Cannes 2017 : The Rider a bien mérité son Art Cinema Award

The Rider, c’est l’histoire d’un rêve de western qui prend fin brutalement, une réalité qu’il faut apprendre à accepter pour ne pas sombrer dans une frustration autodestructrice. En un mot, c’est l’Histoire des Etats-Unis.

Synopsis : Après avoir survécu à une blessure à la tête qui faillit lui être fatale, un jeune cowboy entreprend la quête d’une nouvelle identité et découvre ce que cela signifie d’être un homme au cœur de l’Amérique.

cannes-2017-the-rider-Brady-Jandreau

Deux ans après le très beau Les Chansons que mes frères m’ont apprises, Chloé Zhao nous confirme son talent pour dépeindre l’Amérique rurale avec un charme passéiste que l’on ne trouve plus facilement de la part de ses compatriotes. Il semble d’ailleurs évident que ce regard qu’elle porte sur les États-Unis modernes, elle le tient du fait d’être elle-même une immigrée ayant passé ses premières années en Chine et installée à New-York depuis une douzaine d’années. Son second long-métrage est beaucoup moins autobiographique que le premier mais tout aussi mélancolique, puisqu’il s’agit de l’introspection d’un jeune homme ayant consacré sa vie au rodéo mais désormais interdit de monter à cheval. La rupture est brutale, et on imagine sans peine la dure remise en question que doit traverser ce pauvre Brady alors qu’il vient de se retrouver privé de la passion qui avait, jusque-là, orienté toute sa vie. L’interprétation de Brady Jandreau l’impose comme l’une des révélations de ce Festival, même si le fait de jouer un rôle très proche de ce qu’il est vraiment (à savoir un as du rodéo blessé à la tête) compromet l’idée de le revoir prêter ses traits à d’autres personnages.

L’usage des panoramas majestueux filmés en plein cœur de la réserve indienne de de Pine Ridge, dans le Dakota du Sud, nous renvoie rapidement dans cet imaginaire propre aux westerns et nous rappelle que le fait d’être un cow-boy reste, en 2017, le destin concret de quelques habitants de ces terres reculées. Plus qu’une  chronique sur le mode de vie en ces lieux où le temps semble s’être arrêté, le propos de Chloé Zhao se veut plus universel, voire politique. Dans une Amérique qui ne rêve que de retrouver sa gloire passée, le fait de montrer que ce jeune homme qui incarnait parfaitement l’image du mâle alpha dans le fantasme westernien puisse être réduit à un être fragile, est magnifiquement symbolique (notons d’ailleurs que le film a été tourné alors que la campagne présidentielle était encore en cours). La contrainte de passer à autre chose que reproduire indéfiniment ce que faisaient nos aïeux remet-elle en cause notre identité ? Cette problématique dépasse de très loin le seul anachronisme inhérent aux ranchs américains. Chloé Zhao, sans chercher à prendre parti à travers un pamphlet pompeux, réussit à poser les bases de cette vaste question à travers un long-métrage dont la sincérité est allée jusqu’à faire jouer la petite sœur autiste de son acteur/personnage principal. Même si ce rôle secondaire, tout comme d’autres sous-intrigues, ne paraissent pas alimenter de façon constructive le scénario, le fait de savoir qu’il s’agit d’éléments réellement issus de la vie de Brady et de sa famille apporte au film ce charme naturaliste auquel il est difficile de résister.

[QUINZAINE DES RÉALISATEURS] The Rider

Un film de Chloé Zhao
Avec Brady Jandreau, Tim Jandreau, Lilly Jandreau…
Distributeur :
Durée : 105 minutes
Genre : Western, drame
Date de sortie : Prochainement

États-Unis – 2017

The Rider : Interview de Chloé Zhao

[irp]

Festival

Festival Lumière 2026 : Wildwood, ou le vertige de la démesure

Depuis "Coraline" en 2009, LAIKA n’a cessé de repousser les limites de l’animation en volume. Présenté au Festival Lumière 2026, "Wildwood : La Prophétie de la forêt" pousse cette ambition à son paroxysme. Si son scénario peine parfois à convaincre, sa prouesse plastique témoigne d’un savoir-faire assez exceptionnel, porté par le travail du chef opérateur Caleb Deschanel qui était présent à Lyon.

