Vacances au Cinéma : Little Miss Sunshine de Dayton et Faris

Vacances ne signifie pas toujours farniente ni faire la crêpe au soleil. Dans le savoureux Little Miss Sunshine de Jonathan Dayton et Valerie Faris, l’escapade familiale est aussi un moment propice pour se reconnecter avec soi-même et avec ses proches.

Synopsis  :  L’histoire des Hoover. Le père, Richard, tente désespérément de vendre son « Parcours vers le succès en 9 étapes ». La mère, Sheryl, tente de dissimuler les travers de son frère, spécialiste suicidaire de Proust fraîchement sorti de l’hôpital après avoir été congédié par son amant.
Les enfants Hoover ne sont pas non plus dépourvus de rêves improbables : la fille de 7 ans, Olive, se rêve en reine de beauté, tandis que son frère Dwayne a fait voeu de silence jusqu’à son entrée à l’Air Force Academy.
Quand Olive décroche une invitation à concourir pour le titre très sélectif de Little Miss Sunshine en Californie, toute la famille décide de faire corps derrière elle. Les voilà donc entassés dans leur break Volkswagen rouillé : ils mettent le cap vers l’Ouest et entament un voyage tragi-comique de trois jours qui les mettra aux prises avec des événements inattendus…

Away we go

Pour nous autres, les vacances sous forme de road-trip, où les enfants et le chien sont coincés à l’arrière d’une Citroën pendant qu’au volant le père grille cigarette sur cigarette, sont bel et bien révolues. A tout le moins, les moyens de transhumance se sont démultipliés. Pour les Américains, habitants d’un territoire beaucoup plus vaste que le nôtre, les grands déplacements autoroutiers et familiaux restent fréquents, aussi bien à la ville qu’à l’écran. C’est ainsi que le genre road movie est un genre florissant, alimenté par toutes sortes de films, allant d’American Honey (Andrea Arnold) pour un des plus récents, à Thelma & Louise de Ridley scott, The Darjeeling Limited de Wes Anderson, mais aussi Nebraska d’Alexander Payne ou Into the Wild de Sean Penn.  Ici, on s’intéresse à Little Miss Sunshine, de Jonathan Dayton et Valerie Faris, dans le sous-genre road trip de vacances. Ce film devenu culte se déroule sur un week-end, mais on peut le classer dans notre thématique des vacances au cinéma, puisqu’il s’agit d’un voyage familial dont le but est récréatif, celui d’amener la petite Olive Hoover en Californie à un concours de beauté, le  Little Miss Sunshine du titre.

Vacances ne signifie pas toujours coquillages, crustacés, soleil et plage. Ici, sous ses dehors de comédie très réussie et très acclamée depuis sa sortie en 2006, Little Miss Sunshine est en réalité un film doux-amer qui adresse une critique de certains travers de l’Amérique. Olive Hoover (Abigail Breslin) , la protagoniste, est une pétillante petite fille plutôt ordinaire , plutôt boulotte, mais qui souhaite participer à un concours de beauté, puisqu’abreuvée d’ émissions télévisuelles qui glorifient les miss. Elle aura la chance de participer à ce concours, et c’est en famille qu’elle fera plus de 1300 kilomètres depuis Albuquerque pour rejoindre la Californie et le site du concours. Comme pour beaucoup de  road-movies qui se respectent, le scenario embarque une famille non seulement disparate, mais quelque peu dysfonctionnelle. Richard Hoover, (Greg Kinnear), le père, est un obsédé de la réussite et de l’American dream, alors même que sa méthode de « succès en 9 points » ne se vend absolument pas , l’oncle Franck (Steve Carrell), sort de l’hôpital après un suicide raté, le grand-père (Alan Arkin, qui a obtenu l’Oscar pour ce « second » rôle) sniffe de l’héroïne au sous-sol, et le grand frère Dwayne (Paul Dano) fait sa crise d’ado en se murant dans le silence sous inspiration nietzschéenne. Seule la mère Sheryl (Toni Collette, impeccable comme toujours) garde le cap, pour permettre à la petite Olive, un adorable sourire en permanence sur ses lèvres, de nager dans un bonheur apparent.

