Annabelle 2 : la création du mal, un film de David F. Sandberg : Critique

Après un premier film catastrophique, la célèbre poupée démoniaque Annabelle revient au cinéma pour une préquelle racontant les origines de la poupée. Si le long métrage n’évite pas les ficelles du genre, il n’en reste pas moins un tour de force technique, prouvant le talent de son réalisateur David F. Sandberg et une forme d’espoir pour le cinéma de genre hollywoodien.

Synopsis : Encore traumatisés par la mort tragique de leur petite fille, un fabricant de poupées et sa femme recueillent une bonne sœur et les toutes jeunes pensionnaires d’un orphelinat dévasté. Mais ce petit monde est bientôt la cible d’Annabelle, créature du fabricant possédée par un démon…

Issue de l’imagination horrifique du génial réalisateur James Wan (Saw, The Conjuring), Annabelle s’est rapidement fait un nom dans le cinéma d’horreur contemporain grâce à son apparition dans le film The Conjuring. Ce dernier, sous l’impulsion de la Warner, a entrainé un spin-off qui a été un carton commercial indéniable, tout en étant un échec critique absolument complet. Autant vous dire que la surprise fut agréable lorsque le réalisateur David F. Sandberg a été officialisé à la direction de cette préquelle. Notamment parce qu’il est un grand ami de James Wan, ayant produit l’adaptation de son court métrage Lights Out en long (le surprenant Dans le noir) mais aussi parce que le bonhomme a un sacré savoir-faire derrière la caméra. Un talent qu’il a confirmé dans le film précédemment nommé, en jouant habilement avec des jeux de lumière et de rythme habilement menés.

En toute logique d’une préquelle, Annabelle 2 se situe dans le passé, dans une époque rappelant les années 60, où un groupe d’orphelines sont recueillies par une bonne sœur et accueillies par un ancien fabriquant de poupées traumatisé par la mort de sa fille. Alors que les jeunes filles commencent à reconstruire leurs vies, des événements étranges commencent survenir au sein de la maison et vont cibler les résidents. De prime à bord, rien ne semblait justifier la sortie de cet Annabelle : la création du mal. Aussi bien par rapport à la succession à son ainé, l’un des films d’horreurs les plus épouvantables de ces dernières années, que part le postulat de base du long métrage, c’est-à-dire, raconter la création de la poupée elle-même. Tout cela paraissait être l’exemple typique de la démystification totale d’une créature de cinéma pourtant intéressante dans la construction de sa mythologie, basée avant tout sur la suggestion d’un redoutable pouvoir maléfique. Pourtant, Annabelle 2, malgré toutes les réticences subsistantes dans l’esprit de tout spectateur sain d’esprit, est, à la surprise générale, un bon film de genre.

Un modèle d’efficacité

Si on peut toujours émettre des doutes par rapport à la mollesse profonde du film précédent , David F. Sandberg reste sérieux et convoque des références solides du cinéma de genre, afin d’apporter une tension prenante au long métrage. La maison du diable de Robert Wise ou encore The Ring d’Hideo Nakata sont clairement cités au sein d’un long métrage clairement référencé mais qui n’en oublie pas d’avoir sa propre singularité. Si Sandberg use des mêmes ficelles récurrentes du style « wanesque », il préfère appuyer l’horreur visuelle, à coup d’effets visuels spectaculaires (attention à vos doigts). Jumpscares appuyés mais sachant être efficaces ou encore photographie très soignée se côtoient alors dans le même film, afin de préserver une tension palpable à chaque instant. Si on regrette tout de même une certaine lenteur au démarrage, Annabelle 2 sait préserver ses atouts pour mieux nous faire frissonner, apportant un niveau horrifique supérieur au long métrage.

