Cannes 2017 : Le Jour d’après de Hong Sang-soo a-t-il mis tout le monde d’accord ?

Aux antipodes des univers colorés propres au Président du Jury, Le Jour d’Après de Hong Sang-Soo est un travail en noir et blanc d’une précision telle que l’on n’en avait plus vu depuis longtemps. Un film d’une sensibilité folle de celui qui confirme sa réputation de « Rohmer coréen ».

Synopsis : Areum s’apprête à vivre son premier jour de travail dans une petite maison d’édition. Bongwan, son patron, a eu une relation amoureuse avec la femme qu’Areum remplace. Leur liaison vient de se terminer. Ce jour-là, comme tous les jours, Bongwan quitte le domicile conjugal bien avant l’aube pour partir au travail. Il n’arrête pas de penser à la femme qui est partie. Ce même jour, la femme de Bongwan trouve une lettre d’amour. Elle arrive au bureau sans prévenir et prend Areum pour la femme qui est partie…

geu-hu-le-jour-d-apres-comdie-dramatique-cannes2017-film-Hong-Sang-soo-competitionEnfin un peu de sobriété dans la filmographie de Hong Sang-Soo ! Après les expérimentations spatio-temporelles de Un jour avec, un jour sans, le réalisateur revient à un récit d’une extrême simplicité puisque celui-ci se déroule, jusqu’à la dernière demi-heure, sur une seule et unique journée. Pas plus de quatre acteurs et à peine davantage de décors. Il n’en faut paws plus à l’auteur pour mettre en place un vaudeville exquis, servi par des acteurs et des dialogues remarquables. Kwon Hae-hyo, qu’il avait déjà dirigé dans Yourself and Yours, et Kim Min-hee, compagne du cinéaste vue également dans Mademoiselle, forment un couple d’une sensibilité à fleur de peau. C’est ainsi que les voir converser sur la situation du mariage de cet homme volage nous plonge dans des tourments émotionnels connus de tous tels que le besoin de se confier sur soi… et plus si affinités.

Le Jour d’Après reste au demeurant d’un triangle amoureux à rajouter à la liste des longs-métrage de cet afficionado de la Nouvelle Vague, mais ici les choses sont un peu plus compliquées que cela, puisque la jeune fille qui se retrouve prise au piège entre les deux époux n’est pas la maitresse mais sa remplaçante professionnelle. C’est de cette méconnaissance de la situation adultérine que vont naitre tous les savoureux dialogues qui tâcheront de remettre les choses dans l’ordre. Le soin apporté à la photographie en noir et blanc ajoute de plus une certaine pudeur dans l’expression des sentiments mais aussi et surtout une part de mélancolie qui vient rendre ceux-ci plus graves. Sans cette pesanteur visuelle, que viennent durcir les scènes où Kwon Hae-Hyo se retrouvent seul face au poids de sa culpabilité, on se dit que l’on n’aimerait pas être à la place de Bongwan, car là il aurait pu passer pour un coureur de jupons incapable de reconnaitre ses torts, il apparait comme un être à bout, sur qui même la plus féministe des spectatrices s’apitoiera. C’est sans doute dans sa façon de jouer avec cette empathie sans jamais être larmoyant, plus que dans l’écriture de ses dialogues (magnifiques mais dont la finalité est un peu facile, au point de ne pas se suffire à elle-même), que HSS se révèle être un petit malin.

Hong Sang-Soo signe très certainement l’un de ses films les plus profonds car l’un des plus délicats, preuve qu’il faut peu de moyen pour être un grand cinéaste. Le jury cannois se laissera-t-il toucher par son talent ? Il semble en tout cas que la Croisette soit déjà sous le charme.

