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Les années 2010 : Leonardo DiCaprio, caméléon, sélectif et enfin oscarisé

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Est-ce sa décennie ? Leonardo DiCaprio s’est trouvé deux illustres façonniers en la personne de Martin Scorsese et Quentin Tarantino. Il a enfin été oscarisé après des années de frustrations et d’espoirs déçus. Il s’est accompli – un peu plus – en tant que comédien, tout en marquant le cinéma – un peu plus – de son empreinte.

Leonardo DiCaprio n’a pas attendu la décennie 2010-2020 pour se faire un nom, mais il a indubitablement changé de dimension au cours de ces années-là. La formule est vague et ne rend pas forcément justice au talent qui était déjà le sien à l’époque de Blessures secrètes – il avait alors dix-neuf ans et donnait la réplique à Robert De Niro, son acteur favori – ou de Titanic – il avait alors vingt-trois ans et était adulé par des hordes de fans, surtout féminines. Mais le comédien américain est devenu plus sélectif et a décidé de lier son destin à celui de cinéastes de la trempe de Martin Scorsese et de Quentin Tarantino. Depuis Gangs of New York (2002) et Django Unchained (2012), « Leo » est en effet devenu l’acteur fétiche de ces deux monstres sacrés de Hollywood. Pour la petite histoire, Tarantino avait déjà envisagé de collaborer avec lui à l’occasion d’Inglourious Basterds, avant d’opter pour le germanophone Christoph Waltz. Cette année, c’est chez l’architecte de Pulp Fiction qu’on l’a aperçu (Once Upon a Time… in Hollywood), mais on devrait le revoir dès l’an prochain auprès du réalisateur de Taxi Driver, dans l’attendu Killers of the Flower Moon.

Le début de la décennie 2010 sonne comme une consécration pour Leonardo DiCaprio. Dans Django Unchained, il joue un propriétaire terrien esclavagiste et sadique, un réac de la pire espèce dénué de toute morale, capable d’obliger des Noirs à se battre à mort pour son seul plaisir. Pendant un long monologue, il s’entaille profondément la main sur un morceau de verre, mais continue la prise comme si de rien n’était. Une performance majuscule qui lui vaut notamment une nomination aux Golden Globes. Les Oscars, en revanche, continuent de le bouder. Et ça commence à se voir. Jusqu’au moment de son sacre en 2016 pour son rôle dans The Revenant – ironiquement, c’est Alejandro González Iñárritu qui lui donnera son rôle à statuette –, « Leo » a connu une suite ininterrompue de vexations : des oublis – Titanic, Les Infiltrés, Inception – ou des nominations ponctuées par un échec – Le Loup de Wall Street, Aviator, Blood Diamond. Au point d’ailleurs que tout cela vire à la ritournelle : chaque année ou presque, les journalistes, généralistes comme spécialisés, se demandent si DiCaprio reviendra une fois encore bredouille de la cérémonie des Oscars, ou regrettent en chœur son palmarès. Exemples : « DiCaprio le maudit » (Le Figaro, mars 2014), « Le Web pleure la défaite de Leonardo DiCaprio aux Oscars » (L’Express, mars 2014), « Leonardo DiCaprio snobé par les Oscars… » (20 minutes, février 2014), « Leonardo DiCaprio et l’Oscar maudit » (Midi Libre, janvier 2016), « Oscars, César, pourquoi ils ne l’auront jamais » (L’Express, février 2012), etc.

Qu’importe, même sans Oscar (ni Golden Globes, ni BAFTA, ni…), la décennie qui vient de s’écouler aurait été éclatante pour « Leo ». Pour en juger, il suffit de se reporter au nombre considérable de films notables auxquels il a pris part : Shutter Island, Inception, Django Unchained, Le Loup de Wall Street, The Revenant, Once Upon a Time… in Hollywood, sans oublier les moins heureux J. Edgar ou Gatsby le Magnifique, dans lesquels peu pouvait toutefois lui être reproché. Durant ce laps de temps, on a vu DiCaprio personnifier la résilience et tourner dans des conditions extrêmes (The Revenant), jouer l’hédonisme comme si les lendemains n’existaient pas (Le Loup de Wall Street), crever un double écran dans une mise en abîme vertigineuse (Once Upon a Time… in Hollywood) ou se métamorphoser à coups de moulages en plâtre, de lentilles, de postiches, d’appareils dentaires ou de prothèses nasales (J. Edgar). Que peut-il encore faire pour grandir en tant que comédien ? S’inscrire dans la durée ? Imiter son modèle, Robert De Niro, et se trouver des rôles séminaux à la Travis Bickle, Jake LaMotta ou Rupert Pupkin ? C’est partiellement accompli et – ça tombe bien – « Marty » n’y est pas pour rien.

« L’Obsession rap » : vingt ans d’Abcdr du son

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L’Abcdr du son demeure aujourd’hui encore l’un des médias emblématiques du rap français. Vingt ans après sa création, quelques-unes de ses meilleures archives se voient enfin couchées sur papier aux éditions Marabout. En parcourant L’Obsession rap, on opère un retour aux sources nostalgique, avant de suivre les pérégrinations, forcément erratiques, d’une musique qui n’a jamais aspiré qu’à s’affranchir des carcans.

Percer dans le rap, c’est une affaire de talent et de connexions. Ill, le rappeur des X-Men, peut se gargariser du premier tout en maugréant contre les secondes. Il a rejoint le label 45 Scientific au moment où un Booba prééminent s’apprêtait à y faire une OPA sur le rap français. « Cette expérience chez 45 Scientific a niqué mon art », confesse sans ambages celui que ses anciens compagnons de route décrivent pourtant comme un génie. À l’inverse, la Fonky Family et La Rumeur se sont fait connaître dans le sillage d’IAM et d’Assassin, avant de s’en émanciper avec le succès que l’on sait. Tout le talent d’Oxmo n’a pas suffi à convaincre les programmateurs de Skyrock de jouer les titres d’Opéra Puccino. Et si Benjamin Chulvanij, le fondateur d’Hostile Records, narre à raison le libéralisme de certains rappeurs, le journaliste David Dufresne, auteur d’un Yo ! Révolution Rap quasi prophétique (en France), regrette amèrement la manière dont les majors, par pur stratagème commercial, dénaturent le rap – et ses façonniers. Ces maisons de disques tentaculaires ont également eu raison du projet commun que Diam’s et Sinik s’apprêtaient à enregistrer. Quand les galettes se vendent par centaines de milliers, même la symbiose musicale la plus parfaite ne saurait venir à bout d’un différend contractuel. En contre-exemple absolu, la mixtape Neochrome de Loko, entièrement conçue en autoproduction, s’écoulera à la Fnac comme du shit en bas d’un immeuble de banlieue : 6000 à 7000 cassettes y trouvent preneurs.

Toutes ces histoires émaillent L’Obsession rap. On y découvre le meilleur de l’Abcdr du son, et certainement pas sous forme lyophilisée. Hamé qui booste La Rumeur ? La garde à vue de David Dufresne avec NTM ? Les anecdotes d’Anthony Cheylan, chef de projet chez Because Music, sur Keny Arkana ? Les excès de Salif et la dualité de sa carrière ? Le travail de Fred Le Magicien avec Booba ? Le clash de ce dernier avec Sinik ? Nombreux sont les sujets qui viennent s’inscrire au frontispice de ce bel ouvrage. Interviews, portraits, fiches thématiques, reviews de disques s’entremêlent et font renaître sous nos yeux quelque trente années de rap français – de MC Solaar à Jul en passant par La Cliqua, Dany Dan ou Orelsan. Mieux : plus on progresse dans la lecture, plus on est tenté de se replonger dans les titres des uns et des autres. Un lexique du beatmaking, un hommage posthume au génial DJ Mehdi, un classement des cent classiques du rap français, un répertoire des meilleures punchlines de La Fouine, une constellation d’anecdotes et d’affaires sulfureuses : si les entrées de L’Obsession rap se caractérisent par leur pluralité, les passages obligés du hip-hop en France ne sont toutefois pas traités en quantité négligeable.

Lino, Diam’s, Casey, la scène alternative, Booba, Rohff, Damso…

Au fil des chapitres, on s’intéresse bien entendu aux stars du rap français, mais aussi à ses hommes de l’ombre, à ses beatmakers, à ses artistes évoluant loin de la scène parisienne… On comprend que l’alchimie entre Calbo et Lino explique pour partie la déception qui a entouré les projets solo du second, considéré pourtant comme l’un des meilleurs artificiers de France. Étrangement, c’est un Radio Bitume brut de décoffrage et boudé par Lino himself qui a reçu le meilleur accueil de la part du public. Quand on évoque Diam’s, il est question de ses ventes hallucinantes, mais aussi de son éviction de la Mafia Trece, de sa politique du featuring ou de ses performances artistiques déroutantes à la « Suzy ». DJ Mehdi revient sur Le combat continue avec notamment cette anecdote savoureuse : Kery James écrivait en studio malgré les tarifs rédhibitoires pratiqués à l’époque et Mehdi, en grand pragmatique, en profitait pour expérimenter des tonnes de choses avec le matériel mis à sa disposition. Un peu plus loin, les « alternatifs » se racontent : ils accusent les journalistes d’avoir inventé de toutes pièces un sous-courant et rappellent qu’ils font avant tout du post-hip-hop, cela les rapprochant bien plus encore que de putatifs et parfois infondés liens d’amitié. Reste encore à découvrir un portrait de Vîrus sursignifiant son refus du conformisme, quelques mots sur la scène belge et notamment Scylla ou Baloji et des portraits de Kaaris ou Damso (parmi d’autres MC’s). À n’en pas douter, L’Obsession rap conjugue l’élégance de la forme à la pertinence du fond.

