Cannes 2017 : You Were Never Really Here, on la tient notre Palme d’Or !

Le Festival de Cannes a décidé de nous mettre KO pour son dernier jour de la compétition. You Were Never Really Here est une magistrale leçon de cinéma et un thriller radical qu’on imagine pas repartir sans la Palme d’Or.

Synopsis : La fille d’un sénateur disparaît. Joe, un vétéran brutal et torturé, se lance à sa recherche. Confronté à un déferlement de vengeance et de corruption, il est entraîné malgré lui dans une spirale de violence…

You-Were-Never-Really-Here-Joaquin-Phoenix-film-festival-cannes2017Adapté d’une nouvelle de Jonathan Ames, You Were Never Really Here est le second film de Lynne Ramsay à être présent en compétition officielle, six ans après We Need to Talk About Kevin. Il semblerait que l’ombre de Martin Scorsese plane sur cette 70ème édition du Festival de Cannes. Déjà cité dans le Good Time des Frères Safdie, il est évident que You Were Never Really Here ne peut cacher ses similitudes narratives avec le Taxi Driver de Marty. Mais c’est bien le seul point commun qui les liera tant Lynne Ramsay revisite avec une singularité évidente le mythe du vengeur urbain, sous couvert d’une puissance conceptuelle inédite.

Avec sa barbe touffue, son air enragé à fleur de peau, et sa ressemblance troublante avec Mel Gibson, Joaquin Phoenix offre une performance remarquable en vétéran suicidaire à la carrure de molosse. Il incarne avec force ce personnage de Joe, pur produit de la folie des hommes. On ne l’avait jamais vu aussi émouvant et désespéré. Le montage du film est une merveille de découpages et de choix d’angles qui redéfinissent la représentation de la violence à l’écran. L’horreur se lit plus sur les visages qu’elle n’affronte frontalement et crûment nos rétines. Le traumatisme du personnage de Joe est représenté à travers des hallucinations, des cauchemars et des retours difficiles à la réalité. Dans certaines scènes, Lynne Ramsay entraîne son personnage dans des séquences oniriques symboliques qui nous rappellent aux grandes heures du sous-estimé Only God Forgives de Nicolas Winding Refn, qui avait aussi pour lui une volonté de renouveler la vision de la violence. Mais sous couvert de traiter ce récit somme toute linéaire, Lynne Ramsay explore en filigrane les fondements de la société américaine bâtie sur une violence inavouable mais acceptée. Dans une scène où Joaquin Phoenix a un ultime élan de compassion pour un homme à l’agonie qu’il vient froidement d’abattre, la cinéaste écossaise représente la compréhension d’une génération envers leurs aïeuls. On se rappelle que dans son précédent film, Lynne Ramsay faisait du lien maternel son sujet principal, elle en conserve ici la substance d’émotion nécessaire qui raccroche le personnage de Joaquin Phoenix à sa mère et, de fait, à ce qui lui reste d’humanité. C’est un lien dont il va devoir difficilement hériter lorsque, face à un déchaînement de violence, il ne lui restera plus qu’à se lancer dans une ultime quête pour sauver une jeune fille, trop tôt pervertie, qui semble être la seule raison de faire prospérer ce monde en déliquescence avec l’espoir de le rendre un peu plus meilleur.

En s’appropriant un matériau d’une simplicité évidente, Lynne Ramsay évite l’écueil du thriller vu et usé jusqu’à la moelle pour le réinventer en permanence, de la mise en scène sophistiquée à son propos d’une profondeur remarquable en passant par une représentation de la violence comme on n’en avait jamais vu. Pas de doute, You Were Never Really Here est d’une puissance et d’une maîtrise à toute épreuve. Il ne reste plus qu’à attendre dimanche pour voir si le jury de Pedro Almodóvar sera séduit par l’idée de faire de Lynne Ramsay, la seconde réalisatrice à obtenir la Palme d’Or.

[COMPÉTITION OFFICIELLE] You Were Never Really Here

Un film de Lynne Ramsay
Avec : Joaquin Phoenix, Ekaterina Samsonov, Alessandro Nivola, Alex Manette, John Doman
Distributeur : SND
Genre : Thriller, Drame
Durée : 1h 35
Date de sortie : Prochainement

Royaume-Uni – 2017

You Were Never Really Here : Bande-annonce

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Festival

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Kévin List
Kévin Listhttps://www.lemagducine.fr/
Cinéphile assidu accro au café. Traîne dans les cinémas d'art et d'essai de Paris. Mange dans les food trucks entre deux films. Prend plaisir à débattre dans les bars des alentours de Notre-Dame. Outre son activité sur le site, Kévin est régisseur sur les plateaux de cinéma.

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