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Les années 2010 : Nicolas Winding Refn, Pour servir la violence, il faut savoir l’éclairer

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La décennie qui vient de s’écouler a permis à Nicolas Winding Refn d’opérer une rupture de ton franche et assumée avec le début de son œuvre. Il y a développé une musique entêtante, une toile tissée puis tendue sur le plafond de ses obsessions : la violence, la quête du Beau, la filiation, la solitude, la masculinité… Du Driver esseulé et amoureux à la figure poissonneuse de la jeunesse qui s’expose, il s’est affranchi du réalisme de ses débuts, pour partir à la conquête d’une forme, d’une couleur, d’une empreinte pour les symboles qu’il explore avec une obsession évidente. Il y a là, tant la volonté d’imprimer de façon pérenne sa trace, de bâtir son mythe, que de soigner ses tares et de combattre ses affres sans fin. Que ce soit dans une chambre de motel, un ascenseur ou sur un ring déserté, Refn se cherche avant tout lui-même, dans une quête éternelle (et vaine ?) de maestria parfaite et inoubliable.

La main d’un créateur

A partir de Drive (2011), Nicolas Winding Refn affirme sa volonté de se muer en auteur soucieux du style et de l’allure qu’il saura apposer à ses créations. Celles-ci se déchaussent du sens du récit habituel pour s’orienter vers une abstraction entièrement vouée au développement d’une métaphore filée sur la durée (Too Old To Die Young). Le réalisateur devient créateur et c’est donc tout naturellement qu’il profite de l’explicité du monde de la mode qu’abrite The Neon Demon  pour devenir NWR, tel un styliste qui veut faire de son nom une marque à part entière, un gage de qualité. Car s’il ne manque pas d’exposer la noirceur du monde de la mode, il reconnaît lui-même, et le prouve dans chacune de ses recherches formelles, qu’il en chérit la manière de mettre en lumière et de se passionner pour l’esthétisme.

C’est l’artisan, l’esthète qui ne cherche plus à cacher sa soif de reconnaissance et ses ambitions dont on questionne la démesure. Ses films deviennent créations stylistiques, avec tout ce que cela implique d’incompréhension, voire de dégoût et de rejet. Il y a une volonté d’avant-gardisme certaine, accouplée à une auto-persuasion farouche de son génie et de son talent, mais aussi la construction d’une solide bibliothèque à plusieurs étages, regroupant des ouvrages dont les couvertures néonneuses regroupent des thématiques obsessionnelles qui se recoupent sans cesse en, plutôt que de chercher des réponses, développant les questions de leur existence même.

Un violent poème

Les détracteurs de Refn n’ont de cesse de brandir l’étendard de la violence gratuite, de la manie tendancieuse d’un usurpateur qui choquerait pour choquer. Pourtant, c’est nier la base même du travail entamé par l’auteur durant cette décennie, celui qui consiste en une poursuite sans fin du Beau et de son essence. Chez NWR, le Beau est un étui, un emballage dont l’on recouvre la noirceur et le vide existentiel qui font aussi l’être que l’on voudrait « humain ». Que ce soit Ryan Gosling dans Drive et Only God Forgives, ou Elle Fanning dans The Neon Demon, les personnages créés par le maître sont en premier lieu icônisés par le biais de leur beauté physique. Cette dernière est un leurre, un puissant moyen d’opposition avec la violence ou la dangerosité que leur être intérieur finit toujours par dévoiler. Quand la forme se craquelle, se fissure, le pus qui en ressort a le même caractère extrême dans sa violence que dans son aspect glauque. C’est le Driver qui, en un moment de bascule presque imperceptible, passe de l’accomplissement d’un des plus beaux baisers de cinéma, soit de la preuve ultime de la pureté de son amour, à un déchaînement d’extrême violence, de massacre enragé et immodéré. Ce sont les deux facettes de l’être humain qui se dévoilent dans l’espace confiné d’un ascenseur. Un être humain qui aime mais crée des guerres.

C’est donc tout logiquement que son dernier film, The Neon Demon, se fait illustration « finale » de cette réflexion en dévorant, régurgitant puis avalant encore l’objet de la beauté qui est en lui-même matrice de la violence.

Miroir pour regard (de l’) intérieur

Tout au long de cette décennie, NWR s’est appliqué à construire, avant même ses œuvres, des personnages. Autour de ceux-ci s’opère un fétichisme certain car, avant que ce ne soit les spectateurs qui ne le fassent, c’est Refn lui-même qui leur voue un culte et les construit avec toujours cette volonté d’empreinte puissante et inoubliable. Le meilleur exemple demeure son Driver, avec déjà dans le choix de l’absence de nom, au profit de la dénomination qui renvoie à son activité mystique, une volonté certaine de bâtir un mythe à élever au rang de classique. Le héros taiseux à l’inimitable manière de conduire donc, tantôt rageuse, tantôt douceur cathartique à l’intérieur, ou en dehors, du carcan de la solitude, est aussi un blouson au scorpion doré, un cure-dent emblématique, une phrase culte (« I drive »), mais aussi une gueule qu’on n’oublie pas, celle de Ryan Gosling.

Au travers de ces personnages, il faut aussi voir le fascinant kaléidoscope introspectif qui s’y joue. Avant d’être génie revendiqué, Refn est un homme qui s’interroge sans cesse sur sa masculinité et ses filiations : l’impuissance, la virilité, la beauté… Autant de questionnements qui connaissent sûrement leur point culminant avec Only God Forgives, récit s’il en est, de celui qui ne sait comment devenir ce que l’on attend de lui, c’est-à-dire un homme, un vrai (« tu seras viril mon Kid » n’est-ce pas ?). Refn y cultive le paradoxe de la beauté que l’on tabasse, comme un cri vengeur face à ses propres complexes. Car, n’oublions pas que NWR, c’est aussi celui qui, au début d’une projection de The Neon Demon explique que celui-ci est né d’une question sans réponse, « Pourquoi ma femme et mes enfants sont si beaux et moi non ? »…

Décennie écoulée pour portrait ambigu

Derrière le magnat visionnaire bouffé par la fierté, la décennie a également su éclairer les failles, faiblesses et doutes dévorants d’un Nicolas Winding Refn qui crée pour catalyser ses questionnements sombres et intimes (preuve en est avec l’excellent documentaire réalisé par sa femme, Liv Corfixen, My Life Directed By Nicolas Winding Refn). Car, avant la quête de reconnaissance, l’homme qui se tord les mains d’anxiété avant la projection de son film, ou demande à Jodorowsky de lui tirer les cartes, ne serait-il pas en demande d’amour, comme tout artiste qui se respecte ?

Critique The Mandalorian – Chapitre 1 : Chasse & Mandales, c’est la Fett !

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TOU DOUM. Révolution dans le milieu du streaming : Disney+ a débarqué aujourd’hui aux États-Unis et arrivera le 31 Mars 2020 en France. La plateforme de Mickey compte bien concurrencer les gros comme Netflix et Amazon Prime et pose c***** sur table avec The Mandalorian. À un mois de la sortie de l’Ascension de Skywalker, l’ultime épisode de la dernière trilogie Star Wars, cette série annonce un tournant stratégique pour le géant américain et la saga sur la guerre des étoiles.

– Je t’aime.

– Oui, je sais.

Disney s’est un peu offert la condescendance d’Han Solo en rachetant Star Wars. Qu’importe ce que je fasse, tant que c’est sur Star Wars, les gens aimeront et regarderont. Alors après la dernière trilogie et le spin-off Rogue One, Mickey plonge dans l’univers de Georges Lucas, au format série cette fois-ci. Mais où et quand exactement ?
Situé entre l’épisode VI et VII, The Mandalorian suit les aventures d’un … Mandalorien. On va la faire courte. Venant de la planète Mandalore, ces derniers sont craints à travers toute la galaxie car ils ont la particularité d’être des chasseurs de prime. Dans un univers manichéen où s’affrontent Jedi et Sith, ces mystérieux mercenaires masqués tirent leur réputation de récits légendaires. Braves, malins et redoutablement efficaces, ils sont devenus une véritable icône de l’univers de Star Wars, notamment grâce à Boba et Jango Fett, Jango que l’on remercie chaleureusement pour son implication et son dévouement à la cause scientifique en matière de clonage.

Rentrons dans le vif du sujet. Qu’en est-il de ce pilote de The Mandalorian ? Attention, SPOILER ALERT !

 » Disney has spoken « 

Bon, tout d’abord, nul besoin de sortir le pop-corn en pensant que vous allez passer 2 heures dans votre canapé, l’épisode ne fait que 38 minutes. Si vous voulez mettre un hachis au four, pas besoin de minuteur, regardez The Mandalorian.

L’épisode commence par notre chasseur en terrain glacial. On s’y fait notre première impression sur le personnage principal en quelques minutes. Débarquant dans un bar pour faire son taf, il est calme, méticuleux, très à l’aise au combat, utilise judicieusement ses outils (grappin) et son environnement (porte en forme d’anus), tranquille. En gros, c’est Batman, sans la voix qui mue. Il récupère un Mythrol, qui préfère discuter tuning que s’opposer à son chasseur. On y découvre là un Mandalorien peu bavard, appliqué à la tâche et qui collectionne les plaques de carbonite dans son Razor Crest. L’association intergalactique des philatélistes a appelé, ils en ont marre de passer pour des ploucs à côté des Mandaloriens.

Sa vie se résume donc à écumer la galaxie, à bord de son vaisseau, et à traquer des gens qui doivent de la thune à quelqu’un qui, lui, a les finances pour se permettre ce genre de service. En gros, un Mandalorien, c’est un huissier en freelance. Alors lui, il enchaîne les “ palets “, ces hologrammes qui lui indiquent qui il doit chasser, et il mène sa petite vie. Sauf que problème. Ces palets, il y en a de moins en moins. Les primes sont trop basses et ne couvrent même plus le coût du carburant. Galère galère la taxe carbone.

Notre Mandalorien (qu’on appellera Pedro jusqu’à ce qu’on sache son « identification ») est loin d’être une tanche. Il a bien bossé alors on va lui proposer une mission peu … conventionnelle. Pas de code d’identité, pas de palet, tout se fait sous la table. L’URSAFF des chasseurs de prime en PLS.

Pas de palet, pas de palet. L’intrigue est en place !   

Alors, la commande est simple. On donne à Pedro un capteur de positionnement et les quatre derniers chiffres d’identification de sa cible. On sait donc qu’il a 50 ans, qu’on va entendre bip-bip quand il va s’en rapprocher, et que son client le veut vivant. Mort, c’est possible, mais la récompense sera rabaissée. La récompense d’ailleurs, c’est un camtono rempli de beskar, un acier mandalorien utilisé pour fabriquer leurs armures. J’ai pas jeté un œil à la bourse de Coruscant, mais ça semble valoir bonbon.

Sa mission amènera Pedro sur une autre planète, qui ressemble étrangement à Tatooine. Là, petit comité d’accueil, il se fait attaquer (ou plutôt mordre en vrai) par deux piranhas sur pattes. Un habitant du coin, un figurant de La Planète des Singes de 1968 (ouais, ceux de Tim Burton ils font peur) qui s’est probablement perdu lors du tournage, déboule pour tazer les méchants piranhas. Ouf ! Pedro n’était pas loin de concurrencer Snoke aux Star Wars Darwin Awards.

