Justice League, des hommes et des dieux

A mi-chemin entre la vision d’auteur de Zack Snyder et le savoir-faire hollywoodien de Joss Whedon, Justice League est une œuvre hybride qui peine à trouver sa place malgré quelques fulgurances.

Pour mieux comprendre Justice League, il faut d’aborder s’intéresser aux obstacles qu’a rencontré sa production. Suite à un  Batman V Superman, jugé trop sombre par une partie du public et de la critique, Warner décide de brider la vision de Zack Snyder pour offrir un produit plus consensuel. C’est annoncé : Justice League sera un film bien plus léger, à des kilomètres de la noirceur du duel entre Superman et Batman. Vers la fin du tournage, un drame personnel touche le réalisateur. Drame qui l’amène à quitter le tournage pour être remplacé par Joss Whedon, papa de Avengers 1 et 2,  supposé simplement s’occuper du tournage additionnel. Joss Whedon a tellement participé à la supervision des reshoots qu’il est crédité comme scénariste. L’intrigue est alors simplifiée et radicalement modifiée. Des personnages sont littéralement virés du film ( Lex Luthor, Iris West ). De nombreuses scènes sont réécrites pour s’adapter aux reshoots massifs. La durée du film passe de 2h40 à 1h59.  Et c’est dans cette histoire qu’on retrouve toute la débâcle qui constitue Justice League.

wonderwoman-epee-galgadotMan of Steel et Batman V Superman étaient des œuvres fortes qui brassaient des thématiques religieuses et philosophiques, caractéristiques d’un réalisateur passionné et entêté. Justice League ne raconte rien. La représentation messianique de Superman disparaît alors qu’elle était tout le propos de son parcours initié par Man of Steel. Alors que le héros devait renaître pour embrasser enfin sa destinée, il n’apparaît que dans des scènes bâclées et jamais mémorables. La majorité de ses scènes dans le film sont issues des reshoots, à se demander son rôle initial dans la version de Snyder. Et c’est ici le principal défaut de Justice League. Le long-métrage souffre énormément de son tournage additionnel. Cohabite en deux heures la vision artistique appuyée de Snyder qui s’efface derrière la conformité et l’aspect familial recherché par Warner. En somme deux films en un. Le premier film permet d’offrir des plans d’esthète et des séquences dantesques, le deuxième noie le tout sous de l’humour forcé et une intrigue impersonnelle. En résulte un produit incohérent et bancal. Tenter de modifier un dessin déjà fini ne peut donner qu’un résultat brouillon.

Lisser pour mieux régner 

On sent les trous entre les séquences qui ont souvent du mal à s’aligner de manière efficace. Un des éléments les plus significatifs est la musique de Danny Elfman. Junkie XL ayant été viré du projet par Joss Whedon pour être remplacé par Elfman. Le célèbre compositeur signe une des pires bandes originales de sa carrière : un accompagnement musical très peu inspiré, qui va puiser dans Batman de Tim Burton et Beetlejuice. Adieu le somptueux thème de Man of Steel composé par Hans Zimmer, qui peine à se frayer un chemin dans le film. Justice League perd toute l’essence et l’intensité de l’arc initié par Man of Steel. A l’exception de quelques fulgurances, les plans bibliques et symboliques de Snyder ne font plus parties de l’ensemble. Tout comme le propos qui accompagnait ces références religieuses et historiques. Défiés dans Batman V Superman, les héros sont  démystifiés et font des blagues. La recette Marvel semble avoir ruiné l’aspect mature et adulte qui était la force de l’univers cinématographique DC. Après les mauvais retours critiques, Warner a décidé de se formater plutôt que d’assumer sa vision artistique. Suicide Squad avait déjà subi le même sort. Le studio ne semble pas apprendre de ses erreurs.

