Cannes 2017 : L’Amant Double, François Ozon trouble la compétition

Avec L’Amant Double, François Ozon renoue avec un cinéma fantasque audacieux et s’autorise une virée tortueuse dans le thriller paranoïaque érotico-fantastique.

Synopsis : Chloé, une jeune femme fragile, tombe amoureuse de son psychothérapeute, Paul. Quelques mois plus tard, ils s’installent ensemble, mais elle découvre que son amant lui a caché une partie de son identité.

L-amant-double-francois-ozon-cannes-2017-renier-vacthL’ambiguïté a toujours été une récurrente chez François Ozon, tout comme son exploration du désir féminin. Dans sa filmographie, l’autre y est toujours apparu comme un objet de désir, de fascination ou de rejet qui permet de comprendre la nature humaine mais aussi de se comprendre soi-même. L’Amant Double se réapproprie ces thématiques mais les explore avec beaucoup plus d’audace, François Ozon n’hésitant pas à s’émanciper du formalisme de ses derniers films pour triturer les genres qui ont toujours parcouru la filmographie de ce cinéphile au grand cœur. Après son mélodrame Frantz, François Ozon passe de la Mostra de Venise à la prestigieuse compétition de Cannes. Si certaines voix pourraient trouver cela immérité tant le cinéaste est souvent taxé de formaliste présomptueux, il y a une certaine cohérence à voir le traitement de la femme et du thriller psychologique à tendance érotique en compétition, ces thèmes étant le créneau de la carrière du Président du Jury Pedro Almodóvar, notamment dans le somptueux La Piel que Habito.

Derrière ce qui semblait être un thriller prévisible aux allures de Faux Semblant de David Cronenberg se cache une approche bien plus tortueuse et psychanalytique. Plus l’étau se resserre, plus François Ozon semble également convoquer Hitchcock et Verhoeven dans son approche. Plus que la référence surlignée, le cinéaste assume et digère le parallèle (encore un reflet) avec ces puissants génies du cinéma bien que son approche semble rapidement tourner à l’exercice de style superficiel sans toutefois omettre le pouvoir de fascination de ces visions singulières. François Ozon s’égare dans certaines lourdeurs de mise en scène, à appuyer sur les reflets, les miroirs brisés, les escaliers en spirale. Néanmoins, l’attention n’est jamais portée au bon endroit et le cinéaste s’amuse à détourner le regard du spectateur dans ce dédale de faux semblants. Un séduisant jeu de charme et d’érotisme s’opère entre Jérémie Rennier et Marina Vacth. L’Amant Double ne réconciliera pas François Ozon et ses détracteurs néanmoins il offre suffisamment d’audace et de style pour marquer les esprits. Dans une compétition faible et sans surprise, L’Amant Double s’impose tout de même comme un outsider sérieux, marqué par sa singularité perverse. Loin de la Palme d’Or, le jury de Pedro Almodóvar pourrait tout de même bien l’honorer d’un Prix du Scénario ou de la Mise en Scène.

[COMPÉTITION OFFICIELLE] L’Amant Double

Un film de François Ozon
Avec Marine Vacth, Jérémie Renier, Jacqueline Bisset
Distributeur : Mars Films
Durée : 1h47
Genre : Thriller, Érotique
Date de sortie : 26 Mai 2017

France – 2017

L’amant double : Bande-annonce

[irp]

Festival

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Deauville 2026 : Club Kid, père jusqu’au bout de la nuit

Avec "Club Kid", son premier long-métrage, Jordan Firstman signe une comédie touchante et pétillante, ancrée dans l'effervescence des nuits gays new-yorkaises. Il y campe un père dévasté qui doit apprendre à se reconstruire lorsqu'un fils dont il ignorait l'existence débarque soudainement dans sa vie. Un film lumineux et généreux, qui célèbre avec tendresse le sens des liens humains et la capacité de chacun à se réinventer.

Deauville 2026 : Test, la force fragile

Au contraire des films Hollywoodiens qui nous ont habitués à un bodybuilding viril souvent très macho, "Test" offre une plongée sensible au cœur du culturisme et ose briser les tabous. En s'inspirant de sa propre expérience, Brock Yurich incarne un athlète mal dans sa peau en quête d'affirmation. Un récit à fleur de muscles prodigieusement mis en scène.

Newsletter

À ne pas manquer

Englouti : le ventre de la mer

Avalé par un cachalot avec une heure d’oxygène, Austin Abrams livre un survival viscéral et bluffant, entre huis clos organique et décors palpitants. Dommage que des flashbacks trop bavards et un final lourdingue lui coupent le souffle, là où le film aurait pu rester en apnée jusqu’au bout.

Ni vue, ni connue : une figurante (trop) douée

Après l’échec relatif des "Cyclades", Marc Fitoussi retrouve une inspiration remarquable avec "Ni vue, ni connue", une comédie à la fois drôle, caustique et sensible. En confiant à Isabelle Huppert le rôle d’une figurante obstinée rêvant de décrocher enfin un véritable rôle, le réalisateur signe un contre-emploi aussi audacieux que pertinent. À travers le parcours semé d’humiliations de Corinne Maclou, le film explore avec finesse l’invisibilité de ceux qui peuplent les marges du spectacle. Entourée de comédiens et réalisateurs jouant leur propre rôle, la figurante tente inlassablement de se faire une place dans un univers dominé par les rapports de pouvoir et les réseaux. Si le scénario se montre parfois prévisible, ce défaut est largement compensé par la qualité des dialogues, l’acuité du regard porté sur le milieu artistique et l’autodérision permanente d’Isabelle Huppert. Marc Fitoussi brosse ainsi un portrait aussi drôle que cruel de la condition de figurant, sans jamais perdre de vue l’humanité de son personnage. Une excellente comédie qui conjugue intelligence, émotion et mordant.

Reefer Madness : C’est de la bonne !

Du jazz, des joints, des meurtres et des bigots en roue libre : Reefer Madness transforme la propagande antidrogue en comédie musicale complètement perchée. La prohibition n’a jamais été aussi funky !

Petite Casbah : les toits de la liberté

"Petite Casbah" suit quatre enfants sur les toits d'Alger en 1955. Khadidja, Lyes, Philippe et Ahmed enquêtent pour faire libérer Malek, injustement emprisonné. Une aventure animée et fraternelle, entre jeu de piste et conte, qui raconte la guerre d'Algérie à hauteur d'enfant.

The Social Reckoning : la data du jugement

Aaron Sorkin repasse derrière la caméra pour raconter les "Facebook Files", la lanceuse d'alerte Frances Haugen et un Mark Zuckerberg glaçant joué par Jeremy Strong. Un film-dossier dynamique et limpide, à la mise en scène sage, qui interroge notre rapport aux réseaux sociaux et à la vérité.
Kévin List
Kévin Listhttps://www.lemagducine.fr/
Cinéphile assidu accro au café. Traîne dans les cinémas d'art et d'essai de Paris. Mange dans les food trucks entre deux films. Prend plaisir à débattre dans les bars des alentours de Notre-Dame. Outre son activité sur le site, Kévin est régisseur sur les plateaux de cinéma.

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Deauville 2026 : Club Kid, père jusqu’au bout de la nuit

Avec "Club Kid", son premier long-métrage, Jordan Firstman signe une comédie touchante et pétillante, ancrée dans l'effervescence des nuits gays new-yorkaises. Il y campe un père dévasté qui doit apprendre à se reconstruire lorsqu'un fils dont il ignorait l'existence débarque soudainement dans sa vie. Un film lumineux et généreux, qui célèbre avec tendresse le sens des liens humains et la capacité de chacun à se réinventer.