Programme de la 30ème édition du Festival du film francophone « Les Œillades » d’Albi

Du 17 au 22 novembre, le Festival du film francophone « Les Œillades » d’Albi soufflera ses trente bougies, en présence de trois invités d’honneur : le réalisateur marseillais Robert Guédiguian, le cinéaste franco-grec Costa-Gavras et l’actrice belge Natacha Régnier. Au programme de cet anniversaire marquant : 30 avant-premières prestigieuses réparties dans les trois salles albigeoises Arcé, Lapérouse et Cordeliers, dont 10 longs-métrages en compétition pour le Prix du Public, 10 séances « Reprises » pour redécouvrir les films coups de cœur de l’année, mais aussi la traditionnelle compétition de courts-métrages, une soirée consacrée à Jacques Tati, génie du burlesque moderne, une « petite nuit du cinéma » reconduite et un ciné-concert de clôture. Aperçu des festivités.

Trente ans de cinéma francophone à Albi

Affiche Les Œillades 2026

Le festival du film francophone d’Albi a déjà trente ans. Depuis sa naissance en 1997, avec l’emblématique Marius et Jeannette pour premier film projeté, Claude et Monique Martin, entourés des bénévoles de l’association Ciné Forum, ont reçu plus de 450 invités parmi lesquels Fanny Ardant, Mireille Darc, Claude Lelouch, Sergi Lopez, Bertrand Tavernier ou encore Jean-Louis Trintignant. Un rendez-vous absolument incontournable pour les cinéphiles du Tarn, entre avant-premières en présence des équipes des films, débats animés et séances dédiées au jeune public.

L’affiche de cette édition anniversaire est tirée de Twist à Bamako (2021) de Robert Guédiguian, clin d’œil à celui qui avait vu son film primé aux Œillades lors de la toute première édition.

Trente ans, trois regards

Fidèle à son identité, le festival Les Œillades a vu grand et réuni trois figures majeures venues célébrer le cinéma francophone dans toute sa richesse et ses accents multiples. En ouverture, le réalisateur marseillais Robert Guédiguian présentera Une femme aujourd’hui, son vingt-cinquième long-métrage. Un drame mettant en scène Marilou Aussilloux (dans le rôle de Juliette, jeune cadre dont le monde s’effondre après une agression commise par un collègue), entourée des fidèles Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin et Gérard Meylan. Cinéaste de quartier, réalisateur à la fois populaire, citoyen et militant, il échangera avec le public sur l’ensemble de sa filmographie mêlant chronique sociale, goût du collectif et foi inébranlable en l’humanité, à l’occasion d’une leçon de cinéma exceptionnelle.

Le festival proposera ensuite une rencontre avec le maître du thriller politique Costa-Gavras, auquel on doit notamment Z, L’Aveu, Missing ou encore Adults in the Room, dont l’œuvre  sonde quant à elle la peur, la loyauté et le courage ordinaire. Entouré de sa productrice Michèle Ray-Gavras et du journaliste Edwy Plenel, le cinéaste franco-grec débattra de la question « Cinéma politique : une évidence ou une nécessité ? », en s’appuyant sur deux épisodes de la série documentaire Le Siècle de Costa-Gavras et le chef-d’œuvre État de siège, porté par le géant Yves Montand.

Enfin, l’actrice Belge Natacha Régnier, révélée en 1998 par La Vie rêvée des anges, rôle qui lui a d’ailleurs valu le Prix d’interprétation à Cannes ainsi que le César du meilleur espoir féminin, signera une carte blanche autour de deux titres qui l’ont profondément marquée : Le Pont des Arts d’Eugène Green et Le Maître de musique de Gérard Corbiau, dans une version restaurée par la Cinémathèque royale de Belgique. Sans oublier une plongée dans son propre parcours de comédienne avec la projection du film d’Erick Zonca.

Trente avant-premières à découvrir

Les Œillades offrent un large panorama et une riche palette de genres des films francophones qui seront à l’affiche début 2027. Cette année, trente longs-métrages ont donc été retenus ; dix d’entre eux, neuf fictions et un documentaire, concourent pour le Prix du Public.