aquaman-batmobile-justiceleague-jasonmomoaPourtant, tout n’est pas à jeter. Loin de là. Le long-métrage repose sur des bases solides, à commencer par les personnages. Wonder Woman est une figure humaniste et angélique qui vole la vedette à chacune de ses apparitions. Gal Gadot ne fait plus qu’un avec son personnage. Ezra Miller incarne un Flash juvénile et sympathique, qui ne maîtrise pas encore ses pouvoirs. L’Aquaman de Jason Momoa est une ré-invention badass du super-héros, longtemps considéré comme ridicule. On regrettera une sous-exploitation du personnage malgré un fort potentiel. Tourmenté, Cyborg est un des personnages clés du film dont la présence est essentielle à l’intrigue. Pour cette autre représentation de Batman, c’est plus compliqué. Le justicier perd en sérieux et en violence mais conserve un grand  charme. Il reste l’adaptation la plus fidèle de l’homme chauve-souris sur grand écran. A l’image de la première apparition du héros où il arrête un gangster, le film n’hésite pas à puiser dans l’héritage cartoon de la Justice League. De nombreuses scènes rappellent le ton amusant et décalé de La Ligue des Justiciers ou encore l’univers de la trilogie Arkham. L’interactivité entre les personnages est savoureuse, notamment à travers le tandem Wonder Woman et Batman. On pourrait même penser que le film est une adaptation quasi-fidèle du long-métrage dessin animé Justice League : War qui contait la fondation de l’équipe. Les clins d’œil aux autres recoins de l’univers DC sont nombreux mais peu appuyés, à l’exception d’une scène post-générique lourdingue et abracadabrantesque et d’ un hommage inutile au Superman de Christopher Reeve. Quelques tableaux ( Aquaman sur la Batmobile, Superman qui fait la course avec Flash ou tient le lasso de Wonder Woman) raviront les fans.

batman-flash-wonderwoman-ezramiller-benaffleck-galgadot Certaines scènes de combat sont des véritables séquences jouissives où chaque héros arrive à briller. Mais aucune n’arrive à trouver la résonance épique que les personnages devraient évoquer.  Cependant, on peut souligner que certains éléments des précédents films ( les Amazones, le Codex ) trouvent une place cohérente dans l’intrigue. Mais certaines questions laissent sans réponses : si le retour de Superman peut être justifié, comment expliquer le retour de Clark Kent ? Qu’en est-il de Darkseid ? De nombreuses scènes semblent manquer à l’appel pour pallier les lacunes de l’histoire. Malgré tout, la formation de l’équipe est sympathique bien que constituée de manière maladroite face à un Steppenwolf, méchant générique dénué de toute originalité.  Les enjeux sont moindre tant l’invasion alien qui s’annonce semble déconnectée de la vie des autres humains, à l’exception d’une petite famille en Russie. Le résultat désincarné n’est que décevant lorsqu’on devine le film bien plus intéressant que Justice League aurait pu être.

Justice League ne semble être le film de personne. Ni de Joss Whedon qui a dû modifié, sur commande, un film pratiquement abouti, ni de la Warner qui a fait du projet son Frankenstein, encore moins de Zack Snyder dont l’œuvre a été entièrement dépossédée. Justice League déconstruit tout, sans faire-exprès. D’univers esthétique et philosophique, le DCEU est devenu divertissement familial. De divinité, Superman est devenu homme.

Justice League : Bande-annonce

Synopsis : Après avoir retrouvé foi en l’humanité, Bruce Wayne, inspiré par l’altruisme de Superman, sollicite l’aide de sa nouvelle alliée, Diana Prince, pour affronter un ennemi plus redoutable que jamais. Ensemble, Batman et Wonder Woman ne tardent pas à recruter une équipe de méta-humains pour faire face à cette menace inédite. Pourtant, malgré la force que représente cette ligue de héros sans précédent – Batman, Wonder Woman, Aquaman, Cyborg et Flash –, il est peut-être déjà trop tard pour sauver la planète d’une attaque apocalyptique…

Justice League : Fiche Technique

Réalisateur : Zack Snyder
Avec Ben Affleck, Henry Cavill, Gal Gadot, Ezra Miller, Jason Momoa, Ray Fisher, Amy Adams, Jeremy Irons
Scénariste : Chris Terrio, Joss Whedon
Compositeur : Danny Elfman
Directeur de la photographie : Fabian Wagner
Chef monteur : David Brenner, Richard Pearson, Martin Walsh
Distributeur Warner Bros. France
Genres ! Action, Science fiction
Date de sortie : 15 novembre 2017
Durée : 2h 00min

Nationalité américaine

 

 

 

 

 

 

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