On rigole on rigole mais cet habitant, pacifiste malgré son tazer, sera bien utile à notre Pedro. Il est prêt à l’aider car il veut se débarrasser “ des mercenaires assoiffés d’argent et de destruction dont leur place n’est pas ici “. Sauf que sans Blurrg, les piranhas sur pattes, pas possible de rejoindre leur campement ! Alors au boulot, une leçon d’équitation s’impose. Pedro galère un peu et ça craint pour lui. Bah ouais, d’habitude, la monture des Mandalorians, c’est un Mythosaure. Là, il sait même pas dompter un Blurrg, c’est comme s’il se faisait ridiculiser au saut d’obstacle par Capucine, 5 ans et demi, et son poney Camomille.

Mais, à force de persévérance, il y arrive le Pedro. Alors il chevauche son Blurrg, avec son nouveau pote, et il arrive au campement des mercenaires. Là, plus le temps de niaiser, c’est l’heure de se mettre au boulot ! Il tâte le terrain, jusqu’à ce qu’un autre collègue, un droïde, décide de venir jouer les cow-boys. Bon, tant pis, il semble avoir la gâchette facile, alors il va pouvoir l’aider contre ces dizaines de mercenaires, et partager la récompense. Pedro, il est pas là pour la thune lui, il est là pour faire le taf avant tout. Ils font donc équipe, ils butent les mercenaires et rentrent dans le bâtiment. C’est vide, c’est le bordel, mais le bip-bip sonne et le dirige vers … un landau.

Elle est où la caméra cachée ? Bah oui, parce que quand on se souvient que la cible devait avoir 50 ans, on se dit que finalement, un palet, ça évite de prendre les chasseurs de prime pour des cons et de les envoyer au charbon pour changer des couches au gamin de Jabba. Puis, on voit deux petites oreilles vertes sortir. C’est un petit bébé Yoda ! Un bébé Yoda de 50 ans, trop choupi !

Trop choupi, trop choupi, le droïde lui, qui doit pas s’enfiler de vidéos de chats au petit-déjeuner, souhaite boucler sa mission : en l’éliminant. C’est trop pour Pedro qui l’en empêche et débute ainsi sa carrière de nounou de l’espace.

Écran noir. Générique. Clap-clap.

Voilà pour l’histoire en quelques lignes, mais est-ce que c’était bien ? La mandale était bonne ?

Alors, il y a plusieurs avantages à faire une série dans l’univers de Star Wars :

La première, c’est de faire de la thune. Bon, nous, à l’échelle de spectateurs, ça nous en touche une sans faire balancer l’autre comme dirait notre défunt président.

La deuxième, c’est de s’alléger de la pression de faire un film. La saga Star Wars étant le Saint-Graal des sagas cinématographiques, il est compliqué de prendre des risques tant les trilogies s’étalent sur les générations. Il faut plaire à tout le monde, ne pas brusquer le néo-spectateur comme le fan inconditionnel. C’est pas évident et ça crée un clivage entre les générations, comme on a pu le constater pour la dernière trilogie.

Le troisième prend à contre-pied la pression, car une série, ce n’est pas un film. Une série qui s’implante dans un univers cinématographique aussi gigantesque, c’est la chance de s’offrir un nouveau virage, de creuser plus en profondeur dans un environnement si vaste, de se libérer de la pression de personnages iconiques auxquels le public est tant attaché et dont le moindre changement peut être adoré comme complètement rejeté.

Et quelle chance que de s’immiscer dans cet univers qu’est celui de Star Wars ! Quelle jouissance ce dut être pour Jon Favreau, le réalisateur du live action du Roi Lion, aux commandes de la série.

Car dans le cas de The Mandalorian, on rentre dans le quotidien de cette espèce peu développée dans les films, dont les innombrables légendes ont fait la réputation dans toute la galaxie. De redoutables chasseurs de primes, qui n’enlèvent jamais leur masque et qui chevauchaient des Mythosaures. Ça en jette sur le papier comme ça.

Dans la réalité, celle de Pedro, on y découvre un chasseur de prime orphelin qui n’est pas intéressé par l’argent. Loin de là même, puisqu’il offre le surplus de son beskar pour les orphelins (le forgeron a fait un peu de forcing en vrai mais on lui crédite la bonne action) et n’hésite pas à partager le gâteau s’il le faut. On ressent dans tout l’épisode le poids de la légende des Mandaloriens et cela attise la curiosité. On veut en savoir plus sur eux, on veut en savoir plus sur Pedro, on veut comprendre pourquoi cette chasse est ancrée dans leurs gènes. The Mandalorian va nous offrir une série qui va explorer l’univers de Star Wars sous un autre regard, un regard plus neutre et apolitique, un regard plus sombre et plus profond.

Car plonger dans The Mandalorian, c’est plonger parmi les oubliés de Star Wars, les laissés-pour-compte, comme Jar-Jar Binks ou Watto, les retraités, comme ce bon vieux figurant de la Planète des Singes. Car là où certains sont venus chercher la paix, ils y ont trouvé la guerre et le conflit. Et c’est l’intervention d’un intermédiaire extérieur qui va permettre de retrouver l’équilibre, de remettre l’équilibre dans la force. Et cet intermédiaire sera quelqu’un d’autre qu’un Jedi ou qu’un Sith.

À l’instar des westerns, dont on ressent grandement l’inspiration et les codes, The Mandalorian offre une image différente de Star Wars, une image plus clandestine, moins glorieuse. Une aventure solitaire d’un chasseur de prime orphelin dont la quête est de poursuivre l’héritage de ses ancêtres dans un monde où son seul repère semble être le siège conducteur de son Razor Crest.

En résumé, le pilote de The Mandalorian est très prometteur. Bien que le scénario soit, en surface, assez léger, les aficionados de Star Wars comme les amateurs trouveront leur bonheur dans ce nouveau format. L’environnement, très fidèle et réussi (heureusement quand on voit le budget alloué à cette production) nous ouvre grandement les portes d’un univers Star Wars hors des sentiers battus. Et on sent déjà le plaisir que l’on va avoir à chercher les Easter eggs de la saga la plus suivie dans le monde. Rendez-vous pour le chapitre 2 !

Concours : remportez des places de cinéma du film Countdown, l’application maléfique

Concours : Remportez des places de cinéma du slasher horrifique 2.0 Countdown, réalisé par Justin Dec, dans lequel, l’application pour smartphone compte à rebours, vous annonce le nombre d’années, jours, minutes et secondes qu’il vous reste à vivre…

SYNOPSIS, INFOS, BANDE-ANNONCE

Synopsis : Voulez-vous savoir combien de temps il vous reste à vivre ? Téléchargez l’appli Countdown ! Lorsque Quinn, une jeune infirmière, télécharge cette application à la mode, elle découvre qu’il ne lui reste que 3 jours à vivre. Elle doit trouver un moyen d’échapper à son sinistre destin avant la fin du compte à rebours.

Réalisation : Justin Dec
Genre Epouvante-horreur
Nationalité américain
Distributeur Metropolitan FilmExport
Le film sort ce mercredi, le 13 Novembre 2019, dans les salles obscures.

Le casting du film, Countdown, met en scène Elizabeth Lail (You, Dead of Summer, Once Upon A Time), Anne Winters (13 Reasons Why), Jordan Calloway (Black Lightning/ Riverdale), Tom Segura (Apprentis Parents), Tichina Arnold (Tout le Monde Déteste Chris), Peter Facinelli (Twilight), P.J Byrne (Rampage). Peter Facinelli (Twilight, Supergirl), ainsi que Talitha Eliana Bateman vue dans Annabelle 2.

Remportez 5×2 places de cinéma du  long métrage Countdown, un film horrifique entre Rendez-vous avec la peur (Night of the Demon) de Jacques Tourneur, Destination finale et Black Mirror.

Modalités du jeu concours

Pour participer à notre concours, réservé à la France Métropolitaine, il vous suffit de compléter le formulaire avant le 20 Novembre 2019. Pour augmenter vos chances, abonnez-vous à notre page Facebook ou notre compte Twitter. Renseignez vos réponses, vos coordonnées et cliquez à chaque étape sur les boutons « Suivant », puis « Envoyer » situés en bas du formulaire. Attention, aucune réponse mise en commentaire ne sera validée. En cas de problème, contactez-nous en utilisant le formulaire de contact.

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Les années 2010 : Jeff Nichols, l’humain comme raison de filmer

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Durant cette décennie des années 2010, un cinéaste américain aura tiré son épingle du jeu, à la fois par la simplicité naturaliste de ses essais mais aussi grâce à la véritable humanité qui se dégageait de ses intentions. Ce cinéaste n’est autre que Jeff Nichols, un artiste autant inspiré par Terrence Malick que par Steven Spielberg, qui derrière l’humanisme naissant de ses intrigues, observe avec inquiétude les peurs de notre société contemporaine. 

Sans que cela ne soit une quelconque coïncidence, c’est intéressant de noter que Jeff Nichols et Steve McQueen sont deux réalisateurs passionnants et totalement différents qui ont éclos plus ou moins au même moment : un peu comme le Yin et le Yang. L’un avec un cinéma esthétisant qui analysait avec férocité la mécanique organique du corps pendant que l’autre n’avait cesse de parler d’une Amérique subalterne, effrayée et en perdition, celle d’une périphérie en discorde, avec une mise en scène sobre et fluide tout en jalonnant ses films d’une de ses thématiques phares : celle de la paternité et ses fêlures. Alors que son premier film Shotguns Stories avait commencé à installer les caractéristiques de son univers, Take Shelter, son deuxième film, fut un coup d’éclat comme on en a rarement vu en cette année 2012, contant alors l’histoire d’un père ayant des visions d’apocalypse, et qui par la force des choses sombra dans une forme de paranoïa contagieuse (ou prophétique) qui fit se télescoper autant la sphère privée (la vie de famille, le couple) que la sphère sociale (la peur de l’autre, l’Amérique ostracisée). 

Au-delà de la performance extatique et viscérale de Michael Shannon, c’est l’interprétation tout en colère silencieuse de Jessica Chastain qui donnera aussi ses lettres de noblesse à Take Shelter. Pourtant, tant dans le fond que dans la forme, la présence de Jessica Chastain, qu’on venait tout juste de découvrir avec The Tree of Life, dans Take Shelter, paraissait presque naturelle tant Terrence Malick est du premier coup d’oeil une influence saisissante du cinéma de Jeff Nichols, notamment en comparaison avec la période de La Balade Sauvage ou de Les Moissons du ciel. En ce sens, le cinéma de Jeff Nichols, malgré ses aspirations aériennes et de genre (la SF pour Midnight Special), est une ode à la nature et au questionnement sur la place de l’humain dans un environnement parfois obscur et tétanisant. Que cela soit de Take Shelter à Loving, en passant aussi et surtout par Mud, le réalisateur, avec une certaine humilité, déclare son amour pour la Nature et les paysages foisonnants de cette Amérique naturaliste et parfois dépeuplée par une certaine misère sociale. Mais le cinéaste ne fait jamais du prisme social, un combat de classe : il observe la défaillance d’un système (judiciaire pour Loving) et fait de ses histoires, des récits initiatiques de grande envergure, obligeant toujours ses personnages à combattre pour leurs idéaux malgré une certaine fuite en avant. 

