Dans un monde où les films d’horreur reprennent de plus en plus la même recette, utilisent constamment les mêmes artifices, il devient difficile de se démarquer et de proposer des choses nouvelles et intéressantes. Face à l’envahisseur Blumhouse Productions subsistent d’irréductibles petits auteurs prêt à tout pour faire passer leur vision de l’horreur, Paco Plaza en est un. Avec Veronica, le cinéaste hispanique s’attaque à un genre très souvent malmené ces dernières années, celui du spiritisme et de la possession. Se basant sur un rapport de police, le seul en Espagne à faire mention d’un phénomène surnaturel inexplicable, Paco Plaza va nous raconter 3 jours de la vie de la jeune Veronica.

Ce qui fait la véritable force de Veronica, ce sont les choix de mise en scène de son créateur. Bien évidemment, Plaza succombe parfois aux sirènes du jump scare facile, qu’il soit sonore et visuel, mais le film dispose d’un sens esthétique prononcé. La séquence cathartique du film est certainement la plus réussie. La scène de la ouija est couplée en effet à une séquence d’éclipse solaire. Alors que toutes les élèves sont sur le toit du bâtiment pour se préparer à cet événement, Veronica est au sous-sol avec deux de ses amies pour essayer de rentrer en contact avec son défunt père. Le montage admirablement orchestré, confère une aura particulière à cette session de spiritisme. Le danger imminent se fait ressentir. Le ciel lumineux laisse place à l’obscurité, à l’instar de la personnalité rayonnante de Veronica. Les fulgurances ponctuent ensuite tout le long métrage, que ça soit dans la gestion de la lumière, ou dans la composition des plans. Les apparitions de l’esprit sont à ce niveau particulièrement réussies, avec un jeu d’ombres très bien exécuté qui devient particulièrement angoissant. La persécution de Veronica et sa fratrie renvoie à certains moments au hit de 2015, It Follows, et certains plans y font directement écho. Malheureusement, on pourrait reprocher à Paco Plaza, un excès de générosité, mélangeant peut-être un peu trop ses influences, quitte à en faire trop et donner un rendu qui peut paraître parfois assez fouillis. Entre le cauchemar des enfants cannibales ou une scène nous transportant directement dans un film d’horreur des années 50 avec une utilisation très marquante de la musique, Veronica puise vraiment partout, et cela peut lui porter préjudice, même si encore une fois les séquences bénéficient d’une attention tout particulière dans leur mise en œuvre.

Quoiqu’il en soit, Veronica permet à Paco Plaza de renouer avec le cinéma d’horreur et de redorer le blason du film de possession. D’une grande générosité, le film regorge d’idée esthétiques et de réalisation, tout en laissant la part belle à son personnage principal, incarné par une prometteuse Sandra Escacena.
Veronica – Bande Annonce
Veronica – Fiche Technique
Réalisateur : Paco Plaza
Scénario : Paco Plaza et Fernando Navarro
Interprétation : Sandra Escacena (Veronica), Bruna Gonzalez (Lucia), Claudia Placer (Irene), Ivan Chavero (Antonito), Ana Torrent (Ana)
Musique : Chucky Namanera
Photographie : Pablo Rosso
Montage : Marti Roca
Producteurs : Maria Angulo, Javier Carneros, Mar Ilundain, Enrique Lopez Lavigne, Fernando Navarro, Paco Plaza
Distribution (France) : Wild Bunch
Durée : 110 min
Genre : Horreur
Date de sortie (France) : 24 Janvier 2018
Espagne– 2017