Festival Lumière 2026 : Ray Gunn, le miracle de Brad Bird

Avec "Ray Gunn", Brad Bird ressuscite un projet vieux de trente ans dans un polar animé rétro-futuriste où l’héritage du film noir rencontre une société rongée par le racisme, la corruption et les faux-semblants. Entre virtuosité visuelle, richesse thématique et grand spectacle, le réalisateur des Indestructibles signe un bonbon à l’amertume néo-noir, aussi foisonnant que réjouissant.

Festival Lumière 2026 : Peking Opera Blues, Tsui Hark en maestro

Quarante ans après sa sortie hongkongaise, "Peking Opera Blues" arrive enfin dans les salles françaises le 21 octobre, restauré en 4K. Dans le Pékin chaotique de 1913, trois femmes que tout oppose se retrouvent à l’opéra pour une aventure où le vaudeville bouscule le pouvoir. Un classique survolté, tendre et irrésistible, (re)découvert au Festival Lumière 2026, dont Tsui Hark était l'un des grands invités.

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Newsletter

À ne pas manquer

Hope : Korean Rollercoaster!

Avec Hope, Na Hong-jin livre un blockbuster sud-coréen spectaculaire mêlant action, horreur et science-fiction, porté par une mise en scène virtuose malgré un scénario plus conventionnel.

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

Héros (2007) : Une séquestration sur les nerfs

Et c'est peut-être là que le film trouve sa plus belle idée : faire de la solitude un personnage à part entière, invisible mais omniprésent, qui hante chaque recoin de l'appartement. Pierre Forêt ne cherche pas tant à être aimé qu'à être enfin entendu, et c'est cette nuance qui donne au personnage sa fragilité touchante. On en sort avec l'impression étrange d'avoir ri à des choses qui ne font pas rire, et d'avoir pleuré à des choses qui ne font pas pleurer non plus. Tout le paradoxe de ce Héros, et sans doute sa plus grande force.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Minotaure : nourrir l’ogre

Exilé en France, Andreï Zviaguintsev est de retour, neuf ans après le mémorable Faute d'amour. Reprise de La Femme infidèle de Chabrol, cette chronique d'un adultère virant au drame fait écho à la Russie de 2022 qui entamait alors son "opération spéciale". Analyse d'un film aussi riche que stimulant.
Julien Dugois
Julien Dugoishttps://www.lemagducine.fr/
Sans jamais avoir voulu me prétendre du statut pompeux de cinéphile, je suis un dévoreur acharné de films, de tous genres, de tous horizons. J’admets vouer un culte aux œuvres de Kubrick, Chaplin, les frères Coen, Kurosawa et Jarmusch, pour ne citer qu’eux. De cette passion, devenue addiction, est née mon envie de passer un diplôme en audiovisuel pour poser un regard plus professionnel sur ce que je vois, mais aussi de rédiger des critiques. A l’origine, je n’écrivais que pour moi, me faisant des fiches pour combler ma mémoire défaillante, mais j’essaie aujourd’hui d’étoffer mes écrits pour être lu de ceux avec qui j’aimerai partager mon avis et débattre intelligemment.

Festival Lumière 2026 : Wildwood, ou le vertige de la démesure

Depuis "Coraline" en 2009, LAIKA n’a cessé de repousser les limites de l’animation en volume. Présenté au Festival Lumière 2026, "Wildwood : La Prophétie de la forêt" pousse cette ambition à son paroxysme. Si son scénario peine parfois à convaincre, sa prouesse plastique témoigne d’un savoir-faire assez exceptionnel, porté par le travail du chef opérateur Caleb Deschanel qui était présent à Lyon.

Festival Lumière 2026 : Ray Gunn, le miracle de Brad Bird

Avec "Ray Gunn", Brad Bird ressuscite un projet vieux de trente ans dans un polar animé rétro-futuriste où l’héritage du film noir rencontre une société rongée par le racisme, la corruption et les faux-semblants. Entre virtuosité visuelle, richesse thématique et grand spectacle, le réalisateur des Indestructibles signe un bonbon à l’amertume néo-noir, aussi foisonnant que réjouissant.

Festival Lumière 2026 : Peking Opera Blues, Tsui Hark en maestro

Quarante ans après sa sortie hongkongaise, "Peking Opera Blues" arrive enfin dans les salles françaises le 21 octobre, restauré en 4K. Dans le Pékin chaotique de 1913, trois femmes que tout oppose se retrouvent à l’opéra pour une aventure où le vaudeville bouscule le pouvoir. Un classique survolté, tendre et irrésistible, (re)découvert au Festival Lumière 2026, dont Tsui Hark était l'un des grands invités.