outre, une des filles de Barnum explique à son père la difficulté de la danse classique, en affirmant que dans un ballet, on ne truque pas.

Cette méthode a contribué à faire de P. T. Barnum un des tous premiers publicitaires. Cherchant toujours à persuader un public parfois naïf, le personnage de Hugh Jackman s’autoproclame lui-même meilleur showman lors d’une réception mondaine. Ceci fait échos au titre du film ainsi qu’à celui de la première chanson introductive, « the Greatest show ». Un spectacle au final incroyablement vendeur, qui n’est rien de moins que « tout ce que vous voulez » et « tout ce qu’il vous faut ».the-greatest-showman-hugh-jackman-danseLe personnage du businessman se développe de façon assez intéressante dans le film. Parti de rien, son désir le plus profond est de réussir dans la société, de devenir quelqu’un. Par la même occasion, il cherche à prendre sa revanche sur son beau-père, qui n’a jamais eu aucune estime à son égard, et à réaliser la promesse d’une vie extraordinaire faite à sa femme Charity. Mais quelles prises de risques et quels prix sont acceptables pour y parvenir ? Tel Icare, en cherchant à atteindre les étoiles, l’ambitieux showman se brûlera les ailes. Son histoire personnelle délivre ainsi une des morales du film : vivre le bonheur que l’on possède sans se perdre dans une périlleuse et incertaine folie des grandeurs. En Barnum, Hugh Jackman est tout à fait convaincant. Depuis les Misérables, ses talents de chanteur et de danseur n’étaient plus à démontrer. Il parvient aussi à donner du charisme et de l’humanité à son protagoniste. Il est ainsi bien appréciable de retrouver l’acteur dans un premier rôle de comédie, moins dramatique que le récent Logan.

The Greatest Showman présente en outre un second personnage historique, la cantatrice Jenny Lind, également appelée « le rossignol suédois ». Barnum la persuade de traverser l’Atlantique, et elle devient aux États-Unis une véritable légende, avec plus de 90 représentations à son actif. Sa chanson « never enough » reste une des plus belles du film.

Sur ce fond historique, The Greatest Showman célèbre la diversité de l’humanité. Inspiré par ses deux filles, Barnum réunit une équipe d’hommes et de femmes hors du commun, aux talents et aux physiques déroutants. Cette véritable troupe de cirque y gagnera non seulement la reconnaissance du public, mais aussi un foyer, une famille. Si le message peut paraître un peu naïf, il reste simple, pur, et surtout le prétexte rêvé pour faire danser et chanter en chœur toute cette galerie de personnages excentriques.

the-greatest-showman-zac-efron-zendaya Au-delà du respect des différences, the Greatest Showman invite à franchir et s’affranchir des barrières sociales. M. Carlyle, auteur de théâtre originaire d’un milieu aisé, se laisse ainsi convaincre par Barnum de s’associer à son cirque. Délivré du carcan familial, il profite alors d’une toute nouvelle liberté. L’amour permet également de transcender les classes sociales pour ces deux personnages principaux. Sur ce point encore, rien de très novateur, mais un beau rappel en musique.

C’est pourquoi The Greatest showman s’impose avant tout comme un bon divertissement. Les chorégraphies, entre danses et acrobaties, sont agréables à regarder. Les chansons, rythmées ou émouvantes, restent en tête bien après la séance. Si on peut regretter l’absence d’originalité des messages, ainsi qu’une mise en scène assez peu inventive, cette comédie musicale reste le film parfait pour commencer dans la joie la nouvelle année.

The Greatest Showman – Bande annonce

The Greatest Showman – Fiche technique

Réalisateur : Michael Gracey
Scénario : Bill Condon et Jenny Bicks
Interprétation : Hugh Jackman (P. T. Barnum), Michelle Williams (Charity Barnum), Zack Efron (Phillip Carlyle), Zendaya (Anne Wheeler), Rebecca Ferguson (Jenny Lind), Paul Sparks (James Gordon Bennett)
Musique : John Debney, Benj Pasek, Justin Paul et Joseph Trapanese
Photographie : Seamus McGarvey
Montage : Tom Cross, Robert Duffy, Joe Hutshing, Michael McCusker, Jon Poll et Spencer Susser
Costumes : Ellen Mirojnick
Producteurs : Peter Chernin, Jenno Topping et Laurence Mark
Maisons de production : Seed Productions
Distribution (France) : Twentieth Century Fox France
Récompenses : trois nominations aux Golden Globes dans les catégories meilleur acteur dans une comédie ou une comédie musicale (Hugh Jackman), meilleure chanson et meilleure comédie ou comédie musicale
Budget : $ 84 000 000
Durée : 105 min
Genre : Comédie musicale, biopic
Date de sortie (France) : 24 Janvier 2018
États-Unis – 2017

Hangover Square, valse macabre signée John Brahm, débarque en Blu-ray

Le formidable thriller de John Brahm, Hangover Square, débarque en Blu-ray. A l’occasion de son édition haute définition chez Rimini, retour sur le drame tragique et mortifère de John Brahm magnifié par la bande-son originale de Bernard Herrmann.