L’Obsession  rap : classiques et instantanés du rap français, ouvrage collectif
Marabout, octobre 2019, 256 pages

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4.5

« Charlie Chaplin » : biographie dessinée

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Dupuis propose dans sa collection « Les Étoiles de l’Histoire » une bande dessinée retraçant la vie tumultueuse de Charlie Chaplin. On y découvre l’enfance misérable du comédien et réalisateur britannique, son amour immodéré pour le spectacle, son irrésistible ascension hollywoodienne et les contrecoups qu’elle a occasionnés.

La grande famille du cinéma muet comprend son lot de stars, parmi lesquelles figurent Buster Keaton, Fritz Lang, D. W. Griffith, Friedrich Wilhelm Murnau, Robert Wiene, Carl Theodor Dreyer, Louis Feuillade, Howard Hawks, Alfred Hitchcock et bien entendu Charlie Chaplin. Dans la préface de cette bande dessinée, Claude Lelouch déclare à son sujet : « Chaplin a toujours figuré en tête de liste de mon panthéon. Le Chaplin muet m’a bouleversé… » Le cinéaste français rappelle aussi la capacité de son homologue britannique à porter toutes les casquettes : auteur, réalisateur, producteur, comédien, il lui arrive même de faire le ménage sur ses plateaux ! Le scénariste Bernard Swysen restitue avec brio cette facette du personnage. Son Chaplin, avalisé par les héritiers du cinéaste, se sent pieds et poings liés dès lors qu’un contrat le rattache à un studio, raison pour laquelle il fondera United Artists et investira ses fonds personnels dans les projets qui lui tiennent à cœur.

Charlie Chaplin est elliptique par principe, doux-amer par fidélité à son objet, révérencieux envers l’artiste mais critique envers l’homme. Bernard Swysen nous raconte d’abord l’enfance difficile de Charlie Chaplin et de son demi-frère Sydney, avec un père décrit comme un « poivrot violent » et une mère chanteuse désargentée, bientôt sous le coup de la maladie (céphalées, syphilis, asthme, troubles cognitifs, etc.). Le futur réalisateur du Kid passe son enfance dans une école pour orphelins. Lui, Sydney et leur mère finissent à l’asile et ne se voient alors plus qu’au parloir. Entretemps, Charlie aura tout de même fait montre de son appétence pour le spectacle : il avale une pièce de monnaie en imitant un tour de Sydney et monte – déjà – à l’occasion sur scène. Quelques tirades inspirées traduisent bien cette période douloureuse. Ainsi, le père de Charlie assène à sa femme : « Hannah, tu sais bien qu’après chaque spectacle, on doit boire pour inciter les clients à consommer. J’ai une conscience professionnelle, moi ! » Plus tard, Sydney, las, demandera à sa mère : « Pourquoi chaque fois qu’on déménage on a une pièce de moins ? »

Chaplin, l’homme et l’artiste

Réceptionniste, musicien, nettoyeur, vendeur de fleurs, souffleur de verre : l’adolescence de Charlie Chaplin n’a rien de particulièrement enviable. Tous les soirs, il doit se contenter de manger du pain grillé dans la graisse. Et quand il décroche un premier rôle dans une pièce, celle-ci est rapidement déprogrammée. Il a pourtant du talent à revendre, chose que le compositeur Claude Debussy lui fait remarquer à Paris, en 1909. Chaplin part ensuite à New York, où il fait un bide, avant de revenir à Londres. Mais l’Angleterre le déprime et il repart aussitôt aux États-Unis. Bruno Bazile dessine avec soin et souci de réalisme ces nombreux lieux entre lesquels l’artiste en devenir effectue des allers-retours. À chaque planche transparaissent l’abnégation et la capacité de résilience d’un homme mal né mais bien décidé à s’accomplir.

Bientôt, la carrière de Charlie Chaplin commencera à décoller. Il y a d’abord les tournées Karno, l’invention du personnage de Charlot (en un tournemain) pour L’Étrange aventure de Mabel, les premiers succès, puis une offre impossible à refuser de la compagnie Essanay. Fin des années 1910, Chaplin est une star pour laquelle on se bouscule au portillon et qui fait vendre des produits dérivés en tous genres. Si ses rêves de grandeur et de richesse se concrétisent, il se sent pourtant seul et insatisfait. Il est acclamé dans toutes les villes des États-Unis, mais aussi honni par certains en raison de sa prétendue lâcheté – il n’est pas retourné en Europe pour faire la guerre. Insatisfait, il le restera à jamais, comme le démontre amplement cette bande dessinée : il couche avec des mineures qu’il est ensuite contraint d’épouser ; il doit se cacher pour monter Le Kid en raison d’un divorce menaçant ses droits sur le film ; il fonde United Artists pour se départir des studios et gagner en liberté, mais accumule les problèmes, notamment fiscaux (il est accusé de fraude), judiciaires (ses rapports avec des mineures ou le FBI cherchant à le piéger) et politiques (on le soupçonne notamment d’anti-américanisme et de sympathies communistes, et il passe devant le comité Breen). Il souffre par ailleurs à plusieurs reprises de surmenage.

Charlie Chaplin narre aussi les succès du réalisateur britannique, son acuité, son inventivité et son haut degré d’exigence. Charlot y apparaît comme le double inversé de Charlie : à l’humilité et l’insouciance de l’un répondent l’opulence et la gravité de l’autre. Les rapports complexes du Britannique avec le cinéma parlant se voient eux aussi explicités. D’abord perçue comme une mode, cette révolution technique s’impose ensuite avec force à Chaplin. Figurent enfin des anecdotes méconnues comme cette tentative d’assassinat à Tokyo en 1931 par des officiers japonais nationalistes, les pleurs d’Albert Einstein lors de la projection des Lumières de la ville, l’idée des Temps modernes germant alors que Charlie Chaplin navigue sur son yacht, le port de gants en raison d’une allergie aux pellicules au nitrate des films (!) ou l’actrice Joan Barry couchant avec le comédien à la moustache après l’avoir menacé de se suicider au pistolet.

Le dessinateur Bruno Bazile, qui n’avait en sa possession qu’un seul cliché de Charlie Chaplin étant petit, a dû se fier aux indications des ayants droits et imaginer toute la gestuelle du personnage. Son travail est remarquable de précision et de cohérence. Bernard Swysen a quant à lui dû s’astreindre à une sélection minutieuse : choisir des tranches de vies pour restituer au mieux, en quelque 70 pages, une existence riche et passionnante, éclatée géographiquement et couvrant un large spectre d’émotions. Il ne cède heureusement jamais à l’hagiographie et présente un Chaplin tant génial (au sens propre du terme) que blessant, obsessionnel, tyrannique (la dispute avec David Raksin ou Truman Capote) et incapable de dialoguer sereinement avec ses comédiens (Marlon Brando ou Tippi Hedren). Son dernier amour Oona et la remise d’un Oscar d’honneur en 1972 viennent clôturer, parmi d’autres choses, cette admirable bande dessinée.

Charlie Chaplin, Bernard Swysen (Auteur) et Bruno Bazile (Illustrations)
Dupuis (Les étoiles de l’histoire), octobre 2019, 88 pages

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4

Le vagabond des étoiles, un roman de Jack London qui inspire Riff Reb’s

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En proposant cette libre adaptation d’un roman méconnu de Jack London, Riff Reb’s trouve un univers qui lui convient parfaitement. Une première partie séduisante. A quand la suite ?

Le narrateur et personnage central, Darrell Standing (un nom qui ne doit rien au hasard, car le personnage fera face à tous les événements, imperturbablement), se retrouve en prison en 1906 (huit ans avant le présent de narration), pour le meurtre du professeur Haskell avec qui il travaillait dans les laboratoires de l’université de Berkeley. Standing reconnaît avoir été pris d’une colère rouge (fond très révélateur de la case), comme cela lui arrive parfois. Au moment où il écrit, il s’apprête à être pendu, mais pour de une toute autre raison. On notera que ce premier chapitre (sur les huit que cette première partie comporte), présente quasiment tous les points fondamentaux concernant le personnage.

En exergue, Riff Reb’s propose un poème signé Gérard de Nerval :

« Il est un air pour qui je donnerais
Tout Rossini, tout Mozart et tout Weber,
Un air très vieux, languissant et funèbre
Qui pour moi seul a des charmes secrets

Or, chaque fois que je viens à l’entendre,
De deux cents ans mon âme rajeunit :
C’est sous Louis Treize ; et je crois voir s’étendre
Un coteau vert, que le couchant jaunit,

Puis un château de brique à coins de pierre,
Aux vitraux teints de rougeâtres couleurs,
Ceint de grands parcs, avec une rivière
Baignant ses pieds, qui coule entre des fleurs ;

Puis une dame, à sa haute fenêtre,
Blonde aux yeux noirs, en ses habits anciens,
Que, dans une autre existence peut-être,
J’ai déjà vue… – et dont je me souviens ! »

L’aspect romantique pourrait trouver sa justification dans le deuxième album. Par contre, cette allusion à des souvenirs ayant traversé les siècles correspond parfaitement à celui-ci.

Les trois premières planches, très oniriques, indiquent que le narrateur vit avec des souvenirs qui ne lui appartiennent pas. Un ensemble particulièrement effrayant pour sa conscience et parfaitement rendu par le dessin et les couleurs.