Sans rentrer dans les errements purement contemplatifs d’un Terrence Malick ou même dans la dureté sensorielle d’une Andrea Arnold (American Honey), Jeff Nichols marie plus son art avec celui de Kelly Reichardt (Certaines femmes), celui d’un cinéma « terrien », qui oscille entre académisme et classicisme d’une élégance rare: un univers où l’économie de moyens n’en oublie jamais le romanesque, où l’interrogation sociale n’en demeure pas moins influencée par un vrai travail de mise en scène. Ce n’est pas dans l’abus de verbiage ou l’appui stylistique que le réalisateur américain va puiser les contours savoureux de son cinéma, mais plutôt dans la simplicité du trait, un plaisir inquiet face au mythe, le respect du genre, sa direction d’acteur flamboyante ( Matthew McConaughey dans Mud ou Ruth Negga dans Loving), et un regain d’intérêt pour le portraitisme cinématographique. Autant que le mythe américain, la figure du père et la notion de famille sont un point d’ancrage dans la récurrence de ses thèmes. C’est celle qui se rapproche et s’unit par le biais des sentiments et l’amour de l’autre, l’envie de protéger l’être aimé, et par le sacrifice de soi comme pouvait en témoigner son troisième film, Mud. La famille étant une bulle dans laquelle on peut ou doit se réfugier face à une société qui voit sommeiller en elle des démons ambivalents qui ne cessent de vouloir la désolidariser. 

Pendant que le cinéma américain abuse parfois de films misérabilistes sur une population « white trash » en décomposition – Joe de David Gordon Green par exemple -,  Jeff Nichols va quant à lui prendre avec finesse le pouls d’une société où la peur de l’autre et la haine de l’inconnu sont monnaie courante : de l’image du père dans Take Shelter, de celle du repris de justice dans Mud, de celle fils prodigue dans Midnight Special et surtout de celle du couple de Loving luttant contre le racisme étatique, le cinéaste américain a toujours voulu lier le sort de l’humanité et sa capacité au bon vivre ensemble avec l’emprise de la Nature omnisciente et quasi divine sur l’humain (ou inversement). A l’instar d’un photographe comme Wright Morris, Jeff Nichols portraitise les bâtisses, les frêles fondations du rêve américain, l’enclos familial ou même la faune environnante. Il s’empare du mythe de l’Amérique et dissèque la liberté de l’Homme dans un décorum aussi social que naturaliste : Jeff Nichols est un peu comme Jim Jarmusch, un cinéaste qui aime filmer les détails du quotidien et magnifie les choses de la vie de tous les jours qui épousent la narration douce du cinéaste. 

Et même s’il se permet certaines échappées dans le cinéma de genre qu’est la SF avec Midnight Special, il n’en demeure toujours pas moins un cinéaste de l’humain, qui cette fois-ci, voit ses références s’acheminer un peu plus vers la filmographie de Steven Spielberg. Sauf que derrière ces images de Nature, de plaines, du ciel infini ou de longues routes découpant l’immensité étasunienne, Jeff Nichols est un réalisateur qui pointe du doigt les peurs de notre société et qui observe non sans frayeur la contagion d’un mal être sociétal d’une grande modernité : la peur de fin du monde, la violence du monde, la dureté de la jeunesse, le déterminisme familial, la croyance et le sectarisme, le racisme, la course à l’armement…

Avec des films comme Take Shelter, Mud ou même Loving, Jeff Nichols est l’un des grands cinéastes américains de la décennie, un nouveau visage singulier du cinéma mondial, loin du cynisme rigolard et de la misanthropie viscérale d’un Yorgos Lanthimos par exemple. Il revient à des fondamentaux, d’un art plus sobre et d’une retenue qui fait éclore, à de nombreux instants, des émotions humaines salvatrices. Un cinéaste qui voit l’Amérique par le biais de son horizontalité visuelle (celle du Sud, surtout) et par sa propension à diagnostiquer les stigmates d’une société en proie à la dissension.

Les années 2010 : Denis Villeneuve, un Québécois à la conquête d’Hollywood

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Petit Canadien devenu grand. Qui aurait pu croire, en l’espace de 10 ans, que le réalisateur d’Un 32 août sur terre et Maëlstrom deviendrait l’un des cinéastes les plus en vue dans le monde et coqueluche d’Hollywood. En une décennie, Denis Villeneuve s’est construit une filmographie à la fois ambitieuse et exigeante atteignant des sommets de cinéma, renouvelant les genres, tout en poursuivant l’œuvre de ses pairs/pères. À l’heure des bilans, il est impossible de ne pas revenir sur le génie canadien, aujourd’hui personnalité incontournable du paysage audiovisuel contemporain.

Pour comprendre l’étonnante ascension de Denis Villeneuve, il est important de saisir l’évolution d’un cinéma à la fois étrange et singulier, audacieux et conscient de ses forces qui deviendra au fur et à mesure un pur cinéma de mise en scène. C’est en 1998 que le cinéaste fait ses premiers pas avec Un 32 août sur terre, fable décalée poético-romantique sur une femme qui décide d’avoir un enfant après qu’un grave accident de voiture. Le film est présenté dans plus de 35 festivals dont Cannes (Un Certain Regard) et Toronto.

Il y a déjà, dans ces premiers balbutiements de caméra, un sens aiguisé du cadre, des échelles, de la profondeur et des couleurs. Un sens décalé de la narration qu’il poursuivra dans Maëlstrom (2000), objet plus bancal narrativement où un vieux poisson – à la veille de se faire découper en rondelles – devient narrateur du film. Le film rencontrera un certain succès et sera considéré comme fer de lance d’un nouveau cinéma québécois dont Jean-Marc Vallée emboîtera le pas.

L’ÉCLOSION : Polytechnique et Incendies

Après neuf ans de disette ou presque (si excepté son court-métrage Next Floor en 2008), Denis Villeneuve monte son cinéma d’un cran avec Polytechnique. Un film charnière de sa filmographie sur la tuerie de l’Ecole Polytechnique de Montréal en 1989. Un choc brutal et âpre, en noir et blanc, plongeant dans les origines du mal et de la folie meurtrière. Un film faisant forcément écho à l’Elephant de Gus Van Sant mais qui aborde le massacre de manière beaucoup plus frontale, sèche. Mais la vraie bascule de son cinéma advient avec son film suivant : Incendies (2010).

Une ouverture saisissante sur You and Whose Army ? de Radiohead suffit presque à nous happer dans ce drame percutant et puissant. Le cinéma ambitieux de Denis Villeneuve prend alors toute sa mesure dans cette adaptation de la pièce de Wajdi Mouawad. Une grande tragédie contemporaine, un voyage initiatique sous forme de quête des origines pour deux jumeaux, s’étalant sur plusieurs époques, lieux et générations. Usant de multiples allégories et flash-backs, le cinéaste québécois démontre sa capacité à allier la puissance d’un récit à une grande maîtrise de mise en scène. Le résultat est d’une redoutable efficacité, renouant avec une certaine idée de la tragédie grecque, à la fois dévastateur et haletant. Personne ne s’y trompera et ce succès critique s’en suivra d’une ribambelle de prix et d’une nomination à l’Oscar du meilleur film étranger en 2011.

À LA CONQUÊTE D’HOLLYWOOD : Enemy, Prisoners, Sicario 

Fort du succès international d’Incendies, Denis Villeneuve accède aux portes d’Hollywood avec deux projets diamétralement opposés qu’il écrira et réalisera en l’espace de 18 mois : Prisoners et Enemy (2013). Particularité assez rare pour être soulignée, Enemy fut tourné avant Prisoners mais c’est ce dernier qui sortira le premier. Question de statut entre les deux films : « Le film de studio est comme une opération militaire préparée des années à l’avance […] les producteurs savaient que Prisoners allait sortir le 20 septembre 2013 depuis 18 mois, donc toute la structure de fabrication du film et le plan marketing ont été faits en fonction de cette sortie. […] Tout le monde a décidé, avec sagesse, de repousser Enemy à plus tard, parce que ça devenait compliqué de superposer les promotions des deux films en même temps » [1]

Trajectoire logique lorsque l’on regarde la mutation de son cinéma. Enemy, et ses tons jaunâtres, constitue la dernière pièce volontairement étrange et inclassable de sa filmographie (pour l’instant ?) avant d’épouser les grosses productions hollywoodiennes. Objet aussi fascinant que troublant, sur le double et l’identité, Villeneuve dévoile un film psychologique complexe et moite, se servant de l’environnement oppressant des tours de Toronto pour livrer une expérience déroutante et oppressante.

Selon l’auteur de ces lignes, la rencontre avec les grands studios mais aussi Roger Deakins (immense chef opérateur), va considérablement transformer le cinéma de Denis Villeneuve, lui donnant les moyens de ses ambitions visuelles, sans abandonner ni sa singularité d’auteur, ni sa fascination pour les origines, les troubles et la complexité. C’est d’abord le cas pour Prisoners, où il retrouve Jake Gyllenhall, dans l’un des meilleurs thrillers de ces vingt dernières années, renvoyant la balle à David Fincher (Seven, Zodiac) et Jonathan Demme (Le Silence des Agneaux).

L’atmosphère sombre et épurée qui berce le film, s’accompagne d’une réflexion sur le rapport qu’entretien l’homme face à la violence, au désir de vengeance et de justice. D’une noirceur abyssale, tendu comme un fil, haletant de bout en bout, incarné magistralement, Prisoners est la grande réussite du genre que l’on n’attendait plus.

Autre réussite s’il en est, Sicario (2015) permet d’asseoir la légitimité d’un cinéaste qui aura carte blanche pour ce thriller où tensions et faux-semblants baignent dans l’univers des cartels mexicains. Quand Villeneuve épouse les genres, il le fait à corps perdu, apportant à la fois son identité visuelle tout en respectant (et dépassant) les poncifs inhérents aux genres. Armé d’une précision de mise en scène, devenant véritable marque de fabrique, Sicario balade malicieusement le spectateur dans un thriller mental, aux fulgurances tendues, à l’instar de cette séquence de course poursuite à la frontière mexicaine.

SF mon amour : Premier Contact, Blade Runner 2049

Pour l’amateur de genre qu’il est, il était difficile de ne pas voir Denis Villeneuve se frotter à l’un des genres roi du cinéma : la science-fiction. Les plus grands s’y sont attelés. Avec Premier Contact, Villeneuve renoue avec un certain genre de SF, une sorte de prolongement de l’œuvre de Spielberg (Rencontres du troisième type).

Un retour aux origines gagnant pour une œuvre oscillant entre le palpable et le mystère, le spectaculaire et l’intime. Villeneuve y imprime sa marque, grâce à une innovation visuelle et sensorielle stupéfiante ; des décors intérieurs et extérieurs jusqu’au langage extraterrestre, la minutie et l’inventivité de l’entreprise forcent le respect. L’une de ses plus grandes réussites pour un « petit » budget de 50 millions de dollars, relativement peu pour un film de ce calibre, de quoi caresser les producteurs dans le sens du poil avec 100 M de dollars de recettes. Un pari gagnant qui l’entrainera dans son œuvre la plus démesurément ambitieuse à savoir Blade Runner 2049.

