FFCP 2026 : Ideal and Weird Family, l’art de se séparer ensemble

Présenté au 21e Festival du Film Coréen à Paris (FFCP 2026), Ideal and Weird Family, premier long métrage de Kim Ji-hyun, embarque deux mères en instance de divorce et leurs filles dans un road movie queer et tendre. Une comédie attachante sur la famille choisie, qui égare pourtant quelques bagages en chemin.

Une famille peut-elle être à la fois idéale et bizarre ? Tout le film tient dans cette tension entre l’harmonie rêvée et l’écart à la norme, et le paradoxe saute aux yeux dès l’ouverture, puisque cette famille idéale commence par se défaire. Da-seon, essayiste avide de grand large (Lee Young-jin), et Hee-soo, fonctionnaire cramponnée à une vie sans vagues (Kang Jin-a), ont décidé de divorcer, et c’est à leurs deux filles de choisir avec laquelle elles vivront. En route vers le mariage de la sœur de Hee-soo, avec un crochet chez la mère de Da-seon, les quatre femmes s’embarquent pour un dernier voyage qui ressemble à un premier.

Familles, je vous aime

Nées d’un don de sperme, les filles ne savent pas tout de leur filiation, et le film cultive ce flou pour s’arrêter sur l’essentiel. Peu importe qui est la mère biologique de qui, toutes se reconnaissent mères et filles, et ce lien choisi pèse plus lourd que les liens du sang. Encore faut-il que le monde le reconnaisse. En Corée du Sud, aucune loi n’interdit le mariage entre personnes de même sexe, mais l’administration refuse de l’enregistrer, et l’opinion ne suit guère. D’après une étude de l’institut Hankook Research, 53 % des Coréens s’y opposant encore en 2026. Le secret qui ronge ces femmes, et parfois le mensonge, ne naît donc pas de leur foyer mais du regard qu’on porte sur lui.

Loin du film à thèse, Kim Ji-hyun choisit la comédie et le quotidien, convaincue que les crises d’un couple lesbien ressemblent à celles de tous les autres. Le pari tient à l’amour visible qu’elle porte à ses personnages, filmés avec une tendresse presque maternelle. Lee Young-jin, inoubliable lycéenne amoureuse de Memento Mori en 1999, retrouve vingt-sept ans plus tard un rôle queer à l’âge des responsabilités, un retour symbolique. À ses côtés, les deux adolescentes forment une jolie paire de contraires, l’une réservée, qui voit dans la réussite scolaire un ticket de sortie des crises familiales, l’autre ancienne idole qui ne sait plus s’affirmer une fois les projecteurs éteints.

Les passagères oubliées

Sur la route, le film lorgne vers Little Miss Sunshine, même tribu cabossée, même art du conflit burlesque, jusqu’à un mariage final si soucieux des apparences qu’il devient le théâtre rêvé pour les faire voler en éclats. Cette sororité tourmentée y démonte un à un les préjugés. Le film clame haut et fort une affirmation queer que ni l’État ni le droit ne reconnaissent, dans une société qui avance plus vite dans les tribunaux que dans l’opinion.

Le voyage abandonne pourtant des passagères sur le bas-côté. Le mal-être des filles, qui va de la fugue jusqu’à un geste désespéré, rompt brutalement avec la comédie avant d’être glissé sous le tapis. Le dernier acte se recentre sur les mères, en perte de repères et de considération, et s’il est souvent jouissif, un malaise demeure devant ces éléments si noirs délaissés par un road trip minimaliste et surtout bavard. Le scénario, d’abord centré sur les enfants avant de basculer vers les mères, en garde sans doute la trace.

Ces fragilités viennent aussi de la fabrication. Tourné en dix jours pleins, pendant la mousson et surtout en extérieurs, le film porte des imperfections parfois visibles et audibles, signe d’un budget modeste pour un sujet que l’industrie commerciale, selon la réalisatrice, préfère contourner.

Reste une famille qui chante faux, mais qui chante ensemble. Ideal and Weird Family porte bien son nom, bizarre assurément, idéale presque.

Ce film est présenté en section Paysage du FFCP 2026.

Ideal and Weird Family : bande-annonce

Ideal and Weird Family : fiche technique

Titre original : 이상 가족
Réalisation : Kim Ji-hyun
Scénario : Kim Ji-hyun
Interprètes : Kang Jin-a, Rie Young-zin, Kim Rei, Jeon Chae-eun
Photographie : Lee Hyung-bin
Montage : Park Min-seok
Musique : Kang Min-seok
Producteur : Jo Eun-ha
Pays de production : Corée du Sud
Durée : 1h42
Genre : Comédie dramatique

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Jérémy Chommanivonghttps://www.lemagducine.fr/
Spéléologue des temps modernes, je ne suis qu'un humble explorateur des salles obscures, celles-là même dont on peut en ressortir ému, apeuré, frustré ou émerveillé. Je m'y donne rendez-vous chaque semaine, sans oublier ma fascination pour Steven Spielberg, Frank Capra, Sidney Lumet, Brad Pitt et un peu moins pour les légumes. Le cinéma restera à jamais mon sanctuaire d'apprentissage et le vecteur de toutes mes émotions.

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