13 Reasons Why, une série de Brian Yorkey : Critique

Au premier abord, 13 Reasons Why aurait pu passer pour un énième teen drama façon Pretty Little Liars mais la série s’en sort plutôt bien en jouant sur des scènes choc, une bande son rétro originale et quelques dialogues mordants.

Welcome to your tape  !

13 Reasons Why n’échappe pas au poids de la culture américaine et de la génération Y. C’est d’ailleurs le sujet de la série. A travers 13 cassettes, la défunte Hannah décrit sa vie d’ex-lycéenne et pose un regard critique sur ses pairs. Et pendant peut-être trop d’épisodes, le scénario nous déballe sa tripoté de clichés et de personnages stéréotypés : des armes à feu en veux-tu en voilà, des grosses voitures, des ados populaires parce que sportifs…ou riches…ou les deux, un gringalet souffre-douleur (et un peu lourd si possible) ou encore un conseiller d’éducation tendance psychologue et bon copain (rien à voir avec nos braves CPE). Sans oublier la jolie nouvelle de l’école, la bonne copine et le héros bien sous tous rapports. La vie de l’école est rythmée par des rassemblements populaires et artificiels comme LE bal du lycée, les concours et autres matchs censés faciliter l’intégration et…l’amitié ! Et à plusieurs reprises, cette théorie sera avancée par des parents aussi crédules qu’égocentriques – sauf quand il s’agit de s’extasier devant la beauté ou la réussite de leur progéniture (ah non, en fait, ça aussi c’est égocentrique…).

13 Reasons Why ne traite pas seulement du harcèlement et cette accumulation de poncifs n’a d’autre objectif que de pointer du doigt les dangers du système scolaire. Seulement voilà, même si la série met certaines vérités à nu, cette démarche perd de son efficacité dès lors qu’elle s’entête à s’attaquer à tout et en même temps. 13 Reasons Why ou le Top 10 des pièges de l’adolescence ! A plusieurs occasions, l’émotion et la crédibilité pâtissent de ces campagnes de prévention contre la drogue, le sexe, l’alcool (au volant et ailleurs), l’homophobie, le harcèlement (scolaire et sexuel), le suicide, la violence, l’isolement… Il ne manquait que la cigarette sauf qu’aux EU, personne ne fume (autre cliché) ! Ainsi, malgré ces rappels à l’ordre multiples et virulents, le spectateur reste à distance du sujet. La plupart du temps.

L’adolescent c’est l’être bouleversé, déboussolé par excellence… (Marc Doré)

De façon plus insidieuse, la série aborde aussi la négligence parentale, les limites de l’école et les défauts d’un système qui prône l’excellence, aggravant une difficulté déjà existante : le mal-être propre à l’adolescence. Comme il sera dit à maintes reprises au fil des épisodes : tous les jeunes ont des problèmes mais chacun y réagit différemment. 13 Reasons Why s’intéresse aux réactions d’Hannah, sa conception de la vie, sa perception des choses, sa gestion du mal-être. Ce personnage ambivalent (et l’interprétation de la jeune Katherine Langford) est un des points forts de la série. Hannah est une jeune femme complexe, tantôt futile, tantôt intelligente mais des choix malheureux conditionnés par son besoin d’appartenance au groupe vont contribuer à la faire chavirer. Evidemment, la jeune femme n’est en rien coupable des actes cruels de ses pairs. Ainsi, dans un environnement factice et néfaste où la communauté prime sur l’individu, où il est mal vu d’être solitaire et où les associations et autres thérapeutes sont préférés au dialogue avec un proche, ce mal ne peut qu’accroître.

Autre bon point de la série : ses musiques rétro rocks initiées par Tony Padilla (Christian Navarro), un personnage tout aussi cool et atypique. Dès le début, la chanson de Joy Division Love will tear us apart nous transporte littéralement dans une autre époque, un autre monde. Ces choix musicaux confèrent à 13 Reasons Why une tonalité mélancolique et rebelle qui correspond assez à l’état d’esprit des deux héros. Clay ne cherche pas à s’identifier au groupe, il se suffit à lui-même et, en cela, il se pose comme un marginal. Hannah est capable de porter un jugement pertinent sur la vie et les autres même si elle est parfois inapte à prendre les décisions qui s’imposent. Ajoutez à cela leurs répliques piquantes et spirituelles et on ne pourra nier que, par moment, 13RW parvient à nous toucher en profondeur. Nous toucher en profondeur, voilà l’autre objectif de ce show. Dans les derniers épisodes, la série poussera le vice jusqu’à nous dévoiler des images bouleversantes, sensiblement violentes et certains épisodes seront d’ailleurs précédés d’un avertissement somme toute légitime.