San Quentin

Suite à son coup de sang l’ayant poussé au meurtre, Standing est incarcéré à la prison de San Quentin. Pour son plus grand malheur, Standing est du genre incapable de tenir sa langue quand il observe quelque chose qui ne fonctionne pas correctement. De plus, son intelligence lui a permis de faire des études, jusqu’à devenir ingénieur. Alors, évidemment, au bagne, voir un atelier de tissage tenu en dépit du bon sens…

La torture

Standing va côtoyer les autres prisonniers et leur obsession de l’évasion. Un plan semble émerger. Histoire d’incarcération assez classique, mais très bien mise en scène par le dessinateur, le scénario apportant des éléments fondamentaux à chaque chapitre. Standing devra composer avec les trahisons, ainsi qu’avec les moyens déployés par l’administration pour parvenir à ses fins : non pas trouver celui qui les mène en bateau, mais celui qui les mènera vers ce qu’elle peut toujours chercher…

La force de l’esprit

Devenu une sorte de bouc-émissaire, voilà Standing soumis à une torture qui pourrait le mener à la folie (en attendant la mort). Complètement immobilisé, on pourrait imaginer la situation sans issue : aussi bien pour Standing que pour le dessinateur. Mais, le personnage se révèle doué d’une force de caractère peu commune, ce dont le dessinateur profite avec une belle inspiration.

Le style Riff Reb’s

Cet album (106 pages) montre qu’avec un scénario issu d’une littérature lui correspondant, Riff Reb’s peut s’épanouir. N’ayant pas lu le roman en question, je ne peux que me réjouir du résultat. Riff Reb’s met ici en valeur son style constitué d’un dessin soigné qui vise la noirceur dans le réalisme (voir les visages : il donne sa pleine mesure en dessinant et mettant en scène la noirceur humaine et les visages masculins de personnages ayant visiblement connu des situations difficiles). Nulle place ici pour la mièvrerie, ce qui n’exclut pas un certain goût pour le romantisme.

La noirceur humaine

Le goût de Riff Reb’s pour la représentation de la noirceur humaine ne l’empêche absolument pas d’illustrer magnifiquement tout ce qui l’intéresse et tourne autour de Standing, un personnage incroyable au potentiel fantastique. Le trait est vif et précis, il s’attache à la transcription du mouvement ainsi qu’aux émotions des personnages. A quelques rares exceptions, toutes les images sont monochromes, dans des teintes sombres correspondant bien aux univers dans lesquels l’action se passe. Impossible de le dire autrement, car l’action se trouve éclatée entre des époques très différentes. C’est pourquoi l’album qui fera la suite promet beaucoup, même si dans celui-ci l’univers carcéral me fait davantage d’effet que le reste. Et quoi qu’il en soit (univers particulièrement sombre), l’album est un plaisir pour l’œil, avec des planches toujours bien organisées, des décors bien travaillés, quelques beaux paysages et surtout une impressionnante galerie de visages.

Le Vagabond des étoiles, Riff Reb’s
Éditions Soleil (collection Noctambule), octobre 2019, 96 pages

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4

« La Ferme de la terreur » : Wes Craven à la source

Elephant Films sort en Blu-ray La Ferme de la terreur, l’un des premiers longs métrages de Wes Craven. On y retrouve la patte du cinéaste américain, mais aussi quelques maladresses…

Wes Craven plante sa caméra dans une Amérique rurale plutôt inquiétante. Jim et Martha, exploitants agricoles, vivent à côté d’une communauté religieuse observant des rites d’un autre temps. Patriarcale, refusant les progrès techniques, elle apparaît repliée sur elle-même, défiante à l’égard des citadins et sourcilleuse sur les questions de mœurs. Quand Jim est assassiné dans sa grange – avec la panoplie complète de vues subjectives, de filtres rouges et de ralentis –, ces Hittites inspirés des Amish, dirigés par Ernest Borgnine, font figure de coupables idéaux. C’est d’autant plus le cas que se tient parmi eux un étrange voyeur campé par Michael Berryman, un habitué des films d’horreur de Wes Craven, au physique des plus atypiques. Dans le texte, la tension suscitée par cette congrégation s’exprime en ces termes : « C’est vraiment le Moyen-Âge. Ces types doivent manger du soufre au petit déjeuner, ma parole. »

Deux incohérences se font déjà jour : Jim est un ancien Hittite rejeté par sa communauté, mais il a toutefois choisi d’acheter un terrain jouxtant directement ses terres ; plutôt que de quitter la ferme dans laquelle vient d’être commis le meurtre de son époux, Martha décide de rester là-bas et d’inviter chez elle ses amies citadines (dont Sharon Stone). Des meurtres continuent toutefois d’être perpétrés, en ce y compris chez les Hittites. Entretemps, Lana, interprétée par Sharon Stone, a eu des hallucinations impliquant des araignées. Ces dernières rejoignent le bestiaire habituel des films d’horreur : serpent, monstre, incube (démon masculin), épouvantail, pendu, amants tués dans leur voiture… Le slasher attendu passe par différents états de manière erratique, même si plusieurs éléments sont à porter au crédit de Wes Craven.

La mise en scène est globalement satisfaisante. Elle comprend des panoramiques, des plans-séquences, une scène rembobinée et un effroi charpenté avec métier. Dans une séquence-clé, un serpent se glisse dans le bain de Martha, cette dernière étant filmée de face, les jambes écartées. Le parallélisme avec Les Griffes de la nuit, qui sortira trois années plus tard, est évident. Wes Craven parvient par ailleurs à caractériser avec talent les Hittites, leurs pulsions réprimées et la modernité vue par eux comme une perversion. « Tu es de la charogne pour les narines de Dieu », dira le leader de la communauté à un fils désavoué. « Va rejoindre ton frère chez les damnés. » De fait, les dissensions entre les Hittites et le reste du village forment le cœur battant du film, même si le final réserve une petite surprise quant au whodunit.

BONUS

Au-delà d’une courte galerie de photographies et de la traditionnelle bande-annonce, le document de treize minutes intitulé Let Hittite Be constitue le principal bonus d’une édition qui n’en fait manifestement pas grand cas. On y revient sur la genèse du film (à la suite d’une téléfiction avec Linda Blair couronnée de succès), sur les faiblesses conceptuelles du long métrage, sur Sharon Stone, sur Ernest Borgnine et son étonnante nomination aux Razzie Awards, sur la symbolisation sexuelle de certaines séquences, etc.

Anglais-Français – Dolby Digital 2.0 – 1920 x 1080p HD – 1.78 : 1 – 16/9 – 102 minutes – couleur – son mono

La Ferme de la terreur : bande-annonce

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2.5

AFF 2019 : Jojo Rabbit, de Taika Waititi, entre hilarité, gravité et maladresses

L’Arras Film Festival 2019 nous a permis de découvrir en avant-première nationale Jojo Rabbit de Taika Waititi. Entre humour satirique et gravité, le réalisateur de Vampires en toute intimité et Thor Ragnarok nous livre, non sans quelques maladresses, un feel good movie sur la victoire de l’enfance face à l’extrémisme nazi et son fanatisme cinglant.

Synopsis : Jojo, un jeune Allemand, vient fièrement de s’engager dans les jeunesses hitlériennes. Maltraité par ses camarades, il trouve notamment du soutien auprès de son ami imaginaire, Adolf Hitler. Une rencontre inattendue va heureusement bouleverser son fanatisme aveugle.

Une victoire de l’esprit et du cœur

Comme le laissaient présager les bandes-annonces, Jojo Rabbit est bel et bien un feel good movie. Malgré quelques conséquents revers pour son personnage principal, ce dernier réussira à vaincre le fanatisme qui l’a aveuglé, et par conséquent, la haine aiguisée envers une adolescente juive et l’aide qui lui est donnée par sa mère résistante (interprétée par une surprenante Scarlett Johansson). Chez Waititi, empli de bons sentiments et d’une sincérité quant aux messages pacifiques que va appréhender puis respecter son jeune protagoniste, la guerre que connaît Jojo  est double. D’un côté, il y a celle idéologique, menée contre les alliés, les juifs, les résistants au « nouvel ordre mondial hitlérien », de l’autre, les combats physiques qui vont mettre à mal toute chance de victoire du nazisme sur l’esprit vif du bonhomme.

On peut considérer la rencontre avec la jeune Elsa Korr comme point de liaison entre ces deux catégories : d’un côté, Jojo va devoir se battre contre son antisémitisme – et donc son fanatisme -, de l’autre, il ne pourra résister à son attraction pour l’adolescente de cinq ans son aînée. Il y a d’ailleurs ici une double attraction, partagée entre l’amour pour cette inconnue et le sentiment de lien profond envers cette sœur de substitution. Car le jeune fanatique a perdu sa sœur dans des circonstances mystérieuses, et est hanté par le manque fraternel.

La rencontre de ces deux enfants paumés par la perte de leurs proches et donc d’un ancien quotidien va permettre à chacun de se réparer, sinon de retrouver leur personnalité propre au sein d’un monde tiraillé par les extrémismes. Détruite par le décès de ses parents, Elsa va survivre, puis réapprendre à vivre, grâce à Jojo et sa mère. Ayant pour meilleur ami et pour figure paternelle Hitler, Jojo va réussir à dépasser le départ de son père à la résistance – il fantasme l’engagement de père dans l’armée allemande -, le décès de sa sœur et d’une parente importante grâce à sa mère et Elsa. En aidant chacun à se retrouver, autant sentimentalement qu’intellectuellement, le duo de formidables jeunots va réussir à survivre à cette guerre qui les ravage de bien des façons.