Reprendre une œuvre aussi fondatrice du genre, influente et culte que Blade Runner relevait d’un défi fou autant que d’une prise de risque insensée. Déjà, il fallait répondre à l’univers visuel cyberpunk de Ridley Scott, ce qui sur le papier n’était pas une mince affaire. Villeneuve et Deakins y offre un univers visuel époustouflant de richesse et sidérant de beauté, notamment sur l’harmonie des couleurs et l’éclat des nuances. Blade Runner 2049 est d’une ampleur folle. Jamais son travail sur la profondeur de champ et les changements d’échelles et de perspectives n’a été aussi poussé, à la fois très épuré et complexe.

La démesure de l’entreprise et l’ambition sans limites qu’il s’est octroyé en font très probablement l’une des grandes œuvres visuelles de notre époque. Il y développe un art de la contemplation, de l’abstraction. Cependant, Villeneuve n’oublie jamais d’y injecter la part d’intime qui fait le sel de tous ses films. Les personnages sont complexes, portant l’héritage du film de Scott tout en développant de nouvelles idées, de nouvelles perspectives. C’est peut-être son plus beau, son plus grand. La conclusion d’une décennie quasi-parfaite d’une œuvre fascinante en construction à peu d’égal.

Le premier film du reste de ta vie : Dune

D’un mythe à l’autre, Denis Villeneuve va s’attaquer désormais à une œuvre maudite : Dune de Frank Herbert. Une nouvelle adaptation du roman de science-fiction après le projet dingue avorté d’Alejandro Jodorowsky (N.D.L.R : voir Jodorowsky’s Dune qui en parle) et David Lynch, gâchis de l’époque et renié par son auteur, dont Villeneuve semble vouloir s’écarter : « Ce n’était pas le film que j’avais imaginé. Je tenterais de mettre en image ce que j’avais imaginé quand je lisais les lignes de Frank Herbert, ce que je voyais, ce que j’imaginais. Ce ne sera pas un remake ou un reboot mais seulement une adaptation du roman.» Un film prévue pour décembre 2020, qui réunira un casting de prestige, à savoir Timothée Chalamet, Oscar Isaac, Josh Brolin, Javier Bardem, Charlotte Rampling, Zendaya et d’autres encore.

Cinéaste du spectaculaire et de l’intime, Denis Villeneuve aura ébloui de son talent la décennie 2010 par des œuvres d’une grande richesse à la fois visuelle et thématique, sachant revisiter et renouveler les gens avec un réel sens de la narration. Pour preuve, sa présence à trois reprises (Incendies, Premier Contact et Blade Runner 2049) dans notre top de la décennie. Du cinéma de mise en scène, de l’image, conscient de son ambition mais qui n’oublie jamais l’essence même de ce qui fait le septième art : l’émotion. Du beau et bon cinéma populaire, comme il en existe trop peu aujourd’hui. Une œuvre en mouvement qui va trouver son prolongement à l’aune de la décennie qui arrive, auquel tout le monde sera attentif.

Source :

[1] : Allociné
[2] : Première

Midway : la guerre selon Roland Emmerich

Après l’échec très médiatisé de son Independance Day : Resurgence, on se demandait où le vétéran Roland Emmerich allait poser ses caméras pour un énième spectacle pyrotechnique. Et quoi de mieux pour un partisan de la destruction massive féru d’histoire que de convoquer un évènement justement empli d’explosions et de douilles par centaines ? Telle est la raison d’être de Midway en somme, qui lui permet ainsi un come-back inespéré dans le game du destruction porn, tout en donnant à voir une page de la Seconde Guerre mondiale. Hélas, si les intentions sont louables, le résultat est très franchement en-deçà des ambitions du bonhomme. Touché, coulé comme on dit…

Que ce soit via The Patriot – qui évoquait la naissance des Etats-Unis -, Anonymous – qui plongeait dans l’époque shakespearienne -, ou 10.000 qui montrait une certaine idée de la Préhistoire, on a fini par comprendre une chose vis à vis de Roland Emmerich : il kiffe l’Histoire. Bon, il kiffe aussi les explosions, les théories du complot et les intrigues à teneur mondiale, mais on sent surtout qu’en tant que cinéaste, il voue un certain respect tacite à l’Histoire, car cette entité est inaltérable, intangible et surtout terreau à quantité d’anecdotes et de faits souvent méconnus. Passé ce constat, inutile de dire que le voir loucher bien fort sur un film de guerre, qui plus est pendant la Seconde Guerre mondiale, avait tout du cheminement logique. Et ce d’autant plus quand l’on sait que le bonhomme est depuis ses débuts attiré par une idée de cinéma à contre-courant des normes actuelles : la dilution de la fonction sujet. Ainsi chez Emmerich, pas question de n’avoir qu’un seul héros qui récolte tous les lauriers, mais bien plusieurs. Et si possible, de différente stature. De cette manière, pas difficile de comprendre pourquoi il s’est entiché de la bataille de Midway, survenue dans l’immensité du Pacifique en 1942. Cette bataille, capitale pour l’Oncle Sam, fut en effet une victoire sans appel pour les forces américaines qui parvinrent à gagner au prix d’une parfaite collaboration entre tous les corps de métiers de l’aéronavale : les pilotes d’abord, les marins ensuite et surtout les agents de renseignements qui dictèrent sciemment le sens des combats en crackant les messages de l’ennemi japonais, permettant ainsi de duper les forces impériales et leur infliger des pertes à telles point colossales qu’elles tueront dans l’œuf leurs velléités d’invasion des USA. Voilà, ça c’est le contexte, l’idée de base quoi. On aurait pu penser qu’avec ça et Roland Emmerich en caution pyrotechnique, le film allait être la cible d’une bataille entre plusieurs studios désireux de caser dans leur line-up envahi par les super-héros & le lycra, une odyssée guerrière bien faite afin d’appâter le chaland âgé de plus de 45 ans. Et on aurait eu tort. Aucun studio n’a répondu à l’appel, le forçant à autoproduire son film (chose assez rare à Hollywood) et donc à porter à bras le corps ce projet, sans soutien digne de ce nom. Qui dit aucun studio, dit donc aucun vrai budget et c’est ainsi que Emmerich, au prix de beaucoup de partenariats et ventes internationales, a dû composer avec un budget de 100 millions de $, faisant de son film un des longs-métrages indépendants parmi les plus chers de l’histoire.

Reste que 100 millions de dollars, dès lors qu’on cause blockbuster de guerre, ça pèse pas lourd dans la balance. Pas du tout même. Résultat, le film, sans doute au grand dam d’Emmerich, accumule les concessions et autres pirouettes pour éviter les dépenses inutiles. Ça passe par quantité d’incrustations ratées, de fonds verts mal finalisés, d’interprétations rabotés et surtout d’une volonté de limiter l’action au minimum. Ça a le mérite d’épouser l’idée à la base du projet – à savoir les louanges adressées aux Renseignements qui furent décisifs dans la victoire des USA – et surtout, fait rare, d’humaniser l’autre force en présence : les Japonais. Dans le Pearl Harbor de Michael Bay, les japonais étaient unis derrière une volonté manifeste d’humilier les USA. Ils semblaient antipathiques, fonctions, clichés même, et on ne ressentait pas derrière leurs agissements, quelconque humanité. A cela, Emmerich ose prendre le chemin inverse en humanisant le Japon. Dès le début d’ailleurs, qui se déroule en 1937, nous voyons des Japonais en pleins pourparlers de paix avec les USA, et par la suite, nous les verrons humbles, humains, combattifs certes, mais emplis de doutes et loins de l’image carnassière déployée dans beaucoup d’autres films situés à la même période. Ainsi, sans pour autant tomber dans la plus pure empathie avec eux, on éprouve à l’instar des USA, un respect comme dans chaque combat. Et quel combat. Puisque si l’on peut déplorer un manque criant de moyens, rendant parfois difficile l’immersion dans tout ce délire pyrotechnique, force est d’admettre que Roland Emmerich n’a rien perdu de son mojo dès lors qu’on parle destruction de masse, grand spectacle et gigantisme. Le film respire ainsi une aura guerrière à tous les instants, on se plait à voir douilles, explosions, avions, bateaux, torpilles, et on a beau avoir du mal à le dire, on est pris à fond dans le délire. On passe d’un corps de l’armée à un autre, on entrevoit beaucoup de têtes connues pour quiconque aime cette partie de l’Histoire, et surtout le traitement accordé à l’ensemble laisse poindre un vrai respect des deux camps. Reste que derrière le spectacle proposé, on en revient toujours à un détail qui fait malheureusement la différence ici : le budget. Nul doute ainsi que si Roland Emmerich avait eu le moyen de ses ambitions, et surtout un vrai budget, on aurait pu assister à un croisement entre le solennité d’un Pearl Harbor et le réalisme d’un Dunkerque. Patatras, tout ce qu’on aura, c’est un film qui fait honneur au diction : on fait ce qu’on peut avec ce qu’on a. Est-ce suffisant pour accoucher d’un bon film ? Pas si sûr. Est-ce suffisant pour accoucher d’un bon divertissement ? C’est possible oui.

Si l’on peut remercier Roland Emmerich de partiellement laver l’affront de son Indépendance Day : Resurgence en montrant qu’il est toujours apte à servir du grand spectacle à la demande, reste que Midway souffre une fois n’est pas coutume d’un criant manque de moyens pour convaincre définitivement. En atteste son torrent d’effets visuels souvent grossiers qui empêchent l’immersion totale, quand bien même le bougre filme un véritable apocalypse aéronaval avec un certain sens du panache et de la jouissance. 

Bande-annonce : Midway

Synopsis : Après la débâcle de Pearl Harbor qui a laissé la flotte américaine dévastée, la marine impériale japonaise prépare une nouvelle attaque qui devrait éliminer définitivement les forces aéronavales restantes de son adversaire. La campagne du Pacifique va se jouer dans un petit atoll isolé du Pacifique nord : Midway. L’amiral Nimitz, à la tête de la flotte américaine, voit cette bataille comme l’ultime chance de renverser la supériorité japonaise. Une course contre la montre s’engage alors pour Edwin Layton qui doit percer les codes secrets de la flotte japonaise et, grâce aux renseignements, permettre aux pilotes de l’aviation américaine de faire face à la plus grande offensive jamais menée pendant ce conflit

Midway : Fiche Technique

Réalisation : Roland Emmerich
Scénario : Wes Tooke
Casting : Woody Harrelson, Luke Evans, Mandy Moore, Patrick Wilson, Ed Skrein, Aaron Eckhart, Nick Jonas, Tadanobu Asano, Dennis Quaid, Keean Johnson, Luke Kleintank, Jun Kunimura, Etsushi Toyokawa, Darren Criss, James Carpinello, Mark Rolston, Jake Weber
Direction artistique : Isabelle Guay
Décors : Kirk M. Petruccelli
Costumes : Mario Davignon
Photographie : Robby Baumgartner
Montage : Peter R. Adam et Christoph Strothjohann
Musique : Harald Kloser et Thomas Wanker
Production : Roland Emmerich, Mark Gordon, Harald Kloser
Coproducteurs : J. P. Pettinato et Marco Shepherd
Producteurs délégués : Alastair Burlingham, Matt Jackson, Carsten H. W. Lorenz, Brent O’Connor et Dong Yu
Sociétés de production : Centropolis Entertainment, Starlight Culture Entertainment Group et The Mark Gordon Company
Budget : 100 000 000$

Etats-Unis – 2019

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Adèle Haenel : itinéraire d’un embrasement annoncé

Lorsqu’Adèle Haenel s’exprime le lundi 4 novembre, elle ne le fait pas seulement pour parler d’elle et des faits qu’elle reproche au réalisateur Christophe Ruggia, mais pour s’adresser à la société. Cet acte politique fort est à l’image de la carrière de l’actrice qui s’inscrit lui aussi dans l’espace public pour dire quelque chose de la société. Nous avons donc décidé de revenir sur l’itinéraire de l’actrice et sur la capacité du cinéma, de la société à entendre sa parole avant de lui adresser une lettre ouverte.