Clay, A Wallflower  ?
                           – par Myriam Anik

Même physionomie, même dégaine et même état d’esprit ; il nous a fallu pas moins d’un épisode pour assimiler le personnage de Clay à celui de Charlie de TPOBAW (Le Monde de Charlie) durant toute la première partie de la saison.
Errances existentielles de lycéen américain typique, tous deux ont connu le suicide d’un proche, tous deux sont au lycée, et tous deux connaissent les dédales de l’anxiété.
La noirceur et la sensibilité des sujets traités est bien marquée, ce sont deux adaptations d’un best-seller certes, mais il a manqué à 13RW un aspect de réalité et de sincérité qui nous a obligé à la comparaison.

Les tribulations de Hannah, ne sont que très peu réalistes, autant certaines relèvent du harcèlement moral et l’on en comprend la portée et l’objectif, autant d’autres nous paraissent peu touchantes et nous laissent perplexes face aux réactions de Clay.
Réactions jouées par Dylan Minnette qui avaient tout des réactions de Logan Lerman (acteur principal de TPOBAW). La réalisation et ces moult flash-backs sont bien les seules clés qui nous ont permis de nous détacher un peu du teen-movie.
Toutefois, le monde de Charlie est bien plus beau que celui de Clay, celui-ci n’a que très peu d’amis, voire pas du tout, et il sombre de plus en plus dans la dépression au lieu d’en sortir.
À voir si une deuxième saison est envisageable, au vu du best-seller qui ne nous en apprend pas davantage que la saison 1.

Devant la multitude de catastrophes qui obscurcissent cette vie de lycéen lambda, nous sommes en droit de douter voire de déchanter. Toutefois, par son sujet poignant et ses images révoltantes, 13 Reasons Why aura su nous surprendre et nous piquer en plein cœur, cela est indéniable. 

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13 Reasons Why : Bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=6ILJ7IqoSIU

Synopsis : Après le décès brutal de sa camarade de lycée, Hannah Baker, Clay reçoit une boîte renfermant des cassettes enregistrées par la défunte. Avant de se donner la mort deux semaines plus tôt, Hannah confiait sur bande-sonore les treize raisons de cet acte dramatique. Clay serait-il l’une d’entre-elles ?

13 Reasons Why : Fiche technique

Titre Original : 13 Reasons Why
Chaîne de Diffusion : Netflix
Créateur : Brian Yorkey (D’après le livre de Jay ASHER)
Showrunners : Brian Yorkey, Selena Gomez, Diana Son, Kyle Patrick Alvarez, Gregg Araki, Carl Franklin, Tom McCarthy, Helen Shaver, Jessica Yu
Scénario : Elizabeth Benjamin, Diana Son, Thomas Higgins, Nathan Jackson, Nathan Louis Jackson, Kirk A. Moore, Nic Sheff, Hayley Tyler
Production : Selena Gomez, Tom McCarthy, Diana Son, Brian Yorkey, Many Teefey, Michael Sugar, Kristel Laiblin, Joy Gorman Wettels
Maisons de production : Kicked to the Curb Productions, Anonymous Content, July Moon Productions, Paramount Television
Genre : Drame
Casting : Dylan Minnette …. (Clay Jensen)
Kathryn Langford …. (Hannah Baker)
Christian Navarro …. (Tony Padilla)
Alisha Boe …. (Jessica Davis)
Brandon Flynn …. (Justin Foley)
Justin Prentice …. (Bryce Walker)
Miles Heizer …. (Alex Standall)
Ross Butler …. (Zach Dempsey)
Devin Druid …. (Tyler Down)
Amy Hargreaves …. (Lainie Jensen)
Derek Luke …. (Kevin Porter)
Kate Walsh …. (Olivia Baker)
Nombre d’épisodes : 13 (1 saison)

États-Unis – 2017

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Kristell Guerveno
Kristell Guervenohttps://www.lemagducine.fr/
Ancienne enseignante férue d'histoires et de films en tout genre, j'adore partager mes passions et faire rêver mon entourage. Avant de me consacrer à l'éducation, j'avais étudié les lettres et le cinéma.

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