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Midway : la guerre selon Roland Emmerich

Après l’échec très médiatisé de son Independance Day : Resurgence, on se demandait où le vétéran Roland Emmerich allait poser ses caméras pour un énième spectacle pyrotechnique. Et quoi de mieux pour un partisan de la destruction massive féru d’histoire que de convoquer un évènement justement empli d’explosions et de douilles par centaines ? Telle est la raison d’être de Midway en somme, qui lui permet ainsi un come-back inespéré dans le game du destruction porn, tout en donnant à voir une page de la Seconde Guerre mondiale. Hélas, si les intentions sont louables, le résultat est très franchement en-deçà des ambitions du bonhomme. Touché, coulé comme on dit…

Que ce soit via The Patriot – qui évoquait la naissance des Etats-Unis -, Anonymous – qui plongeait dans l’époque shakespearienne -, ou 10.000 qui montrait une certaine idée de la Préhistoire, on a fini par comprendre une chose vis à vis de Roland Emmerich : il kiffe l’Histoire. Bon, il kiffe aussi les explosions, les théories du complot et les intrigues à teneur mondiale, mais on sent surtout qu’en tant que cinéaste, il voue un certain respect tacite à l’Histoire, car cette entité est inaltérable, intangible et surtout terreau à quantité d’anecdotes et de faits souvent méconnus. Passé ce constat, inutile de dire que le voir loucher bien fort sur un film de guerre, qui plus est pendant la Seconde Guerre mondiale, avait tout du cheminement logique. Et ce d’autant plus quand l’on sait que le bonhomme est depuis ses débuts attiré par une idée de cinéma à contre-courant des normes actuelles : la dilution de la fonction sujet. Ainsi chez Emmerich, pas question de n’avoir qu’un seul héros qui récolte tous les lauriers, mais bien plusieurs. Et si possible, de différente stature. De cette manière, pas difficile de comprendre pourquoi il s’est entiché de la bataille de Midway, survenue dans l’immensité du Pacifique en 1942. Cette bataille, capitale pour l’Oncle Sam, fut en effet une victoire sans appel pour les forces américaines qui parvinrent à gagner au prix d’une parfaite collaboration entre tous les corps de métiers de l’aéronavale : les pilotes d’abord, les marins ensuite et surtout les agents de renseignements qui dictèrent sciemment le sens des combats en crackant les messages de l’ennemi japonais, permettant ainsi de duper les forces impériales et leur infliger des pertes à telles point colossales qu’elles tueront dans l’œuf leurs velléités d’invasion des USA. Voilà, ça c’est le contexte, l’idée de base quoi. On aurait pu penser qu’avec ça et Roland Emmerich en caution pyrotechnique, le film allait être la cible d’une bataille entre plusieurs studios désireux de caser dans leur line-up envahi par les super-héros & le lycra, une odyssée guerrière bien faite afin d’appâter le chaland âgé de plus de 45 ans. Et on aurait eu tort. Aucun studio n’a répondu à l’appel, le forçant à autoproduire son film (chose assez rare à Hollywood) et donc à porter à bras le corps ce projet, sans soutien digne de ce nom. Qui dit aucun studio, dit donc aucun vrai budget et c’est ainsi que Emmerich, au prix de beaucoup de partenariats et ventes internationales, a dû composer avec un budget de 100 millions de $, faisant de son film un des longs-métrages indépendants parmi les plus chers de l’histoire.