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Elsa et Jojo
Copyright : Fox Searchlight, 20th Century Fox, Walt Disney Studios Motion Pictures

Jojo, Hitler et les jeunes spectateurs

Certes, le message empli d’espoirs et d’appels à l’amour plutôt qu’à la guerre n’est pas sans quelques maladresses : on pense à cet archétype du film de guerre qu’est le capitaine Klezendorf (formidable Sam Rockwell) qui tient à avoir sa guerre mais pas au nazisme et à ses folies sanguinaires. Ainsi le capitaine aidera Jojo et Elsa. Si le récit tend souvent à évoquer le cinéma de Wes Anderson dans quelques procédés de mise en scène (le burlesque au cadrage profilé et sans coupe, l’usage de chansons pop’ pour essentialiser le parcours de l’enfant et de compositions pour créer une forme de distanciation propre à apporter de l’humour et un certain attachement pour son fanatique personnage), Waititi est bien derrière la caméra. On lui reconnaît son sens de l’humour et du drame, exercé de façon plus ou moins formidable : le rire acerbe et noir face au nazisme et à ses ramifications (voir la séquence hilarante avec les SS) ; la révélation tout en pudeur du décès d’un parent proche de Jojo intelligemment préparée au cours du métrage ; un long ralenti cohérent avec l’expérience du désastre guerrier par Jojo mais un poil trop dans une forme de surenchère qui vous tirerait la larme, même avec des glandes lacrymales non fonctionnelles.

Une surenchère qui a pu choquer, sinon effrayer les enfants présents dans le public lors de l’avant-première française. En effet, si le film est tout public en France, il est heureusement déconseillé aux moins de treize ans aux Etats-Unis. Ce qui constitue malheureusement un double problème pour les familles et jeunes spectateurs français qui vont être attirés par la communication promouvant l’humour impertinent et l’aspect feel good. En effet, l’humour noir de Waititi ne sera accessible qu’à ceux ayant reçu d’importantes leçons d’histoire liées à une prise de conscience sur l’ampleur de l’horreur nazie. Aussi, un autre problème s’invite à cette réflexion : la mise en scène du « guide nazi ». Intrinsèquement relié à l’esprit de Jojo, et alors à ses doutes comme à ses convictions, Hitler passe de l’ami imaginaire nazi et incompris par le monde – comme Jojo est malmené par ses pairs – à une figure de vil boogeyman spirituel dont le protagoniste va devoir se débarrasser. Le problème est mis en évidence avec l’utilisation du qualificatif « vil » : oui, le Jojo le considère au final comme un méchant bonhomme, effrayant de par sa soif de pouvoir et sa haine. Le bonhomme n’ayant pas beaucoup de données sur les différents actes de son führer, il n’a pas une vision complexe et surtout plus juste de l’ordure finie, de ce monstre humain, de ces visions terrifiantes et barbares qu’incarne, entre autres terribles actes et pensées, Adolf Hitler. Comme le note Variety, Waititi « makes the mistake of thinking that by not taking Hitler seriously, we somehow diminish his power. That by rendering him into a dopey, insecure crybaby, we can expose the emptiness of his beliefs ». S’il y a clairement une forme de maladresse malgré le respect du point de vue enfantin de son personnage-titre, la question se pose : Jojo Rabbit peut-il réellement être appréhendé comme il se doit – soit avec un jeu entre distance humoristico-intellectuelle et implication sentimentale – par de jeunes spectateurs ayant l’âge du personnage (soit une bonne dizaine d’années) sans les amener à une pensée moindre, voire légère, quant à la figure historique hitlérienne ?

Bande-annonce – Jojo Rabbit

Fiche technique – Jojo Rabbit

Réalisation : Taika Waititi
Scénario : Taika Waititi d’après le roman de Christine Leunens
Interprétation : Roman Griffin Davis, Thomasin McKenzie, Scarlett Johansson, Taika Waititi, Sam Rockwell, Rebel Wilson, Alfie Allen, Stephen Merchant, Archie Yates
Directeur de la photographie : Mihai Mlaimare Jr.
Montage : Tom Eagles
Bande-son musicale originale : Michael Giacchino
Producteurs : Carthew Neal, Kevan Van Thomson, Taika Waititi, Chelsea Winstanley
Production : Czech Anglo Productions, Piki Films, Defender Films, TSG Entertainment
Distribution : Fox Searchlight Pictures, Twenty Century Fox, Walt Disney Studios Motion Pictures
Pays : Etats-Unis/ République Tchèque / Allemagne
Genre : Comédie / Drame / Guerre
Date de sortie : 29 Janvier 2020

Note des lecteurs3 Notes
3.5

Premier trailer pour le nouveau James Bond

Il est, comme toujours, très attendu. James Bond reviendra en 2020 et Daniel Craig endossera pour la cinquième et dernière fois le rôle de l’agent au matricule 007. Avec un titre ressemblant, sûrement en guise de clin d’œil, à plusieurs anciens opus, Mourir peut attendre (No time to die) est annoncé en salle le 8 avril 2020.

Cette première bande-annonce a d’ores et déjà permis de lever le voile sur certaines interrogations… Mais il ne faut pas croire que les fans y aient trouvé toutes les réponses à leurs questions. Attention, les lignes ci-dessous contiennent des spoilers avec des mentions des derniers épisodes de la saga.

Cary Fukunaga aux commandes 

En remplaçant Danny Boyle, initialement prévu en tant que réalisateur, Fukunaga devient officiellement le premier Américain à réaliser un James Bond. Les divergences entre le réalisateur ainsi que son scénariste fétiche John Hodge avec les producteurs du film devenaient au cours des discussions bien trop importantes pour que Boyle ne reste le réalisateur de ce film.

Selon plusieurs sources, une rumeur similaire était fréquemment relayée. Boyle et Hodge envisageaient la mort du célèbre espion britannique. Chose impossible à imaginer pour bon nombre de personnes… Même si tout cela ne reste que des rumeurs. Il aurait même été établi que les relations entre Boyle et Craig faisaient état de désaccords fréquents.

PHOTO par Violetta, licence Pixabay.

Légende : Bond semble vivre une retraite paisible en Jamaïque au début du film…

Un casting de choix 

À l’issue de Spectre, nous quittions James Bond main dans la main avec Madeleine Swann, interprétée par la Française Léa Seydoux. Il épargnait son démon et la source de ses ennuis depuis plusieurs années, à savoir le numéro 1 de l’organisation criminelle Spectre, Ernst Stavro Blofeld. Nous retrouverons Christopher Waltz dans ce rôle, comme en témoigne sa présence dans la bande-annonce.

Rami Malek continue lui de marquer de son empreinte le monde du cinéma. Après avoir été étincelant dans Bohemian Rhapsody, il incarne le méchant de ce James Bond, le terrible Safin. Toujours est-il qu’un lien éventuel entre lui et Madeleine Swann semble tourmenter le scénario et les relations entre Bond et celle pour qui il a tout quitté. Les surprises seront sûrement de taille. Mais souvenez-vous bien du passage de Spectre ou Swann explique à James Bond pour quelle raison elle déteste les armes à feu…

PHOTO par Sciffler, licence Pixabay.

Légende : Clap de fin pour Daniel Craig

La vraie surprise intervient aussi avec la présence de Lashana Lynch, femme incarnant pour la première fois, un agent matriculé 00. Quelle sera la suite logique des choses ? Seul l’avenir nous le dira.

Et puisque la bande-annonce semble montrer une certaine animosité entre Swann et Bond, ce dernier aura tout le temps de séduire une nouvelle James Bond Girl. L’agent ne manque jamais l’opportunité d’user de ses charmes. L’art de la séduction est naturel pour lui et Daniel Craig, a depuis des années, parfaitement intégré ceci dans son jeu d’acteur. En remportant une partie de poker dans Casino Royale, en charmant Madeleine dans Spectre ou même en convainquant M de le suivre dans Skyfall, il est clair que James Bond sait manier ses qualités physiques et mentales. Ana de Armas succombera sans aucun doute à ce charme puisqu’elle fut annoncée comme la nouvelle James Bond Girl de ce film.

Côté MI6, on ne change pas les bonnes habitudes. Ralph Fiennes en M, Ben Whishaw en Q et Naomie Harris en Miss Moneypenny. Vous retrouverez également Jeffrey Wright en Felix Leiter, l’agent de la CIA allié de Bond. C’est même ce dernier qui apparemment, sortirait Bond de sa paisible retraite passée en Jamaïque.

Des adieux en beauté 

Les chiffres sont comme toujours avec la série Bond, colossaux. Daniel Craig inscrira son nom une dernière fois dans la légende 007. Avec un budget avoisinant selon les rumeurs, les 250 millions de dollars, il dépassera Spectre et deviendra le film le plus cher de l’histoire de la franchise.

Et comme toujours, les marques se grefferont fièrement à cette super-production. Vous pourrez donc y voir le dernier modèle Valhalla d’Aston Martin et une montre Omega pas encore dévoilée… La marque suisse est en effet présente sur le poignet de Daniel Craig depuis ses débuts dans Casino Royale.

Alors, impatient de retrouver le plus célèbre des agents secrets ?

J’accuse Roman Polanski, ses spectateurs hypocrites et les apôtres du pire

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Drôle de manière de voir un film qu’en fermant les yeux. J’accuse de Roman Polanski, réalisateur fugitif et poursuivi par la justice américaine, vient de signer le meilleur démarrage du cinéaste depuis 1986. Alors j’accuse aussi. Ceux pour qui la pédophilie est soluble dans le temps, ceux qui dissocient les hommes des artistes, et ceux qui cultivent le viol. Si ce n’est par leurs actes, par leurs mots.

