Les plus belles Palmes d’or : Le Pianiste de Roman Polanski

Les plus grands drames font très souvent les plus grands films quand ils sont réalisés par de grands réalisateurs. La seconde guerre mondiale a fait naître des chefs-d’oeuvre de cinéma comme La Liste de Schindler ou encore La Vie est belle, mais il s’agit aujourd’hui de parler du film le plus bouleversant de Roman Polanski, Le Pianiste, Palme d’or à Cannes en 2002.

2002 fût l’année de ce film, multi récompensé des Oscars aux Césars en passant par la Croisette. Le film de Polanski a souvent fait l’unanimité tant son émotion est forte et son histoire, réelle, bouleversante. Pourtant, là où le cinéaste parvient à toucher, ce n’est pas en exagérant les sentiments, ni en montrant l’horreur de manière frontale, ni en racontant de façon la plus fidèle la partie dramatique de l’Histoire mais au contraire en épousant la sobriété d’un personnage rempli de douleur. Et si certains reprochent au film son tournage trop à l’américaine, sa reconstruction parfois artificielle, Le Pianiste propose au contraire un regard juste sur cette horreur. La caméra suit Wladyslaw Szpilman pendant plus de 2h durant, comme un regard extérieur et détaché qui reste en retenue, à l’instar de son protagoniste qui ne montre rien, pour finalement respecter l’instant, calmement, comme une marche funéraire au son d’une mélodie funeste. Adrien Brody signe là l’un des rôles les plus marquants de sa carrière dans lequel il s’engouffre avec un équilibre des émotions assez épatant. L’acteur impressionne surtout dans son jeu non verbal, peu de mots ont besoin d’être dits et entendus tant les images, la musique et les expressions de son visage permettent au spectateur de ressentir.

Mais s’il y a bien une scène à retenir de ce film, il s’agit de celle où il marche en sanglot au milieu du ghetto de Varsovie et des cadavres. Elle est ce qu’il y a de meilleur au cinéma, une composition qui parle d’elle-même, un jeu suspendu dans le temps où le protagoniste libère ses émotions retenues pendant toute une partie du film. Le public est difficilement prêt à recevoir une scène de cette intensité mais va pourtant la subir et être emporté dans cette scène déchirante. Dans un tout autre registre, 2002 était aussi l’année du scandale de Gaspard Noé au Festival de Cannes où il présentait Irréversible en compétition, et il semble que les jurys de l’époque ont eu leur dose de scènes clés éprouvantes avec ce deuxième film et sa célèbre scène de viol insurmontable à l’écran. Il y en a bien d’autres qui viennent en tête quand on pense à Le Pianiste, notamment celle de la rencontre avec le soldat allemand ou encore le concert final qui résonne comme un salut où son art est pour Szpilman comme Holly dans La leçon de Piano, sa raison de vivre ou son moyen en tout cas de survivre. Dans la sobriété ou l’excès, la suggestion ou la franche démonstration, le cinéma sait user de stratagème pour provoquer différentes émotions et c’est ainsi que Polanski propose une sombre ballade au son des mélodies de piano.

Le Pianiste est un deuil, une dernière symphonie, un dernier concert.

Le Pianiste – Bande-annonce

Un film de Roman Polanski

Avec Frank Finlay, Emilia Fox, Adrien Brody, Ed Stoppard, Maureen Lipman
Genre : drame
Durée : 2H22
Date de sortie : 25 septembre 2002

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