Reste que 100 millions de dollars, dès lors qu’on cause blockbuster de guerre, ça pèse pas lourd dans la balance. Pas du tout même. Résultat, le film, sans doute au grand dam d’Emmerich, accumule les concessions et autres pirouettes pour éviter les dépenses inutiles. Ça passe par quantité d’incrustations ratées, de fonds verts mal finalisés, d’interprétations rabotés et surtout d’une volonté de limiter l’action au minimum. Ça a le mérite d’épouser l’idée à la base du projet – à savoir les louanges adressées aux Renseignements qui furent décisifs dans la victoire des USA – et surtout, fait rare, d’humaniser l’autre force en présence : les Japonais. Dans le Pearl Harbor de Michael Bay, les japonais étaient unis derrière une volonté manifeste d’humilier les USA. Ils semblaient antipathiques, fonctions, clichés même, et on ne ressentait pas derrière leurs agissements, quelconque humanité. A cela, Emmerich ose prendre le chemin inverse en humanisant le Japon. Dès le début d’ailleurs, qui se déroule en 1937, nous voyons des Japonais en pleins pourparlers de paix avec les USA, et par la suite, nous les verrons humbles, humains, combattifs certes, mais emplis de doutes et loins de l’image carnassière déployée dans beaucoup d’autres films situés à la même période. Ainsi, sans pour autant tomber dans la plus pure empathie avec eux, on éprouve à l’instar des USA, un respect comme dans chaque combat. Et quel combat. Puisque si l’on peut déplorer un manque criant de moyens, rendant parfois difficile l’immersion dans tout ce délire pyrotechnique, force est d’admettre que Roland Emmerich n’a rien perdu de son mojo dès lors qu’on parle destruction de masse, grand spectacle et gigantisme. Le film respire ainsi une aura guerrière à tous les instants, on se plait à voir douilles, explosions, avions, bateaux, torpilles, et on a beau avoir du mal à le dire, on est pris à fond dans le délire. On passe d’un corps de l’armée à un autre, on entrevoit beaucoup de têtes connues pour quiconque aime cette partie de l’Histoire, et surtout le traitement accordé à l’ensemble laisse poindre un vrai respect des deux camps. Reste que derrière le spectacle proposé, on en revient toujours à un détail qui fait malheureusement la différence ici : le budget. Nul doute ainsi que si Roland Emmerich avait eu le moyen de ses ambitions, et surtout un vrai budget, on aurait pu assister à un croisement entre le solennité d’un Pearl Harbor et le réalisme d’un Dunkerque. Patatras, tout ce qu’on aura, c’est un film qui fait honneur au diction : on fait ce qu’on peut avec ce qu’on a. Est-ce suffisant pour accoucher d’un bon film ? Pas si sûr. Est-ce suffisant pour accoucher d’un bon divertissement ? C’est possible oui.

Si l’on peut remercier Roland Emmerich de partiellement laver l’affront de son Indépendance Day : Resurgence en montrant qu’il est toujours apte à servir du grand spectacle à la demande, reste que Midway souffre une fois n’est pas coutume d’un criant manque de moyens pour convaincre définitivement. En atteste son torrent d’effets visuels souvent grossiers qui empêchent l’immersion totale, quand bien même le bougre filme un véritable apocalypse aéronaval avec un certain sens du panache et de la jouissance. 

Bande-annonce : Midway

Synopsis : Après la débâcle de Pearl Harbor qui a laissé la flotte américaine dévastée, la marine impériale japonaise prépare une nouvelle attaque qui devrait éliminer définitivement les forces aéronavales restantes de son adversaire. La campagne du Pacifique va se jouer dans un petit atoll isolé du Pacifique nord : Midway. L’amiral Nimitz, à la tête de la flotte américaine, voit cette bataille comme l’ultime chance de renverser la supériorité japonaise. Une course contre la montre s’engage alors pour Edwin Layton qui doit percer les codes secrets de la flotte japonaise et, grâce aux renseignements, permettre aux pilotes de l’aviation américaine de faire face à la plus grande offensive jamais menée pendant ce conflit

Midway : Fiche Technique

Réalisation : Roland Emmerich
Scénario : Wes Tooke
Casting : Woody Harrelson, Luke Evans, Mandy Moore, Patrick Wilson, Ed Skrein, Aaron Eckhart, Nick Jonas, Tadanobu Asano, Dennis Quaid, Keean Johnson, Luke Kleintank, Jun Kunimura, Etsushi Toyokawa, Darren Criss, James Carpinello, Mark Rolston, Jake Weber
Direction artistique : Isabelle Guay
Décors : Kirk M. Petruccelli
Costumes : Mario Davignon
Photographie : Robby Baumgartner
Montage : Peter R. Adam et Christoph Strothjohann
Musique : Harald Kloser et Thomas Wanker
Production : Roland Emmerich, Mark Gordon, Harald Kloser
Coproducteurs : J. P. Pettinato et Marco Shepherd
Producteurs délégués : Alastair Burlingham, Matt Jackson, Carsten H. W. Lorenz, Brent O’Connor et Dong Yu
Sociétés de production : Centropolis Entertainment, Starlight Culture Entertainment Group et The Mark Gordon Company
Budget : 100 000 000$

Etats-Unis – 2019

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Rédacteur LeMagduCiné
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