J’accuse Roman Polanski, le fugitif, le réalisateur, l’artiste, l’homme. Je l’accuse pour les actes pour lesquels il a été inculpé et arrêté en 1977 dans le cadre d’une affaire d’abus sexuel sur mineur contre Samantha Geimer, une enfant alors âgée de 13 ans. J’accuse l’homme qui depuis sa fuite des Etats-Unis est toujours considéré par Interpol comme un fugitif, et qui ne peut mettre les pieds qu’en France, Pologne et Suisse. Des pays qui accueillent l’artiste dans le respect du droit international. Mais ce même droit international n’incite pas à célébrer ses criminels. J’accuse celui qui a sodomisé une enfant. Celui qui a plaidé coupable pour rapports sexuels illégaux avec une mineure de 13 ans. J’accuse celui qui disait face à Jean-Pierre Elkabbach en 1979 qu’il aimait les jeunes filles. Celui qui dit ne s’en être jamais caché, toujours entouré de jeunes filles. J’accuse celui pointé par une dizaine de témoignages de viols de filles et femmes allant de 9 à 29 ans.. Des témoignages que dément et conteste le réalisateur. Qui si pour Polanski, présomption d’innocence il y a. Indécence que de poursuivre sa carrière, il y a aussi. Jusqu’à dresser un parallèle, au cinéma, entre Dreyfus, victime d’un antisémitisme d’état, et lui, poursuivi pour abus sexuel sur mineure. Mais a-t-il eu tort, complètement impuni par le milieu du cinéma, ses pairs et ses spectateurs ? J’accuse celui qui incarne l’impunité des hommes célèbres et ceux qui assurent cette impunité.

J’accuse ceux qui dissocient l’homme de l’artiste. Au nom de quoi l’artiste cesserait de devenir homme ? Pourquoi des actes odieux et monstrueux, que nous condamnons si facilement autour de nous, deviendraient si légers et invisibles dès lors qu’ils concernent ceux de faiseurs d’art ? Attention, cela ne s’applique pas aux artistes moyens et aux autres professions. Journalistes, cinéphiles, spectateurs s’amusent tant à déceler dans les œuvres du 7ème art les névroses et les passions de leurs auteurs. Mais dès lors que ses névroses et passions sont de l’ordre de la pédophilie ou de violences sexuelles, alors l’auteur ne serait plus homme mais deviendrait une entité intouchable et conceptuelle. Sauf que Polanski, n’est pas un être bicéphale, dont sa persona d’homme est celle d’un fugitif poursuivi tandis que l’artiste, lui, perdure dans la gloire de ses pairs et de son public. Les deux, qui ne sont qu’un, ont le même compte en banque, le même cerveau, le même corps. C’est le même cerveau d’artiste qui a invité une fille de 13 ans chez lui. Alors pardon, peut-être était-ce seulement la partie de son cerveau d’homme qui était sollicitée et non celle réservée à l’art ? C’est le même corps qui manivelle la caméra et touche une enfant. Mais peut-être la main n’est-elle pas la même quand il n’y a pas de comédiens dans la pièce ? Pourtant, les faits qui lui sont reprochés sont aussi bien des faits d’homme que des faits d’artiste. C’est en tant qu’artiste qu’il reçut Samantha pour une séance de photographie, d’art donc. Alors quand il l’a invitée, il était encore artiste, mais quand il s’est introduit dans un jacuzzi avec elle avant d’en abuser, il est soudain devenu homme ? Les bons metteurs en scène s’arrogent-il un droit au viol ?  J’accuse les aveugles et les hypocrites. Ceux qui confèrent une indulgence aux artistes. Ceux que cette dissociation arrange, car si l’artiste et l’homme ne faisaient qu’un, alors ils ne seraient que les avocats d’un homme abuseur d’enfant. A moins qu’ils ne le soient déjà.

J’accuse les spectateurs égoïstes. Ceux qui font de J’accuse, en pleine polémique, l’un des meilleurs démarrages de l’année pour un film français. Ceux incapables de se passer d’un film tous les deux ans au cinéma. Ceux pour qui deux heures de film valent plus que deux heures de viol. J’accuse ceux qui crient à la censure de la culture. Il ne s’agit pas d’interdire en salles les films de Polanski. Il s’agit qu’il n’en produise plus. Qu’il ne retrouve plus des cinémas pleins prêts à le célébrer. Alors là, le statut d’artiste périra et il ne vous restera que l’homme à juger. Tant que l’homme existera en tant qu’artiste, vous défendrez son droit à exister. Pourquoi fait-il encore des films ? Pourquoi de grands acteurs se ruent pour apparaître dans ses productions ? J’accuse ceux qui n’auraient aucun mal à voir le film autrement sans encourager Polanski, mais choisiront le seul moyen qui l’enrichit. Le sujet n’est pas de savoir si le film est bon ou non ou de statuer sur le talent de mise en scène du réalisateur. Ce ne sont que des excuses pour justifier l’égoïsme qui caractériseront les spectateurs qui iront voir le film un bandeau sur les yeux. Drôle de manière d’ailleurs de voir un film qu’en faisant l’aveugle. Comprenez-les, comment pourraient-ils continuer à vivre s’ils passaient à côté d’un tel talent ? Combien de très bons films qu’ils ont ratés au cinéma ont-ils rattrapés en streaming ? Mais comprenez-les, encore une fois, ce serait indigne de rater le dernier Polanski dans une salle de cinéma. J’accuse ceux qui ignorent leur responsabilité en tant que spectateur. Celle qui réside dans l’achat d’un ticket de cinéma ou d’un DVD. Celle qui fait perdurer, durer. Cette responsabilité complice qui protège les improtégeables. Les émotions ressenties durant le film valent-elle la sodomisation d’une fille de treize ans ? La place de cinéma a-t-elle le goût du champagne qui a saoulé une enfant ? Sûrement pas. Les violences sexuelles sont indolores et invisibles pour ceux et celles qui ferment les yeux. Le débat n’est pas difficile à appréhender. Il n’y a pas de malaise entre le génie et l’homme condamné. Seul le public est responsable de cette dissociation. La seule question à se poser est quelle place souhaitons-nous accorder aux pédophiles ?

J’accuse les défenseurs de l’indéfendable, les outranciers et les apôtres de la culture du viol. Ceux qui disent que ces actes constituent une erreur de jeunesse, que la victime n’était pas une gamine. J’accuse ceux qui, plateau télé après plateau télé, donnent de la force à ceux qui violent et ceux qui violeront. Ceux qui s’amusent à dire qu’ils vont voir le film plusieurs fois pour emmerder les féministes. Ceux qui, si ce n’est par leurs actes, cultivent le viol par leurs mots. Ceux qui pardonnent l’horreur dès lors que les faits sont éloignés dans le temps. J’accuse ceux pour qui la pédophilie est soluble dans le temps. J’accuse ceux qui tiendraient le même discours si les actes avaient lieu aujourd’hui. J’accuse ceux que ça ne dérange pas. Ceux pour qui on en fait trop, qu’il y a plus grave. J’accuse tous les invisibles dont on connaîtra les noms et avec, tous ceux qui les protègent.

Critique The Mandalorian – Chapitre 2 : L’Enfant (plus) Seul

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Après un pilote qui nous montrait la vie d’un chasseur sachant bien chasser et un twist surprenant, The Mandalorian continue sur sa lancée lors de ce deuxième épisode, intitulé L’Enfant.

Comme une bougie qu’on a oublié d’éteindre dans une chambre vide, Pedro sauvait dans le Chapitre 1 de The Mandalorian ce petit être chétif, aussi vert que la mascotte de Cetelem et aussi mignon que Gizmo, dans un base de mercenaires. Au-delà de la surprise totale, dont Jon Favreau, le réalisateur de l’épisode, n’a pas caché sa fierté lors d’une interview, cette découverte soulevait de nombreuses questions : Qui est donc ce bébé de 50 piges ? Pourquoi l’empire (vu ce qu’il en reste, on ne peut pas mettre un E majuscule) tient-il à l’avoir vivant et à un prix si élevé ? 5 ans après la mort de Yoda dans Le Retour du Jedi, les interrogations pesaient lourd. Bref, on était resté pantois devant cette fin inattendue et on trépignait d’impatience de revoir Pedro faire la nounou de l’espace. Allez, sans plus attendre, voyons ce qu’il s’est passé dans ce Chapitre 2 de The Mandalorian !

D’ailleurs ! Pour le Chapitre 1, on avait eu 38 minutes d’épisode, parfait pour mettre un hachis au four. Alors là, comme c’est vendredi, on vous conseille des papillotes de saumon au four pendant 30 minutes. Ça sera tendre et parfait après l’épisode 2. (Oui, on se demande si le chapitre 3 ne va pas durer de quoi faire cuire des œufs).

TAÏAUT PEDRO !

Il y avait du Clint Eastwood chez Pedro dans le chapitre dernier. Dans le deuxième, c’est au tour de Christian Bujeau d’inspirer Pedro. Finie l’ambiance western, bienvenue aux combats chevaleresques. Parce que quand on voit les mandales (oui, on va faire ce jeu de mots pendant 8 épisodes) que balance Pedro dans la première scène, s’imaginer Pedro dans Kaamelott et faire une partie de cul de chouette avec Perceval et Karadoc dans une cantina, ça fait rêver.