La compétition s’ouvre avec le documentaire Leçon de violon réalisé par Julie Bertuccelli, qui retrace l’aventure pédagogique passionnée de Rachel Routier, professeure de musique au conservatoire de Pantin. Parmi les films sélectionnés, figurent ensuite : En haut de la pile, comédie sociale chorale de Louis-Julien Petit mettant en scène Anthony Bajon, Alexandra Lamy, Yvan Attal et Corinne Masiero, tous pris dans l’engrenage d’un désir de parentalité qui bouscule l’ordre familial ; Les Princes, premier long-métrage d’Antoine Giorgini en forme de comédie « à l’italienne » où la découverte fortuite d’un coffre rempli de Louis d’or fragilise l’amitié de trois jeunes maçons ; Chercheurs, d’Aurélien Peilloux, drame sur la thèse d’une jeune chimiste (Galatéa Bellugi) face à une directrice toxique incarnée par Emmanuelle Devos ; Du fioul dans les artères de Pierre Le Gall, romance nocturne entre deux routiers campés par Alexis Manenti et Julian Swiezewski, mais aussi Josèphe, comédie de mœurs signée Anaïs Aidoud portée par la complicité poétique et inattendue entre JoeyStarr et Catherine Jacob.

Le public albigeois découvrira également Un détour par Diane d’Ann Sirot et Raphaël Balboni, Grand Prix Orizzonti à Venise, qui suit une jeune femme décidée à venger sa mère, victime d’un viol avant sa naissance ; Rédemptions, polar du Québécois Luc Picard, avec en vedette Gérard Lanvin et Damien Bonnard, où un tueur à gages à la retraite met involontairement en péril la vie de sa fille ; puis Les Fraises de Laïla Marrakchi dans lequel deux saisonnières marocaines affrontent le système d’exploitation des serres d’Andalousie, et Ben’Imana, premier film de la Rwandaise Marie-Clémentine Dusabejambo récompensé par la Caméra d’Or à Cannes, qui raconte la courageuse trajectoire d’une survivante du génocide des Tutsis engagée dans la réconciliation.

Vingt autres avant-premières sont attendues hors compétition. Emmanuel Courcol viendra présenter Banquise, quête familiale au Groenland. Vincent Lindon donne la réplique à Alba Rohrwacher dans Un bon petit soldat, drame qui narre le destin de deux soldats chargés de maintenir le moral des troupes derrière les lignes de 1916, alors que Christophe Honoré réunit Adèle Exarchopoulos, Vincent Lacoste, Paul Kircher et Nadia Tereszkiewicz dans Mariage au goût d’orange, chronique d’une fratrie nantaise de 1978 déjà projetée à Cannes Première.

Les festivaliers pourront également découvrir Voilà, c’est fini, histoire d’amour sur l’île Maurice signée Gustave Kervern avec Suzanne Lindon, Mathieu Amalric et Léa Drucker ; Des femmes comme les autres de Dominique Cabrera, où Yolande Moreau et Hélène Vincent incarnent deux amies brodeuses dont la relation se fissure ; Le Lièvre de Gonzague Legout, avec Dali Benssalah, Sandrine Bonnaire et Simon Abkarian ; La Quadrature des autres réalisé par Maxime Potherat, portrait de huit personnages à l’aube de la quarantaine ; Le Faux Soir de Michaël R. Roskam, avec Arieh Worthalter, Mélanie Thierry et Bouli Lanners, qui retrace l’impression d’un faux numéro du journal Le Soir sous l’Occupation ; ou encore l’aventure sauvage On était des loups de François Busnel, voyage d’un père et de son fils dans les grands espaces.

Côté documentaires, on retrouvera notamment Cœur secret dans lequel Tom Fontenille filme la transition de son père à 64 ans, Gabin de Maxence Voiseux, qui suit durant dix ans un jeune fils de boucher du Nord, et Lillo d’Alexandre Messina, consacré à la fin de vie avec Pierre Santini.

À ces films s’ajoutent Barça Zou de Paul Nouhet, sur des amis qui se remémorent leurs premières vacances, et deux œuvres africaines : Congo Boy de Rafiki Fariala, histoire d’un adolescent de Bangui devenu chef de famille et rêvant de musique, qui a valu à Bradley Fiomona le Prix du meilleur acteur à Un Certain Regard, et Call Me Queen d’Emily Atef, avec Eliane Umuhire, Denise Gough et Laurent Lafitte, sur l’amitié de deux femmes dans la lutte contre le sida au Kenya. Le jeune public ne sera pas oublié avec les films d’animation Carmen l’oiseau rebelle de Sébastien Laudenbach et New York, Miriam et moi de Rémy Schaepman et Léahn Vivier-Chapas.

Les séances reprises

La section « Reprises » donnera l’occasion de revoir ou de rattraper dix films déjà sortis en salles. Nous retrouverons entre autres Notre salut, qui plonge Swann Arlaud dans les rouages ordinaires de la France de Vichy ; Le Corset, aquarelle vivante signée Louis Clichy et récompensée de trois prix à Annecy ; Garance de Jeanne Herry interprété par Adèle Exarchopoulos ; L’Affaire Marie-Claire de Lauriane Escaffre et Yvo Muller, avec Charlotte Gainsbourg et Cécile de France ; La Frappe de Julien Gaspar-Oliveri, avec Bastien Bouillon ; Marie Madeleine de la Haïtienne Gessica Généus et Les Survivants du Che de Christophe Dimitri Réveille.

