FFCP 2026 : 7 Days 7 People, la ballade du troubadour fauché

Présenté en première internationale au Festival du Film Coréen à Paris dans la section Paysage, 7 Days 7 People de Jung Da-won suit un musicien indépendant tiraillé entre sa guitare et son couple. Un drame musical sans paillettes, porté par le chanteur Lim Jin-hwa, qui joue juste là où ça fait mal.

Il y a du La La Land dans ce quatrième long-métrage de Jung Da-won, la même question lancinante de savoir jusqu’où pousser une passion quand elle menace l’amour qui l’a fait vivre. Sauf qu’ici, personne ne danse au-dessus des lumières de Los Angeles. Jin-hwa, musicien indé trentenaire, compte ses pièces dans une supérette et rentre chez lui avec cinq mois de loyer impayés. Lorsque Mirae, sa compagne depuis sept ans, espère une demande en mariage mais reçoit une chanson un peut trop centré sur lui-même, la rupture tombe comme un accord mineur. Le prénom n’a d’ailleurs rien d’innocent ici, Mirae signifiant « futur ». Ne pas la chérir comme il se doit revient à renoncer à leur avenir à deux. Jin-hwa obtient alors une semaine de sursis pour décider s’il reste sur la même partition ou s’il apprend enfin, comme on le lui martèle, une « nouvelle compétence ».

Sept jours pour accorder sa vie

En sept jours, sept rencontres. La structure rappelle Scott Pilgrim et ses sept ex à affronter comme autant de niveaux de jeu vidéo, l’énergie pop et pulp d’Edgar Wright en moins, tandis que cet inventaire d’une vie de mélomane largué évoque plutôt le film High Fidelity. Il n’y a aucun boss à terrasser pourtant dans ce récit, seulement des versions possibles de lui-même. On voit ainsi défiler un ancien guitariste devenu mécanicien et père comblé, un autre qui a troqué la scène contre un restaurant, le producteur pour qui la musique se vend comme des nouilles instantanées, et une mère dont la confiance aveugle pèse autant qu’elle souffre en silence de sa vieillesse. Le film prend alors des airs de procès du rêve où chaque témoin livre sa plaidoirie. Le paradoxe est savoureux, puisque ceux qui ont lâché la musique l’exhortent finalement à ne pas « chuter » comme eux, quand le seul qui joue encore lui souffle que renoncer à  ses convictions demande aussi du courage.

Derrière la mélodie, la partition sociale se joue sans filtre également. Le film parle avec franchise de la cruauté, ou pire de la banalité, d’une société qui pousse à rentrer dans le rang en promettant un soupçon de stabilité, quitte à exiger qu’on y troque sa voix, une part de son identité. Jung Da-won prolonge ainsi un motif qui traverse sa filmographie, celui du talent que le monde n’emploie pas, du prodige des échecs coréens caché sur un marché de gros dans Garak Market Revolution à la détective reléguée au guichet des plaintes de Miss & Mrs. Cops. Il boucle le tournage de 7 days 7 people en moins de dix jours et partage le doute de son héros plutôt que de le juger. Personne ici n’est montré comme un vaincu.

Ce doute est incarné par Lim Jin-hwa, leader du groupe HOA, qui garde son propre prénom à l’écran. Acteur non professionnel, il ne force rien, et son regard timide trahit une détresse sourde que les dialogues n’ont pas besoin d’appuyer. Son Jin-hwa est un troubadour au cœur lourd qui ne rêve pas d’être une star, seulement d’être entendu. Tout le monde lui reconnaît du talent, mais personne ne peut vraiment le faire briller. Alors il chante ce qu’il ne sait pas confesser, et sa guitare, qu’il ne lâche jamais, devient à la fois son langage et son fardeau.

Une ballade en sourdine

7 Days 7 People sait heureusement jouer à contretemps grâce à la galerie de personnages secondaires. Entre une vente de tableaux à prix d’or menée par un bonimenteur irrésistible ou une visite de police pour tapage nocturne, le réalisateur injecte un humour bienvenu qui rappelle que rien n’est écrit d’avance et que la vie reste une partition vierge à remplir tous les jours.

Le tempo flanche pourtant dans la dernière ligne droite. Le cheminement de Jin-hwa reste assez prévisible, et le récit se fait un peu trop larmoyant, poussant le volume des chansons pour amplifier ce que le visage de son interprète murmurait déjà en sourdine. Mirae, horizon qui s’éloigne plus que personnage, aurait aussi mérité davantage qu’un couplet qui ouvre et referme cette introspection. Ces fausses notes n’empêchent cependant pas l’œuvre de toucher la corde sensible, justement parce qu’elle ne triche jamais avec sa mélancolie.

On sort ainsi de ces sept jours avec l’intime conviction que les rêves ont tous une date d’expiration, et qu’il reste seulement à savoir quand, et comment, les laisser partir. Comme l’étoile de l’aube qui donne son titre à la chanson phare du film, certains ne brillent qu’au moment où la nuit s’achève, juste avant que le jour ne les efface. Ce sont souvent ceux-là qu’on fredonne le plus longtemps.

Ce film est présenté en section Paysage du FFCP 2026.

7 Days 7 People : bande-annonce

7 Days 7 People : fiche technique

Titre original : 세븐 데이즈 세븐 피플
Réalisation : Jung Da-won
Scénario : Jung Da-won
Interprètes : Lim Jin-hwa (Jinoa), Seo Eun-soo, Jung Il-woo
Photographie : SHIN Sung-hyun
Montage : Jung Da-won
Musique : YANG Dong-wook
Production : 21STUDIOS
Pays de production : Corée du Sud
Durée : 1h36
Genre : Drame musical

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Jérémy Chommanivonghttps://www.lemagducine.fr/
Spéléologue des temps modernes, je ne suis qu'un humble explorateur des salles obscures, celles-là même dont on peut en ressortir ému, apeuré, frustré ou émerveillé. Je m'y donne rendez-vous chaque semaine, sans oublier ma fascination pour Steven Spielberg, Frank Capra, Sidney Lumet, Brad Pitt et un peu moins pour les légumes. Le cinéma restera à jamais mon sanctuaire d'apprentissage et le vecteur de toutes mes émotions.

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