Rencontre avec Liv Corfixen et Nicolas Winding Refn pour My Life Directed by Nicolas Winding Refn

Rencontre avec la réalisatrice Liv Corfixen et son génial mari cinéaste Nicolas Winding Refn

Comment concilier sa carrière d’artiste avec sa vie de père de famille ? C’est la question centrale de ce document très intime.

 Le film a suivi Nicolas Winding Refn de la pré-production du film Only God Forgives, au cours de laquelle il a amené sa famille avec lui pendant 6 mois à Bangkok, jusqu’à la présentation du film au Festival de Cannes.

De son rapport très spécial avec Alejandro Jodorowsky à son amitié très forte avec Ryan Gosling, MY LIFE DIRECTED BY NICOLAS WINDING REFN nous plonge au cœur du processus créatif et de la vie privée d’un des plus grands réalisateurs du XXIème siècle.

              Le lundi 7 mars 2016, CineSeriesMag s’est rendu à l’avant-première de My Life Directed by Nicolas Winding Refn, film documentaire réalisé par sa femme Liv Corfixen pendant la période de production de son film Only God Forgives (2013), et captant le quotidien amoureux, familial et professionnel du couple. Vous pouvez en retrouver la critique ici.

            Après la projection du film s’est tenue une longue séance de questions-réponses. D’emblée, une première personne parle du rapport du cinéaste à l’image, d’une manière qu’on pourrait qualifier de maladroite ; ce dernier dira laconiquement « yes ». Puis elle demande au réalisateur danois ce qu’est le cinéma, ce dernier répond : « Really ?! », amusant alors le public. Nous avons pu capter une grande partie de cet entretien de manière improvisée. Vous pouvez donc trouver ci-dessous cette importante partie filmée avec les défauts dus à l’improvisation : son faible (qu’il vous faudra compenser chez vous en augmentant tous les volumes sonores après un panneau d’annonce), cadrage médiocre… Nous nous en excusons, mais nous avons jugé assez correcte la vidéo pour la mettre en ligne et partager l’expérience avec vous. Faute de batterie – non, l’utilisation du verbe « improviser » n’était pas exagérée –, nous avons poursuivi la captation de l’événement par écrit.

Nicolas Winding Refn a-t-il contaminé sa femme quant aux ambitions cinématographiques ?

            « Je n’en ai pas eu l’impression, je ne suis pas aussi ambitieuse que Nicolas », répond Liv Corfixen. « Si ça allait tant mieux, sinon je laissais tomber ».

CineSeriesMag – Dans le film, NWR déclare en colère et usé trouver mauvais et raté Only God Forgives, qu’en est-il aujourd’hui ?

            « I’m very proud of it » (J’en suis très fier), dit-il. « I think it’s a masterpiece » (Je pense que c’est un chef-d’œuvre) continue-t-il. Il explique alors son rapport au film : « Sometime we hate it, sometime we love it » (À certains moments, on le déteste, à d’autres, on l’adore), avant de poursuivre : « On passe par différentes étapes, notamment dans l’idée de détester le film… C’est comme être marié (It’s like be married !) ».

Liv déclare alors : « See, he’s not easy living » (Vous voyez, il n’est pas facile à vivre), ce à quoi son mari lui répondit : « You’re not so easy too », (Tu n’es pas facile à vivre non plus), provoquant des rires dans la salle.

CSM – Les plans filmés par NWR étaient-ils improvisés ?

            « That was complete improvisation ! » (C’était complètement improvisé !), répond Liv Corfixen qui explique ensuite les avoir oubliés. C’est la monteuse du film qui lui en a parlé et les lui a montrés. Elle ne s’aimait pas sur les images au lit, elle était fatiguée, usée, « Argh » dit-elle en grimaçant.

C’était en réaction au travail de sa femme, explique le cinéaste. « Tous les putains de matins où je me réveillais avec la caméra à ça de moi », dit-il en montrant d’un geste parodique le peu de distance qu’il y avait entre son visage et l’objectif de la réalisatrice. « It was fucking annoying ! » (C’était foutrement emmerdant !), continue-t-il.

