Ultra-attendu, Happy End partait comme le favori à la Palme d’Or de cette 70ème édition du Festival de Cannes. Or, en restant focalisé sur un monde bourgeois à l’agonie, Michael Haneke en oublie malheureusement de conserver la part d’émotions qui émanaient de ses précédents films.
Synopsis : « Tout autour le Monde et nous au milieu, aveugles. » Instantané d’une famille bourgeoise européenne.

Bien moins anxiogène que le reste de sa filmographie, Happy End n’en reste pas moins un film froid et calculateur qui apparaît comme la somme des thématiques propres au cinéaste, soit l’éclatement d’une famille aisée et la fin de vie. Le synopsis évoque « le Monde » – référence aux migrants débarqués – mais ils seront à peine visibles à l’écran. Le rapport entre migrants et bourgeois semble moins intéresser Michael Haneke que la réaction d’une élite en proie aux bouleversements du monde. Et ce n’est pas tant l’humour noir manié maladroitement qui va satisfaire les amateurs du cinéaste autrichien qui peine à renouveler les intentions de son cinéma. Habitué au perfectionnisme, des cadres aux décors en passant évidemment par la direction d’acteurs, Happy End dégage une certaine lassitude de la part du cinéaste qui semble avoir expédier son film pour le présenter à temps lors du soixante-dixième anniversaire du Festival de Cannes. Pourtant, il serait faux de croire qu’Happy End ne vaut pas le coup d’œil. Si le réalisateur manque d’inspiration, il arrive néanmoins à nous tenir en haleine devant le destin tragique qui attend cette famille. L’ensemble du casting est toujours dirigé de main de maître et leurs interactions à l’écran permettent d’étayer avec finesse les rapports entre personnages. Signalons tout de même que Michael Haneke a tenté une connexion avec son précédent film, et dont on vous laisse l’entière surprise.
Moins dérangeant et provocateur qu’à l’accoutumée, Happy End est une fable épurée de toute émotion qui dresse le portrait récurrent mais toujours habile de la classe bourgeoise à l’agonie. Un Haneke mineur donc qui ne devrait vraisemblablement pas figurer au palmarès. On notera tout de même la performance froide et incarnée de Jean-Louis Trintignant, qui avait mis un terme à sa retraite annoncée après Amour pour revenir une ultime fois sur un plateau de cinéma. Ainsi, et plus que le film lui-même, c’est Jean-Louis Trintignant qui vaut assurément le coup d’œil. Alors quoi de plus beau que d’offrir à cet immense acteur un adieu au cinéma événementiel avec cette « joyeuse fin ».
[COMPÉTITION OFFICIELLE] Happy end
Un film de Michael Haneke
Avec Jean-Louis Trintignant, Isabelle Huppert, Toby Jones, Mathieu Kassovitz
Distributeur : Les Films du Losange
Durée : 1h50
Genre : Drame
Date de sortie : 18 Octobre 2017
France, Autriche, Allemagne – 2017
Happy end : Extrait
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