Les 90 minutes du film verront la famille Hoover naviguer de périples en accidents cocasses, de grandes colères à de vrais moments de tendresse et d’amour familial. La combi VW jaune qu’on ne peut démarrer que dans une pente sillonne des paysages mythiques et beaux, dont le magnifique plateau du Colorado qui appelle inévitablement à nos souvenirs de vacances dans le Grand Canyon. Mais elle va surtout traverser une Amérique des gens ordinaires comme ce garagiste qui donne la solution aux Hoover pour leur combi défaillante ou ce policier qui les laisse filer avec un cadavre dans le coffre, aveuglé par quelques magazines porno. Les protagonistes vont aussi rencontrer l’autre Amérique, celle du clinquant et du paraître, avec les petites apprenties miss maquillées comme des voitures volées, ou encore l’animateur du show aussi factice que ses dents blanches.

Dayton et Faris étrillent leur pays et ses petits travers, mais in fine, Little Miss Sunshine est un feel good movie qui respire le grand air et l’évasion.  On se sent bien en compagnie de cette famille chaleureuse, drôle et tonitruante, qui se reconstruit sous nos yeux. A l’heure où on écrit cet article, on ne peut pas s’empêcher d’avoir une pensée à El Paso, dans l’état voisin, à peine à 400 kilomètres de leur Albuquerque natal. La famille d’Olive est aux antipodes des tristes événements qui s’y produisent,  et on constate que l’Amérique est décidément terre de contraste, où la bienveillance familiale la plus émouvante côtoie la barbarie la plus crasse.

Comme dans la vraie vie, les vacances ne sont donc pas synonymes uniquement de bon temps et d’insouciance dans Little Miss Sunshine. C’est un temps d’escapade, de halte,  où chacun peut se reconnecter avec lui-même, et aussi avec son entourage et ses proches. L’ensemble du casting familial, en tant qu’ensemble, a obtenu de multiples récompenses, des prix mérités, tant chaque acteur a personnifié son rôle à son maximum. Face à de sérieux concurrents aux Oscars et autres remises de prix, dont les Infiltrés de Scorcese, ou Babel d’Iñárritu, le film est un des meilleurs de son année de production, en nous faisant passer du rire aux larmes, au travers d’un voyage extraordinairement émouvant. Vive les vacances, si elles sont comme celles-ci !

Little Miss sunshine – Bande annonce

Little Miss sunshine – Fiche technique

Titre original : Little Miss sunshine
Réalisateur : Jonathan Dayton, Valerie Faris
Scénario : Michael Arndt
Interprétation : Abigail Breslin (Olive Hoover), Greg Kinnear           (Richard Hoover), Paul Dano (Dwayne), Alan Arkin (‘Grandpa’ Edwin Hoover), Toni Collette (Sheryl Hoover), Steve Carell (Frank Ginsberg), Brenda Canela (serveuse), Julio Oscar Mechoso (Mécanicien), Bryan Cranston (Stan Grossman), Matt Winston (Maître de cérémonie concours)
Photographie : Tim Suhrstedt
Montage : Pamela Martin
Musique : Mychael Danna, DeVotchKa
Producteurs : Albert Berger, David T. Friendly, Peter Saraf, Marc Turtletaub, Ron Yerxa
Maisons de production : Big Beach Films, Bona Fide Productions
Distribution : Twentieth Century Fox France
Récompenses : Alan Arkin aux Oscars et aux BAFTA, meilleur scénario aux BAFTA, plusieurs récompenses pour le casting familial en tant qu’ensemble. 72 récompenses en tout.
Budget : USD 8 000 000
Durée : 101 min.
Genre : Comédie, Drame
Date de sortie : 06 Septembre 2006
USA – 2006

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Beatrice Delesalle
Beatrice Delesallehttps://www.lemagducine.fr/
Le ciné, ma passion. L’écriture, mon Graal. Je tente de combiner les 2 sous la forme d’un avis, d’un éloge, d’un commentaire, d’une critique en somme. Ce n’est pas mon métier et ne le sera jamais, mais c’est ce que je fais de plus plaisant et de plus personnel par les temps qui courent. Ces derniers mois, j’ai craqué pour : Carlos Reygadas, Roni Elkabetz, Hiam Abbass, Steve McQueen, Lynne Ramsay, James Franco, David Gordon Green, Jia ZangKhe, Wang Bing, Kim Ki Duk, Hirokazu Kore Eda, Kiyoshi Kurosawa, Pablo Berger, Lars von Trier, Panos H. Koutras, Félix van Groeningen, Miguel Gomes, Çağla Zencirci, Nuri Bilge Ceylan, Emir Baigazin, François Ozon, Philippe Garrel, Alain Guiraudie, Thomas Cailley, Abdellatif Kéchiche. Pour leur film en fait, plutôt.

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