Et quand bien même le film peut décevoir dans la construction de son récit, pas original pour un sou, la production Warner s’offre le luxe de surprendre par la qualité de ses interprétations. Peu ou pas de tête connue, à l’exception de Miranda Otto, célèbre Éowyn du Seigneur des Anneaux de Jackson, mais une succession de jeunes pousses talentueuses. On retiendra avant tout les prestations tout en finesse de Stéphanie Sigman (aperçue dans l’intro de Spectre) en bonne sœur protectrice et de Talitha Bateman, jeune californienne louée en interview par James Wan lui-même pour son talent naissant. Mais la plus grande surprise d’Annabelle : la création du mal provient avant tout de son dernier tiers, modèle de tension horrifique et d’efficacité, qui démontre le savoir-faire évident de son réalisateur. Sandberg ne se perd pas en divagations inutiles et sclérosées, ce qui avait notamment tué dans l’œuf le premier film, et décide d’aller droit au but, quitte à être un peu brut de décoffrage. En résulte un film certes classique mais rondement mené grâce à une mécanique très bien huilée. Ce qui est déjà, par rapport à la catastrophe totale de son aîné, une vraie réussite.

S’il n’est pas la révolution d’un genre noble, celui du cinéma d’horreur, Annabelle 2, par ses qualités inattendues, à l’instar de Ouija 2 : les origines, fait office de lueur d’espoir. Celle de voir les majors hollywoodiennes s’affranchir enfin des facilités cinématographiques en s’appuyant sur les créations horrifiques de ses réalisateurs talentueux. Celle aussi de prendre de jeunes formalistes du cinéma de genre, plutôt que des yes men sans aucune pertinence créative, afin de rehausser des projets à fort potentiel. Comme l’adage le sous-entend, à l’ouest rien de nouveau mais une seule certitude : pour espérer faire un bon film, rien ne vaut un bon réalisateur. Dans cette optique-là, Annabelle 2 est un succès car plutôt que de viser une révolution inespérée, il préfère prendre son temps et construire une mythologie saine pour mieux avancer. Dans la philosophie récente d’Hollywood, il s’agit d’une situation plutôt encourageante. On espère que le même chemin sera tracé pour les spin-off The Nun et The Crooked Man, également issus des films Conjuring, pour retrouver de vrais bons frissons au cinéma.

Efficace à défaut d’être révolutionnaire, Annabelle 2 est une réussite amplement due à la malice de son auteur, réussissant le tour de force inattendu de redorer le blason d’un univers étendu Malgré ses clichés et ses fils inhérents au genre et au ton qu’il adopte, le long métrage de David F. Sandberg (déjà à la tâche chez DC pour réaliser Shazam) permet à sa poupée de se remettre correctement en selle, avant un inévitable 3e opus, sans pour autant tutoyer les modèles du genre. Un film courageux et réussi qui donnerait presque envie d’être optimiste sur l’avenir du cinéma d’épouvante hollywoodien.

Annabelle 2 : la création du mal : Bande-annonce

Annabelle 2 : Fiche Technique

Titre original : Annabelle : creation
Réalisation : David F. Sandberg
Scénario : Gary Dauberman, d’après The Conjuring de James Wan
Interprétation: Stéphanie Sigman (sœur Charlotte), Talitha Bateman (Janice), Anthony LaPaglia (Samuel Mullins), Miranda Otto (Esther Mullins), Philippa Coulthard (Nancy)
Décors : Lisa Son
Costumes : Leah Butler
Montage : Michel Aller
Musique : Benjamin Wallfisch
Production : Peter Safran et James Wan
Sociétés de production : New Line Cinema, Atomic Monster Productions, The Safran Company et RatPac-Dune Entertainment
Sociétés de distribution : Warner Bros. Pictures (États-Unis) ; Warner Bros. France (France)
Langue : Anglais
Durée : 109 minutes
Genre : Horreur
Dates de sortie : 9 août 2017

États-Unis – 2017

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Louis Verdoux
Louis Verdouxhttps://www.lemagducine.fr/
Louis Verdoux : Lycéen passant en première économique et sociale, j'ai commencé ma passion cinéphilique avec le film Spider-Man de Sam Raimi, devenu mon super héros préféré. Cependant mon addiction au cinéma s'est confirmé avec deux films, The Dark Knight de Christopher Nolan et surtout Drive de Nicolas Winding Refn que je considère encore comme mon film préféré. En si qui concerne mes goûts, je suis quelqu'un de bon public donc je déteste rarement un film et mes visionnages ne se limite à aucun genre, je suis tout aussi bien tenté par Enemy que par Godzilla. Le cinéma est bien plus qu'un art et j'espère vous le faire partager

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