Regarder la société et le cinéma en face

Il ne s’agit pas pour Adèle Haenel de faire l’actrice (au sens péjoratif du terme), mais d’utiliser le jeu, son corps de comédienne pour donner à voir et à penser certains phénomènes. Cela se construit autour de cinéastes engagés notamment Céline Sciamma qui dès Naissance des pieuvres s’attachait à déconstruire une image de femme fatale faussement attribuée à une jeune ado, Floriane (jouée par Adèle Haenel). L’idée était de déconstruire une image pour forcer le regard du spectateur à se méfier des apparences et à accepter de regarder les choses en face, sans détourner les yeux. Après cela, la carrière d’Adèle Haenel a été jonchée d’autres films marquants portants sur ces questions de regard et de perception. On se souviendra notamment de la sortie d’Orpheline d’Arnaud Des Pallières qui racontait sur plusieurs années et à travers quatre actrices jouant la même femme, le parcours chaotique d’une jeune femme et son rapport aux hommes.

La construction même du personnage, les choix qu’elle faisait étaient autant d’instants parfois choquants qui s’attachaient à montrer à quel point le regard du masculin sur le féminin pouvait aller jusqu’à biaiser la représentation même du personnage. Ainsi, dans son rapport aux hommes, l’héroïne d’Orpheline se sentait obligée de jouer un rôle : sexuel d’abord, mais aussi lié à la propreté, au besoin de faire le ménage pour s’inscrire dans un lieu. Bref, d’être à la fois objet sexuel et utile pour satisfaire ce qu’elle croyait être les attentes des hommes. Parfois satisfaits, parfois heurtés, les hommes du film étaient également construits autour de ce rôle que Renée se donnait auprès d’eux et de la place qu’ils voulaient bien lui donner, de l’image qu’ils lui renvoyaient d’elle. Un trajet complexe défendu par l’actrice Adèle Haenel qui portait une parole sur le film parfois accusé de misogynie. Elle mettait en avant notamment l’idée que son parcours, le discours qu’elle construit dans l’espace public et à travers le cinéma, ne pouvaient cautionner une telle vision et qu’il fallait forcément voir au-delà, à travers ce film. « Ce n’est pas tant le sujet du film que le regard qui m’intéresse. D’ailleurs, les films à sujet sont souvent les plus chiants parce que traités de manière ultraclassique, sans invention » (interview donnée au Nouvel Obs en avril 2017).

Cet exemple montre à quel point le regard porté sur les femmes est complexe dans la société. Souvent réduit à peu de choses, stigmatisé ou caricaturé, il n’aboutit jamais à regarder la réalité en face. D’autres femmes publiques ou de cinéma ont pourtant ouvert leur voix et la voie récemment en témoignant notamment contre Hervé Weinstein. On l’a vu avec le documentaire L’intouchable Hervé Weinstein d’Ursula Macfarlane, cela n’a pas été facile. Le documentaire revenait en grande partie sur le système global qui a permis à un tel homme d’agir. Il poussait à réfléchir à ce système tout entier et à ce qu’il construit. C’est tout le travail, hors monde du cinéma puisqu’on est ici dans le domaine religieux, que faisait aussi François Ozon avec Grâce à Dieu. La question n’est pas seulement de condamner un homme, mais de faire vaciller tout un système pour le pousser à se regarder en face et à s’interroger. Dans une moindre mesure, quand Andréa Bescond écrit Les Chatouilles, elle interroge un autre système fermé dans lequel tout et n’importe quoi peut arriver : la famille. Là encore le système clos, l’amour qui unit ses membres, les liens forts, certains de domination, entraînent des difficultés à faire émerger la parole et rendent de telles situations possibles.

Dans le cinéma, et c’est d’ailleurs ce que met en avant Christophe Ruggia dans son droit de réponse à Médiapart, il y a un mythe d’une relation entre le réalisateur, le « maître à bord du vaisseau tournage » et ses acteurs (bien souvent des actrices) : un rapport bien souvent décrit comme amoureux puisque la caméra « frôle » les corps, les caresse, les embellit, les magnifie. Quand Ruggia parle de « pygmalion », c’est bien ça qu’il évoque aussi, puisqu’il ne s’agit rien moins que d’un créateur qui tombe amoureux de sa création, ou encore pire, de sa créature. Or, une actrice, et encore plus une enfant qui débute dans le cinéma, n’est pas une créature mais un être humain. Et Les Diables est un film complexe à aborder car c’est un film débordant d’amour entre une petite fille autiste et son frère, des enfants abandonnés, invisibles, auxquels Ruggia prétend donner une voix, comme il l’avait fait aussi avec l’adaptation du livre Le Gone du Chaâba au cinéma. Les Diables est un film viscéral dans lequel l’actrice Adèle Haenel est bouleversante aux côtés de Vincent Rottiers. Mais le film reflète aussi un malaise, celui du rapport au corps de ces enfants qui découvrent, pourtant liés par le sang, leur sexualité. Le manque de discernement de l’enfant étant renforcé par son handicap. A la différence de Marie et Floriane qui s’observent, se cherchent et finissent par avoir une relation sexuelle certes douloureuse mais consentie (dans Naissance des pieuvres), Joseph et Chloé (dans Les Diables) sont deux personnages malades, fatigués par la vie qui n’ont d’autres choix que se jeter l’un dans l’autre pour délier une curiosité, une soif, presque un besoin…

Aujourd’hui, il est difficile de ne pas soutenir Adèle Haenel tant sa parole n’appelle pas au lynchage de Ruggia mais à la réflexion d’une société qui préfère se voiler les yeux en brandissant des étendards (tels que le voile, les féministes et leur prétendue mauvaise foi ou haine des hommes) plutôt que de réfléchir collectivement au problème qui se pose et qui ne s’arrête pas seulement au cinéma, mais qui engage la société. Laissons la parole à Adèle Haenel car elle l’a très bien exprimé, faisant monter le débat au-delà de sa seule personne : « les monstres ça n’existe pas, c’est nous, c’est nos amis, c’est nos pères, c’est notre société, c’est ça qu’il faut regarder…Ça ne veut pas dire qu’il faut les éliminer mais il faut les changer, il faut passer par un moment où ils se regardent, où on se regarde… ». Adèle Haenel a pour elle d’avoir parlé, l’enquête de Médiapart qui revient longuement sur les accusations de l’actrice, avec des témoignages (qui parlent d’un malaise mais n’ont pas assisté aux faits eux-mêmes) sont aussi de son côté, elle ne parle pas de nulle part. Il y a certes son refus de porter plainte, la présomption d’innocence qui fait qu’on se doit de garder la raison et de rester prudents. Pourtant, désormais, une enquête va avoir lieu puisque le parquet s’est autosaisi, une fois que l’hystérie collective retombe, Christophe Ruggia n’a pas été lynché en place publique, son éviction de la SRF est encore en attente comme le dit très bien cet article. Pourtant, si l’on peut s’étonner que la parole d’Adèle Haenel se fasse dans l’espace public et non dans celui de la justice, qui le croit-on est moins hystérisant, il a été de tout temps des paroles qui se sont écrites dans l’art et pas dans les tribunaux.

Et heureusement qu’il a aussi ce rôle de dire les choses douloureuses. Ne cherchons pas systématiquement à vouloir faire taire une parole sous prétexte que certaines auraient été faussées. Adèle Haenel se sent aujourd’hui légitime à parler et nous avons très envie de l’écouter, de la remercier pour ce courage, ce choix. Qu’on puisse lui dire et qu’elle puisse penser que cela serait un frein à sa parole est un véritable problème, comme une seconde violence. Sommes-nous prêts cependant à écouter réellement cette parole, à en faire quelque chose ou prétendons-nous le faire comme depuis deux ans et la naissance du mouvement « me too » ? Quand Zola écrit son « J’accuse » il le fait à l’encontre de toute question juridique, il le fait pour s’adresser à la société, pour la forcer à s’observer, à se questionner, à désigner les coupables certes, pas pour les détruire, mais pour les aider, eux aussi, à se reconnaître ainsi. Il en venait donc à parler de la société car lui aussi voulait remettre le monde « dans le bon sens » : « Quand une société en est là, elle tombe en décomposition », et  c’était ça le véritable enjeu, pas l’accusation elle-même.

Alors écoutons Adèle Haenel, soutenons-là au nom de ses mots jamais violents, de sa pudeur, de ses prises de paroles publiques toujours mesurées, presque pétries d’excuses d’être-là, pleines de blancs, de trous, jamais dogmatiques.

Écoutons-là car nous l’avons regardée jusqu’à maintenant : ce grand corps puissant, brut, mais aussi fragile, souriant.

Je me souviens d’Adèle souriant à Pio Marmai en lui expliquant sur un schéma sur une nappe une histoire d’amour compliquée. Elle jouait Marianne il jouait Alex dans Alyah d’Elie Wajman.

Je me souviens d’Adèle répondant « bah… c’est moi » à un spectateur l’interrogeant sur la manière de construire la démarche de son personnage, sa gouaille dans Les combattants.

Je me souviens aussi d’Adèle alias Léa au milieu de toutes ses sœurs de cinéma dans L’Apollonide de Bertrand Bonello.

Je me souviens de sa stature forte et sincère dans La fille inconnue des frères Dardenne, de ce regard apaisant et droit.

Je me souviens aussi et surtout du regard porté sur Adèle par Céline Sciamma : quand elle la filmait dansant dans une fête d’ados dans Naissance des pieuvres, se dérobant déjà au regard de ceux qui voulaient la cataloguer ou quand elle l’observe s’émerveiller devant un opéra à la toute fin de Portrait de la jeune fille en feu. La connivence intellectuelle des deux artistes s’écrit ainsi. Et c’est ainsi que toute œuvre d’art devrait toujours se construire. Car dans Portrait de la jeune fille en feu, un personnage dit que c’est beau l’égalité, et lutte ainsi contre les questions de pouvoirs qui pourrissent les œuvres, leurs auteurs et ceux qui en deviennent les objets.

Espérons seulement que le sursaut vanté par tous les médias, le « moment Adèle », fasse plus qu’être une date mais soit un instant de réflexion réel, voire de reconstruction, pour remettre le monde du cinéma dans le bon sens !

