Présenté au FFCP 2026 après une mention spéciale à Busan, Relay Race, premier long-métrage de Ko Hyo-ju, suit Kim Dong-soo, rescapé du naufrage du Sewol, et sa famille dans une course de fond contre le traumatisme.
Le 16 avril 2014, le ferry Sewol sombre au large de la Corée du Sud. La majorité des 304 victimes sont des lycéens, sommés par l’équipage de rester dans leurs cabines pendant que le capitaine abandonne le navire. Kim Dong-soo, chauffeur routier embarqué avec son camion, a fait l’inverse, et le raconte lui-même. Il a désobéi pour survivre et tendre la main aux élèves dans son champ de vision. Les rescapés se souviennent de lui comme du « héros au pantalon bleu ». Mais derrière l’acte héroïque s’ouvre le récit d’une chute vertigineuse.
Car une partie de lui a coulé avec le Sewol. Son camion, outil de travail, dont il répondait en cas de perte ou de dommage, et deuxième maison pleine de souvenirs avec ses filles, n’est plus qu’un tas de rouille. Sa carrière a suivi le même chemin vers le fond. Restent un syndrome de stress post-traumatique, longtemps nourri par l’oubli dont il a fait l’objet, et un trou de cinq minutes dans sa mémoire du naufrage, d’où remonte sans cesse le sentiment d’impuissance face à l’ampleur de la catastrophe.
Passer le témoin pour ne pas couler
C’est cet homme oublié que Ko Hyo-ju a choisi de regarder en face, et que Busan a salué. Là où le documentaire Intention menait l’enquête, en colère, sur la gestion du drame, et où The Dream Songs rendait hommage aux lycéens et à leur avenir brisé, la réalisatrice venue de la télévision opte pour l’accompagnement. Cinq ans durant, sa caméra s’installe chez les Kim, jusque dans le sommeil du patriarche et les pages du journal de suivi où son épouse consigne ses peurs face à une souffrance incurable. La famille se livre avec une authenticité désarmante. Cette proximité a son revers, puisque Relay Race s’accorde peu de recul et que sa mise en scène, frôle parfois le reportage avec des images d’archives à l’appui.
C’est pourtant cette famille qui donne au film son ampleur. L’épouse, par sa voix off comme par ses témoignages face caméra, en devient le second cœur battant. Elle qui a dû combler l’absence d’un père disparu avant sa naissance veille désormais sur un mari que la mer ne lui a rendu qu’à moitié. Lui, en revanche, a trouvé dans la course à pied une façon de souffrir autrement que par les automutilations répétées. Il court pour fuir le passé qui le ronge autant que pour rattraper un vague espoir de renaître. Et dans ce décor silencieux de sentiers de randonnée, un chien adopté, Walden, vient alléger leur quotidien. Il faut le nourrir, le promener, le protéger. Enfin quelqu’un à sauver sans crainte d’arriver trop tard.
Le titre se lit ainsi dans une double lecture signifiante. Il y a d’un côté un relai de la souffrance qui passe de main en main jusqu’à se diluer dans l’unité familiale. De l’autre, celui d’un héritage. Inspirée par son père, sa fille a vu se renforcer sa vocation de pompière, et le film prend le temps d’en rappeler la philosophie, ce sacrifice consenti pour que d’autres puissent vivre.
Kim Dong-soo ne franchira donc sans doute jamais la ligne d’arrivée, car la mer ne rend pas ce qu’elle a pris. Mais à chaque foulée, quelqu’un saisit le témoin qu’il tend, une épouse, une fille, et désormais le spectateur. Au loin, sur les sentiers de Jeju, un homme court encore pour éviter son propre naufrage.
Ce film est présenté en section Paysage du FFCP 2026.
Relay Race : bande-annonce
Relay Race : fiche technique
Titre original : 이어달리기
Réalisation : Ko Hyo-ju
Interprètes : Kim Dong-soo, Kim Hyeongsuk, Kim Yeram, Kim Yena
Photographie : Ko Hyo-ju, Jongseok Byeon
Montage : Ko Hyo-ju, Jieun Banpark
Musique : Minsuk Kang
Productrice : Ko Hyo-ju
Pays de production : Corée du Sud
Distribution internationale : Cinema DAL
Durée : 1h28
Genre : Documentaire