Sans blaster, Pedro se démerde très bien au corps à corps. Il manie son arme telle une hallebarde et nous offre une scène, très courte mais clinquante, de combat contre 3 mercenaires. Les bruitages nous rappellent ceux de nombreux combats de la franchise. Notre Mandalorien est chaud dans tous les domaines, c’est incontestable. Et il n’aime surtout pas qu’on l’emmerde quand il bosse. Touche un membre de ma clique, négro. Tu verras qu’on est pas tout seul.

Néanmoins, le combat a fait quelques dégâts sur Pedro et son armure qui se recoud avant d’aller se coucher. Tout seul. Comme un grand. Mais Gizmoda (appelons-le comme, ça fait une jolie paire Pedro & Gizmoda), ne l’entend pas de cette (grande) oreille et décide de sortir de son landau flottant pour prêter littéralement main forte et guérir sa nounou. C’est un fail, puisque la seule chose que Pedro a remarqué, c’est que Gizmoda peut sortir de son landau. Tout seul. Comme un grand. 

Après un Airbnb à la belle étoile, il ne reste plus qu’à rejoindre le vaisseau, embarquer le mioche au client et récupérer le Beskar pour se faire une armure flambant neuve.

Oui, mais c’était compter sur les Jawas, ces petits pilleurs à la démarche d’ewoks en tenue de moine avec les yeux couleurs du diable. Petits par la taille mais grands par leur roublardise, ils désossent le vaisseau de Pedro dans le plus grand des calmes. Ni une ni deux, il dégaine son sniper, en dézingue quelques-uns pendant que tous les autres détallent dans leur forteresse sur roues. Mais on vous le disait, Pedro est un persévérant, il se lance donc à l’assaut de la forteresse.

Et deuxième scène de chevalier intrépide de l’univers, deuxième ! Gravissant, non sans mal, cette forteresse, il arrive à éviter toutes les attaques mortelles des Jawas … pour se faire cueillir tout en haut par 9 d’entre eux. Il se fera électrocuter et tombera. À chaque épisode sa tentative de classement dans le Star Wars Darwin Awards.

Vaisseau désossé, armes dérobées, plus rien. Il va bien falloir trouver refuge quelque part. C’est vers son seul ami (de la planète, on l’espère) Kuiil, notre Ugnaught tout droit sorti de la Planète des Singes, que Pedro le trouvera. Et c’est grâce à lui qu’il retrouvera les Jawas. À la façon de Kuiil : pacifiste.

Assis comme s’il racontait des comptines, Pedro marchande avec les Jawas. Ces derniers ne se cachent pas pour se foutre de la gueule de son accent de Wookie. Mais il faut trouver une monnaie d’échange. Le beskar ? Plutôt mourir ? L’enfant ? Jamais. La négociation est rude, une concertation s’impose … C’est décidé, pour récupérer ses pièces, Pedro devra leur donner … l’Oeuf !

Sauf que Pedro, c’est pas Cocorica, il ne pond pas ! Alors l’Oeuf, il va falloir aller le chercher ! Et c’est ainsi que les Jawas conduisirent gaiement Pedro vers une grotte, chantonnant la future et espérée récompense comme des Minions crieraient  » Bananaaa « .

Ne reculant devant rien, Pedro se lance, déterminé, dans une session de spéléologie. Tout paraissait simple, jusqu’à ce qu’il se fasse dégager comme un vulgaire Ewok par un animal, croisement entre le rhinocéros et le Reek. En quelques coups de corne (attention, c’est pas une corne de licorne dont on parle), Pedro perd toutes ses armes et réalise que ses gadgets de Batman sont inoffensifs. Il se fait patauger dans la boue. S’il avait un peu plus d’humour, Pedro chantonnerait Petula Clark et sa Gadoue.

Passons ! Le combat est déséquilibré. Pedro est affaibli. L’animal le charge. Pedro pointe un semblant de lame pour le contrer. Le choc est proche. Inévitable. Tout semble perdu. C’était sans compter sur … Gizmoda qui utilise ses midichloriens (lol) la FOOORCE pour soulever la créature et sauver Pedro ! Wouw ! On pense forcément à notre défunt Yoda quand on voit cette petite mimine verte stopper ce rhino qui doit faire 50 fois sa taille mais le même âge que lui. On entend Dumbledore qui crie  » 20 points pour The Mandalorian !  »

Pedro peut ainsi tranquillement récupérer l’Oeuf (Oui, dans The Mandalorian, il y a l’Oeuf avec un O et l’empire avec un e), et l’échanger contre toutes les pièces que ces fourbes de Jawas lui ont volées. On s’attend à ce que l’Oeuf ait quelque chose de magique, de mystique, de cher à leurs yeux. Mais non. Ils voulaient juste se goinfrer comme des gros cochons. Même les Parisiens ne se donnent pas autant de mal pour un brunch un dimanche sous la pluie.

Quant à Gizmoda, ni Pedro, ni Kuiil ne comprennent ce qu’il s’est véritablement passé. Ils n’auraient donc jamais rencontré de seigneurs Jedis ? Ils n’auraient donc pas connaissance de la famille Skywalker ? De la sagesse de Yoda ? De la terreur de Dark Vador ? Et bien en fait … ça fait du bien. On se sent détachés de ces querelles familiales et c’est tant mieux !

Du moins, pour le moment. Après une nuit à faire de la mécanique entre copains, la bicoque de Pedro est réparée, et il peut enfin s’envoler pour terminer sa mission et récupérer sa prime. Il propose à Kuiil de se joindre à lui, jugeant qu’ils feraient une bonne équipe tous les deux. Kuuil lui fait comprendre qu’il a passé sa vie à être un esclave et qu’il en avait légèrement ras-le-bol. D’autant plus que maintenant, il a trouvé un lieu pour une retraite paisible où Pedro a botté le cul des mercenaires qui l’enquiquinaient. Et donc refuse logiquement. En retour, Pedro lui propose la monnaie la plus échangée avec les freelances : la reconnaissance. Merci Pedro, n’oublie pas de lui laisser une recommandation sur son profil LinkedIn !

Et c’est déjà l’heure pour Pedro de quitter cette planète remplie de Blurrgs et de s’envoler vers de nouveaux cieux plus cléments. Mais, malgré son casque, on a remarqué qu’il n’était pas insensible à la mignonnerie et aux pouvoirs de Gizmoda. Alors, que fera-t-il ? Le livrera-t-il à l’empire ? Essayera-t-il de découvrir les origines de Gizmoda ? Reverra-t-on Kuiil ? Ce que l’on sait, c’est qu’entouré de gens sombres voulant le souffler, Gizmoda brille comme une bougie au feu inconnu aux yeux de Pedro. Allez, la suite au Chapitre 3 !

https://www.youtube.com/watch?v=Fugjar_An7Y

 

 

 

 

 

Le Mans 66 de James Mangold : l’amour de l’artisan

Après Logan, qui avait entériné sa belle odyssée dans l’univers de Wolverine, et qui par la même occasion avait écrasé la concurrence super héroïque du moment, James Mangold revient cette fois-ci avec Le Mans 66, narrant la folle histoire de Carroll Shelby et Ken Miles, qui sous l’écusson Ford, vont tout faire pour battre l’hégémonie de l’écurie Ferrari pendant l’inclassable course du Mans.

Au-delà d’un combat outre Atlantique entre deux constructeurs automobiles diamétralement opposés aussi bien dans leur démarche que dans leur vision de la voiture en elle même, Le Mans 66 est avant tout l’histoire du petit contre le grand. L’artiste face au communicant. Le talentueux et besogneux face à l’opportuniste. Le puriste face au néophyte. Le passionné face à l’avidité de l’Homme. Derrière une histoire de gros sous, derrière cette brève et petite abnégation à vouloir poser « les couilles » sur la table pour savoir qui aura la plus grosse, au delà d’un décorum masculiniste un peu poussiéreux, paternaliste et passéiste, le long métrage de James Mangold sort du guêpier du schéma programmatique de son récit par sa faculté à extraire ses personnages de leurs zones de confort et leur donner une aura endiablée.

Tout comme Logan ou même Walk the Line, Le Mans 66 a ce petit vent en poupe qui sait déterrer de son antre une véritable passion pour ce qu’il raconte, passion contagieuse – même pour les profanes du milieu automobile – qui elle-même est retranscrite à la perfection par la folie presque stakhanoviste de ce duo. Deux personnages, un peu fous, qui sont nés pour la conduite. Deux passionnés qui parlent le langage du moteur comme un musicien sait sentir la vibration de la mélodie. C’est quand James Mangold resserre son scénario autour de ses deux personnages que l’émotion, le romanesque et l’intérêt pour la mécanique gagnent en ressource, à la fois par l’interprétation de Matt Damon et de Christian Bale, complémentaires, charismatiques au possible et toujours dans le bon tempo, mais aussi par sa faculté à nous faire saisir les crissements des pneus et l’odeur du bitume dans des courses sous haute tension.

Dans ces moments-là,  dans ce lâcher-prise de mise en scène, dans cette lubie pour la vitesse, cette déclaration d’amour pour les équipes techniques et les petites mains d’une écurie, le plaisir du film à vouloir s’envoler est saisissant, un peu comme Rush de Ron Howard pouvait ressentir ce sentiment. Sentiment qui devient le carburant du film en lui donnant une énergie indéniable et un spectacle rutilant de plus de 2h30 qu’on ne voit pas passer. Pour ce faire, et se détachant de toutes facéties visuelles, James Mangold semble habité par son style classique, sans fioritures, voire un peu trop d’ailleurs, qui fait parfois plafonner le long métrage dans un entre-deux : celui de faire vibrer la corde sensible de l’artisan, de celui qui scrute les moindres détails de son art, à l’image de ses personnages, et de l’autre, celui de s’accoutumer à un récit mécanique et un brin linéaire, celui des mastodontes. Et c’est intéressant de voir Le Mans 66 épaissir son propos autour de l’artiste qui vit grâce à sa dévotion furibarde contre la vision de l’entrepreneur sclérosant et attiré par la réussite.