Chloé Margueritte

Lettre ouverte à Adèle Haenel par Chris 

Avec toujours ce fidèle mouvement de lèvres légèrement pincées et ces larmes au bord du gouffre que tu te refuses à laisser couler tout à fait Adèle, aujourd’hui, tu parles, plus fort et distinctement que jamais.

Adèle, si tu peux aujourd’hui amorcer une telle tribune et livrer ta parole d’une telle façon, c’est, comme tu le dis si pertinemment toi-même, par le biais du confort, de l’importance et du poids que te confère ta situation sociale. Ce confort de vie est la matrice du silence qui devient parole. Parole qui compte et que l’on entend. Car, parler, tu l’avais déjà fait, et même de cela dix ans en arrière, mais il était alors plus facile pour les récepteurs de taire cette confession et de revêtir les œillères si chères à notre société. Au contraire du temps présent, où, du fait de ta notoriété grandissante, il serait déplacé (question d’image, encore et toujours…), même pour les principaux protagonistes, d’ignorer de tels propos. Tu décris un acte en deux temps, une prise de conscience de ce qui a été vécu d’abord, un devoir d’agir ensuite pour « abriter mes sœurs ». Quelle phrase sublime Adèle… Tu places la sororité au cœur de ton combat, tu veux éclairer « le fond de la scène », prendre la main de tes sœurs inconnues qui partagent ta souffrance sourde. Et, dans ce combat, c’est bel et bien ta notoriété même, ta place sociale qui fait que tu n’as rien à gagner, mais tout à perdre.

Qui est cet homme qui, aujourd’hui que vos rôles se sont inversés (la puissance a changé de camps pour ainsi dire), ose dire qu’il t’a « découverte », qu’il t’a faite si je comprends bien ? Qui est-il pour se prétendre élément déclencheur de ton talent, de ta force et de ton importance ? On ne « fait » pas les autres, on se fait soi-même, toujours, forcément. Il y a, que ce soit au cinéma ou ailleurs, des êtres qui se construisent et donc des destinées qui se croisent, s’épaulent et font un bout du chemin ensemble. En cela, cet homme ne t’a pas élevée que je sache ? Il est peut-être l’un des premiers à avoir perçu ton talent, certes, mais pas celui qui l’a placé dans tes tripes, ça non, personne d’autre que toi ne l’a fait chère Adèle.

Un autre des points qui fait la pertinence de tes paroles est la réflexion que tu exprimes quant à la culture du viol, et, plus globalement, de la représentation des femmes au sein du septième art. Le Male Gaze que celui-ci véhicule depuis toujours est une réalité, un sombre fait. C’est lui qui fait, qu’aujourd’hui, un film comme Portrait De La Jeune Fille En Feu soit en tout premier lieu défini par son regard féminin, et que nous (en particulier en tant que femmes nous-mêmes) en soyons soulagées, comme enfin libérées d’un poids. Nous sommes en 2019 et nous sommes surprises d’être enfin face à un film qui aborde notre point de vue ! Surprises, l’espace de deux heures, de ne pas être objectifiées, aliénées, déconsidérées, que le statut de muse n’est pas un statut passif ! Bien évidemment que je grossis le trait, car toi comme moi savons que d’autres cinéastes ont déjà tenté de mener ce combat, mais le fait est que ces actions restent remarquées, car exceptionnelles, et c’est là tout le fond du problème. La question est la même pour la représentation du viol, et plus précisément de la pédo-criminalité. Quelle n’est pas aussi notre surprise, pas plus tard (enfin ça l’est bien assez !) que l’année dernière, de découvrir le sublime Les Chatouilles d’Andréa Bescond et de se dire « tiens, c’est vrai que peu de films représentent aussi frontalement la violence et le traumatisme du viol d’un enfant ». De voir que, comme tu le dis si bien, les monstres n’existent pas. En tout cas, les monstres ne violent pas, les « humains », si….

Adèle, ta prise de parole est une détonation (que j’espère énorme et pérenne) au sein de l’omerta monstre qui règne au sein du cinéma français quant aux faits d’agressions sexuelles. Tu pousses, de la seule force de tes bras, jeunes encore, le couvercle solidement vissé par toute une industrie sur l’innommable des actes dont même la justice ne fait pas (ou trop peu) cas. Ah, qu’elle est belle cette grande famille de cinéma, solidaire et taiseuse, qui se serre les coudes, se renvoie la balle et ignore les fautes impardonnables de ses confrères. Qu’ils sont beaux ces artistes et techniciens qui font l’image mais se cachent eux-mêmes les yeux. Qu’elle est belle cette justice, qu’il est beau ce peuple, qui font du statut de l’artiste, un alibi en lui-même.

Adèle, très chère Adèle, tu nous parles, tu leur parles, tu me parles, et c’est donc tout naturellement, de ta force seule, que découle le besoin de t’adresser cette lettre ouverte. Car oui Adèle, tu es entendue, la preuve en est que l’on te répond aujourd’hui, faisant fi de l’impartialité et de l’objectivité qui devrait être la nôtre en tant que journalistes, car, et c’est je crois la base même de ta pensée, nous sommes des humains avant tout, qui devons prendre le temps de se regarder les uns les autres. Ton regard, je l’ai moi-même croisé, en août de cette année, à l’occasion d’une interview, puis de petits moments volés, où ton intelligence n’avait d’égal que la force de ton rire magnifique. A ce moment-là, tu nous confiais te plonger plus que jamais dans les écrits et pensées féministes, avec la rage silencieuse d’agir je crois. Quel chemin parcouru depuis ces mots Adèle. Tu n’es plus Héloïse, tu es Marianne. Notre Marianne.

Comment et pourquoi « filmer le quotidien » au cinéma ?

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Aux Impressions nouvelles paraît Filmer le quotidien, un ouvrage collectif questionnant le septième art dans ce qu’il a de moins spectaculaire : le caractère itératif et ordinaire de la vie privée et/ou publique, dans les chaumières comme dans les villes. Comment cette existence « de tous les jours » est-elle enregistrée, montrée et explorée sur grand écran ?

Cet ouvrage collectif s’articule comme suit : treize rédacteurs, pour la plupart professeurs, étudient chacun une facette du « quotidien » tel qu’il est présenté au cinéma. Ces auteurs sont placés sous la direction de Sarah Leperchey, maître de conférence en histoire et esthétique du cinéma, et José Moure, professeur en études cinématographiques, tous deux à l’Université de Paris 1 – Panthéon-Sorbonne, d’où est issue la majorité des contributeurs. Trois grands thèmes structurent l’essai : « Formes et Rituels », « Rythmes et Temporalités », « Conditions et Expériences de vie ».

Le quotidien, objet anti-spectaculaire mais complexe

Cela peut paraître contre-intuitif, mais le quotidien au cinéma peut être effeuillé de mille façons et qualifié à bon droit d’inépuisable. Dans « L’économe et la pelure », Térésa Faucon nous explique par exemple en quoi la formulation visuelle des gestes du quotidien peut traduire un état d’esprit. Dans le Printemps tardif de Yasujirō Ozu, le père pèle un serpentin de pomme dans une configuration telle qu’elle restitue dans un geste ordinaire toute la solitude et la tristesse dont l’homme est désormais porteur (suite au départ de sa fille). Toujours chez Ozu, José Moure note une mise en scène de la vie et de ses rituels. Les codes de représentation du quotidien, la densité émotionnelle sous-jacente, la tension entre l’objet filmé et la manière dont il l’est, les vues sans personnage instaurant l’accès à un tout immanent sont questionnés par l’auteur avec un regard clinique et passionnant.

Chez Judd Apatow, ce sont des séquences par épisodes, souvent en ouverture de ses films, qui viennent expliciter le quotidien des personnages. Dans Muriel ou le Temps d’un retour d’Alain Resnais, repas, promenades, mises au lit et conversations se mêlent à une description fine de la ville de Boulogne. Sarah Leperchey analyse alors la manière dont le quotidien peut s’avérer un biais pertinent pour évoquer la torture en Algérie. Le film laisse transparaître que la guerre est étouffée à la fois dans et par la vie quotidienne. L’auteure revient par ailleurs sur le hiatus entre le propos du film et les images qu’il montre. Et en filigrane émerge « le caractère discordant du confort moral et matériel dont se contente une grande partie de la classe moyenne française de l’après-guerre ».

De Wang Bing à Gustave Flaubert

Comme Ozu, Wang Bing fait également l’objet d’un chapitre à lui seul. Antony Fiant le décrit comme un cinéaste « ne cherchant finalement rien d’autre qu’à témoigner du quotidien ». Pour ce faire, l’homme recourt à une caméra numérique classique pourvue d’une focale courte et d’un simple micro intégré. Il s’intéresse aux laissés-pour-compte de l’expansion économique chinoise ou recueille les témoignages des victimes de la politique de Mao, toujours dans une position d’observateur « neutre » – pour autant que la neutralité soit possible dès lors qu’un thème est identifié et choisi, et sachant que le montage constitue déjà une forme d’écriture cinématographique. Le quotidien se révèle alors par le truchement de personnages, de situations et d’histoires eux-mêmes révélateurs d’une précarité protéiforme.

Ailleurs, on s’interroge sur le mode itératif du cinéma en l’opposant à la littérature de Gustave Flaubert (Dominique Chateau, « Le rythme du quotidien ») ; on note une résistance du quotidien à la représentation avant de se pencher sur « l’écriture du réel », socio-anthropologique, de Maurice Pialat (Fanny Cardin, « Figurer la cruauté au quotidien ») ; on met en exergue le couple quotidien-modernité-métropole et on évoque les symphonies urbaines faisant de la ville la scène prééminente de la modernité industrielle et de la foule, un fourmillement de formes et de couleurs fantasmagoriques (Steven Jacobs, « Siegfried Kracauer, les symphonies urbaines et le quotidien »).

Une pluralité de formes de représentation façonne le quotidien restitué au cinéma. Sans aucune prétention à l’exhaustivité, Filmer le quotidien fait état d’un travail minutieux, à finalités diverses, autour de l’ordinaire, dans ce qu’il énonce (Apatow), ce qu’il annonce (Resnais) et ce qu’il dénonce (Bing) – mais pas que. L’ouvrage est passionnant en ce sens qu’il se détache des analyses habituelles sur l’événementiel afin de se recentrer sur ce que le spectateur, lambda ou cinéphile, tend à traiter (à tort) en quantité négligeable. Après tout, que serait la caractérisation sans un travail de conception décomposé en scènes ordinaires ?

Filmer le quotidien, ouvrage collectif sous la direction de Sarah Leperchey et José Moure
Impressions Nouvelles, novembre 2019, 256 pages

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« Dédales » : Charles Burns dans ses œuvres

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Nous vous présentions récemment l’intégrale de Black Hole, qui comporte quelques-uns des thèmes de prédilection de Charles Burns : l’adolescence, l’irruption du fantastique dans la vie réelle, une description fine de l’Amérique moyenne. Dédales s’inscrit dans une lignée semblable, quelque part entre David Lynch et John Carpenter.

