Avec Veronica, Paco Plaza donne un second souffle au cinéma de possession

Dans un monde où les films d’horreur reprennent de plus en plus la même recette, utilisent constamment les mêmes artifices, il devient difficile de se démarquer et de proposer des choses nouvelles et intéressantes. Face à l’envahisseur Blumhouse Productions subsistent d’irréductibles petits auteurs prêt à tout pour faire passer leur vision de l’horreur, Paco Plaza en est un. Avec Veronica, le cinéaste hispanique s’attaque à un genre très souvent malmené ces dernières années, celui du spiritisme et de la possession. Se basant sur un rapport de police, le seul en Espagne à faire mention d’un phénomène surnaturel inexplicable, Paco Plaza va nous raconter 3 jours de la vie de la jeune Veronica.

veronica-paco-plaza-sandra-escacenaPaco Plaza est surtout connu pour Rec, réalisé avec son comparse Jaume Balaguero. Le film avait redonné une seconde jeunesse au genre du Found Footage, en nous proposant une œuvre particulièrement immersive et nerveuse, très vite devenue l’un des films cultes des années 2000, engendrant 3 suites dont 2 réalisées par Paco Plaza. Le cinéaste hispanique était depuis resté assez timide, du moins sur le territoire français.  Le voici donc de retour, avec semble-t-il, le même objectif qu’il s’était fixé avec Rec, redonner une certaine vitalité à un genre qui a beaucoup souffert de productions somme toute lamentables, empilant les effets putassiers et consorts qui font la norme de la plupart des productions américaines « grand public », comme c’est le cas pour Ouija. Veronica débute comme un polar sombre et pluvieux, dont les hispaniques deviennent de plus en plus friands. L’atmosphère poisseuse, entrecoupée des appels de détresse sert à poser le décor. Des cartons nous expliquent que cette histoire sera inspirée d’un rapport de police rédigé en 1991.  Sur un montage sonore astucieux, le cinéaste nous ramène alors 3 jours en arrière, là où tout a commencé. Dans son déroulé, Veronica n’est pas foncièrement original. Son ressort scénaristique principal a été vu maintes fois, et traite d’une séance de ouija qui tourne mal et qui voit surgir un esprit malin dans la vie de la jeune Veronica.

Ce qui fait la véritable force de Veronica, ce sont les choix de mise en scène de son créateur. Bien évidemment, Plaza succombe parfois aux sirènes du jump scare facile, qu’il soit sonore et visuel, mais le film dispose d’un sens esthétique prononcé. La séquence cathartique du film est certainement la plus réussie. La scène de la ouija est couplée en effet à une séquence d’éclipse solaire. Alors que toutes les élèves sont sur le toit du bâtiment pour se préparer à cet événement, Veronica est au sous-sol avec deux de ses amies pour essayer de rentrer en contact avec son défunt père. Le montage admirablement orchestré, confère une aura particulière à cette session de spiritisme. Le danger imminent se fait ressentir. Le ciel lumineux laisse place à l’obscurité, à l’instar de la personnalité rayonnante de Veronica. Les fulgurances ponctuent ensuite tout le long métrage, que ça soit dans la gestion de la lumière, ou dans la composition des plans. Les apparitions de l’esprit sont à ce niveau particulièrement réussies, avec un jeu d’ombres très bien exécuté qui devient particulièrement angoissant. La persécution de Veronica et sa fratrie renvoie à certains moments au hit de 2015, It Follows, et certains plans y font directement écho. Malheureusement, on pourrait reprocher à Paco Plaza, un excès de générosité, mélangeant peut-être un peu trop ses influences, quitte à en faire trop et donner un rendu qui peut paraître parfois assez fouillis. Entre le cauchemar des enfants cannibales ou une scène nous transportant directement dans un film d’horreur des années 50 avec une utilisation très marquante de la musique, Veronica puise vraiment partout, et cela peut lui porter préjudice, même si encore une fois les séquences bénéficient d’une attention tout particulière dans leur mise en œuvre.

veronica-paco-plaza-bruna-gonzalez-claudia-placer-sandra-escacenaÀ l’instar de Happy Birthdead sorti l’an dernier, Veronica a la chance également de pouvoir compter sur un lead des plus charismatiques. La jeune Sandra Escacena porte en effet le film sur ses épaules, et même si on est loin d’une Isabelle Adjani dans Possession, elle reste particulièrement convaincante dans tous ses emplois. Alternant ce côté maternaliste due à sa place d’aînée de la famille et ce côté « possédée », elle symbolise à la fois pour ses sœurs et son frère, une image protectrice et terrifiante. Il faut dire que l’alchimie entre les 4 frères et sœurs fonctionne plutôt bien et offre une crédibilité à leurs interactions assez nombreuses, étant donné que ce sont surtout eux qui sont les proies de l’esprit. Veronica donne parfois des allures de coming of age movie avec ce personnage de jeune fille de 15 ans qui doit agir en adulte bien plus tôt que prévu, à cause de la mort de son père, et de sa mère occupée à gérer un bar et qui ne dispose que de peu de temps pour sa famille. Veronica devient donc la mère de substitution et devient la figure parentale, mais qui paradoxalement n’a pas encore débuté sa puberté, n’ayant toujours pas eu ses règles. Veronica se retrouve coincée entre deux âges, à la fois insouciante et responsable. Elle commet un acte immature en utilisant la ouija et doit ensuite réparer ses erreurs. L’esprit pourrait alors être interprété comme cette responsabilité venue hanter la jeune fille.

Quoiqu’il en soit, Veronica permet à Paco Plaza de renouer avec le cinéma d’horreur et de redorer le blason du film de possession. D’une grande générosité, le film regorge d’idée esthétiques et de réalisation, tout en laissant la part belle à son personnage principal, incarné par une prometteuse Sandra Escacena.

Veronica – Bande Annonce

Veronica – Fiche Technique

Réalisateur : Paco Plaza
Scénario : Paco Plaza et Fernando Navarro
Interprétation : Sandra Escacena (Veronica), Bruna Gonzalez (Lucia), Claudia Placer (Irene), Ivan Chavero (Antonito), Ana Torrent (Ana)
Musique : Chucky Namanera
Photographie : Pablo Rosso
Montage : Marti Roca
Producteurs : Maria Angulo, Javier Carneros, Mar Ilundain, Enrique Lopez Lavigne, Fernando Navarro, Paco Plaza
Distribution (France) : Wild Bunch
Durée : 110 min
Genre : Horreur
Date de sortie (France) : 24 Janvier 2018
Espagne– 2017

Festival

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