Alors que le cinéma vit quelques débats houleux entre les anciens maîtres du cinéma (Scorsese, Coppola) qui se battent et crient leur amour pour un cinéma aux antipodes du « parc d’attraction » que sont les films du MCU, James Mangold a ce mérite d’être le miroir de ses protagonistes. Il a beau s’acoquiner avec les plus grands et les firmes ronronnantes (Marvel),  pour exprimer son talent, il n’en reste pas moins un passionné, qui ne s’écroule pas sous les sirènes d’un modernisme cynique, crâneur ou même tape à l’oeil. Sans nous offrir un OVNI comme Speed Racer des Wachowski, le cinéaste reste tout de même droit dans ses bottes avec son style élégant et léché, et est prêt à prendre les plus grands risques pour ses idées et faire battre notre coeur en chamade dans un final éclaboussant de sincérité. 

Bande Annonce – Le Mans 66

Synopsis : Basé sur une histoire vraie, le film suit une équipe d’excentriques ingénieurs américains menés par le visionnaire Carroll Shelby et son pilote britannique Ken Miles, qui sont envoyés par Henry Ford II pour construire à partir de rien une nouvelle automobile qui doit détrôner la Ferrari à la compétition du Mans de 1966.

Fiche Technique – Le Mans 66

Réalisateur : James Mangold
Interprètes : Matt Damon, Christian Bale, Caitriona Balfe, Tracy Letts …
Photographie : Phedon Papamichael
Montage : Michael McCusker
Sociétés de production : 20th Century Fox, Chernin Entertainment
Distributeur : Twentieth Century Fox France
Durée 2h33 minutes
Genre: Biopic/Drame
Date de sortie :  13 novembre 2019

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Tabou : Lyrisme, mon amour

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Comme la décennie s’achève, attardons-nous un instant sur l’un des joyaux du cinéma contemporain : Tabou du Portugais Miguel Gomes, sorti en 2012. Un film dont le premier des mérites est de convoquer le cinéma de Murnau pour mieux faire l’éloge de la toute-puissance de l’imaginaire.

Synopsis : Une vieille femme au caractère bien trempé, sa femme de ménage capverdienne, une voisine dévouée aux causes humanitaires vivent sur le même palier d’un immeuble de Lisbonne. Quand la vieille femme meurt les deux autres découvrent un épisode d’une partie de sa vie : une histoire d’amour, et un meurtre commis au pied du Mont Tabou.

À quoi sert le cinéma si ce n’est à faire éclore le vrai du faux, l’émotion de la fiction, afin que nous puissions croire en la possibilité du rêve malgré tout, malgré nous, malgré un réel bien souvent désolant. Plus qu’un art de la tromperie, le cinéma nous offre matière à espérer en réinventant le monde par la seule force de l’imaginaire. Et c’est bien à cela que Miguel Gomes nous convie de film en film, comme avec La gueule que tu mérites, Les Mille et Une Nuits, et surtout Tabou dans lequel il se réapproprie l’héritage de Murnau, non pas pour en faire un “remake” ou lui rendre hommage, mais pour exalter poétiquement le souvenir de notre propre innocence.

Avant d’évoluer pleinement sous la forme d’un diptyque, en confrontant le “Paradis perdu” au “Paradis”, Tabou nous dévoile immédiatement ses intentions dans un préambule éminemment symbolique. Nous voici plongés dans une Afrique de carte postale, dans une saynète épique et romanesque en diable : un aventurier s’engouffre dans la savane pour fuir le souvenir de sa défunte épouse. Le fantôme de celle-ci l’obsédant toujours, il se résout à se suicider en se jetant dans la gueule d’un crocodile. Un geste dramatique qui ne met pas fin au “sortilège “ pour autant, puisque son esprit survit dans l’animal, le crocodile devenant le réceptacle ou le médium de sa propre mémoire. Ce passage, en se voulant purement fictionnel, en exhibant clairement les attributs du cinéma d’antan (esthétique héritée du muet, voix off solennelle et musique grandiloquente rappelant le lyrisme du mélodrame…), nous annonce ce que sera la teneur du reste du film : une invitation à considérer l’imaginaire comme l’expression de notre intimité, comme le refuge intemporel de notre propre mémoire.

Dans la première partie, justement, c’est cet “imaginaire” qui est au plus mal : on se situe dans le Lisbonne actuel où la morosité quotidienne n’offre guère l’occasion de rêver, de frissonner, d’espérer. Pour ne pas se laisser emporter et broyer par ce réel ô combien cafardeux, Madame Pilar s’échine à embellir le monde du mieux qu’elle peut, en étant serviable et attentionnée, en participant à des rassemblements catholiques, etc. Mais c’est seulement en s’occupant de sa voisine, la dénommée Aurora, qu’elle va trouver le piment qui manque désespérément à son existence. Cette dernière, en effet, sous ses dehors de vieille misanthrope, s’avère être suffisamment fantasque pour orner le réel des couleurs du “fantastique” : elle fait du casino un terrain de jeu permanent, elle parle à des fantômes (Gian Luca Ventura), prête à Santa, sa femme de ménage capverdienne, des pouvoirs magiques, etc. Une vie qui pourrait être considérée comme simplement délirante si, un jour, le fameux Ventura n’apparaissait pas en chair et en os…

Pour donner tout son poids à son propos, Miguel Gomes convoque l’imaginaire propre à Murnau (le Mont Tabou renvoie à la malédiction qui pèse sur les deux amants, le prénom Aurora évoque L’Aurore…) tout en inversant l’ordre des chapitres du Tabou originel : on passe du “Paradis perdu” au “Paradis”, d’un temps présent désenchanté à un passé fantasmé. Certes la colonie n’a rien d’un idéal, mais ce qui intéresse le cinéaste c’est le fantasme qu’elle incarne : le rêve de grandeur pour une nation, la promesse d’une grande aventure pour le quidam. Et c’est bien cette promesse qui hante l’entièreté de la première partie : dans ce Lisbonne aux couleurs de plomb, où les intérieurs sont exigus et les extérieurs chargés de pluie, on attend la fin de la journée pour dévorer Robinson Crusoé ou pleurer en écoutant les Ronettes, on patiente jusqu’à la fin de l’année pour observer au loin le feu d’artifice qui illuminera enfin notre ciel.

Une promesse que la seconde partie concrétisera, en donnant la parole à ce témoin du passé qui accourt au chevet de son amour défunt. Le “paradis”, que nous découvrons du point de vue de sa perte, offre l’occasion à Gomes de renouveler le lyrisme démodé, et de donner chair à un imaginaire particulièrement émouvant. Tabou ne sera rien d’autre, au fond, que la mise en image de cette phrase dite par Gian Luca à Aurora : “La vérité est que la profonde émotion que je ressens quand je suis près de vous me transporte dans un territoire nouveau, effrayant, inconnu”.

Ce “territoire nouveau”, le cinéaste nous en dévoile déjà les atours, lors de la première partie, en laissant émerger la fiction à travers le réel, comme lorsque Aurora évoque son rêve au casino ou une anecdote simiesque sur son lit de mort. De plus, les éléments rappelant la mythologie africaine (les guirlandes ressemblant à des lianes, le chapeau semblable à celui de l’explorateur…) vont peu à peu coloniser l’écran avant que nous plongions dans un univers purement imaginaire, en suivant cette voix-off, calme et grave, qui est celle de Miguel Gomes lui-même !

Dès lors le fantasme devient tangible, avec l’avènement d’une image propice aux frissons et à l’émotion : l’Afrique se fait épique, débordant de légendes et de bêtes sauvages, de magie et de sortilèges ; l’histoire tourne au tragique, en associant la réalité des colons avec celle des colonisés, la vacuité des uns avec l’envie de révolte des autres ; les amours sont excessifs et romanesques, avec ces amants qui s’aiment et se déchirent, s’abreuvent d’espoirs et se noient dans le désespoir.

La bonne idée, en matière de mise en scène, sera de soutenir le fond par la forme, en se réappropriant l’esthétique propre au cinéma muet. Le travail réalisé sur l’image (le noir et blanc couplé au 16 mm) et les sonorités (le fond sonore est uniquement composé de la musique, de la voix-off et des bruits environnants) permettent l’exaltation de la passion amoureuse, transformant un rapport charnel ou une échappée à moto en grand moment poétique.

C’est bien là où réside toute la force de Tabou, dans sa capacité à extraire le spectateur du récit “réaliste” pour mieux le plonger au cœur d’une chimère lyrique et poétique. Et si celle-ci existe, c’est uniquement parce qu’on y croit ! On remarquera d’ailleurs que de nombreux éléments peuvent remettre en cause la véracité du récit “paradisiaque”, puisque le narrateur est non fiable (on nous présente Gian Luca comme un vieillard presque sénile) et que les images peuvent provenir de l’inconscient de l’interlocutrice, c’est-à-dire Mme Pilar. Mais tout cela importe peu, car la proposition faite par Tabou est de celle qui ne se refuse pas : fuir le réel, ne plus revenir à Lisbonne, pour explorer ce “territoire nouveau » où les animaux naissent dans le ciel, où les émotions sont plurielles et où les amours ne s’oublient jamais. Du moins tant que les crocodiles excitent notre imaginaire, tant que le cinéma nous offre matière à rêver.