Charles Burns est une personnalité importante de la bande dessinée états-unienne. Chacune de ses publications est attendue avec l’impatience réservée aux grands maîtres. Il a ceci de particulier qu’il parvient perpétuellement à se réinventer tout en brodant autour des mêmes thématiques.

Alter ego

Illustrateur, auteur et… personnage. Charles Burns est partout à la manœuvre dans Dédales. Brian, son jeune héros, n’est autre que son alter ego. Un adolescent fasciné par le cinéma fantastique – il pleure devant L’Invasion des profanateurs de sépultures – qui a réalisé ses premiers courts métrages horrifiques dès quatorze ou quinze ans. Les premières planches donnent le la : alors qu’une fête bat son plein, Brian préfère se retirer pour dessiner son autoportrait dans une pièce voisine.

Deux précisions doivent déjà être ajoutées : d’une part, on assiste à un premier jeu de reflets (dans un grille-pain) dans une bande dessinée qui en comporte plusieurs ; d’autre part, l’autoportrait a quelque chose d’étrange et d’inquiétant, puisque ce sont des formes organiques surréalistes (et extraterrestres ?) qui remplacent le visage du jeune dessinateur. « Je suis un alien compressé, assis à une autre table, dans un autre monde. » Difficile de ne pas y déceler une allusion aux fuites intérieures, imaginaires d’un adolescent mal dans sa peau.

Quand Laurie, une rousse sculpturale vient engager la conversation avec lui, Brian semble sortir d’une longue torpeur. Il met un moment avant de répondre à celle qui va prendre une place prépondérante dans le récit (déstructuré et comportant des changements de narrateur). Charles Burns manie la narration de manière à laisser toujours quelque chose de grinçant en suspens, tout en dévoilant certaines étapes emblématiques de l’adolescence : l’éveil à l’autre, la naissance de certaines obsessions, la formation des goûts culturels, la place à trouver en toutes circonstances…

Le David Lynch des planches ?

Les planches, très soignées, sont découpées de manière classique, mais comportent toutefois plusieurs niveaux de restitution : il y a les illustrations du récit, les représentations des films entrecoupant l’histoire et les dessins de Brian. Cette multiplicité entre en résonance avec celle de Dédales, qui s’ouvre à différentes lectures sans en exclure aucune. Jusqu’à quel point le quotidien de ces jeunes adultes est-il lié au cinéma fantastique ? Qu’est-ce qui se joue dans l’inconscient de Brian et Laurie et dans leur vie réelle ? Si David Lynch, que l’on compare souvent à Charles Burns, a contaminé la réalité par le fantasme dans Mulholland Drive, Dédales produit quelque chose qui s’y rapproche beaucoup, et qui fait tout le sel de cette bande dessinée.

Dédales, Charles Burns
Cornélius, octobre 2019, 68 pages

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« De Caligari à Hitler » : formulation psychosociologique du cinéma allemand

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C’est en 1947, aux États-Unis, que le penseur juif allemand Siegfried Kracauer a publié son étude psychologique la plus célèbre et controversée, From Caligari to Hitler. Il y décrypte l’ère la plus féconde du cinéma teuton à l’aune des bouleversements politiques qui lui furent contemporains. Le critique de cinéma de la Frankfurter Zeitung entendait alors mettre en exergue les liens ténus entre l’expression filmique et la « mentalité » de la nation allemande.

On le sait, la société allemande d’après-guerre est un objet d’analyse extrême. Siegfried Kracauer interroge les innovations remarquées dans le cinéma teuton post-1918 – expressionnisme, éclairages, mobilité de la caméra, décors, iconographie – en postulant qu’elles s’inscrivent, en quelque sorte, à la remorque de la psychologie du peuple allemand. On retrouve là, sous une forme nouvelle, une vieille idée rousseauiste : les spectacles sont de nature différente parce que les peuples le sont tout autant. C’est là, probablement, la sève de l’ouvrage de Siegfried Kracauer : il existerait des interactions entre les valeurs d’un peuple et ses formulations culturelles. Le cinéma expressionniste (notamment) serait donc annonciateur d’un peuple basculant dans le nazisme. La filmologie de Kracauer n’a toutefois rien d’une inculpation à l’emporte-pièce. Plutôt qu’établir une quelconque responsabilité, elle entend questionner les parallélismes entre des films porteurs de significations politiques et une nation en pleine mutation. Si Hollywood, pour des raisons financières évidentes, ne peut faire abstraction des attentes de son public, Fritz Lang ou Robert Wiene, pour ne citer qu’eux, ne pouvaient s’affranchir des volontés et perceptions de leurs propres spectateurs.

Le Cabinet du docteur Caligari porterait ainsi en germe la crise de l’autorité, « en couplant une réalité dans laquelle l’autorité de Caligari triomphe avec une hallucination dans laquelle cette même autorité est renversée ». Caligari, Nosferatu ou Mabuse donneraient d’ailleurs une certaine idée des choix douloureux qui s’offraient alors au peuple allemand : les alternatives mises en scène dans leurs films se résument au chaos ou à la tyrannie. Mais l’élément-clé de la démonstration de Siegfried Kracauer pourrait être Metropolis et son alliance entre le travail et le capital. La morale du film et sa mise en scène y apparaissent antagoniques. La discipline totalitaire d’un enthousiasme dirigé y remplace symboliquement une discipline mécanique devenue caduque. « L’intermédiaire entre le cerveau et les mains doit être le cœur », y postule-t-on avec une ambiguïté que Kracauer pense percer à jour. Ce dernier établit un rapprochement entre la personnalité de l’industriel voulant laisser parler le cœur face à ses ouvriers et les thèses de Goebbels sur l’art de la propagande. L’usage ornemental des masses dans les plans de Fritz Lang transformerait par ailleurs le peuple en un amas dénué de tout individualisme.

Pour parvenir aux dispositions psychologiques qui prédominaient en Allemagne de 1918 à 1933, Siegfried Kracauer passe en revue les films de l’époque : Le Cabinet des figures de cire, Les Trois lumières, Le Triomphe de la volonté, Le Dernier des hommes, Les Secrets d’une âme, La Rue, Berlin : symphonie d’une grande ville, La Tragédie de la mine, Le Chemin du paradis ou Aurore s’ajoutent, parmi tant d’autres, aux œuvres précitées. Collectif dans sa fabrication et populaire dans sa vocation, le cinéma chercherait à satisfaire les désirs les plus profonds des masses et c’est en cela qu’il traduirait en images les convictions (et/ou les doutes) les plus intimes du peuple allemand. Quid alors d’un chef-d’œuvre réputé anti-nazi comme M le maudit ? Considéré sans surprise comme un « constat de la situation psychologique de l’époque », il « pénètre jusqu’au tréfonds de l’âme collective ». Siegfried Kracauer note au sujet de l’assassin que « ses penchants diaboliques l’accablent exactement de la même manière que les objets multiples enserrent son image sur l’écran ». Ce qu’il faut comprendre, c’est que « dans le sillage de la régression, de terribles flambées de sadisme sont inévitables ». M le maudit préfigurerait donc le nazisme, dans une oscillation (là encore) entre l’anarchie et l’autorité.

L’ouvrage, particulièrement dense, comprend également un chapitre sur les procédés cinématographiques exploités par la propagande nazie. Leur efficacité, la propension à user de tous les artifices permis par le montage, l’usage des qualités physionomiques des Allemands, l’incorporation et la manipulation de matériel filmique ennemi, le recours aux leitmotivs, le rôle de la musique sont tour à tour évoqués dans un « supplément » très intéressant. Le reste se répartit logiquement entre confidences, éléments historiques et de contextualisation ou encore genèses des films étudiés. Naturellement, il appartient au lecteur de prendre une distance adéquate avec les interprétations et assertions de Siegfried Kracauer – controversées aujourd’hui encore. Son essai n’en demeure pas moins passionnant, propre à alimenter la réflexion et édifiant quant à la capacité du cinéma à préfigurer les mutations en cours dans la société. Ignacio Ramonet, qui liait les périodes fastes du cinéma d’horreur aux crises sociopolitiques dans Propagandes silencieuses, n’est-il pas d’ailleurs un lointain héritier de Kracauer ?

De Caligari à Hitler, Siegfried Kracauer
Klincksieck Éditions, octobre 2019, 432 pages

La reine de Shabbat, c’est Zlabya la fille du rabbin/Joann Sfar

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Toujours aussi insolent et incontrôlable, le chat du rabbin revient pour un neuvième épisode intitulé La reine de Shabbat, cette reine n’étant autre que la belle Zlabya, fille du rabbin.

Joann Sfar remonte aux sources en commençant l’histoire avec la petite Zlabya et le chat (petit lui aussi) sur ses genoux, à l’image de la belle illustration de couverture qui respire bon une certaine idée de l’Orient : les orangers et le ciel bleu derrière une fenêtre grillagée avec des pointes et une petite ouverture. Sans oublier un large bureau richement décoré bien mis en valeur par la lumière du soleil.

Au commencement était le verbe

Autant dire que le retour aux sources n’est qu’une idée fugitive qui permet juste d’introduire l’album sur les quatre premières planches. On en sait désormais davantage sur la situation familiale de Zlabya et de son père. Et on apprend dans quelles circonstances le chat est venu trouver sa place dans la famille. Sfar se permet par la même occasion de montrer le chat, quelques années plus tard, commençant à s’exprimer en prenant la parole comme ses maîtres. Frayeur pour Zlabya et surprise (puis fureur) pour son père qui découvrent un chat utilisant d’emblée la parole d’une manière très personnelle, mais du déjà vu pour le lecteur qui connaît la situation depuis La bar-mitsva, premier album de la série (2002).

La jeune fille et le monde

L’intérêt pour Sfar d’effectuer ce retour en arrière (action située entre les albums 1 et 2 de la série), c’est de traiter le casse-tête devant lequel le rabbin s’est trouvé : comment se débrouiller avec une jeune fille au caractère fort, charmante et ayant visiblement passé le cap de l’adolescence, désireuse de s’épanouir ? Très naturellement, Zlabya souhaite alors sortir et voir du monde. Bien entendu, le rabbin voit tous les risques qu’elle peut courir et les ennuis que sa fille peut lui attirer.

Le Malka des lions

On se retrouve ainsi avec une situation comme Joann Sfar les adore, pour illustrer cette série où il confronte régulièrement le rabbin à des situations impossibles pour lui, le chat se permettant régulièrement des réflexions provocatrices. On a droit à quelques courtes séquences où le Malka des lions commente les actions du chat, puis plus longues où il se pose en sage ermite. A mon avis, les interventions du Malka n’apportent pas grand-chose à l’album, sinon le retour d’un personnage emblématique de la série. Malheureusement, ses interventions nuisent à la narration proprement dite. A moins qu’elles facilitent pour l’auteur certaines transitions d’un épisode à un autre.