Synopsis : Londres, 1899. George Bone, pianiste et compositeur classique rénommé et surmené par l’écriture d’un concerto, est victime de fréquentes crises de pertes de mémoire qui sont provoquées par le stress et lorsqu’il entend des sons discordants. L’artiste estimé reprend conscience après l’une de ses crises et retrouve un poignard dans sa poche. Il apprend aussi qu’un homme a été assassiné. Bone serait-il un meurtrier lors de ses « sorties » ? Il demande de l’aide au spécialiste Allan Middleton qui lui dit de ne pas s’inquiéter et de réduire son temps de travail. Ces crises vont-elles pour autant s’arrêter ? Cependant, George se retrouve rapidement à nouveau surmené par les commandes musicales d’une jeune chanteuse charmeuse et opportuniste et le partage de ses nombreux efforts entre le travail du concerto et celui des revues musicales.

Hangover Square, histoire d’un homme fatigué

Le film de John Brahm utilise les codes du film noir pour faire le portrait d’un personnage torturé par les efforts. Car George Bone doit en distribuer de nombreux. On lui répète de se concentrer sur son concerto afin de rapidement le terminer. Puis on lui dit de s’amuser, de se reposer. Une rencontre qu’il pense être merveilleuse l’amène finalement à se fatiguer à d’autres tâches d’écriture musicales. L’excès de travail se fait ainsi ressentir avec le retour de la fatigue. Usure et frustrations (liées à des déceptions ainsi qu’au ras-le-bol des demandes permanentes d’invention musicale) se mêlent et plongent le compositeur dans une torpeur sordide. Le bonhomme à la bonté trop facile entre dans une phase où son inconscient prend les commandes. Au menu : un déchainement de violence contre ceux qui l’ont trahi, harcelé, maltraité. Et pourtant, il ne tue pas l’une de ses victimes, fille de l’estimé chef d’orchestre qui veut diriger son concerto devant un public de very important persons. Elle est aussi son amie. Aussi, même si sa demande de se reconcentrer sur le concerto plutôt que de vaquer à de l’écriture de mélodies populaires paraît quelque peu opportuniste et surtout hautaine, le conseil de la lady est surtout amical. Elle veut voir son ami George Bone consacré. L’homme, qui a tout pour être un grand compositeur, épargnera ainsi la dame. On suppose même qu’elle sait que c’est bien lui qui a tenté de l’assassiner, mais qu’elle ne dit rien pour protéger l’avenir du prodige.

Hélas, tout va de mal en pis du côté obscur de George tandis que le concerto bien terminé doit être joué dans un petit moment. Poursuivi par la police qui ne veut pas le condamner à mort mais au contraire, l’enfermer pour protéger le gus et autrui, et bien sûr tenter de le soigner, George réussit à jouer son concerto avec le chef d’orchestre et les autres musiciens l’accompagnant. En pleine interprétation, le compositeur est terrassé par les souvenirs des meurtres commis lors de ses phases d’inconscience. Il fait ainsi face à la terrible réalité. S’il a eu peur par le passé d’être un criminel malgré lui, le doute avait pu être écarté par un spécialiste puis par l’absence de preuves tangibles. Aussi, George écartait lui-même – consciemment / inconsciemment – ses propres soupçons pour mieux se concentrer sur sa musique. La police arrive en plein concert. Mais George Bone ne se laisse pas arrêter, il doit jouer son concerto jusqu’au bout. Sa plus grande création musicale sur laquelle il a tant œuvré et pour laquelle il a tout donné doit être interprétée quoiqu’il arrive.

Pour bloquer et faire fuir la police, George met le feu au bâtiment. Alors que l’incendie se propage, la mort semble pointer sa faux. Tout le monde fuit excepté le compositeur. La séquence de concert, étourdissante de par son jeu narratif de mise en scène de la musique à la fois diégétique et extradiégétique, plonge le film dans la tragédie pure et simple. George est encore à l’intérieur, pleure sa jeune amie ; c’est mieux pour lui, répond le spécialiste qui savait pertinemment que l’avenir du compositeur serait loin d’être radieux. Et de cela, nous nous doutons, connaissant l’avancée scientifique de ce moment. La musique jusqu’à la mort, Hangover Square fait ainsi de la brillante composition de son personnage un concerto macabre justement nommé par son réel compositeur, le génial Bernard Herrmann.

Ci-dessous, le Concerto Macabre de Bernard Herrmann (composé par George Bone dans la fiction).