Tabou : Bande-Annonce

Tabou : Fiche Technique

Titre : Tabou
Réalisation : Miguel Gomes
Scénario : Miguel Gomes, Mariana Ricardo
Photographie : Rui Poças
Direction artistique : Bruno Duarte
Production : Alexander Bahr, Luis Urbana, Janine Jackowski, Jonas Dornbach, Maren Ade, Fabiano Gullane
Société de production : ZDF, Arte, O Som e a Fúria, Komplizen Film, Gullane Filmes, Shellac Sud, RTP
Genre : drame, romance
Durée : 110 minutes
Date de sortie : 05 décembre 2012 (France)

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4.2

Critique de Vox Lux, un film de Brady Corbet : The Revolution Will Not Be Televised

Sous ses airs de film sur le monde de la musique, Vox Lux s’impose comme une dérangeante et fascinante oeuvre sur la décadence générationnelle où Brady Corbet assoit ses grandes qualités de cinéaste dans un cinéma qui divisera.

Synopsis : Sur une période de quinze ans, l’ascension de Celeste, une star de la pop.

D’abord acteur, qui a notamment joué sous la direction de réalisateurs tels que Gregg Araki et Lars Von Trier, Brady Corbet passa pour la première fois derrière la caméra en 2015 avec The Childhood of a Leader, film qui fut remarqué par son audace et son regard nihiliste d’une société qui cultive ses propres monstres en les élevant au rang d’idoles à suivre. Histoire fictive qui relate la montée en puissance du nazisme, sa première oeuvre était autant un film qui regarde vers le passé pour parler du présent et Corbet continue à suivre ses obsessions avec un Vox Lux mal vendu qui parle moins d’une star de la pop que du mal d’un siècle qui renie et cache ses propres dérives. Collant à l’actualité, liant frontalement son récit avec les fusillades dans les écoles et le terrorisme Vox Lux est un film au sujet sensible et dont le propos a traitement suffisamment vague pour être mal interprété. On ne peut nier l’audace du jeune cinéaste qui affirme ses thématiques avec une ferveur presque complaisante mais un brio certain, traçant la voie de son cinéma à mi-chemin entre le cinéma de Araki et de Darren Aronofsky.

Or, malgré son casting en or avec notamment Natalie Portman et Jude Law en tête d’affiche et son faux côté de film à paillettes sur une star de la pop, on s’attendait à ce que ce Vox Lux bénéfice d’un éclairage médiatique. Pourtant hormis un passage qui a divisé à la Mostra en 2018, et une sortie quasiment anonyme aux Etats-Unis, Vox Lux arrive en France dans le plus grand des secrets en passant directement par la case DVD. Un destin tragique mais qui finalement a plus à voir avec les sujets sensibles qu’aborde le film plutôt que  sa qualité. Car quand les choses touchent au terrorisme, cela à tendance à susciter un appel à la censure. C’est comme si Brady Corbet avait déjà préparé son coup : conscient que son film dérangera, il ne fait aucune concession sur la forme comme sur le fond, signant une oeuvre aussi austère que fascinante qui impressionne par sa maîtrise insolente. Divisé en deux parties, avec un prélude et un épilogue, le récit de Vox Lux commence très fort. D’ailleurs le film aura même du mal à se relever de son incroyable première partie et surtout de son prélude crépusculaire et brutal. Ce sera sans doute son deuxième acte qui lui donnera son sens et la morale de son histoire, mais le cinéaste se perd parfois dans des séquences explicatives un peu fumeuses, surtout qu’il a tendance à forcer le trait de la déchéance de sa protagoniste.

La deuxième partie manque donc un peu de force, surtout que Corbet n’évite pas un discours un peu simpliste parfois même s’il touche du doigt une problématique qui mérite réflexion quand il met en parallèle les frasques du star system et le terrorisme. Évoquant une génération plus obnubilée par ses idoles que les problèmes qui la rongent, Corbet s’emploie à désacraliser les institutions américaines souvent creuses et illusoires comme la religion et le fameux star system. Il élabore d’ailleurs intelligemment un film en manque de revendications, ni les terroristes anonymes réduits à de simples silhouettes, ni la protagoniste n’auront une quelconque revendication. Céleste, dont le film assume pleinement l’ironie du nom, assumait pleinement faire de la pop pour que les gens oublient les malheurs du monde. Un moyen qu’elle a d’oublier et de cacher son propre malheur, le film usant symboliquement de sa propre blessure au cou, qu’elle cache constamment, comme propos d’une génération qui cache ses cadavres sous un tapis doré et de paillettes.

Même si on ressent à travers le personnage principal une volonté de ne pas se laisser définir par le drame qu’elle a vécu, étant la seule survivante d’une tuerie qui a eu lieu dans sa classe où là aussi les motivations du tueur ne sont jamais évoquées, c’est en refusant de l’affronter qu’elle laisse ce jour fatidique guider sa vie. Dans ce constat assez nihiliste, Corbet n’évite pas un discours un peu pédant sur une génération perdue où les choses étaient « mieux avant » mais il possède aussi une ironie suffisamment prononcée pour remettre en cause sa propre vision des choses notamment à travers un final qui accouche d’une révélation trouble dont on s’interroge de la véracité et conclut le film sur un point final qui laisse songeur. L’épilogue se montre en ça assez brillant dans sa construction, nous faisant vivre une bonne partie du concert de sa star effaçant les interrogations de son récit comme ici l’horreur d’un massacre effroyable s’évapore dans les affres musicaux et la frénésie lumineuse. Le Vox Lux, « voix de lumière », qui baigne le monde dans l’insouciance et la passivité. Admirable, Vox Lux l’est assurément mais il n’est pas constamment plaisant à regarder. Par son manque de subtilité dans son récit par instants, privilégiant sa symbolique au profit parfois de sa narration, mais aussi par son rythme erratique notamment dans son deuxième acte qui traîne en longueurs.

D’ailleurs Brady Corbet se montre moins inspiré sur la deuxième moitié de son film, où il signe une mise en scène plus classique et un brin poseuse loin des fulgurances de son début. Le prélude est en ça une leçon de montée de la tension et d’imagerie crépusculaire. Le jeu de lumière y est sublime comme lorsque la silhouette de l’élève qui tuera par la suite ses camarades de classe se dessine doucement, sortant des ténèbres de la nuit, sur une route mal éclairée. Nous dévoilant ce qu’on devinera par la suite comme les débuts de sa folie meurtrière quand il filme une maison de banlieue paisible où le silence est déchiré par des bruits de coups de feu et un hurlement de terreur. La scène dans l’école, que ce soit la tuerie ou la découverte des faits par la police, émane d’une tension sidérante là où Corbet ne cède jamais au voyeurisme ou au sensationnalisme avant que celui-ci plonge sur un générique à l’onirisme envoûtant et aux élans de mise en scène prodigieux. L’imagerie qu’il créera autour de Céleste lors de son ascension marque la rétine au point qu’il ne parviendra jamais à dynamiser la deuxième partie de son récit avec les mêmes fulgurances de mise en scène qui jonchent la première. Le constat sera le même pour le casting, avec un Jude Law effacé mais surtout une Natalie Portman en surjeu, bien trop dans la performance pour paraître crédible. De plus elle succède à Raffey Cassidy, qui interprète la jeune Céleste dans le premier acte puis sa fille dans le second, qui avait mis la barre très haut dans le rôle. Véritable star du film, elle livre une performance tout en sensibilité vraiment saisissante et éclipse tout le monde par sa présence charismatique. Bonne surprise aussi pour une Stacy Martin faussement effacée et qui livre une prestation marquante en plus d’être le personnage le plus tristement solaire et attachant du film.

Vox Lux est une habile réinvention du genre de la grandeur et la décadence, se servant du destin hors norme d’une chanteuse pop pour le mettre en parallèle avec celui d’une société désabusée qui se désintéresse de ses horreurs. L’insouciance et la désinvolture qui émanent des personnages alarment et trouvent un écho pertinent du monde dans lequel on vit. Brady Corbet n’évite pas une certaine prétention et quelques défauts peuplent son film mais sont plus le résultat d’une envie de trop en faire que d’un manque de talent. Vox Lux divisera ceux qui s’essaieront à le voir, mais son audace impressionne dans sa façon de confronter l’actualité du terrorisme et d’ériger le star system comme le fanfaron volontairement pour détourner l’attention des vrais problèmes. Le triste portrait du 21e siècle comme se sous-titre lui-même le film, et du fait que sa sortie a globalement été privée des salles de cinéma et passée sous silence pour celle en VOD en France , on se dit que Vox Lux a peut-être touché une vérité cinglante sur la censure déguisée de notre époque. L’ironie vient du fait que c’est là que le film trouve toute sa légitimité.

Vox Lux : Bande annonce

https://www.youtube.com/watch?v=Hlh9nDD0NW8

Vox Lux : Fiche technique

Réalisation : Brady Corbet
Scénario : Brady Corbet et Mona Fastvold
Casting : Natalie Portman, Jude Law, Raffey Cassidy, Stacy Martin, Willem Dafoe, …
Costumes : Keri Langerman
Photographie : Lol Crawley
Montage : Matthew Hannam
Musique : Scott Walker
Producteurs : D.J. Gugenheim, David Hinojosa, Andrew Lauren, David Litvak, Michel Litvak, Robert Salerno, Christine Vachon, Gary Michael Walters et Brian Young
Production : Killer Films
Durée : 114 minutes
Genre : Drame
Dates de sortie : 2 octobre 2019 en DVD

États-Unis – 2018

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