Hommage Tati-esque et petite nuit du cinéma

Le festival rendra également un vibrant hommage à Jacques Tati, génie du burlesque moderne, avec la version restaurée de Trafic (1971), périple de Monsieur Hulot sur les routes d’Europe, suivie du documentaire Itinéraire bis du critique Stéphane Goudet, qui revient sur ce film cinquante-cinq ans après sa sortie et en souligne la dimension écologique.

En phase avec les enjeux sociétaux actuels, Les Œillades remettront le prix du Film Vert pour la quatrième année consécutive et reconduiront la « petite nuit du cinéma », conçue autour d’un triptyque de comédies d’animation mordantes et subversives : l’avant-première de Blaise de Dimitri Planchon et Jean-Paul Guigue, avec les voix de Léa Drucker et Jacques Gamblin, Jim Queen de Marco Nguyen et Nicolas Athané, puis le surréaliste Le Vertige de Quentin Dupieux, rehaussé par les prestations de Jonathan Cohen et Alain Chabat.

La compétition courts-métrages

Cette année, sept courts-métrages ont été sélectionnés par l’équipe des Œillades, Média-Tarn et des élèves de quatre collèges tarnais, et deux prix seront attribués à l’issue de la séance :

  • Amarela (Jaune) d’André Ayato Saïto
  • Bidouille de Morgane Holsters et Emi Inohana
  • Candy Bar de Nash Edgerton
  • Full Metal Kebab de Martin Jauvat
  • J’ai avalé une chenille de Basile Khatir
  • Le Casting de Camille Britte
  • Les Fleurs de Malva, film collectif

Masterclasses, projets scolaires et expositions

Le festival prolongera la réflexion et l’exigence artistique à l’occasion de grands rendez-vous professionnels ouverts à tous les publics. L’éthique et les coulisses de la création cinématographique seront ainsi explorées à travers deux masterclasses d’exception. D’un côté, les festivaliers pourront assister à une rencontre exclusive animée par André Labbouz, président de la CST (Commission Supérieure Technique de l’image et du son). L’ancien directeur technique du groupe Gaumont reviendra à Albi pour aborder les questions complexes de la déontologie et de l’éthique dans le cadre de la restauration des films de patrimoine à l’ère des nouvelles technologies. De l’autre, les spectateurs se laisseront guider par le compositeur Pascal Le Pennec, notamment célèbre pour ses collaborations régulières avec le grand nom de l’animation Jean-François Laguionie. Il animera une conférence passionnante autour de la musique au cinéma, programmée à la suite de la projection de leur dernière œuvre poétique commune, Slocum et moi.

Le festival poursuit ses actions auprès des élèves des écoles, collèges et lycées du Tarn et d’Occitanie : les écoliers d’Albi réaliseront un court-métrage sur le thème « Rêver l’école » ; les élèves du collège Balzac d’Albi et du lycée de Carmaux travailleront sur Congo Boy au sein du projet « Un Film, Un Auteur » ; un stage d’analyse filmique autour de Entr’acte et Paris qui dort de René Clair sera proposé à des lycéens de la spécialité cinéma. Les étudiants de L3 Lettres Modernes de l’INU Champollion effectueront un suivi journalistique du festival avec la rédaction de leur quotidien « L’Œilleton ».

Trois expositions accompagneront cette célébration de la création francophone : un parcours photographique sur les trente éditions du festival signé Joël Espié et Daniel Jouanel, puis une plongée « Les yeux dans le rétro » consacrée à la revue Cinémonde, et une déambulation à travers les huit « Fenêtres » de Natacha Régnier. Enfin, les festivaliers concluront ce trentième anniversaire en musique devant un ciné-concert exceptionnel autour du classique de la comédie burlesque de Max Linder, L’Étroit Mousquetaire (1922). Une façon magistrale de sceller trois décennies d’amour inconditionnel pour le grand écran.

« Les Œillades » du 17 au 22 novembre dans les trois cinémas albigeois : salle Arcé, Les Cordeliers et Lapérouse. Le programme complet est à retrouver ici.

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Sévan Lesaffre
Sévan Lesaffrehttps://www.lemagducine.fr/
Titulaire d’un Master 2 en Histoire, esthétique et théorie du cinéma, auteur d’un ouvrage qui concerne l’analyse du corps filmique de Judy Garland, jeune membre du jury du Festival International du Film d'Amiens 2017 présidé par Alexandra Stewart, critique et rédacteur pour CineChronicle.com pendant deux ans, je couvre le festival du film francophone d’Albi « Les Œillades » depuis 2018 et le FIFAM en 2022.

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