Blu-ray harmonieux

L’édition Blu-ray proposée par les éditions Rimini est une réussite. Rien à redire concernant l’image et le son hormis quelques défauts techniques certainement imputables à l’âge du film (quelques séquences musicales et voix aiguës/nasillardes entre autres choses). Le film, présenté dans un sublime master haute définition 4K, est accompagné de bonus inédits et surtout intéressants (voir la liste ci-desous). Hangover Square ne pouvait ainsi être (re)découvert dans une meilleure édition qu’on ne peut ainsi que vous conseiller.

Extrait – Hangover Square

Hangover Square

Disponible en DVD & Blu-ray depuis le 2 janvier 2018

Copie restaurée 4K

COMPLÉMENTS
John Brahm, à la folie (17’30) : interview de la journaliste cinéma Guillemette Odicino
– Entretien autour de la musique de Bernard Herrmann (27 mn) : interview de Stephan Oliva, pianiste, compositeur, improvisateur, musicien de jazz
L’adaptation impossible (13′) : entretien avec l’éditeur François Guérif
Un livret de 32 pages consacré à John Brahm vient compléter cette liste de suppléments.

In the fade, le dernier revenge movie

In The Fade s’inscrit dans une société marquée par des événements tragiques, avec pour volonté de faire réfléchir le public sur la psychologie à adopter à la suite de ceux-ci. Fatih Akın offre à Diane Kruger une sublime opportunité pour sa carrière.

Synospsis : La vie de Katja s’effondre lorsque son mari et son fils meurent dans un attentat à la bombe. Après le deuil et l’injustice, viendra le temps de la vengeance.

À travers trois chapitres, Fatih Akın livre l’évolution d’une femme qui passe d’un bonheur communicatif à un désir de vengeance presque obsessionnel. Diane Kruger, qui incarne l’héroïne principale, se transforme au même rythme que son personnage et s’avère remarquable dans son premier rôle en allemand. Si la colère et la vengeance lui vont mieux, elle n’en reste pas moins bouleversante en veuve désespérée qui voit sa famille s’effondrer en un fragment de seconde. Son interprétation lui a valu le prix de l’interprétation à Cannes en 2017 et l’on comprend aisément pourquoi quand on la voit osciller entre douleur et peine et entre force et désolation avec cette facilité. in-the-fade-diane-kruger

In The Fade est un film plutôt personnel pour le réalisateur d’origine turque puisqu’il s’agit d’un attentat contre cette population vivant en Allemagne. C’est d’autant plus prenant qu’il est en plein dans l’actualité après les évènements récents qu’ont connu l’Europe. L’œuvre est alors éminemment politique puisqu’il traite autant de ces drames humains que du gouvernement resté impuissant face à ceux-ci. L’émotion tient durant toute la durée du film et voit s’entre-chasser plusieurs registres : entre thriller, drame social ou œuvre politique, Fatih Akın secoue le public. Grâce à une mise en scène sobre mais efficace, le cinéaste ne fait jamais tomber son histoire dans le pathos et sert au contraire un grand réalisme.

Évidemment, le film ne se résout pas uniquement à dépeindre ces évènements tragiques. Le réalisateur pousse le spectateur dans ses plus grands retranchements et questionnements avec le personnage de Katja. De la résilience à l’idée de vengeance, du courage à l’injustice, l’héroïne traverse différentes phases avec chacune son lot de réflexions. Le vengeance peut-elle se justifier ? On sort du film sans réellement avoir de réponse mais en étant au contraire tiraillé entre toutes nos idées. L’issue du film, bien qu’un peu attendue, chevauche les conceptions toutes faites et pose d’autres problèmes sur lesquels il est tout à fait intéressant de se pencher mais auxquels il est difficile de répondre.

Fatih Akın fait le choix de présenter l’intrigue de manière assez manichéenne et binaire en montrant les méchants d’un côté, les gentils de l’autre. La scène du procès est une véritable réussite en ce sens mais aussi dans ce qu’elle dit de cette société où mêmes les victimes sont remises en cause du fait de leurs origines ethniques ou sociales. In The Fade est donc un film très engagé qui montre à la fois un monde dirigé par les préjugés et une société au sein de laquelle des questions existentielles divisent et persistent.

In The Fade : Bande-annonce

In The Fade : Fiche Technique

Titre original : Aus Dem Nichts
Réalisation : Fatih Akın
Scénario : Fatih Akın, Hark Bohm
Interprétation : Diane Kruger, Denis Moschitto, Numan Acar
Image : Rainer Klausmann
Montage : Andrew Bird
Musique : Josh Homme
Décors : Tamo Kunz
Costumes : Katrin Aschendorf
Récompenses : Prix d’interprétation féminine Festival de Cannes 2017
Producteurs : Herman Weigel, Fatih Akın, Nurhan Sekerci
Société de production : Bombero Internation, Corazon International
Distributeur : Pathé Distributions
Durée : 106 minutes
Genre : thriller, drame
Date de sortie : 17 janvier 2018

Allemagne, France – 2018