Sfar et la religion

Dans cet album (71 planches) pour lequel il annonce d’ores et déjà une suite intitulée Retournez chez vous, le dessinateur (et scénariste) a de plus en plus de mal à freiner sa boulimie (de production), car ses cases sont de plus en plus arrondies et, par moments, on se dit que Zlabya prend des traits qui ne lui ressemblent pas vraiment. Surtout, on en vient à se dire que les grandes lignes du scénario peinent à se mettre en place. Comme si l’auteur voulait jeter sur le papier tout ce qu’il a en tête dans l’urgence, sans s’inquiéter d’éventuelles longueurs, puisque l’attente – réelle – sur cet album devrait confirmer le succès de la série. Et c’est vrai qu’avec la teneur générale de son discours, dans la droite ligne des précédents albums, les amateurs d’humour juif ne seront pas déçus. Il n’est absolument pas nécessaire – même si cela apporte un plus – d’avoir la moindre connaissance religieuse (juive ou autres confessions) pour apprécier cette BD et toute la série. Joann Sfar amuse en ironisant sur les pratiques et croyances des uns et des autres, avec un principe de tolérance inébranlable.

Le fou du roi

Le chat ne manque pas une occasion de mettre en évidence les contradictions du rabbin qui fait de l’étude de la Torah et de son application ses règles de vie. Il se veut modèle, sage indiquant aux fidèles comment ils doivent se comporter dans la vie de tous les jours. Soit un ensemble de préceptes bien beaux en théorie, mais qui se heurtent régulièrement au bon sens. Bien entendu, les réflexions du chat correspondent (comme sa façon de parler), à celles d’un homme (Joann Sfar en l’occurrence). A vrai dire, le chat se comporte à la façon d’un fou du roi. De sa gueule sortent des paroles certes provocatrices, mais à l’image de ce que fait régulièrement l’auteur. Joann Sfar fait partie des personnes n’ayant pas leur langue dans leur poche. Au niveau éditorial, il bénéficie d’un crédit enviable, résultat de ses succès publics sur la série notamment. Mais son omniprésence dans les médias lui vaut aussi quelques reproches. La rançon du succès, car, il faut bien le dire, si l’album peut être critiqué, globalement il assure encore une fois dans le même registre de qualité, avec notamment un dessin toujours séduisant, malgré une évidente tendance à viser une exécution un peu rapide. On peut également dire que la séduction exercée par le présent album vient de l’utilisation de belles couleurs harmonieuses signées Brigitte Findakly. Généralement plutôt lumineuses, ces couleurs mettent en évidence de bien belle façon quelques séquences nocturnes. Bref, un des points forts de l’album.

Enfin

Pour les amateurs de bons mots, un exemple du chat parlant de Zlabya à son maître le rabbin : « … Il faut jamais qu’elle se marie ! Jamais qu’elle ait d’enfants ! En tout cas, avec personne d’autre que moi. » Qui illustre le fait que le chat s’exprime comme s’il était un personnage humain.

La reine de Shabbat, Joann Sfar
Dargaud (collection Poisson Pilote), octobre 2019, 76 pages

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AFF 2019 : Proxima, d’Alice Winocour, loin des étoiles

L’Arras Film Festival est l’occasion de découvrir films français et européens, nouveautés et classiques du cinéma. Ce samedi, LeMagduciné a pu découvrir Proxima d’Alice Winocour (réalisatrice de Maryland, scénariste de Mustang), parcours d’une mère astronaute et de sa fille avant le départ de la première dans les étoiles.

Synopsis : Sarah est une astronaute qui s’entraîne avec acharnement au Centre spatial de Cologne, unique femme au milieu des astronautes européens. Elle vit seule avec sa fille de 7 ans, Stella, qu’elle couve d’un amour inquiet, se sentant coupable de ne pas pouvoir lui consacrer plus de temps. Quand Sarah est choisie pour partir à bord d’une mission spatiale d’un an, baptisée Proxima, sa vie et celle de Stella sont bouleversées.

Loin des étoiles, trop près du coeur

Avec Proxima, Winocour veut approcher l’espace avec un point de vue concret, terre-à-terre. Pas vraiment de héros ici, sauf lors des séquences de presse, mais des hommes et des femmes qui repoussent leurs efforts afin d’affronter l’espace et les conditions d’explorations humaines de ce cosmos inadapté à la vie telle qu’on la conçoit. Pourquoi vouloir aller dans l’espace ? Voilà une question à laquelle le film échoue à donner une réponse passionnée. Sarah explique avoir toujours eu l’envie d’être astronaute. Mais à part le rêve de gosse qui a motivé chacun d’entre nous, peu de raisons concrètes nous sont données. L’envie de repousser les frontières de l’exploration et les connaissances humaines est à peine évoquée par son mari astrophysicien, jamais par l’équipage de voyageurs de l’espace. On déclare aussi que ce voyage est la première étape de celui pour Mars, mais à quelles fins ? On ne le sait guère. Et puis, pourquoi aller dans l’espace, surtout quand tout nous retient ?

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L’un des quelques moments intéressants du film se tient dans ce plan où l’enjeu de la relation mère/astronaute-fille du métrage est justement capté.
Copyright : 2019 – Dharamsala, Darius films, Pathé films, France 3 Cinema

Sarah ne cesse de penser douloureusement à sa fille, Stella, qui lui manque, et qu’elle s’apprête à quitter pour un an. Un an loin de Stella, avec laquelle elle entretient un puissant lien de mère-fille. Pourquoi faire de Sarah une astronaute au rythme cardiaque bien entraîné, et dire que ce dernier ne peut plus dépasser un certain nombre de battements par minutes tant dans des moments sportifs qu’au quotidien, si c’est pour exposer dans plusieurs moments qu’elle ne peut se contrôler lorsqu’il s’agit de Stella ? Cette perte de contrôle est d’autant plus dommageable qu’elle emmène son personnage dans des situations irréalistes allant à l’encontre du récit pragmatique de Winocour ? Comment une astronaute peut-elle quitter un centre aérospatial pendant une nuit sans attirer l’attention de caméras, techniciens et autres autorités ? Pourquoi une enfant peut-elle assister à une réunion importante concernant le retour de la mission alors que le protocole l’interdit ? Et pourquoi les déplacements cavaleurs de la même gosse ne sont-ils pas repérés par des membres du personnel de la base de formation bien avant que la mère s’en inquiète ?

On pourrait nous reprocher de ne pas se laisser prendre par le romantisme de la scène et de son enjeu. Si tel est le cas, il faudrait peut-être d’abord penser à élaborer autrement le romantisme de son film que par quelques échanges verbaux, un usage de la voix off usée par la sur-illustration du propos, et quelques plans enfin investis par les enjeux de la séquence (voir l’image ci-dessus). Et puis, peut-être le romantisme aurait-il pu exister avec une expérience visuelle moins marquée par une lumière sans vivacité et un étalonnage franchement triste. Certes, l’approche pragmatique de la réalisatrice se défend : mais comment voulez-justifier l’envie d’aller dans l’espace malgré tout si le coeur retient l’héroïne et si l’expérience visuelle des astronautes, sans couleur, sans vivacité, nous fait remettre en question le pourquoi de cette entreprise –matériellement, humainement et financièrement – complexe ?

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Eva Green est Sarah, la femme astronaute qui doit se battre pour convaincre Matt Dillon, qui interprète l’astronaute américain nommé Jack, content d’avoir une Française dans son équipe car, paraît-il, elles sont douées en cuisine. Et non ce n’est pas le pitch d’un potentiel « OSS 117 versus Femina’ Apollo 11 ».
Copyright : 2019 – Dharamsala, Darius films, Pathé films, France 3 Cinema

Dans une interview avec SeriesDeFilms et LeMagduciné, la réalisatrice a confirmé l’approche réaliste du film. Elle explique notamment qu’elle a tout tourné dans les espaces bien réels de l’Agence spatiale européenne. Aussi voulait-elle mettre en avant la place de la femme dans les films d’espace qu’elle considère comme étant souvent « masculinistes » et « conquérants». N’oublions pas que certains de ces films de genre représentent des étapes de la conquête spatiale et que le milieu des astronautes a longtemps été masculin. Le film note d’ailleurs la réalité de ce dernier fait lors d’un dialogue entre Sarah et une dame du personnel du centre de formation. Toutefois, cette mise en avant de la femme astronaute passe par la mise en scène d’un astronaute masculin rigide, machiste pendant une partie du film, bien sûr américain et répondant évidemment au prénom « so fuckin’ usa» de Jack. Bien sûr, on lui fait dire à sa première apparition qu’il est content d’avoir une Française dans l’équipe car paraît-il, elles savent très bien cuisiner. De façon attendue, Jack va heureusement remarquer les capacités et la force de Sarah. Toutefois lors de scène de la « disparition » de Stella, c’est Jack la qui retrouvera, ce qui lui permettra de faire à nouveau la leçon à Sarah. Cela, en lui déclarant bien sûr une expression propre à la relation anatomique entre la mère et l’enfant naissant lorsqu’il lui dira de « couper le cordon ». Enfin il s’avèrera plus nuancé sur la dernière partie du film qui le présente comme un bonhomme sympathique, prêt à accomplir son devoir et ayant donc déjà accepté le départ loin de sa famille, même si cela lui est douloureux. La volonté féministe, aussi honorable et sincère soit-elle, pose problème faute d’une mise en action trop peu subtile : premièrement sur la mise en avant de personnages féminins qui fonctionne notamment via la vision caricaturale du genre masculin. On peut même penser à l’autre collègue de la femme astronaute, un gentil Russe nommé Anton. Le bonhomme soutiendra toujours Sarah, aussi aime-t-il la vodka et réciter des poésies en plein air. Et bien sûr, il est très inquiet pour sa mère malade, en bref, Anton est le gendre parfait. Deuxièmement, si la réalisatrice a désiré filmer « les fragilités» de ces figures de la mythologie moderne que sont les astronautes, elle a toutefois énormément présenté celles de son héroïne et très peu celles des hommes qui apparaissent ici comme des figures formidablement droites et stables – malgré un dialogue et/ou une scène évoquant sans voile une fragilité de chacun façon « ah lui aussi il a une souffrance intérieure qui se doit d’être révélée ». Ainsi, même si le final présente une Sarah posée avec une solide assurance, des mâles aux cerveaux légers et à la morale douteuse ne profiteraient-ils pas des maladresses du film pour préserver l’éveil de leurs pensées nauséabondes en déclarant par exemple qu’une femme n’a rien à faire dans l’espace, d’autant plus quand sa détermination est aussi floue ?

Au final, Proxima marque par son double échec : d’abord concernant sa représentation sans passion de l’aventure pré-spatiale, enfin sur l’élaboration peu subtile et non cohérente de la progression de cette astronaute tiraillée entre la maison et la mission.

Bande-annonce – Proxima, un film d’Alice Winocour

Fiche technique – Proxima

Réalisation : Alice Winocour
Interprètes : Eva Green, Zélie Boulant-Lemesle, Matt Dillon, Lars Eidinger, Sandra Hüller, Lars Eidinger, Aleksey Fateev, Nancy Tate
Scénario : Alice Winocour en collaboration avec Jean-Stéphane Bron
Photographie : George Lechaptois
Décors : Florian Sanson
Costumes : Pascaline Chavanne
Montage : Julien Lacheray
Musique : Ryuichi Sakamoto
Production : Isabelle Madelaine et Emilie Tisné
Sociétés de production : Dharamsla, Darius Films ; coproduit par Pathé, France 3 Cinéma et Pandora Films
Société de distribution : Pathé Distribution
Pays : France
Genre : Drame
Durée : 107 mn

Date de sortie française : 27 novembre 2019

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