            Liv Corfixen reprend : « Au début, il essayait de me diriger puis il a arrêté d’interférer ». Elle poursuit : « Il y a des scènes que je regrette de ne pas avoir incluses, des scènes drôles avec Ryan (Gosling) se moquant de Nicolas (Elle mime la démarche du cinéaste) ».

Sur la rumeur selon laquelle le couple aurait appelé un shaman pour exorciser la chambre d’une de leurs filles

            Le cinéaste explique avoir une fille qui peut voir des fantômes. « Elle criait chaque nuit seulement dans cette chambre (…) alors le shaman est venu, mais ça n’a pas vraiment fonctionné », dit Liv Corfixen avec un certain amusement. Après avoir déménagé, leur fille allait mieux.

L’utilisation de la musique par Liv Corfixen, inspirée par le travail de NWR ?

            « J’ai utilisé pendant le montage des musiques de Springbreakers et de Drive », dit-elle. Elle explique avoir « eu beaucoup de chance de pouvoir travailler avec Cliff (Martinez) », le compositeur des bandes-son des films cités, d’Only God Forgives, de Traffic, de la série The Knick, entre autres œuvres audiovisuelles. Elle dit lui avoir déclaré vouloir cette musique, ce travail musical, ainsi le compositeur « avait peur de se répéter ».

Sur Only God Forgives, le film d’après-Drive (2011) 

            « Tout film est commercial », dit NWR, « mais je n’avais pas anticipé le succès de Drive ». « J’étais aussi intéressé à l’idée de faire un film d’installation ».

« It’s very different of Drive », (C’est très différent de Drive) poursuit-il. « J’avais fait plusieurs films mettant en scène des personnages de mâles (…) je voulais faire un film sur un mec impotent, faible, l’exact opposé de Drive », explique-t-il. C’est pourquoi Ryan Gosling incarne un personnage émasculé.

            « Le film est devenu un succès commercial parce qu’il n’a pas couté beaucoup d’argent», continue-t-il, rappelant ce qu’il avait dit au début (hélas capté de manière incomplète et donc absent du montage) : « Il ne faut pas être hypocrite, on veut toujours qu’un film marche commercialement. ».

           « J’avais en tête le film que je viens de terminer, The Neon Demon », avant d’y arriver, « il fallait que je casse tout ce que je venais de faire, (…) afin d’éviter le risque de se répéter ».

            « Voilà l’histoire d’Only God Forgives », dit-il, « I Guess » conclue-t-il, souriant.

Après la production d’OGF, le couple a suivi une thérapie de couple. Est-ce que la réalisation documentaire de Liv Corfixen était un début de thérapie ?

            NWR : « Yes ». Liv Corfixen confirme. « C’est la seule petite amie que j’aie eu », déclare le cinéaste avant de poursuivre sur une blague : « En un sens on peut dire que je suis sorti du ventre de ma mère pour rentrer en elle ». Liv répond : « Ça n’est pas vrai, il avait son propre appartement ». Le cinéaste explique être devenu très dépendant d’elle, et poursuit : « I guess the film was very therapeutic for both of us » (Je suppose que le film a été très thérapeutique pour nous deux).

Est-ce qu’ils vont le montrer à leurs enfants ?

            NWR, amusé : « Which part ? ». Liv pense que ça n’est pas nécessaire. L’une de leurs filles, Lola, en a vu des extraits et leur a dit que ça ne l’intéressait pas.

            Ce fut alors la fin de la séance de questions-réponses. My Life Directed by Nicolas Winding Refn sort en dvd le 27 avril 2016 chez les éditions Wildside. Vous pouvez dès à présent obtenir sa bande originale composée par Cliff Martinez. Enfin le cinéaste revient cette année dans les salles obscures avec son prochain film, The Neon Demon, avec au casting : Ella Fanning, Keanu Reeves, Abbey Lee Kershaw et Jenna Malone.

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