_

[EN COMPÉTITION] Le jour d’après (Geu-Hu)

Un film Hong Sang-soo
Avec Kim Min-Hee, Hae-hyo Kwon, Kim Saeybuk
Distributeur : Capricci / Les Bookmakers
Durée : 1h32
Genre : Drame
Date de sortie : 18 octobre 2017

Sud Coréen – 2017 

Le jour d’après (Geu-Hu) : Bande-annonce

[irp]

Festival

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Cannes 2026 : Ben’imana, le mur du silence

Premier film de Marie-Clémentine Dusabejambo, "Ben'Imana" aborde le pardon, la résilience et la transmission d'une douleur indicible au sein de la société rwandaise, profondément hantée par le génocide des Tutsis. Un drame rempli d'émotions, lauréat de la Caméra d'or, qui invite à s'unir dans l'humanisme au-delà des ethnies.

Newsletter

À ne pas manquer

Backrooms : Plongée mitigée dans l’étrangeté du liminal

Le YouTubeur Kane Parsons adapte ses célèbres espaces liminaux au cinéma avec une direction artistique soignée et une atmosphère vraiment envoûtante. Dommage qu'un scénario trop bavard et un rythme poussif viennent freiner ce projet d'horreur psychologique pourtant bien plus prometteur qu'effrayant.

Le Vertige : Méditation dupieusienne ou aberration cinématographique

Avec "Le Vertige", Quentin Dupieux pousse son cinéma de l'absurde jusqu'à la limite de l'arnaque. Entre méditation cartésienne et pur foutage de gueule, le film embarque Alain Chabat et Jonathan Cohen dans un doute existentiel : et si rien de ce que l'on voit n'était réel ? Mêlant animation et personnages dérivés de cette expérimentation esthétique rétro, cette expérience aussi terne que radicale ne fait pas rire, mais fascine par son obstination. Décryptage d'un vertige métaphysique signé Dupieux.

The Furious : aussi bon que con (et on adore)

Prenez "Taken", ajoutez-y une pincée de "John Wick", beaucoup de "The Raid" et de "City of Darkness", et vous obtenez "The Furious". Entre série B décomplexée et scènes d'action d'anthologie, on tient l'un des meilleurs films d'action de ces dernières années.

Le Dernier Vrai Samouraï : jidai-geki mon amour

Sur le mode de la comédie fantastique, Le Dernier Vrai Samouraï est une mise en abyme savoureuse : un vrai samouraï qui en côtoie des faux, interprétant une version romancée de son propre monde, devenu désuet et un sujet de spectacle. Derrière l’hommage à un genre cinématographique, Jun’ichi Yasuda veut surtout saluer les artisans oubliés du cinéma nippon. Il y a donc de multiples grilles de lecture dans ce film qui, par ailleurs, demeure distrayant, humoristique et parfois spectaculaire.

Disclosure Day : la face sombre de l’émerveillement

Presque 50 ans après "Rencontres du troisième type", Steven Spielberg revient à ses grandes énigmes du cosmos avec "Disclosure Day". Un thriller conspirationniste, porté par Emily Blunt et Josh O'Connor, qui déconstruit la science-fiction pour mieux interroger notre époque sur la désinformation, la dissimulation gouvernementale et la foi en l'humanité. Une réussite !
Julien Dugois
Julien Dugoishttps://www.lemagducine.fr/
Sans jamais avoir voulu me prétendre du statut pompeux de cinéphile, je suis un dévoreur acharné de films, de tous genres, de tous horizons. J’admets vouer un culte aux œuvres de Kubrick, Chaplin, les frères Coen, Kurosawa et Jarmusch, pour ne citer qu’eux. De cette passion, devenue addiction, est née mon envie de passer un diplôme en audiovisuel pour poser un regard plus professionnel sur ce que je vois, mais aussi de rédiger des critiques. A l’origine, je n’écrivais que pour moi, me faisant des fiches pour combler ma mémoire défaillante, mais j’essaie aujourd’hui d’étoffer mes écrits pour être lu de ceux avec qui j’aimerai partager mon avis et débattre intelligemment.

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.